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Le pis y est (3e et dernière partie)

FLORENTIN Thierry
Date publication : 28/05/2015

 

Avant de laisser Freud quitter l'Autriche, les nazis, soucieux encore de leur image aux yeux de l'opinion internationale, exigèrent de lui qu'il signe une déclaration comme quoi il avait été bien traité lors des interrogatoires que lui avait fait subir la police politique. Freud dut s'y plier, mais ajouta tout de même au bas de son paraphe : Et je recommande particulièrement la Gestapo à tout un chacunIl serait hors de propos et tout à fait déplacé d'esquisser la moindre comparaison avec ce qui n'est en aucune façon comparable.Cependant, comme mes collègues, pourrions nous recommander particulièrement la visite dans chaque cabinet médical d'une représentante de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie, venue présenter à chaque psychiatre son profil d'activité (!).Toute crainte s'avérerait d'ailleurs injustement fondée, la Commissaire se montrant généralement, selon les premiers témoignages, des plus affables.Il est vrai que les thèmes retenus par la CPAM étaient pour cette première initiative la délivrance des arrêts de travail, ainsi que la prescription d'antidépresseurs et d'anxiolytiques.Autant de thèmes pour lesquels les praticiens de la psychanalyse se sentaient très concernés.Lacan déplorait en effet un jour qu'on n'évaluât pas le nombre de journées d'arrêt de travail que la psychanalyse permettait d'éviter (1)...Ah, que voilà une évaluation qui pourrait fort judicieusement être confiée à l'INSERM...Comment n'y a-t-on pas songé plus tôt en haut lieu ?Une enquête qui fournirait pour le moins des emplois pour 100 000 personnes, Monsieur le Député (2).La CPAM en serait-elle ravie ? Y a-t-il point de capiton possible lorsque nous pensons 'le pis y est', et si l'on nous répond 'l'épicier' ?Les premières visites s'avérant toujours être les plus courtoises, règle élémentaire, que pourraient bien réserver les visites ultérieures ?Cela n'est pas sans nous évoquer les habits neufs du comportementalisme, et notamment les débats J.-D. Nasio / J. Cottraux, sur France-Culture, ou S.-D. Kipman / C. André dans les pages Débats du Figaro. Nos contempteurs du comportementalisme expliquaient qu'on les avait certainement mal compris, mal lus, qu'ils n'avaient rien contre la psychanalyse, et qu'ils ne revendiquaient de soigner que les échecs de celle-ci, ceux pour qui 'ça ne marchait pas'..C'est la stratégie du grignotement, dite encore stratégie de 'l'étouffement', ou de la 'pince de crabe'.Nous évoquions ('le pis y est', première et deuxième partie) la vacuité du marché de la Formation Médicale Continue, devenue obligatoire, et de ses vastes steppes remplies d'aventuriers en quête de bonne fortune...Acceptable et même souhaitable dans son principe, l'Evaluation des Pratiques Professionnelles (EPP) est elle aussi devenue une obligation pour tous les médecins depuis le 1er juillet 2005. Les modalités en ont été fixées par décret le 14 avril dernier (articles D.4133-0-1 à 4133-0-10 CSP). Tout médecin doit se soumettre à une évaluation complète par période de cinq ans, réalisée par des médecins habilités, ou des organismes agréés, selon des recommandations définies par la Haute Autorité de Santé, portant sur le suivi d'actions de Formation médicale Continue. Le non-respect de ces obligations exposera ceux qui ne s'y plieront pas à des sanctions disciplinaires.Il reste à souhaiter que la pratique et l'enseignement de la psychanalyse puissent y être entendus et défendus avec la conviction qu'il se doit.

1 - Voir notamment à ce sujet sur ce site le billet de Ch. Melman, <--Le déficit de la sécurité sociale-->, d'octobre 2004 et notamment sa conclusion : 'la méconnaissance de la psychanalyse peut coûter cher à une communauté tout en nuisant à la santé de ses membres'.

2 - Voir également sur ce site, , d'avril 2005, par Ch. Melman.

Thierry Florentin

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