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Le corps à la trace (1)

CHASSAING Jean-Louis
Date publication : 28/05/2015

 

Argument :

L'inscription sur le corps serait-elle une marque d'appartenance ? Lacan l'a située en outre du côté du désir. Par ailleurs, avec les phénomènes psychosomatiques ne parlait-il pas de hiéroglyphes, d'un cartouche à lire, donc la trace et le nom... Les actuels marquages du corps, mais aussi un corps social d'où se serait absenté son propre passé, interrogent quant aux questions de l'identité et de l'idéal.

Intérêt :

C'est à partir de la confrontation à la clinique, confrontation à une certaine clinique, qui s'impose mais peut-être... comme "nouvelle" , que ce travail, "obligé", s'est mis en place.Et de manière tout à fait surprenante, au fur et à mesure des recherches théoriques concernant ce thème, j'ai trouvé des références très précises de Lacan, très précises mais qui restent bien évidemment à étudier, à lire et à relire, mais aussi probablement... à poursuivre. Travail de lecture attentive et quasi-minutieuse de ces textes.Le Réel de la clinique a insisté quant à mon intérêt, un Réel de la clinique qui fut amené d'une manière quelque peu originale.Ce Réel de la clinique est important, indispensable, afin de ne pas effectuer de "placage" théorique aberrant sur la clinique quotidienne, également du fait que le rapport à Lacan se pose pour nous maintenant du côté des lecteurs, lecteurs de Lacan. Je renverrai ici aux Actes du colloque de l'Association Freudienne Internationale publié dans Le Trimestre Psychanalytique, 1993, n°2 : "Intelligence et limites des disciples".1) J'en suis arrivé là donc, du fait d'un cas clinique, un cas que j'ai décrit et écrit, intitulé "Elodie au corps peint°" publié dans les Actes du Colloque de Poitiers sur "Les grimaces de l'objet " (in le Discours Psychanalytique n°22 )2) Dans un autre champ, j'évoquerai également cette femme du milieu éducatif, mère d'une fille schizophrène, fille elle-même d'une mère probablement psychotique... Cette femme a une autre fille, plus jeune, qui présente des bouffées d'angoisse paroxystiques importantes ; ceci au moment où elle-même décrit dans son analyse sa propre angoisse.Pourquoi j'amène là ce cas ? Eh bien la manière dont les choses peuvent s'inscrire sont les suivantes : au tout début cette patiente parle de sa fille schizophrène sans nommer cette maladie mais plutôt en situant cela dans le registre de l'organique, du neurologique, voire du génétique.Il y aurait une marque (celle de la grand-mère ?), avec des conséquences quant à cette appellation d'organicité, c'est-à-dire refuser les soins psychiatriques, refuser les institutions, tout prendre en charge soi-même dans la famille... Puis cette patiente passera d'une analyse assez peu détaillée des comportements de sa propre mère psychotique à l'angoisse de son père. Elle commet alors ce lapsus à propos de l'angoisse : "c'est çà la transfusion"...C'est-à-dire qu'elle-même est donc porteuse de quelque chose d'ancré en elle ; quelque chose qui pour ne pas être sanguin pourrait bien être symbolique...3) Dans la clinique toujours j'évoque la prise en charge de personnes importantes dans la région, qui sont des décideurs, et qui sont surpris de se retrouver en pleurs par rapport à leur propre passé, passé dont ils disaient au début des entretiens "qu'il n'avait rien à voir avec les problèmes actuels"...Il s'agissait tout simplement de très banales positions oedipiennes !Mais la pleine conscience des décisions ne peut laisser ce qu'il en serait de l'ek-sistence de l'inconscient.Pas d'histoire. Pas de marque du passé. Pas de logique autre que... moïque.4) Un peu plus près du sujet je parlerai de deux choses- Lors des mercredis de l'Association Freudienne Internationale, consacrés à l'adolescence j'avais été amené à évoquer le cas d'un tatoueur, toxicomane, qui parlait de son passé comme ayant été un garçon rejeté, marqué d'une parole d'évacuation, "Ils me disent que je suis instable... Et bien je vais leur montrer... Je vais aller jusqu'au bout..." La réponse de Jean Bergès m'avait interpellé : "C'est tout de même impressionnant de voir comment cette personne, de même que certains jeunes et moins jeunes ont à aller répondre au lieu indiqué de la jouissance !".