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Séminaire : La cure analytique conduit-elle à l'athéisme ?

Date publication : 19/06/2014
Dossier : Dossier de préparation du Séminaire d'hiver 2013

 

Y a-t-il nécessité logique de conclure, au terme d'une analyse, à ce jugement d’existence qui dit non à l’existence d’un ou de plusieurs dieux ? Ce jugement, s’il implique préalablement une Bejahung logiquement première, est-il alors

- dénégation (Verneinung, « je pose Dieu et je dis : il n’existe pas ». C’est paradoxalement le mot dont se sert Lacan pour qualifier la position du religieux non pas bien sûr à l’égard de l’existence de Dieu mais à l’égard de la part que le sujet aurait à prendre dans le fondement de sa vérité, à savoir qu’il en remet dans ce cas la charge à Dieu),

- désaveu (Verleugnung) : « je sais bien que ce lieu est vide… mais quand même »,

- récusation : « en quoi cela me concerne-t-il ? »

- Deuil : « Il est mort, il n’est plus là le père créateur tout-puissant qui puisse me guider en échange de quelque sacrifice. »

L’indifférence en matière religieuse est-elle refoulement ou forclusion ?

D’où l’enjeu clinique de la question.

Il s’agit de vérifier si la clinique peut – éventuellement - se décliner comme autant de positions subjectives à l’égard de l’Autre pris comme sujet et non comme lieu vide, et dans ce cas si cette position est solidaire d’une adhésion à une religion ? Si vraisemblablement elle ne l’est pas, et dans la mesure où la foi, comme la guérison, vient par surcroît, qu’apporte-t-elle en plus de la structure aux conditions de la cure ?

Je dis autrement : nommer ce sujet supposé habiter le réel « Dieu » et s’inscrire dans une religion révélée ne fait pas pour autant de la religion une structure autonome. Elle pourrait néanmoins constituer une circonstance spécifique de la cure si, comme le dit Lacan, les catholiques sont inanalysables, avec les japonais et d’autres…

Il peut arriver aussi que nous ayons une demande d’analyse de la part d’un croyant. Nous sommes confrontés alors à cette difficulté que Lacan déplie dans La science et la vérité : « La fonction que joue dans la religion la révélation se traduit comme une dénégation de la vérité comme cause [puisque elle renverse la donne], à savoir qu’elle dénie ce qui fonde le sujet à s’y tenir pour partie prenante…. Disons que le religieux laisse à Dieu la charge de la cause, mais qu’il coupe là son propre accès à la vérité. » (Ecrits, p.872).

Comment retrouver cet accès sans reprendre la cause à sa charge et en décharger un Dieu dès lors inutile ? Le religieux n’est-il pas celui qui y a renoncé définitivement ?

Il s’agit dans ce cas non pas tant de croyants que de religieux. Parmi eux, certains fort instruits ont traversé l’analyse en gardant la foi, pas sans remaniement subjectif cependant.

Tandis que notre argument affirme qu’« Il n’y a personne dans l’Autre pour valider notre désir ou pour fixer les règles justes de notre action. » comme si cela allait de soi puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, de bons analystes de l’école freudienne se disaient croyants. Louis Bernaërt, s.j, reconnaissait qu’en tout cas Dieu ne répondait pas. Pour Françoise Dolto l’évangile résiste au risque de la psychanalyse. Certains analystes aujourd’hui encore avouent être croyants mais le disent plutôt en dehors des cercles analytiques.

Pour beaucoup d’entre nous, il ne s’agit là que de vestiges d’une autre époque. Il est bien entendu que Dieu n’existe pas, que la religion n’est, comme le disait Freud en 1927[1], qu’une illusion. Et dans la culture actuelle en occident, l’église n’est pas très vaillante, sa voix est contestée par ses propres fidèles et, à première vue, il est bien difficile de souscrire à ce que Lacan annonçait il y a 40 ans: le triomphe de la religion. Il est vrai qu’il disait surtout que, contrairement aux vœux de Freud, la psychanalyse ne triomphera pas de la religion et que cela ne concerne pas seulement la vraie, mais aussi « un tas de fausses [2]». Il faut bien admettre que là, ça prolifère. Mais si j’en juge par les travaux d’Angela Jesuino, il n’est pas si facile de dire à quoi s’adressent ces nouveaux cultes. Peut-être d’avantage à des dieux-objets a qu’à du dieu UN. L’homme post-moderne serait plus a-fidé qu’Un-fidèle[3] [ou Un-féodé]. Si la religion apparaît increvable à Lacan, c’est qu’elle est capable de donner du sens et notamment à tous les bouleversements introduits par la science dans la vie de chacun[4]. Alors que la psychanalyse, à contre-courant, cherche à réduire le symptôme en le privant de sens.

