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Y a-t-il un profil
 de candidat idéal en adoption ?

HAMAD Nazir
Date publication : 04/09/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées - Dans quelle mesure l'adoption fait -elle filiation ?

 

Me fiant à ma seule mémoire, je rassemblerai ces critères en quelques catégories : la cohérence du projet, le deuil de l’enfant biologique, la solidité et l’équilibre du couple candidat, son âge, son entourage familial et son enracinement dans son groupe social et, en dernier ressort, l’absence de pathologies lourdes ou de maladies graves.

Voilà, grosso modo, les critères sur lesquels tout le monde est d’accord. Si cela semble clair à poser, cela devient moins clair quand il s’agit de les identifier dans les témoignages de chaque candidat. La nature de chaque rencontre comme les surprises que chacune révèle ont pour effet de tolérer qu’un candidat ne rem- plisse pas tel ou tel critère requis ou, à l’inverse, de pousser des psychologues ou des décisionnaires à rigidifier leur position, voire à rejeter des candidatures.

L’orientation sexuelle n’entre qu’indirectement dans ces critères. Quand on dit « un couple », cela revient à dire un couple hétéro. De même, quand on dit une personne seule, on garde à l’esprit que cette personne est susceptible de trouver l’âme sœur ou qu’elle est suffisamment entourée pour pouvoir compter sur ses parents, ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, etc. Autrement dit, l’enfant potentiel sera pris en charge dans le cadre d’une famille étendue et non pas isolée socialement avec un parent seul.

On part de l’hypothèse, partagée par tout le monde, que l’adoption, pour qu’elle devienne vivable pour les parents adoptifs, est une adoption qui se fait par trois générations. Enfants, parents et grands-parents. L’enfant est adopté par un couple de parents, ou par un parent, et s’inscrit automatiquement dans une lignée qui l’intègre en son sein comme un membre à part entière.

On compte en principe sur cette ouverture pour atténuer l’impact de l’adoption d’un enfant par un parentseul. On a généralement tendance à accepter plus facilement de confier un enfant à une personne seule qu’à un couple homosexuel.

Une première contradiction se fait déjà entendre. Normalement, l’orientation sexuelle est exclue comme critère de référence, positive ou négative, dans l’appréciation d’un dossier de candidature. Tout argument étayé sur l’orientation sexuelle d’un candidat est susceptible d’entraîner la nullité de la réponse qu’on donne. En d’autres termes, en principe, on ne reçoit pas les candidats en tant qu’homo- ou hétérosexuel, on les reçoit en tant qu’homme, en tant que femme, dans une même démarche ouverte à tous ceux qui souhaitent adopter un enfant.

C’est un principe de base avec lequel on ne transige pas : accueillir les hommes et les femmes qui se présentent en tant que candidats, non pas en tant qu’ils appartiennent à une catégorie définie par des origines sociales, raciales ou par des orientations sexuelles. Au risque de me répéter, je tiens à insister : on reçoit un candidat ou un couple de candidats et c’est en toute, en pleine, liberté qu’on leur propose de présenter leur candidature.

Une deuxième contradiction. Pourquoi sommes-nous disposés à accepter la candidature d’une personne seule, sous prétexte que l’enfant pourra compter sur une famille élargie pour sortir d’un isolement potentiel avec son parent et, dans le même temps, hésitons- nous lorsqu’il s’agit d’une personne homosexuelle ? Si l’homosexualité ou l’hétérosexualité est contagieuse, il n’y a pas de raison qu’un couple hétérosexuel puisse voir un de ses enfants devenir homosexuel. Il y a donc autre chose qui entre en jeu et devrait être pris en compte. Comment définir cette autre chose ou la cerner ? Peut-on dire, quand on l’a écouté à quatre ou cinqoccasions, qu’un couple homosexuel est susceptible de déterminer l’orientation sexuelle de ses enfants à venir ? Non. Est-il possible de savoir d’emblée qu’un tel couple aurait des enfants homosexuels parce qu’il aurait dit quelque chose de ses fantasmes inconscients et refuser alors sa candidature, et être sûrs qu’un autre couple aura forcément des enfants hétérosexuels ? Peut-on faire comme si le destin individuel était déjà écrit et que le propre de la destinée adulte serait de l’accomplir tel qu’il serait inscrit ?