- Egalement lors d'un colloque de l'Association Freudienne à Paris, colloque sur la toxicomanie, mon ami Patrick Petit avait parlé du "souvenir" du "flash" et Charles Melman avait répondu que "La mémoire du corps, c'est le signifiant". Ce qui n'est pas sans nous interroger, par rapport à une autre approche de Charles Melman, au cours d'une conférence faite à Reims le 19 juin 2000 (in bulletin de l'Association Lacanienne internationale : "La question du corps en psychanalyse"). Melman questionne sur ce qui s'apprend par des techniques purement corporelles... "ce qui s'apprend là directement" "Quand vous apprenez à faire du ski, qui est-ce qui apprend ? C'est le corps. Vous lui apprenez à faire du ski. Lorsqu'ensuite vous allez négocier des virages, descentes, tout schuss... ou je ne sais quoi là aussi vous n'allez pas calculer. Vous vous fiez à ce qu'il aura appris. Il en est de même évidemment pour les instrumentistes, pour les musiciens....". Donc qu'est-ce qui s'apprend, directement au corps, et comment "directement", et par la mémoire, c'est-à-dire par le signifiant ?Ceci peut nous renvoyer à Freud et à son "Esquisse pour une psychologie scientifique", là où il parle des "bahnung", c'est-à-dire la question des traces et leur lien avec le principe de plaisir. Mais ceci nous évoque également la question du traumatisme, ou bien tout simplement de l'événement, de l'expérience qui s'impose : je renvoie ici à cette notion d'impératif, notion précieuse, pointée dans le champ de la psychosomatique par Valentin Nusinovici.4) Enfin nous avons constitué à Clermont-Ferrand un groupe de travail ayant pour thème "Le corps et le signifiant".Et c'est un peu à partir de ce contexte que j'interviens ici.Nous avons été amenés à commencer les lectures par "Les corps malades du signifiant" et "La Chaussée d'Antin" de François Perrier ; par ailleurs nous avons insisté sur ce terme de "psycho-somatique" où il me semblait que Valentin Nusinovici tenait au tiret entre les deux termes, pour pointer une rupture ; ceci est tout à fait en accord avec l'idée de François Perrier comme quoi il y a un certain idéal à penser que cela marcherait bien ensemble... Que corps et langage fonctionneraient parfaitement dans la normalité...Au contraire ce terme est la marque dernière, le témoignage de cet inconciliable, de cet irréconciliable...Là encore, l'article de Charles Melman du 19 juin 2000 est important ; il insiste sur cette dysfonction de base entre le langage et le corps ; dysfonction "normale", même nécessaire.L'hypothèse de François Perrier, notamment concernant l'hypocondrie, l'éreutophobie, la paranoïa, consiste dans le fait suivant : le corps produit sa propre loi organique "à la place" de la loi signifiante ; ceci renvoie à la question du trait unaire, des traits identificatoires.Ainsi sommes-nous d'emblée amenés sur des termes : unaire ; identificatoire ; sujets.Je donnerai deux références prises dans la leçon du 30 Avril 1966, "L'objet de la psychanalyse", séminaire de Jacques Lacan :"Ce qui manque au signifiant pour être l'Un, du signe, ... c'est le trait unaire, la marque d'une identification primaire qui fonctionnera comme idéale.""Le sujet est ce qui répond à la marque par ce dont elle manque".
Jean-Louis Chassaing

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