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À propos du décret d'application de l'article 52 réglementant l'usage du titre de psychothérapeute

MELMAN Charles
Date publication : 28/05/2015

 

Nous portons à votre connaissance l'avant-dernier projet de ce , tel que le Ministère l'a communiqué le 10 janvier aux professionnels concernés et qui sont invités dès maintenant à contribuer à sa rédaction finale.Il y a néanmoins à craindre que celle-ci ne diffère pas, au moins pour l'essentiel du texte aujourd'hui proposé. Que dit-il ?L'usage du titre de psychothérapeute nécessitera 'une formation en psychopathologie clinique' du niveau du master, soit d'une durée de cinq ans. L'Université est chargée de cette formation, fondée sur la 'connaissance des quatre principales approches de psychothérapie validées scientifiquement (analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, intégrative)'.Qu'est-ce que change ce projet à la situation actuelle ?Jusqu'ici il était admis que de nombreux psychanalystes soient invités à travailler au titre de psychothérapeutes dans des institutions publiques.Avec le décret, ceux qui sont en place pourront éventuellement bénéficier d'une validation des acquis. Les autres auront maintenant l'obligation de passer par la filière de l'Université, fussent-ils docteurs en médecine, voire psychologues.En réalité, et pour le dire vite, ce décret avantage un courant de pensée et une catégorie.Dans la mesure où la 'formation' sera remise aux départements de psychologie, il est clair que leur investissement croissant et débordant par les cognitivo-comportementalistes annonce la couleur de ce que sera l'enseignement dominant, quand il ne sera pas unique. Ce n'est pas la diversité annoncée par le législateur qui empêchera la prévalence d'un point de vue, analyseur critique des autres et organisateur de leur hiérarchie. Par ailleurs l'enceinte universitaire favorise la foule déjà incluse des étudiants en psychopatho à qui le décret fournit un immédiat débouché professionnel.Leur introduction 'sur le marché' est d'ailleurs plus ou moins prévue dans le plan d'organisation de la santé mentale qui prépare une diminution drastique du nombre des psychiatres au profit du développement d'un corps d'officiers de santé. L'intelligence du pouvoir politique est ainsi de résoudre trois problèmes d'un seul et même coup : réduction du prix de la santé mentale, réduction du chômage de jeunes diplômés, satisfaction donnée au corps professoral des 'scientistes' contre leur déjà centenaire bête noire : la psychanalyse. Enfin, la carence qui fut cause de l'amendement du Dr Accoyer est réparée.Un rappel à ce point d'arrivée est utile.Au début de l'agitation créée par Miller autour de cet amendement, nous avions obtenu du législateur, et en particulier de la Commission des Affaires sociales du Sénat, la rédaction d'un article de loi qui reconnaissait formellement aux psychanalystes la qualification requise pour le titre de psychothérapeute. La version initiale de l'article 52 dispensait ainsi médecins, psychologues cliniciens et psychanalystes de toute exigence ou formation supplémentaires.Il aura fallu l'intervention conjuguée, lors de la réunion de la commission mixte Sénat-Assemblée, du Professeur Dubernard, mandaté par le corps professoral comportementalo-cognitiviste dont J. Cottraux, éditeur du Livre noir, et du sénateur socialiste Le Sueur, mandaté par Miller pour que l'article 52 se voie doté d'un greffon qui le dénature radicalement.C'est ainsi que l'article qui allait être définitivement voté se voyait ajouté un alinéa qui, contredisant le précédent, imposait maintenant à tous une qualification supplémentaire dont seuls les étudiants en psychopatho sont les bénéficiaires naturels ; avec les quelques conséquences que nous avons mentionnées.Si certains ont à s'en plaindre, qu'ils demandent à Miller, à Roudinesco et à notre ami R. Gori qui s'est laissé entraîner dans leur sillage les raisons de leur brillante campagne et quels sont les intérêts qu'ils voulaient servir.

Charles Melman

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