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Etats généraux de la psychiatrie (juin 2003 Montpellier)

COLLECTIF
Date publication : 28/05/2015

 

6, 7 et 8 juin 2003 à Montpellier Motion lue en séance plénière du vendredi 6 juinUn grand nombre d'associations psychanalytiques s'est réuni aujourd'hui à l'invitation du comité d'organisation des États généraux de la psychiatrieÉtaient présents
  • La Société Psychanalytique de Paris
  • Espace Analytique
  • La Société de Psychanalyse Freudienne
  • L'Association lacanienne internationale
  • Les Forums du Champ Lacanien
  • Analyse Freudienne
  • La Fondation Européenne pour la Psychanalyse
  • Le Cercle Freudien
  • Le Coût Freudien
  • L'École de la Cause Freudienne
  • Psychanalyse Actuelle
Les associations psychanalytiques représentées soutiennent le mouvement qui a conduit à l'organisation des Etats généraux de la Psychiatrie ;Elles constatent que la psychanalyse et la psychiatrie ont une longue histoire commune, notamment en France, et partagent les mêmes intérêts cliniques, par-delà des approches thérapeutiques distinctes. Leurs avancées sont solidaires ;Elles s'inquiètent de l'évolution d'une pratique psychiatrique actuelle, tendant à confondre le "malade" et la "maladie". Une pratique donc qui ne tiendrait pas compte de la subjectivité, de l'inconscient, du conflit psychique, autant de concepts qui montrent que nos patients ont une histoire et un univers relationnel qui sont partie prenante dans la clinique qu'ils représentent ;Elles expriment le souhait que la psychanalyse occupe une place de référence majeure dans la formation des professionnels de la psychiatrie ;Les associations psychanalytiques représentées prennent date pour se réunir à nouveau. Elles restent attentives aux grandes questions évoquées lors de ces Etats généraux. Elles se proposent de travailler en commun avec les professionnels de la psychiatrie à la construction d'une référence psychopathologique plus en accord avec la réalité clinique du sujet.Motion 1 : La discipline psychiatrique samedi 7 juin 2003, par l'Assemblée Générale (vote)La psychiatrie est une discipline médicale à part entière au même titre que les autres disciplines, médecine, chirurgie et obstétrique.Elle a pour objet la pathologie mentale dont l'interaction complexe des registres en cause, biologique, psychologique et social, nécessite d'une part son articulation avec d'autres disciplines connexes, notamment les sciences humaines, et d'autre part exige la mise en œuvre d'un dispositif spécifique. Ce dispositif centré sur la rencontre intersubjective, sollicite et combine des interventions pluri-professionnelles. Au-delà du seul champ sanitaire, pour les actions de prévention comme pour les soins de suite et de réadaptation, il implique les domaines du social et du médico-social.La psychiatrie n'est pas la santé mentale, comme la médecine n'est pas la santé. L'humanisme d'une société se mesure à l'aune du respect qu'elle doit à ses individus souffrant de pathologie mentale comme aux conditions qu'elle réserve à ceux qui les soignent, à la qualité des lieux d'accueil qu'elle leur doit comme à la qualification des professionnels concernés.Dans leur mission, ces derniers doivent connaître un espace d'indépendance professionnelle qui leur permette d'allier confidentialité et élaboration possible avec des tiers, cadre et disponibilité, art et rationalité. S'il leur est indispensable de rendre compte de ce qu'ils font, une obsession de transparence est toutefois délétère sur leur action elle-même.C'est à eux qu'il appartient de définir les soins en psychiatrie.Motion 2 : Les fondements théoriques samedi 7 juin 2003, par l'Assemblée Générale (vote)La psychiatrie intègre l'apport de différents domaines scientifiques (médical, biologique, psychologique, sociologique, etc.), indispensable pour appréhender la complexité de la pathologie mentale.Pour autant, il n'y a de clinique que du sujet, ce qui suppose que la véritable nature de la pathologie ne peut se rencontrer qu'en cheminant le long des rives de la clinique relationnelle qui allie l'objectif à la dimension intersubjective.Cela implique qu'il ne peut exister de pratique sans théorie, ni de théorie sans pratique. A ce titre, les apports de la psychanalyse demeurent essentiels pour rendre compte de la complexité de l'engagement dans les soins.Il doit être rappelé que le DSM n'a pas vocation à théoriser la clinique psychiatrique. Son usage dans ce cadre constitue une dérive réductionniste inacceptable portant sévèrement atteinte à l'efficacité des soins.De même, toute entreprise systématique de protocolarisation des soins constitue un déni de la singularité en prenant la maladie pour le malade.Par ailleurs, les professionnels contestent vigoureusement les dérives sémantiques qui, en empruntant au lexique du consumérisme sous prétexte de déstigmatisation, viennent gommer l'existence même du fait psychopathologique. Ils s'engagent à une réactualisation de la nosographie française.Motion 3 : Les moyens et les structures samedi 7 juin 2003, par l'Assemblée Générale (vote)Le soin aux malades repose sur la relation thérapeutique dans le cadre de 3 dispositifs de soins :
  • Public et P.S.P.H.
  • Médico-social
  • Libéral (ambulatoire et hospitalier)
