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Le Collège de Psychiatrie questionne la "santé mentale"

JEANVOINE Michel
Date publication : 28/05/2015

 

Le Collège de Psychiatrie, dont la première ambition est la réhabilitation de la clinique dans le champ de la psychiatrie, a tenu ce we du 28 et 29 mai ses premières rencontres sur un thème d'actualité, celui de 'Qu'est-ce que la santé mentale ?'. Question importante et déjà discutée lors des Etats généraux de la psychiatrie. En effet non seulement ce mot infiltre depuis peu, les rapports aux ministres, les décrets ou textes de loi mais celui-ci vient progressivement supplanter et remplacer le terme de psychiatrie. Il était indispensable de se donner le temps et les moyens de mesurer les effets d'un tel glissement sémantique, et de les mesurer dans leurs occurrences les plus larges. Qu'est-ce qu'une bonne santé et plus précisément qu'est-ce qu'une bonne santé mentale? A cette question, qui amène à définir en termes positifs la santé mentale, il a été répondu en attirant l'attention sur les enjeux politiques de ce glissement où le psychiatre, avec d'autres, devient un 'agent de santé mentale' n'ayant plus dès lors, pour programme de soins, qu'un programme de rééducation. Je ne peux que vous renvoyer sur le site du Collège de Psychiatrie ( ) où vous pourrez lire le texte des différentes interventions. Mais cependant une première remarque s'impose pour les praticiens que nous sommes et que nous entendons rester. En effet ce colloque a permis la rencontre de différentes logiques inconciliables et tout spécialement celle du gestionnaire et du comptable avec celle du praticien pris dans un lien de langage et de parole à son patient. Comment sortir d'une telle impasse et quelle issue trouver devant ce qui fait véritable symptôme? Peut-être faudrait-il prendre acte de l'hétérogénéité qui règle l'articulation de ces différentes logiques; hétérogénéité due non pas à la mauvaise volonté des uns ou des autres, mais une hétérogénéité de structure et qu'en ce lieu même se donne à entendre ce que l'analyste apprends à repérer et nommer: le réel. Comment ne pas faire de cette vraie rencontre manquée un événement paranoïaque sinon en lisant cet événement comme un élément se structure? Alors que faire, quel discours tenir pour établir là, avec les gestionnaires, un lien de travail où chacun puisse rester à sa place ? Lire cette impasse ou cette impuissance dans son statut d'impossible devrait peut-être permettre l'invention et l'ouverture de certaines voies nouvelles ? Les enjeux de ces questions sont considérables et ce monde, qui propose ces 'agents de santé mentale' à l'appétit consumériste sans limite de 'l'usager', trouve ses limites qui se manifestent d'abord du côté de la corde des finances: le trou d'une dette. Il y a là un véritable paradoxe. Insoluble, comme tous les paradoxes, sinon par la prise en compte de ce sur quoi il est assis: cette dimension de l'impossible qu'il forclot. Et, dans ce monde des technosciences, il apparaît qu'une médecine qui ferait la place au sujet en prenant en compte dans son acte la dimension du transfert est la médecine de demain pour cette seule raison que c'est la seule possible: c'est-à-dire une manière de faire avec cette dimension de l'impossible. C'est par cette voie que 'l'usager' aurait une chance d'entendre quelque chose à sa plainte et d'accéder ainsi, en la pacifiant, à cette limite qui introduit chaque sujet parlant à cet impossible. Michel Jeanvoine

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