Accueil

 

Du réel dans le couple: amour sexe et violence

DURA TEA Christine
Date publication : 06/02/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées - La parité : est -ce un progrès d'être tous semblables ?

 

Entre l'homme et l'amour, il y a la femme

Entre l'homme et la femme; il y a un monde

Entre l'homme et le monde il ya un mur

ANTOINE TUDAL

Ces vers d'Antoine Tudal que J.Lacan reprend dans le séminaire 'Encore', viennent introduire la réflexion clinique que je mène maintenant depuis quatre ans dans une consultation que nous avons appelé 'Paroles de Femmes'. Cette consultation est mise en place dans le cadre d'un dispositif qui intervient pour prévenir les violences faites aux femmes. Nous avons dans cette consultation qui a lieu dans un espace social ouvert pris la position d'accueillir des femmes victimes comme on dit de violence quelles soient conjugales, familiales, ou bien liées au travail et à la cité. Un accueil, un lieu d'écoute, un temps de parole, un lieu d'adresse et parfois un travail de paroles se met en place. Une petite affiche, un portrait de femme de Modigliani de ces femmes longilignes, dans une absence présence propre à Modigliani. Cette offre de parole faite aux femmes d'un quartier de Nice m'a permis des rencontres humaines singulières, et surtout d'être enseignée par la souffrance des hommes et des femmes confrontés aux discordes du conjugo, mais aussi du lien social, et de tenter de cerner ce Réel tel que Lacan le définit: 'Il n'y a pas de rapport sexuel'.

Que vient faire le psychanalyste dans un centre social et quelle éthique peut-il soutenir dans sa pratique quand le social le convoque pour l'aider à se débarrasser du réel et du symptôme. Elisabeth de Franceschi lors de son intervention nous rappelait ' le réel ne répond pas, nous répondons de lui, ce qui est une position éthique, la position éthique disait-elle, me parait la seule qui soit soutenable vis à vis du Réel'.

Justement 'La troisième' ce texte à l'étude cette année ( 2012-2013) nous le rappelle: car si le Réel c'est ce qui ne va pas, ce qui se met en croix dans ce charroi du lien social, du lien à l'autre, à l'autre sexe, si le symptôme vient du Réel, dans ce cas là, 'la violence faite aux femmes' peut nous apparaitre symptomatique du réel. Dans ce texte, Lacan nous rappelle d'accueillir le symptôme sans le nourrir de sens , car nous n'avons aucun espoir d'atteindre le Réel par la représentation, et il nous incite par cet accueil à ce que le réel du symptôme en crève et il nous fait entendre que le sens du symptôme dépend de l'avenir du réel. La violence trahit bien d'une part une contestation et d'autre part un impossible à supporter. Le symptôme justement dans son acceptation analytique conjoint ses deux valeurs et c'est bien à cette tâche de restauration et d'accueil du symptôme que la psychanalyse peut contribuer quand il est convoqué dans le social.

Vous reconnaitrez donc dans ce titre : Du réel dans le couple: Amour, sexe et violence, une référence à Woody Allen qui dans chacun de ses films nous a proposé une écriture du couple. Mais vous reconnaitrez aussi l'écriture d'un nœud borroméen à trois où amour sexe et violence peuvent tour à tour représenter le réel , le symbolique ou l'imaginaire, les trois registres dans le nœud étant homogènes, le réel représente la structure même de ce nœud, il n'est pas seulement un troisième rond mais c'est à trois qu'il font nœud et de ce fait qu'il font trou. Ce trou, trou du symbolique, implique l'advenu du sujet mais aussi son malheur car ce nouage implique alors: qu' il y a un trou dans le réel. C'est ce trou que Lacan désigne de l'aphorisme: 'Il n'y a pas de rapport sexuel'. C'est à dire il n'y a pas de fonction, à entendre de proportion, qui puisse s'écrire entre un homme et une femme. Dans RSI Lacan précise: 'quand j'énonce qu'il n'y a pas de rapport sexuel, je donne au sens du mot rapport l'idée de proportion... à entrer dans la figure du nœud il y a une tout autre façon de supporter la figure du non rapport des sexes, c'est de les supporter de deux cercles en tant que non noués. C'est de cela qu'il s'agit dans ce que j'énonce du non rapport, chacun des cercles qui se constituent, nous ne savons pas encore de quoi, dans le rapport des sexes, chacun dans sa façon de tourner en rond comme sexe n'est pas à l'autre, noué. c'est cela que veut dire mon non rapport; et Lacan de poursuivre en nous rappelant que dans le langage commun, le nœud peut désigner ce qui unit l'homme et une femme sans bien naturellement savoir ce dont il s'agit, en parlant métaphoriquement des nœuds qui les unissent. Ce sont ces nœuds qu'il vaut sans doute de rapporter en montrant qu'ils impliquent comme nécessaire ce 3 élémentaire dont il se trouve - dit Lacan- que je les supporte de ces trois indications de sens, de sens matérialisé, qui se figurent dans les nominations du Symbolique, de l'Imaginaire et du Réel.' RSI , nous entendons alors que trois registres sont de l'ordre d'une nomination.

