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Des questions spécifiquement humaines

MELMAN Charles
Date publication : 04/09/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées - Dans quelle mesure l'adoption fait -elle filiation ?

 

Elle nous laisse dans l’embarras pour au moins deux raisons. La première est que nous ignorons ce que recouvre ce « vrai » exigé dès lors que si une mère se qualifie par sa fonction de gestation, on n’imagine pas que celle-ci ait laissé une trace identitaire dans la mémoire de l’enfant. La preuve en est, s’il le fallait, qu’on n’a pas relevé de quête du même type chez les enfants nés de mère porteuse. Si une mère est spécifiée par sa fonction de nourrissage, il est clair, en revanche, qu’une nounou peut sans difficulté lui être substituée. Il arrive dans certains cas que, sans obstacle particulier, la nounou puisse être reconnue comme la « vraie » mère aux dépens de celle figurant à l’état civil. Plus souvent, c’est une femme qui s’est donc éventuellement abstenue du nourrissage et de l’éducation qui se trouve identifiée, fort légalement comme la maman. Il y a donc la nounou et il y a la mère légale. Bien que la première l’ait élevé il va reconnaître l’autre comme la vraie mère. Il y a là une vraie question.

On peut par ailleurs observer parfois entre l’enfant et sa nourrice l’installation d’une nostalgie réciproque, celle d’une maternité qui aurait pu être réussie si elle n’avait été empêchée, et sans qu’on sache d’ailleurs ce qu’aurait signifié cette « perfection ».

La deuxième raison à notre embarras est que si la filiation dans notre culture est patrilinéaire, nous voilà devant un cas qui renverse le bon usage. Ces revendications enfantines ne s’adressent pas, dans le cas spécifique de l’adoption, à l’identification du « vrai » père, celui au foyer suffit bien, avec les déceptions qu’il cause, mais un étrange déplacement situe la vérité de la filiation du côté de la mère.

Comment comprendre cela ? Et sans anticiper sur la déception que la rencontre avec le « vrai » provoquera presque toujours, non seulement à cause de la découverte du visage de la traîtresse, de la parjure, de l’infidèle, comme on voudra, mais aussi parce que cette rencontre viendra inscrire définitivement dans la subjectivité de l’adopté un abandon, bien qu’il ait été corrigé par l’adoption.

À écrire ainsi le problème, les questions, loin d’être résolues, affluent et le renouvellent.

La mère unique

Il semblerait ainsi qu’on ne puisse parler d’une mère parmi d’autres, mais de la mère, unique, toute, la seule, personnelle, même si elle doit être partagée et comme si la saisie de la totalité de son corps devait être le symétrique de ce qui aurait dû être celle de la saisie du corps de l’enfant par elle.

Supposons que la recherche du « vrai » par l’enfant soit celle des circonstances de l’abandon de ce corps, du détachement qui a opéré, mais pas pour des raisons qui devraient s’avérer bonnes, comme la césure opérée par le père entre la mère et son enfant. Mais dans ce cas, il s’agirait d’une coupure agencée par la mère elle-même, d’abord entre elle et le père idéal auquel une femme doit respect et fidélité, contribuant à sa gloire par la maternité ; or celle-là n’en veut pas – de lui –, ce qui crée du même coup une deuxième coupure entre elle et son enfant, à qui est refusée la dignité d’être non pas quelques livres de chair mais un petit d’homme.

Imaginons que « le vrai » pour un enfant soit cette coupure entre lui et le corps de sa mère, rendue à jamais insaisissable, mais qui dans ce cas aura pour signifié non pas l’acte sexuel à l’origine de sa conception, mais son refus, sa récusation, le vœu par la mère d’effacer le moment sexuel, qui a pu advenir ou bien être subi et qui creuse à la place de la signification un néant qui donnera son allure au style de l’existence.

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