Il y a cependant quelques motifs de s’intéresser à l’athéisme que Melman développe dans un très bon éditorial du DP n°19 (ancienne série), dont je citerai ces quelques questions :

- « Une analyse se pourrait-elle qui ne serait aucunement concernée par la proposition métaphysique ? Est-il concevable que l’athée puisse éviter cette proposition sans pour autant tomber dans un logico-positivisme ravageant ? »

- « La mollesse, l’indifférence ou la tiédeur actuelles au regard de cette question ne peuvent être que l’indice d’un refoulement. Faut-il y voir la forme moderne de la passion de l’ignorance ?»

Il montre ensuite que la science ne saurait tenir [lieu] de rempart contre la religion, citant à l’appui l’exemple de Newton et d’autres, que le déclin des grands monothéismes s’accompagne d’une prolifération de sectes ou de religions à la carte.

Et en conclusion, il nous livre une des leçons qu’il tire de l’athéisme.

- « Libertins d’esprit, loin des révérences aux autorités mais loin également de les combattre, sans certitudes, sans guides ils faisaient diligence pour une solution qui était la leur, la terre ferme dût-elle quelquefois leur manquer. Mais comment faire autrement si Dieu est Une-Bévue ? »

Existence de Dieu – croyance en Dieu

Il semble utile pour ce travail de dissocier, au moins provisoirement, la question de l’existence de Dieu, que la psychanalyse ne peut éluder, et la croyance en un Dieu révélé par une religion.

C’est contre cette croyance surtout que porte l’athéisme de Freud sur lequel je resterai aujourd’hui.

La croyance.

L’étymologie de croyance renvoie à credo à kred-dhe : c’est mettre son « kred » dans une divinité impliquant restitution, confier son kred avec certitude de la récupérer. Ce kred, on a pu penser qu’il s’agissait du cœur (cord), « mettre son cœur dans quelque chose ». Il apparaît que pour des raisons morphologiques et philologiques ça ne colle pas. Benveniste propose cette conjecture : « kred serait une sorte de gage, d’enjeu, quelque chose de matériel, mais qui engage aussi le sentiment personnel, une notion investie d’une force magique appartenant à tout homme et qu’on place en un être supérieur. Il n’y a pas d’espoir de mieux définir ce terme, mais nous pouvons au moins restituer le contexte où est née cette relation qui s’établit d’abord entre les hommes et les dieux, pour se réaliser ensuite entre les hommes »[5]. Benveniste note également que croyance et créance, sont deux sens toujours associés. Croire c’est créer une créance à l’égard d’un dieu, ouvrir un crédit.

Cette étymologie suggère une analogie avec l’objet a et associe la croyance à un transfert.

La religion comme illusion.

La religion, nous dit Freud dans L’avenir d’une illusion, est une illusion, non pas tant pour la raison que la doctrine religieuse reposerait sur des erreurs - souvent ses énoncés sont invérifiables et quand ils sont en contradiction manifeste avec les acquis de la science, la religion peut faire son aggiornamento, c’est-à-dire interpréter les textes - mais pour ce que « dans sa motivation, l’accomplissement de souhait vient au premier plan… ». (Wunscherfüllung, c’est le mot même qu’il emploie pour qualifier la signification du rêve)

« … il serait fort beau, écrit-il, qu’il y eût un Dieu, Créateur de mondes et Providence bienveillante, qu’il y eût un ordre moral du monde et une vie dans l’au-delà, mais il est néanmoins très frappant que tout cela soit exactement ce que nous ne pouvons manquer de nous souhaiter… »[6].

Freud ne cache pas son vœu, à lui, qui est de la victoire de la rationalité. Il se fait le vigoureux défenseur de la science et sans doute de la scientificité de la psychanalyse en concluant son essai par ce cri : « Non, notre science n’est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous pourrions recevoir d’ailleurs ce qu’elle ne peut nous donner ».

Avec cette dernière phrase Freud refuse les secours de la religion.

L’impossible freudien.