Dans le séminaire 'Les noms du père', Lacan nous a encouragé à prendre le Réel comme moyen, c'est à dire prendre le Réel pour nouer l'imaginaire et le symbolique. D'une part cela peut nous éviter de tomber sous l'emprise d'un excès de symbolique - comme quand le patriarcat dans sa dimension phallocratique triomphait pourtant quand le symbolique noue le Réel et l'imaginaire du même coup il vient faire tiers entre l'homme et la femme. Et d'autre part prendre le réel comme moyen nous permettrait de ne pas rester sous le joug de l'imaginaire ce qui serait plutôt ce dans quoi dans nous nous trouverions aujourd'hui, quand l'imaginaire vient à nouer le réel et le symbolique avec toutes les conséquences dont certaines violences qui nous intéresse ici. Alors comment entendre 'prendre le Réel comme moyen ', ou plus précisément prendre pour chacun d'entre nous des bouts de réels comme moyen de nouage entre le symbolique et l'imaginaire?

La problématique qui nous intéresse reste à l'articulation du champ psychique et du champ social et nous avons à faire un repérage pour ne pas confondre les deux champs. En effet, notre modernité nous confronte à de nombreux bouleversements des structures de la familles (monoparentale...le débat sur le mariage pour tous et l'adoption par les couples homo sexuels sont à l'affiche en 2013 et nous convoquent tous), mais en tant qu'analyste avons-nous vraiment à prendre parti, quels sont les points éthiques sur lesquels nous ne pouvons céder?

Car jusqu'alors les rôles parentaux pouvaient nous apparaître distincts: autorité pour le père, soin pour la mère. Ces changements ont été accompagnés par de nombreuses lois, pour commencer celle qui remettait en cause en 1975 l'autorité paternelle exclusive au profit d'une autorité parentale partagée, ou plus récemment celle qui donne le choix aux parents de donner à leur enfant le nom du père de la mère ou les deux réunis. Aujourd'hui le père n'est donc plus le chef de famille et donc la question de savoir si la famille reste le système de Parenté qui soutien l'ordre social se pose. Marcel Gaucher lors de ses échanges (conférences de l'EPHEP en 2013) avec Charles Melman y répond sans ambigüité: NON.

Toutes ces mutations, ces évolutions comme on dit dans le social, sont avant tout révélatrices d'une remise en cause entamée déjà depuis plusieurs décennies du patriarcat traditionnel et impliquent une égalité de droits du père et de la mère dans l'ordre familial, de l'homme et de la femme dans le social (la loi sur la parité en politique, dans le monde du travail). Bien qu'à mon avis les femmes en sont encore loin, malgré leurs combats...

Quels sont donc les effets de ces mutations de notre civilisation sur la subjectivité de chacun? C'est une question que nous travaillons au sein de l'Association Chrysalides que certains connaissent et que nous allons continuer à travailler l'année prochaine dans le cadre d'un groupe de travail ouvert aux travailleurs sociaux et psychologues.

Ces mutations donc, constituent-elles une remise en cause fondamentale de l'instance phallique, de la castration si vous voulez en tant qu'elle opère dans la structuration psychique de chaque sujet pris au cas par cas. Car nous ne pouvons confondre le rôle du père dans le champ social et la fonction du Nom du père en tant que représentant du phallus symbolique dans le champ psychique, ces deux champs intervenant évidemment dans les manifestations symptomatiques d'une époque mais ne peuvent pas être confondus. Aussi si le patriarcat, le père chef de famille, n'est plus à l'affiche, cela ne signifie pas que le Nom du Père en tant qu'opérateur psychique n'opère plus. Car par le père symbolique, le Nom du père joue sa partie dans la façon dont la castration sera reçue par un sujet, mais l'action de la castration elle-même est le fait du père réel.

Retenons que le phallus commémore une perte, celle de la castration, et il ouvre en même temps la possibilité que le désir se dirige vers des objets marqués de la dimension du manque et doués par la même d'une certaine brillance. Aujourd'hui nous pouvons illustrer que le signifiant phallique, signifiant du désir comme de la castration, signifiant primordialement refoulé, autour duquel s'organise la différence sexuelle et la sexuation est en quelque sorte largement contesté.

Aussi nous pouvons nous demander si cette problématique de la violence notamment faites aux femmes, est une manifestation symptomatique de ce déclin du nom du père? Peut-être bien plus souvent d'une forclusion, certaines violences familiales en restent illustratives...une autre façon d'illustrer que 'ce qui est forclos du symbolique réapparait dans le Réel'. En effet la clinique de la famille nous permet d'observer que la position des pères réels est aujourd'hui difficile, cela n'a pas forcément des effets radicaux comme peut en avoir la forclusion du Nom du Père. Le sujet s'en défend en tentant de mettre du sien pour soutenir une phallicisation imaginaire parfois même dans la violence.

Car force est à constater que la problématique de la violence entre les hommes et les femmes mais également dans notre lien social, est devenue ces dernières années tant sur le plan social, politique et juridique dans notre société avec la question du 'genre', une priorité dans les dispositifs de prévention. Car la violence peut prendre une multiplicité de formes comme cette hostilité généralisée qui marquent les rapports sociaux dans notre pays. Charles Melman lors d'une conférence à Brest ( Qu'est-ce qui me rend violent; le 10 novembre 2007) soulignait: 'La violence concerne toutes les institutions de notre pays qu'il s'agisse de la justice de la police de l'enseignement... car chacun se sent en droit aujourd'hui de ne pas respecter les lois de la cité, pas davantage celles de la conjugalité, pas davantage celle de la famille, et non plus forcément celle de l'école. Nous nous trouvons ainsi face à un symptôme moderne qui est la dénonciation suspicieuse de tout ce qui fait autorité, de quelque ordre soit-elle. Ou bien cet ordre agit et dans ce cas, c'est un abus, ou elle laisse faire et ça témoigne de son incurie'.