De quoi a-t-on peur ?

Si l’on part de l’hypothèse que l’enfant n’est pas un droit, notre peur de voir les homosexuels devenir tous parents s’estompe quelque peu. Le mariage pour tous qui donne en principe à chaque Français le droit de se marier et d’avoir des enfants fait fi de la question du réel. Il y a aujourd’hui, en France, des milliers de couples agréés qui attendent l’arrivée d’un enfant depuis des années. Il n’y aura jamais assez d’enfants adoptables juridiquement pour satisfaire chaque demande. L’adoption internationale se tarit petit à petit, et les rares pays qui autorisent encore la sortie de leurs enfants le font de manière on ne peut plus malsaine. Ils ont tendance à laisser sortir les enfants à problèmes, s’épargnant la peine de s’en occuper eux-mêmes. Une bonne nouvelle à annoncer à tous les candidats : en Roumanie et en Bulgarie, il y a des enfants Roms à adopter, parce que personne ne veut les adopter sur place...

Peut-on vraiment compter sur la science pour venir suppléer au manque d’enfants ? Encore une fois, non. Nous l’avons vu, les PMA ne marchent pas à tous les coups. Personne, je l’ai déjà écrit, n’a le pouvoir de créer l’enfant.

On l’a vu précédemment, un partenaire sexuel sommé par une femme amoureuse de lui faire un enfant n’a, le pauvre homme, que son amour à donner. Il peut lui faire l’amour, certes, mais de là à croire qu’il a le pouvoir de faire un enfant, il y a un pas... à ne pas faire. Aucun homme, aucune femme ne possède ce pouvoir créateur. En revanche, homme et femme sont sexués, ils offrent leurs gamètes mâles et femelles dans un acte d’amour et de désir mutuel ; mais cela ne fait pas forcément l’enfant.

Les médecins n’arrêtent pas de répéter à chaque nouvelle intervention qu’ils font auprès des hommes et des femmes qu’ils aident dans leur tentative de concevoir un enfant, que « là, normalement, ça devrait marcher ». Les couples, hétéros ou lesbiens, ne tardent pas à faire le constat amer que cela ne marche pas à tous les coups. Ce constat, quand on prend le temps de l’intégrer dans une réflexion saine qui s’impose après coup, nous apprend que le corps est plus complexe qu’une machine à mettre correctement en marche ; et que cette « machine » obéit aussi à un autre ordre qui ne relève en rien du pouvoir des intervenants, aussi habiles puissent- ils être. Cet ordre est celui de l’inconscient.

Un débat biaisé

Le débat avait été mal engagé quand on avait invité les gens à se prononcer pour ou contre l’adoption par les couples homosexuels. Il s’est engagé mal, forcément, parce que tous les homosexuels ne souhaitent pas adopter. Il y a des homosexuels qui souhaitent se marier et d’autres qui ne le souhaitent pas, et adopter. Combien sont-ils ? Difficile de répondre. D’ailleurs, qu’ils soient nombreux ou pas, la question n’est pas là ; la question concerne le principe même. Si un couple homosexuel souhaite se marier, cela n’engage pas de la même façon tous les homosexuels. On peut dire la même chose de l’adoption. Si un couple homosexuel fait une démarche pour adopter, on étudie sa candidature de la même façon qu’on étudie celle de tout autre candidat.