10 ans plus tard (1937), dans Analyse finie et infinie, Freud reconnaît que si la psychanalyse est une science, elle n’en est pas moins une profession « impossible » comme l’art d’éduquer les hommes et l’art de gouverner.

On peut regretter que Freud, malgré son immense culture, n’ait pas alors saisi ce que cet impossible devait à ce qu’il appelle lui-même son dieu Logos[7]. Freud, pourtant ferme dans son athéisme, ne semble pas reconnaître les limites des pouvoirs de son dieu Logos dans son propre domaine, et se voit contraint, dans la méconnaissance de ces limites intrinsèques, de situer cet impossible, i.e. (selon Lacan) le réel et qui concerne précisément la castration, hors du Logos:

- soit dans un prétendu « fait biologique », à savoir « le refus de la féminité » pour rendre compte du « grand mystère de la sexualité » et notamment du complexe de castration, ce qui confirme sa pente au scientisme,

- soit dans un prétendu fait préhistorique, le meurtre du père de la horde primitive, pour faire tenir l’édifice. Son insistance sur la réalité du meurtre d’un père primitif qui s’accaparait toutes les femmes (Totem et Tabou 1912-3), donne naissance à un grand mythe qui vient recouvrir l’impossible au prix d’une certaine « prosternation devant la jouissance phallique »[8].

La première solution, biologique, situe le réel hors langage et non comme lié à sa structure. Elle nourrit l’illusion que le complexe de castration serait contingent. Il n’est pas évident que Freud en ait reconnu le caractère normativant. Il est vrai que c’est une norme qui se paie du symptôme. Pour nous, avec Lacan, la castration a incontestablement un effet « normalisant » et intellectuellement stimulant à travers une énigme : « pourquoi l’homme ne doit-il assumer les attributs de son sexe qu’à travers une menace, voire sous l’aspect d’une privation ? » [9] Cet effet normalisant tient à la mise en place d’un réel à partir du langage mais aussi de l’anatomie : l’absence de tout rapport naturel ou logique entre les sexes au profit d’un rapport spécifique et non complémentaire de chaque sexe au phallus[10]. Il est vrai que Lacan, avec le nœud borroméen déloge le phallus de sa place centrale dans la structure du sujet pour le rendre, ce sujet, potentiellement seulement dépendant du nouage RSI équivalent à a.

Quant à l’autre solution, « historique », du meurtre du père, dans Totem et Tabou puis dans l’Homme Moïse et le monothéisme, destinée à rendre compte de la religion juive, elle renforce plutôt ce qu’elle souhaite démystifier en nourrissant le culte phallique de l’Œdipe qui, il faut bien le dire, restera longtemps la clé unique des interprétations analytiques avant qu’on ait détourné l’analyse de l’inconscient pour celle des défenses du Moi, en s’écartant encore plus du réel. L’Œdipe n’a-t-il pas servi à condamner toute pensée originale issue de la horde analytique en la ramenant au complexe ? La psychanalyse n’a-t-elle pas été vécue comme une foi par ses fidèles et la parole de Freud ou de Lacan comme vérités révélées ? Peut-on espérer aujourd’hui étudier un séminaire en étant dupe de la structure qui en nécessite le dire et ses méandres plutôt que dupe des solutions qu’il apporte ?

L’illusion scientiste.

On ne peut ainsi dissocier l’Avenir d’une illusion qui tend à vaincre la religion, du texte presque contemporain l’Homme Moïse qui semble l’entretenir et je propose quelques remarques et objections :

- La première est que Freud n’aborde qu’une partie du problème car ce n’est pas tant l’absence d’un Dieu père qui angoisse le névrosé que l’absence d’une garantie de la vérité. Que certains – mais sont-ils névrosés – aillent jusqu’à donner leur vie en gage pour assurer cette vérité, cela ne s’explique pas seulement par notre condition d’orphelin. L’affirmation dogmatique d’une vérité s’est parfois recommandée d’un athéisme militant (cf. le communisme). Il va de soi qu’il s’agit dans ce cas de la vérité sœur de la jouissance sans laquelle la vie serait vaine et non de la vérité réduite à un indice logique.

- Certes la science n’est pas une illusion et elle a des effets bien réels. Comme le dit Freud, son champ est limité « mais ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu’elle ne peut nous donner ». Mais contrairement à ce qu’il semble croire[11], elle n’a aucun rapport avec l’amour de la vérité. « La vérité comme cause, dit Lacan, elle n’en voudrait rien savoir ». [12] Rien, sinon son propre mouvement, ne guide ni n’arrête l’immense désir qui la porte et qu’elle ignore. En aucun cas elle n’a permis à un sujet de se guider dans l’existence. Le savant fou n’est pas qu’une figure de science fiction.