De ce fait, nous pourrions penser que ces dispositifs de prévention viendraient régler les rapports entre les hommes et les femmes alors qu'en tant que psychanalyste sur ces questions justement nous continuons à nous référer à l'instance phallique qui venait jusqu'à présent ordonner la place de chacun des partenaires. Nous assistons de ce fait à un traitement social de la psyché et de la sexualité à l'intérieur même du huit clos du couple. Mais que veut donc dire encore 'l'instance phallique', le patriarcat n'est donc plus comme l'illustre Charles Melman depuis son livre 'L'Homme sans gravité', le modèle de référence dans l'organisation sociétale, familiale conjugale... de ce 21ieme siècle. Lacan l'avait déjà évoqué dans son article 'les complexes familiaux'. Quand nous travaillons avec des équipes de travailleurs sociaux qui accueillent, écoutent ces femmes victimes ou subissant des violences, la référence à des concepts psychanalytiques comme 'l'instance phallique' et à cette notion de Réel que l'instance phallique met en place apparait bien difficile à transmettre car les équipes restent centrées souvent mais pas toujours sur des discours idéologiques qui s'articulent autour d'une prise de position pour ou contre se référant souvent à des stéréotypes que le discours social du côté des féminismes les plus radicaux a pu véhiculer, car l'histoire du féminisme est riche et complexe et mérite qu'on s'y intéresse. Ou bien les équipes se réfèrent au discours juridique qui va vers une universalité dans les débats, bien plus qu'à une prise en compte d'une différenciation. Le cas par cas c'est le souci de la clinique... Car nous avons assisté ces dernières années à une législation en matière de violence et d'harcèlement conjugal, par exemple cette notion très subtile de 'pressions violentes à caractère physique et ou psychologique 'reste difficilement appréciable et a d'ailleurs a conduit à l'ouverture de lieu de prise en charge psychologique.

Pascale Belot Fourcade, lors de journées à Grenoble de l'ALI 'sexe et loi ' nous mettait en garde:

'Nous assistons bien à la mise en œuvre législative du traitement social de la psyché et de la sexualité sous forme d'une psychologisation, qui comme cela est le cas avec le transsexualisme ou l'homosexualité, sous couvert de naturalité, aboutit paradoxalement à une dé-subjectivation et à une normalisation des comportements jugés acceptables dans le social, l'état ne pouvant plus promouvoir une morale sexuelle spécifique sous peine d'être discriminatoire.

Le communautarisme sexuel autorise aussi un droit de regard sur la sexualité dite normale, en introduisant une normativation de la bonne jouissance qui s'appuie sur le genre, sépare les sexes non pas en bon et mauvais genre, mais en catégorie sociologique du féminin et du masculin sans les réunir, en méconnaissant ou déniant la valeur signifiante et quand même parfois érotique des jeux de langage associés au conjugo.

Cette normativation égalitaire sur le genre, et cela va continuer, s'énonce maintenant dans le droit par un traitement symétrique de l'entreprise de la conjugalité: le couple devient une entreprise, le concubinage un travail d'équipe et les conjoints, des partenaires qui doivent exclure toute violence de leurs ébats'.

Et surtout, comme le rappelle Charles Melman nous devons considérer et prendre en compte l'influence d'un philosophe comme Michel Foucault, ses écrits ont influencé pas seulement les milieux cultivés, mais son influence reste publique, je vous renvoie à son travail sur 'l'histoire de la folie'; ce grand penseur reste à l'initiative d'une dénonciation systématique de toutes référence paternelle dans tous les domaines où l'image paternelle peut servir de support à l'autorité. A ses yeux elle témoignait de quelle façon cette référence paternelle était la suprême violence existante et possible, puisqu'elle empêchait chacun de vivre, d'abord selon son désir - c'est à dire à rester conforme à un certain nombre de règles, car elles empêchent chacun au nom de la restriction qu'elle apporte à la jouissance d'accéder à une pleine satisfaction. La pensée de Michel Foucault a généré tout un mouvement de dénonciation de cette violence suprême que, dans notre vie privée et sociale, nous pouvions subir, du fait de cette référence à la figure paternelle.

Les travaux de Judith Butler restent marqués également par la pensée de Michel Foucault, elle nous encourage de cesser de vivre cette violence que l'anatomie, maintenant, impose à chacun d'entre nous. Pourquoi céder à cette sorte de hasard, ce mélange absolument arbitraire de chromosomes qui a fait que nous naissons homme ou femme, et elle a encouragé chacun à revendiquer le droit de vivre légitime, de vivre l'identité sexuelle qui lui plait, voire les identités sexuelles, en faisant éventuellement alterner et se succéder les différentes identités sexuelles comme des avatars dans un jeux vidéo, sans avoir d'autre règle que justement, se refuser à toute violence qui seraient imposée et qui peut être l'expression du droit de chacun.

