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Une paranoïa incontrolée

MELMAN Charles
Date publication : 28/05/2015

 

Freud disait donc que la cure provoquait chez les patients une paranoïa qu'il se flattait de pouvoir contrôler. L'assertion paraîtra toutefois optimiste quand on rappellera la passion persécutrice avec laquelle ses élèves le poursuivirent et leur talent à défaire son enseignement. Aujourd'hui celui-ci meurt grâce aux soins des docteurs de l'orthodoxie, des apôtres d'une fidélité aux textes qui refuse d'entendre à l'oeuvre dans le réel que ceux-ci mettent en place le sujet nommé Sigi, dévoré par sa propre quête. Est-ce de même l'énonciation de Jacques-Marie qu'il convient d'entendre dans les énoncés qui forment son enseignement ? Mais oui, pardi, et ce jusqu'à ce que sa formalisation, au demeurant très locale, n'inscrive l'éclipse de ce sujet. Il le dit d'ailleurs lui-même en évoquant 'le petit bout d'inconscient qui lui servit de guide', animé par un réel bien singulier : l'impossibilité du rapport sexuel. Non pas donc 'Qu'est-ce qu'une femme ?' tourment de Freud auquel Lacan précisément répondit, mais 'Comment écrire le rapport du 1 au a ?'. Suscité par une recherche inconsciente privée, un enseignement a forcément la vocation de valoir pour tous, opération qui n'est validée que à la condition du dévoilement de la structure qui abolit toute singularité. Mais l'os - c'est le cas de le dire - est que l'action d'enseigner recouvre le pourtant à l'oeuvre du 1 totalisant du Maître. L'élève est alors laissé à l'alternative de s'engager dans une dénonciation paranoïaque ou bien une participation hystérique. La procédure de la passe, imaginée par Lacan pour y pallier, n'a eu pour résultat que de déclencher une autre passion, celle du fétiche, cette fois, représentée par la nomination. 1, , ou fétiche, comment renoncez-vous à cette trinité-là ?Charles Melman

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