- La science n’est pas une illusion mais « Dieu sait » de combien d’illusions elle est le support, ce qu’on appelle le scientisme, forme d’obscurantisme qu’on trouve dans presque tous les articles de vulgarisation et notamment sur le darwinisme si cher à Freud. Ce scientisme est le corrélat de l’oubli curieux et constant que l’homme est un animal parlant et qu’il est soumis à l’incomplétude du langage : il n’y a pas de dernier mot et le sujet qui n’existe que grâce à ce manque dans le langage n’est pas non plus caché dans les neurones ni ailleurs dans son corps. Il « ex-siste ».

- La psychanalyse, de n’être pas réfutable, ne peut plus se targuer d’être une science au sens strict (Popper). Pour cela mais surtout pour d’autres raisons plus émotives, certains analystes croient devoir tenir un discours contre la science. C’est pourtant à elle qu’ils doivent leur métier. Dire avec Lacan que la science forclot le sujet, c’est dire que ses écritures s’affirment indifférentes à ce qu’il peut en penser et n’implique pas davantage le savoir d’un sujet caché dans le réel. Il aura pourtant fallu des sujets, désirants et plutôt doués, pour écrire ces formules. Cette forclusion du sujet d’un savoir dans le réel par la science, n’est-ce pas ce que Freud souhaitait?

Ce qu’il n’a pas vu, sans doute, c’est que c’est ce même sujet forclos par la science qui vient l’interroger, lui, Freud, alors savant neurologue, dans le symptôme hystérique. Et diviser le corps médical : c’est organique, dit l’un, c’est psychique, dit l’autre[13]. Freud est traversé par cette question. Le rêve de l’injonction faite à Irma, inaugurant L’interprétation du rêve, a aussi comme motion : « n’ai-je pas négligé une cause organique ? ». Il se termine sur un réel plus inattendu que les horreurs qui encombrent la bouche d’Irma : la formule développée[14] de la triméthylamine N ¾ (CH3)3. C’est en effet une écriture et Lacan nous convainc que c’est toujours par l’écrit qu’on aborde et déplace le réel.

Une remarque. Nous répétons volontiers « forclusion du sujet » sans tiquer. Alors que le sujet n’est pas un signifiant mais se fonde sur une inexistence. La forclusion porte-t-elle sur l’affirmation de l’inexistence de son être ou sur l’objet a qui y supplée ? Si la forclusion se démontre par le retour du forclos, c’est bien le défaut d’être du sujet qui fait retour dans le symptôme hystérique, mais c’est le retour de l’objet cause dans le réel que prend en charge le nouveau discours, psychanalytique.

- Peut-on retourner sur Freud sa propre critique de la religion suspecte selon lui de trop bien répondre à nos vœux (d’être une Wunscherfüllung)à propos de la thèse qu’il défend – 27 ans auparavant, il est vrai - dans sa Traumdeutung. A savoir que le rêve est l’accomplissement d’un vœu, ein Wunscherfüllung. Comment le démontre-t-il ? Par ses propres rêves… Les rêves de Freud réalisent en effet ses voeux. Mais quels vœux ? Que sa thèse soit confirmée et que le rêve réalise un vœu ! Le rêve tombe à point. Ça ne contredit pas sa thèse, mais selon son propre dire, ça jette sur elle le soupçon d’être une illusion. Freud va jusqu’à inclure le rêve trompeur de la jeune homosexuelle qui pouvait scandaliser ses disciples : A quoi se fier si l’insconscient lui-même ment ! En fait, comme Melman nous l’a proposé, un rêve ne peut être analysé que s’il est adressé. C’est son adresse qui donne à un rêve son organisation et c’est sous transfert que l’objet a Le tire à lui pour révéler sa tâche d’explorer toutes les façons possibles de contourner l’impossible. Ce qui est une illusion, en tout cas, serait de croire que le rêve nous dirait la vérité sur ce que nous avons à faire. Tout au plus nous peut-il nous conduire au réel qui nous concerne.

- La tâche civilisatrice pour le sujet que Freud assigne à la psychanalyse : Wo Es war, soll Ich werden est-elle une éthique qui comporterait essentiellement l’acceptation de la réalité ?