Dans le groupe de lecture pour la préparation du séminaire d'hiver de l'ALI (2013) concernant la question des 'papa', dans la lecture de 'Moise et le monothéisme', nous avons saisi que la mise en place du patriarcat celui qui est propre à la religion judéo-chrétienne, a été d' instaurer le champ de la cause dans ce qui échappe à la logique, et donc d'instaurer le champ du non inscriptible. OU bien, s'il s'inscrit, le nom de Dieu va devenir imprononçable. Charles Melman nous rappelle dans 'L'homme sans gravité' qu'il a s'agit d'une mutation radicale, d'une rupture aussi bien avec le matriarcat qu'avec ce qui se passait avec le monde antique, peuplé de statuts, de représentation, de divinités diverses présentes sur les routes, le champs...Le pas qui est là franchi, c'est l'introduction d'une dimension essentielle, celle qui lie le réel à l'impossible. Il y a là un franchissement important pour l'intelligence humaine, établissant ce qu'effectivement le langage met en place, son exigence d'une perte de l'objet qui aurait pu être dit naturel'. Aussi nous pouvons nous demander si la castration, une autre façon de dire la mise en place de cet impossible, est liée à la religion ou à la structure c'est à dire au langage. Voilà la question éthique sur laquelle en tant que psychanalyste dans mes activités dans le social, je ne peux céder.

Car Charles Melman nous éclaire: 'ce que nous savons c'est que le système formel représentatif du langage implique toujours la mise en place d'un réel- soit: ce qui ne peut se dire - et d'un impossible. En revanche, ce sur quoi on peut réfléchir est la question de savoir si cet impossible lié à cette caractéristique du langage sera toujours celui du sexe, autrement dit si le signifié sera toujours sexuel. Comme le disait Lacan le rapport sexuel n'existe pas, est impossible, en d'autre terme ne saurait être harmonieux. Est-ce que des changements, des modifications dans l'écriture de ces processus sont susceptibles de mettre en place un défaut qui ne concernerait pas forcément le sexe? Et cela sans que, pour autant, ce changement viennent contrarier ou gêner le fonctionnement sexuel? Peut-être même le dit changement pourrait permettre d'envisager un autre type de rapport au sexe que celui qui est le nôtre, et qui est caractérisé par cette impossibilité, le côté 'ce n'est pas ça' auquel il renvoie toujours'. (L'homme sans gravité)

C'est là que le maniement et l'écriture du nœud borroméen et des jouissances qui en découlent, peuvent nous aider à saisir les modifications dans l'écriture de ces processus. C'était certainement le projet de Lacan à la fin de son enseignement, et nous pourrions le reprendre pour saisir les symptômes sociaux.

Pour poursuivre et en nous appuyant sur les articles du site de l'ALI concernant la violence ( Cf Jean-Pierre Lebrun), nous avons à prendre en compte à quel point la violence peut-être constitutive chez l'être humain. En effet il existe une violence structurale du fait que l'être humain est malade de la parole, comme le dit Lacan l'humain est un organisme dénaturé par le langage. Prendre la mesure de cette violence fondamentale, de structure, c'est prendre la mesure du langage qui nous définit en tant qu'humain, Le fait d'être plongés dans le langage, c'est à dire dans ce monde du signifiant, où comme sujet nous ne pouvons qu'être représenté par un signifiant auprès d'un autre signifiant, où le sujet n'est pas; ce qui veut dire que l'être humain en tant que sujet dépend de quelque chose qui est pris dans le discours, qui est pris dans la parole. Nous pourrions donc reconnaitre qu'il y a quelque chose de violent dans le fait d'être divisé par cette prise dans le langage. D'autant plus que le signifiant pouvant être différent de lui même, il n'y a donc pas moyen de s'y fier absolument... Porteur de signifiance, il conduit à effet de sens plus qu'il n'a de sens. Car les mêmes mots peuvent produire des effets de sens qui diffèrent bien au delà du discours. Les grandes réponses du sujet à la violence, conséquence de la prise du parlêtre dans le langage en fonction de l'histoire propre de chacun, nous permet d'expliquer le destin du parlêtre entre névrose, psychose et perversion.

La violence fondamentale qu'implique le langage est celle d'un 'Non' à l'immédiat: c'est une vrai violence que d'interdire l'inceste qui suppose à chacun de consentir à une perte pour être sujet; dans la langue le sens du terme violence n'est pas toujours péjoratif, comme par exemple l'expression 'la violence du désir'. Proscrire la violence reviendrait alors à proscrire la question de l'humain, la question reste de trouver à la violence sa juste place à l'intérieur du sujet.