L’ennui, c’est quand on se positionne de l’extérieur, en n’ayant d’autre référence que sa propre subjectivité. Les psychanalystes nous surprennent par la radicale division qui sépare leurs positions. Les curés, les imams et les rabbins, gardiens du temple, sont nombreux parmi les psychanalystes. Il y en a qui sont toujours prêts à dégainer les premiers. Ils avancent des arguments, respectables certes, mais ne prennent pas le temps de discuter avec ceux qui travaillent sur ces questions au quotidien. Car ces derniers sont loin d’être idiots ou irresponsables. Ils reçoivent des candidats auxquels ils doivent donner des réponses. Ils savent qu’au travers de leur engagement dans ces tâches ils posent des actes dont l’enjeu dépasse la simple candidature de telle ou telle personne. Les actes qu’ils posent prennent en compte l’évolution des mœurs, mais pas seulement. Ils

s’inscrivent peu à peu au cœur même de cette évolution. Accepter une candidature et donner un enfant en adoption fait loi. On ne pourra plus faire marche arrière, sauf si une mauvaise surprise ou une série de mauvaises surprises surviennent.

Rien ne va plus

Les homosexuels ont payé un lourd tribut pour aller vers la reconnaissance sociale et la banalisation de leur homosexualité. Aujourd’hui on ne se cache plus, on s’affiche et on parade ensemble. On n’est plus discriminés, au contraire.

Ont-ils atteint à la reconnaissance qu’ils souhaitent pour autant ? Non. Ils savent qu’ils sont condamnés à une sexualité stérile s’ils n’ont pas recours à la science ou à l’adoption. Seulement, la science n’est pas une entité autonome qui fonctionne comme une machine automatique et qui répond à la demande. La science n’est rien, sans les scientifiques et les lois qui régissent leurs activités et leurs actes. Et c’est justement là où le bât blesse. On a des solutions, mais ces solutions sont plus ou moins régies par une éthique, et celle-ci divise inévitablement les hommes et les équipes. Par conséquent, nombreux sont ceux qui s’imposent des limites qu’ils refusent de franchir.

Les homosexuels vivent de plus en plus en couples relativement stables. Je dirais, presque aussi stables que les couples hétérosexuels. D’ailleurs, ces derniers sont de moins en moins stables. Ils se séparent facilement et ne voient plus dans le mariage une institution incontournable. Le sacré qui enveloppait le mariage est tombé et les couples tendent à faire de leur vie en commun au sein d’un foyer une affaire personnelle qui n’obéit qu’à leur consentement mutuel.

Pourquoi des homosexuels veulent-ils faire mieux que les hétérosexuels ? Se dressent-ils en tant que garants des normes familiales millénaires maintenant que les couples hétérosexuels transgressent allégrement ces normes ? Ou encore, veulent-ils entrer dans la norme en la subvertissant, comme l’affirme le théologien catholique Xavier Lacroix, dans l’entretien qu’il accorde au journal Le Monde du 27 octobre 2012 ?

Cela pourrait être vrai, mais l’argument ne suffit pas pour expliquer cette quête de reconnaissance sociale et la nécessité pour eux d’inscrire cette reconnaissance dans la loi.

« Il est difficile de maintenir ensemble deux positions inconciliables : avoir une pratique sexuelle stérile et vouloir un enfant. En tout cas, c’est difficile à comprendre pour les autres », m’a dit un jour un patient travaillé par le désir d’avoir un enfant. De la même manière, je dirais quant à moi qu’il est difficile de comprendre qu’on puisse défier l’ordre établi et vouloir le rallier.

Peut-être faut-il ajouter qu’il n’est pas anormal de vouloir vivre sa sexualité pleinement, ni de se poser des questions sur le sens de sa vie quand on sait parfaitement qu’on va vers la mort sans se perpétuer, sans que quelqu’un se reconnaisse en nous en tant que père ou mère. Mourir seul, vite oublié.

Il y a un moment où cela se pose, pour chacun, sur- tout quand on n’a pas choisi clairement de ne pas faire des enfants. Les couples hétérosexuels stériles s’orientent vers la médecine ou vers l’adoption et cela n’a jamais choqué personne. Mieux encore, tout le monde éprouve de l’empathie pour eux. Mais lorsque les homosexuels font les mêmes démarches, les choses se compliquent pour eux.