Dans Analyse finie et infinie : « N’oublions pas que la situation analytique est fondée sur l’amour de la vérité (Wirklichkeit), c’est-à-dire sur la reconnaissance de la réalité (Realität), ce qui doit en exclure toute illusion et toute duperie. » On sait à quel danger ceci conduit puisqu’aussi bien qui se portera garant de la vraie réalité sinon l’analyste avec son fantasme ? Nous pouvons penser toutefois qu’en différenciant Wirklichkeit et Realität, qu’on peut traduire tous les deux par réalité, Freud évoquait ce Réel que Lacan devait enfin isoler comme tel. Reste qu’à « exclure toute illusion et toute duperie », il y a sans doute quelque illusion puisque la situation analytique, du côté de l’analysant, est fondée sur le transfert qui est la croyance en un sujet supposé savoir à qui s’adresse son amour et, du côté de l’analyste, sur un désir très particulier qui l’amène à en supporter la figure et que Lacan a défini comme désir d’obtenir la différence pure. L’analyse est née du désir de Freud mais pour Lacan, quelque chose n’en a jamais été analysé (Les quatre concepts). Reste que le désir de l’analyste est inéliminable de la théorie. Le nœud borroméen lui-même ne tient que du dire-désir de Lacan de faire avec le réel, refuser de le maintenir hors du sujet. Le courage du sujet n’est pas seulement de s’affronter à un réel qu’il ne peut de toute façon pas voir directement mais peut-être de s’en reconnaître l’effet, c’est-à-dire d’accepter d’errer en faisant foi dans la structure dans les espaces tissés entre son corps, sa langue et ce réel. Que j’écrirai sans majuscule pour ne pas trop vite en faire un nouveau dieu.

Reste l’athéisme de Lacan que je réserve pour une autre séance où je pense mettre à contribution mon ami Valentin Nusinovici qui a déjà bien exploré la question. Disons que plus que celui de Freud, l’athéisme de Lacan se règle sur la structure. Dieu est, ça ne veut pas dire qu’il ex-siste. La psychanalyse est seule à pouvoir prouver cette ex-sistence… afin que, paradoxe, nous puissions ne plus y croire ?

Merci de votre attention.

B Vandermersch, le 13 10 2012

Bernard Vandermersch



[1] Soit deux ans après le « procès du singe » à Dayton contre John Scopes qui osa enseigner la théorie darwinienne de l’évolution contre une disposition juridique en vigueur dans l’état de Tennessee stipulant que toute version de la création du monde autre que celle de la bible était interdite dans les écoles publiques.

[2] Dans une conférence de presse tenue à Rome le 29 10 1974.

[3] Ch. Melman. Editorial du Discours Psychanalytique n°19 (ancienne série).

[4] Le radicalisme qui accompagne les tempêtes qui secouent aujourd’hui les pays d’islam est en partie un effet de ces bouleversements.

[5] Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, T.1, p.171.

[6] L’avenir d’une illusion, Flammarion 2009 (PUF 1995) p.85 [tr. Nouvelle par Anne Balsainte, Jean Gilbert Delarbre et Daniel Hartmann avec la collaboration de Janine Altounian, André Bourguignon et Pierre Cotet] ; PUF, 1971, p.47 [tr.Marie Bonaparte]

[7] Id. pp. 77-78

[8] Lacan J. Le séminaire Les NdP

[9] Lacan, la signification du phallus, Ecrits, p. 685

[10] Avant la symbolisation du phallus il n’y a pas de rapport sexuel puisque pas de différence entre les sexes ; avec la symbolisation du phallus il y a un rapport différent de chaque sexe à la castration.

[11] Analyse finie et infinie, SF OC, TXX, p.50. Si la psychanalyse était fondée sur l’amour de la vérité, ce ne serait pas en tout cas en tant que science.

[12] La science te la vérité, Ecrits, p.874.

[13] Freud, qui avait entendu dans les couloirs de la Salpétrière Charcot dire à son assistant : « Mais, dans des cas pareils, c’est toujours la chose génitale, toujours, toujours », s’étonne : « S’ils le savent, pourquoi ne le disent-ils pas ? »

[14] Le dessin de cette formule, réunion de trois branches, pourrait évoquer à celui qui ne craint pas l’anachronisme un bouquet borroméen de trois consistances identiques (réel, symbolique, imaginaire)

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