Cette violence structurale se manifeste de plusieurs façons, Jean Pierre Lebrun dans son travail sur la violence dans le site de l'ALI, nous oriente: ' c'est une violence par exemple de ne pas pouvoir choisir ses parents, et c'est souvent porteur d'injustices flagrantes. C'est une violence que l'anatomie impose à chacun d'entre nous, et qui fait que nous naissons homme ou femme. Les premiers mots de la mère à l'égard de son enfant peuvent être considérés comme une violence, quand la mère suppose un savoir à son enfant, qui reste limité à ce qu'elle perçoit, une sorte de forçage. Mais mieux valent les mots limités d'une mère que pas de mots du tout. Une autre violence, l'introduction du père qui s'interpose entre la mère et l'enfant pour introduire l'altérité est souvent vécue comme une effraction. La position des parents, tant de la mère que du père, lorsqu'ils refusent à l'enfant la persistance de sa toute puissance infantile implique une violence'. Aussi Jean Pierre Lebrun nous rappelle que tout cela constitue une violence primordiale, positive, constructrice de l'identité humaine. Simplement parce qu'elle est symboligène: le sens de cette violence consiste à reconnaitre que des places différentes existent, que donc nous ne pouvons pas les occuper toutes en même temps, que nous ne pouvons pas être de toutes les générations, ni de tous les sexes à la fois, que donc nous sommes limités, tout n'est pas possible'.

Cette violence structurale est le prix que nous payons à cette faculté de langage qui nous spécifie dans notre humanité. Pas moyen d'entrer dans le monde des humains comme sujet sans accepter la violence fondamentale en quoi consiste l'interdit de l'inceste, qui au sens psychanalytique désigne la perte d'immédiateté nécessaire au développement du registre symbolique. Aussi nous pouvons entendre dans cette formulation de Serge Leclaire comment fait retour cette violence: 'la violence dit-il est la mise en acte d'une tentative de sortir de la relation incestueuse. Ce qui est interdit dans notre société, ce n'est pas l'inceste, c'est de sortir de l'inceste'. Aussi la violence pourrait se définir comme ce que la culture, c'est à dire le lien social, rejette et à quoi elle substituent la justice, le droit, la règle, la loi, la violence nous apparaît indissociable du lien social par rapport à quoi elle se définit. Dans ma pratique, c'est bien l'articulation du symptôme au lien social qui m'oriente, d'où l'intérêt porté dans cette problématique de la violence à l'enfant et à la femme dans les consultations mises en place plus largement à la famille ou à ce qui attaque le lien social dans ses fondements: l'inceste.

La question de l'inceste doit être lue à la lumière de Freud. Qu'un homme ait une relation sexuelle avec une femme ne fait pas lien incestueux.

Pour Lacan il est clair que l'identification sexuelle ne consiste pas à se croire homme ou femme mais à tenir compte 'qu'il y ait des femmes pour le garçon, de ce qu'il y ait des hommes pour la fille', homme et femme ne valent donc que l'un par rapport à l'autre. L e réel, dit il, c'est que la fille peut être le phallus pour les hommes comme le garçon peut l'être pour les femmes: chacun pouvant incarner pour l'autre pendant un moment la jouissance sexuelle. La jouissance d'une femme pour un homme, et celle d'un homme pour une femme viennent alors à la fois se conjoindre dans la superposition d'une jouissance commune - la jouissance sexuelle référée au phallus - et se disjoindre dans la jouissance sexuée - référée à un objet.

Aussi, comme 'parlêtre' chacun est diversement aux prises avec le corps de l'autre dont il espère récupérer une part de jouissance perdue à parler: le sujet qui se range côté masculin, intégralement par la voie signifiante (complexe d'Oedipe et phallus), le sujet qui se range côté féminin, aussi en consentant à incarner cette part de jouissance perdue par chacun. 'Il n'y a pas de rapport sexuel', commente Lacan. Au mieux le sujet 'masculin' suçote les morceaux du corps de l'autre, tandis que le sujet côté femme... se voit d'où l'homme la voit, incapable de dire ce qu'il en est de la jouissance féminine, si tant qu'elle l'éprouve.

Dès lors qu'est-ce qu'un couple ? Sidi Askofaré dans son article précise: La thèse déductible de la psychanalyse est que deux éléments de la structure n'ont de relation qu'à la condition d'un troisième qui, par rapport aux deux autres, remplit la fonction du symptôme ; si nous prenons la problématique de l'enfant dans son rapport au couple parental, elle s'énonce: l'enfant symptôme signifie qu'en tant que tel l'enfant empêche les parents de faire couple incestueux. Je vous renvoie à la note de J. Lacan à Jenny Aubry qui reste plus que jamais d'une grande actualité et d'un grand enseignement. En est-il de même dans un couple homosexuel, je ne pourrais pas répondre. Sauf que l'interdit de l'inceste suppose la différence des sexes et des générations. Mais une autre question m'apparaît de ce fait évidente, la violence peut bien être dans un couple, ce symptôme qui le noue. Nous comprenons alors bien pourquoi il est si difficile d'en sortir, de la violence et du couple.

La violence dans la problématique qui nous intéresse des violences faites aux femmes peut se définir comme l'exercice direct, brutal de la force pour obtenir ou maintenir une emprise sur l'autre. Mais la domination n'est pas toujours du côté que l'on croit. Nous repérons bien dans ces histoires que cette violence c'est souvent la sortie du langage. 'Là ou la parole se défait, commence la violence' J. Lacan