Voici trois positions représentatives de ce que beau- coup pensent.

La première est celle du grand rabbin de France dans une interview qu’il accorde au journal Le Monde daté du 27 octobre 2012. Il dit : « Toute l’affection du monde ne suffit pas à produire les structures psychiques de base qui répondent au besoin de l’enfant de savoir d’où il vient. »

Il a raison de nous rappeler cette idée élémentaire. Cependant, il faut ajouter que ce n’est jamais évident de produire les structures psychiques de base qui garantissent à un enfant de se développer en tant qu’hétéro- sexuel. La preuve, des familles « comme il faut » sont surprises de découvrir qu’ils ont un garçon ou une fille qui devient homosexuel(le). Cependant, ce qui est particulier dans ce propos c’est que le rabbin adopte le discours des psychanalystes. Cela ne signifie-t-il pas que la position de la religion qui condamne sans ambiguïté la pratique homosexuelle n’est plus suffisante comme position en tant que telle ? Apparemment, il ne suffit plus de dire que Dieu interdit la pratique homosexuelle pour convaincre, il faut encore étayer son discours par le recours au discours des psychanalystes. Dieu n’aurait jamais imaginé que ses interdits ne se suffisent plus à eux-mêmes.

Quant aux imams, n’en parlons pas. Ils sont capables de nous jeter l’anathème. Mais, si bizarre que cela puisse paraître, on ne les entend pas lorsqu’il s’agit du tourisme sexuel qui concerne directement les jeunes garçons dans les pays du Maghreb par exemple.

En revanche, quand on entend le théologien Xavier Lacroix, dans ce même numéro du Monde évoqué, on comprend que l’Église aime les homosexuels de ce même amour que Jésus a pour l’humanité entière. Seulement, à suivre sa pensée, on a du mal à comprendre où il veut en venir. « On a un héritage biblique, qui objectivement a horreur de l’homosexualité. Mais Jésus n’en parle jamais et, pour l’Église, l’amour est la valeur suprême. Aussi, l’amour entre deux hommes ou deux femmes ne pose pas problème à l’Église ; c’est l’érotisme qui est plus trouble ; ce n’est pas homophobe que de dire que dans les relations homosexuelles, il y a une limitation spécifique. Pour cette raison, l’Église appelle les homosexuels à la continence. »

Que veut dire limiter ? S’abstenir complètement, faire l’amour en couple, ou éviter dans la mesure de possible, de recourir à une sexualité débridée comme c’est souvent le cas ? Difficile à comprendre. S’abstenir reste le leitmotiv de l’Église pour les hétérosexuels aussi. Pas d’amour en dehors du lien du mariage. Alors pourquoi ce qui s’applique aux uns se refuse aux autres puisque Jésus les aime tous ?

Bref, l’homosexualité a de l’avenir. Dans un contexte de banalisation nous découvrons jour après jour que ce qui se vivait comme une homosexualité latente entre de jeunes adolescents devient actif de nos jours. On ne s’étonne plus d’entendre de jeunes adultes nous affirmer qu’ils ne sont pas sûrs de leur préférence sexuelle parce qu’ils sont émus de la même façon par les garçons et par les filles. On n’hésite plus à essayer. Curieux de goûter à tout, ils ne s’offusquent plus quand quelqu’un du même sexe qu’eux leur fait des avances. Il faut noter que cette attitude est nettement plus fréquente chez les filles que chez les garçons.

Des psychanalystes et des religieux se donnent la main pour monter ensemble au front en vue de stopper les hordes de barbares. Des religieux citent des analystes pour étayer les interdits de Dieu, et des analystes adoptent un discours de plus en plus religieux pour venir au secours de l’inconscient. Bref, rien ne va plus.

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