C'est à dire du moment où le langage se trouve disqualifié. Lacan dans le séminaire 'D'un discours qui ne serait pas du semblant' a une formule assez saisissante lorsqu'il décrit le moment où le semblant, le semblant du discours devient du sang rouge! Alors à ce moment là le jeu sur le signifiant n'a plus rien de comique et nous pouvons constater dans quelles proportions la violence peut se déchainer à l'échelle des individus comme à celle de tout un pays et avec quelles conséquences! Cette place du semblant dans le discours - la place de l'agent- qui fonde la position d'autorité et que Lacan oppose au sang rouge, nous pointe que l'ordre du signifiant n'est pas suffisant pour assurer la pérennité du lien social, car le signifiant n'est en lui même pas en mesure de répondre de l'ordre dans lequel il est pris. Ce qui me paraît intéressant en suivant Lacan dans ce séminaire, c'est la place du semblant archaïque qui dit-il nous permet de retenir un peu plus le moment de ce que représente la femme; 'la femme c'est précisément dans cette relation, ce rapport, pour l'homme l'heure de vérité.' Comme on dit l'heure de vérité pour les toréadors qui pour s'assurer qu'ils ne sont pas des personnage d'opérette doivent de temps en temps aller rencontrer le taureau et Carmen! 'La femme est en position, au regard de la jouissance sexuelle, de ponctuer l'équivalence de la jouissance et du semblant... Il est certainement plus facile à l'homme d'affronter aucun ennemi sur le plan de la rivalité que d'affronter la femme en tant qu'elle est le support de cette vérité, de ce qu'il y a de semblant dans le rapport de l'homme à la femme... Nulle autre que la femme, c'est en cela qu'elle est l'Autre avec un grand A, ne sait mieux ce qui de la jouissance et du semblant est disjonctif parce qu'elle est la présence de ce quelque chose qu'elle sait... à savoir que jouissance et semblant, s'ils s'équivalent, dans une dimension du discours, n'en sont pas moins distincts dans l'épreuve, que la femme représente pour l'homme la vérité, tout simplement, à savoir celle-là seule qui peut donner sa place en tant que tel au semblant'.

Concernant la violence dans le conjugo, nous pouvons repérer, comme nous l'indique Martine Lerude dans la revue Lacanienne (Sex et Gender), comment un excès de représentation sur la scène sociale qu'introduit la question du genre, ce semblant d'homme, ce semblant de femme se situerait aussi à la limite du discours, à ce point justement où le semblant n'a plus cours. C'est une manière actuelle, moderne, de désigner le réel sexuel. Le genre, en offrant toute la graduation imaginable du vrai homme à la vraie femme en passant par l'ambigüité androgyne, se soutient des interventions sur le corps réel, toutes les chirurgies transformatrices mais aussi le tatouage le percing..., c'est une affaire de détermination personnelles et de moyens financiers

Cette violence souvent écoutée du côté des femmes soit dans des récits convoquant l'horreur soit dans la plainte, l'est rarement du côté des hommes, les unes positionnées en tant que victime, les autre en tant qu' 'auteur'. Je vous rappelle qu'auteur veut dire étymologiquement s'autoriser, de ce fait de quoi donc s'autorisent les hommes dont les femmes seraient victimes. Le tableau de la sexuation que je ne reprendrai pas ici peut nous aider à repérer que les hommes s'autorisent d'être soumis à la castration, les femmes justement de n'y être pas toute soumise. Ce qui peut énerver les hommes. Mais dans ces histoires de couple ou de famille, nous avons également à prendre en compte le fantasme qui structure chacun des partenaires dans leur histoire même et qu'ils mettent en scène à leur insu dans une répétition de la violence jusqu'au jour où ils rencontrent peut-être un lieu d'adresse.

Charles Melman rappelait à la Sorbonne lors d'une journée sur le féminisme que les femmes justement se situe au lieu de l'Autre, de Réel, elle sont en fait cette au moins-une et de ce fait elle représente pour un homme le lieu de l'autorité et si elle le décide cette autorité elle la délègue à un homme pour l'exercice de sa fonction paternelle. Mais aujourd'hui il semblerait qu'elles ne souhaitent plus déléguer cette autorité.

Mais, il est vrai que ce sont les femmes - et les chiffres sont conséquents - qui peuvent mourir sous les coups d'un homme, mais pas toujours. Pourtant la plupart de ces histoires, pas toutes comme les mariages forcés ou arrangés pour des raisons de papiers, la plupart de ces histoires sont des histoires d'amour, le sexe n'ayant pas toujours été consommé - car l'amour se passe souvent du sexe - ou même malgré les dites violences le sexe continue son commerce. Mais comme le dit la chanson, 'les histoires d'amour finissent mal, en général'! Mais quoiqu'il en soit nous avons retrouvé dans ces différents phénomènes de violence leur fonction dans le lien social, telle que Sidi Askofaré les repère:

- Il y a de la violence qui institue le lien social, il n'y a pas d'institution du lien social sans violence: c'est la violence dans son statut d'acte;

- Il y a de la violence qui défait le lien social, qui est sans adresse qui n'appelle ni déchiffrage, ni interprétation: c'est la violence dans son statut de passage à l'acte;

- Il y a de la violence qui participe à la mise en place du lien, à son réaménagement ou à l'institution d'un nouveau lien social: c'est la violence dans son statut d'acting- out.

Alors, pourquoi les histoires d'amour finissent mal en général, la définition du nœud borroméen peut nous aider a comprendre pourquoi: il suffit de couper un des trois pour que le nœud ne tienne plus. Amour sexe et violence. Mon hypothèse, vous l'avez repéré, c'est donc que quand la violence structurale inaugurale que met en place le langage est attaquée et ne fait plus tenir le nœud, l'amour, le sexe et la violence se défont, et la violence fait retour et déchaine le nœud.

Alors du côté de l'amour et du sexe, quels repérages nous enseignent cette clinique de la violence dans le conjugo.

Freud dans 'Malaise dans la civilisation' posait la question de savoir si le sexe pouvait nous rendre heureux. Nous pouvons en suivant Freud et Lacan retrouver l'affinité de la sexualité avec l'agressivité et la pulsion de mort plutôt qu'avec le bonheur.

Aujourd'hui cette violence nous amène donc à nous poser la question de ce qui peut faire accord entre un homme et une femme. Charles Melman dans sa conférence à Brest en 2007 nous dit: ' on entend bien dans les revendications ou les plaintes que cette violence est déclenchée par le sentiment d'être privé de son droit de vivre à son gré. En effet si la violence consiste à empêcher autrui de vivre à son gré, alors entre ce qui est le gré de l'un et le gré de l'autre, il n'y a plus rien qui fasse accord et qui relève du bon gré de chacun. Car ce qui jusqu'ici faisait l'accord des volontés, se soutenait de la référence à cette instance paternelle qui faisait les parts autant de cette jouissance sexuelle que de cette insatisfaction sexuelle, dont l'un ou l'autre du couple pouvait relever. Car après tout, l'insatisfaction sexuelle n'est pas forcément du côté d'un seul sexe. En effet si dans le rapport à la sexualité, l'accord des volontés apparait comme un effet de la volonté de cette instance, il faut reconnaître que la sexualité, c'est aussi ce qui vient déranger notre confort'.

Nous nous défendons contre la sexualité. L'écoute des femmes victimes de violences ou aussi bien les hommes auteurs de violences nous enseigne sur la façon dont chacun se défendent de la sexualité. 'La névrose est l'exemple et illustre que nous nous défendons de la sexualité qui s'impose à chacun d'entre nous comme une violence que nous avons à gérer et à laquelle nous pouvons agréer ou pas, selon nos dispositions privées, selon les identifications que nous pouvons souhaiter ou pas. Freud dans 'Au delà du principe de plaisir', nous démontre qu'au delà, il y a notre aspiration à nous tous à vivre dans le nirvana, dans le calme, dans l'équilibre, vous l'entendez souvent dans la bouche de vos patients, à ne pas être embêté; trouver l'harmonie. Car ce qui est la cause première de l'intranquillité et qui débouche inévitablement sur un certain nombre de conséquences de l'ordre de la violence c'est le sexe.

' Aussi débarrassé de cette référence commune entre partenaire, de cette instance paternelle ou phallique, appelez là comme vous voulez, l'individualisme s'affirme, chacun pour soi et y compris dans la concurrence. Aussi dans la mesure où s'affirment les exigences privées, ce qui peut apparaître comme son bon droit, la légitimité de son bon gré peut facilement faire violence pour l'autre, puisque il n'y a plus de raisons que nous soyons d'accord.

Des lors que le discours social promet à chacun de vivre selon son gré, il y a cette violence qui est celle produite sur le semblable, à partir du moment où leur gré n'est pas le même. De ce fait, qui va nous mettre d'accord, comment allons nous trouver cet accord'. (Conférence de Charles melman à Brest, novembre 2007)

Vous comprenez comment de nouvelles pratiques professionnelles, la médiation, les espaces qui s'y réfèrent, se sont mises en place. Ainsi que l'importance de la législation à outrance concernant ce qui jadis relevait du lit conjugal.

Et l'Amour alors dans tout cela. Dans le dictionnaire de la psychanalyse de Roland Chemama et Bernard Vandermermersch, l'amour est défini comme un sentiment d'attachement d'un être pour un autre, souvent profond voire violent, mais dont l'analyse montre qu'il peut être marqué d'ambivalence et surtout qu'il n'exclut pas le narcissisme. Le terme Eros dont s'est servi Freud désigne l'ensemble des pulsions de vie, comprenant pulsions sexuelles et pulsions d'autoconservation qui s'y opposent. Mais l'Amour n'est pas la seule force qui mène le monde, la seule force capable de s'opposer à la mort, Thanatos, cela reviendrait à gommer justement le rôle déterminant de ce qui est plus spécifiquement sexuel dans l'existence humaine, cela nous amène à prêter attention à ce qui distingue amour et désir; par exemple beaucoup d'hommes ne peuvent désirer la femme qu'ils aiment, ni aimer la femme qu'ils désirent. Je vous renvoie à la façon dont Freud traite la question du sort des pulsions dans sa métapsychologie (1915), dans ce trajet Freud fait valoir la singularité de l'amour, lui seul peut être renversé quant au contenu, dès lors qu'il n'est pas rare qu'il se transforme en haine: le sujet peut venir assez couramment à haïr l'être qu'il aimait, c'est le sens que nous pouvons donner à la notion d'ambivalence. Cette ambivalence s'explique du fait de l'aliénation qu'il peut y avoir dans l'amour. Dans cette dépendance amoureuse, la haine accompagne l'attachement passionnel, ce que Lacan nomme 'l'énamoration'. C'est le rôle que joue le narcissisme pour le sujet humain qui nous permet d'avancer. Dans un article de 1914, Pour introduire le narcissisme, Freud rappelle que certains hommes, comme les pervers et les homosexuels ' ne choisissent pas leur objet d'amour ultérieur sur le modèle de la mère mais bien sur celui de leur propre personne'. 'De toute évidence ils se cherchent eux même comme objet d'amour, en présentant le type de choix d'objet que l'on peut nommer narcissique'. Quant aux femmes, Freud relève qu'elles aiment 'selon le type narcissique' et non 'selon le type par étayage' où l'amour s'appuie sur la satisfaction des pulsions d'autoconservation où il vise 'la femme qui nourrit', 'l'homme qui protège'. Au delà de la différence entre les hommes et les femmes, on ne peut nier que souvent l'amour apparent pour autrui dissimule un amour beaucoup plus réel de sa propre personne. Comment ne pas voir que le sujet aime le plus souvent l'autre en tant qu'il est fait à son image, ou encore en tant qu'il renvoie de lui même une image favorable. Lacan développera ces questions. Dans le stade du miroir, il soulignera que le sujet de par sa constitution même est fait de cette image où le sujet a pu se constituer comme totalité achevée, où il a pu se reconnaître où il a pu s'aimer. C'est là la dimension où s'enracine ce qu'il ya de fondamentalement narcissique dans l'amour humain, s'il est vrai que c'est toujours du sujet qu'il s'agit dans ce qu'il peut aimer dans l'autre. Aujourd'hui ne serions nous pas confrontés à un narcissisme généralisé, à un amour généralisé de sa propre image, du même. Comme illustration, nous pourrions nous appuyer sur cet idéal de la rencontre via internet à partir des mêmes goûts qui font correspondre les profils entre eux et qui promettent au partenaire un accord parfait. Et pourtant souvent ces rencontres tournent court, car justement comme nous le rappelle Charles Melman, la condition du désir ce n'est pas la semblance, l'identité et même comme nous le savons dans un couple qui réalise cette identité sur le plan sexuel, une disparité est forcément introduite, toujours une disparité subjective. Les membres d'un couple n'occupent pas la même place, l'un occupe une place, l'autre occupe une autre place. Pour que le désir puisse s'entretenir, il faut la violence introduite par l'altérité. L'altérité ça ne veut pas dire que mon semblable relève d'un père étranger, ce n'est pas l'étranger, l'altérité ce n'est pas l'étranger, l'altérité c'est quelqu'un qui relève ou pas de la même communauté, ça n'a pas d'importance, mais qui n'occupe pas de toute façon la même place que moi. Le réel du couple c'est bien cette altérité.

Car on ne peut réduire l'amour qu'à cette dimension narcissique. Alors que pour le désir, l'objet manquant, comme pour le fétichisme ou la perversion, peut se projeter sur un écran, l'amour ne vise aucun objet matériel. Chez l'enfant par exemple dont les demandes incessantes n'ont pas pour but d'obtenir les objets qu'il réclame, ces objets sont demandés au titre d'un simple signe, le signe de l'amour que le don rappelle. En ce sens comme le dit Lacan ' l'amour c'est donner ce que l'on a pas à quelqu'un qui n'en veut pas'. L'amant aime sa bien aimée surtout pour ce qui lui manque, seule façon de s'assurer qu'elle ne vient pas boucher, par une réponse trop ajustée, le désir qu'il peut avoir d'elle. C'est dans la demande que se nouent le désir et l'amour.

Rappelons que c'est la castration, l'interdit qui vient inscrire le manque pour le sujet humain. Des lors si le sujet aime l'autre en fonction de ce manque, son amour se détermine d'abord pour celui auquel il attribue cette opération de la castration. C'est pourquoi l'amour du sujet est d'abord un amour pour le père, ou mieux pour un bout de réel du sujet sur quoi va reposer aussi l'identification première constitutive du sujet lui même, et qui permet son entrée dans le signifiant.

Nice-Février 2013

Biblographie :

Jacques Lacan: les séminaires:

- ' D'un Autre à l'autre' édition de l'ALI

- 'RSI' édition de l'ALI

- 'La troisième' annexe du séminaire RSI

- 'Le sinthome' édition de l'ALI

Sigmund Feud: 'L'homme Moise et la religion Monothéiste' PUF

Sigmund Freud: 'Malaise dans la culture' PUF

Dictionnaire de la Psychanalyse: Roland Chemama et Bernard Vandermersch édition Larousse

Charles Melman: 'l'Homme sans gravité'

Charles Melman: Nombreuses conférences dont: 'Qu'est ce qui me rend violent' 2007 à Brest.

Jean-Pierre Le Brun: articles du dossier du site de l'ALI sur la violence

La revue Lacanienne n°4 'Sex and Gender' 2008, Grenoble

Cahier de l'Association Lacanienne Internationale: 'Savons nous encore ce qu'est le phallus' , journée des 3 et 4 décembre 2005, Paris

Cahier de l'Association Lacanienne Internationale: 'Désir d'Homme, désir de Femme?, journée du 17 et 18 septembre 2005, Milan

Cahiers de l'Association Lacanienne: 'Des jouissances à la dérive' 2005, Chambery

Clinique Méditerranéennes 2002/2 n° 66: Psychopathologie du Travail:

Sidi Askofaré: 'Clinique de la violence Recherche Psychanalytique'

Espace personnel