1 - Pour le publicNous réaffirmons la nécessité du maintien d'une politique et d'un dispositif de secteur comme un espace de pensée et d'action pour le soin dans une dimension évolutive, basée sur des prises en charge inscrites dans la durée à tous les stades de la pathologie.Pour assurer ces missions (la prévention, le soin, la réadaptation et la réinsertion) le secteur nécessite une équipe pluriprofessionnelle hautement qualifiée et en nombre suffisant.Il faut restaurer les conditions d'hospitalisation en régulant le nombre de lits en fonction des besoins réels de la population concernée et développer de manière parallèle les structures extrahospitalières.La place du secteur doit être réaffirmée dans le projet de simplification de l'organisation administrative et du fonctionnement du système de santé qui ne peut en aucun cas être légiféré par ordonnance.L'accès au soin doit être garanti pour tous ainsi que la confidentialité.Les associations de santé mentale doivent pouvoir pleinement tenir leur rôle dans la réadaptation des patients parallèlement au dispositif de soins.2 - Pour le médico-socialIl convient avant tout de renforcer les moyens médicaux et d'agréer les avenants en suspens. Le manque de places adaptées en nombre suffisant doit être comblé et réalisé à proximité des familles, en résidentiel comme en ambulatoire. Elles ne sauraient en aucun cas être remplacées par des allocations données aux familles sans prise en charge réelle. La mise en place de nouvelles structures plus proches des besoins doit être encouragée sans réduction des moyens. On ne peut plus accepter les transferts de patients du secteur sanitaire vers le secteur médico-social sans accorder à ce dernier les moyens nécessaires.Les associations doivent pouvoir continuer à apporter leurs capacités spécifiques, tant au niveau thérapeutique, réadaptatif que dans une dynamique d'insertion.3 - Pour le libéralLes moyens accordés à la psychiatrie privée ayant considérablement régressé ces trente dernières années, nous demandons :L'ouverture immédiate de négociations conventionnelles en vue d'obtenir la restauration des conditions économiques originelles indispensables pour permettre à chaque psychiatre d'offrir les soins de qualité que chaque patient est en droit d'attendre.Cette revalorisation de l'acte de consultation (bloqué depuis 8 ans) doit prendre en compte l'exigence de la confidentialité, le temps approprié à cette consultation avec le patient (et le cas échéant son entourage, en particulier quand il s'agit des enfants), le libre choix du patient et l'indépendance professionnelle du psychiatre.Les cliniques privées doivent bénéficier d'un budget suffisant pour permettre la rémunération des infirmiers à égalité avec celle du public.Une réflexion doit être ouverte pour déterminer les modalités d'une prise en charge adaptée des patients consultant les psychologues en libéral.Les moyens humainsEn ce qui concerne les psychiatres, il faut maintenir leur nombre au niveau actuel (13 000).Pour cela, il convient d'augmenter dans l'urgence et de manière très significative le nombre de DES en psychiatrie, le nombre d'enseignants et celui des lieux de stages. Le maintien du nombre des psychiatres à son niveau actuel doit s'accompagner de mesures incitatives visant à leur répartition harmonieuse sur tout le territoire national. Cette remarque doit s'appliquer à l'ensemble des moyens en psychiatrie.Les professionnels refusent une organisation administrative qui oppose les différentes catégories professionnelles dans le soin.Pour répondre aux besoins actuels, le nombre d'infirmiers formés doit être augmenté de façon significative pour pallier la pénurie actuelle et assurer la continuité et la qualité des soins. Des postes de psychologues et de travailleurs sociaux titulaires doivent être créés.Nous refusons que cette pénurie en personnel et les restrictions budgétaires soient un prétexte à leur déqualification.Le PMSILe PMSI en psychiatrie s'avère un outil inadapté. Il doit être immédiatement arrêté dans le secteur public et les cliniques privées.Motion 4 : Formation samedi 7 juin 2003, par l'Assemblée Générale (vote)Les soins spécifiques en psychiatrie requièrent des formations spécifiques en particulier pour les médecins, les infirmiers, l'ensemble des personnels paramédicaux ainsi que les psychologues et les travailleurs sociaux.En ce qui concerne les internes en DES de psychiatrie, nous exigeons la suppression de l'obligation de stage(s) en dehors du champ psychiatrique. La formation doit permettre l'acquisition des différentes modalités thérapeutiques : une initiation aux différentes formes de psychothérapies, à la psychanalyse et l'approfondissement d'au moins une de ces techniques au choix de l'interne.À la spécificité de la psychiatrie doit répondre une formation spécifique pour les infirmiers. Il leur appartient de faire des propositions qui permettent de développer les compétences indispensables à l'exercice en psychiatrie.Pour ces formations, les compétences cliniques doivent être développées à l'occasion de stages tant en intra-hospitalier qu'en extra-hospitalier.Des compléments de formation doivent être proposés aux autres catégories de personnels choisissant l'exercice en psychiatrie.La formation continue doit redevenir la propriété des professionnels en s'orientant en priorité vers les soins et ne pas répondre uniquement aux exigences administratives et gestionnaires.Elle doit être accessible à l'ensemble des professionnels intervenant en psychiatrie et doit être indépendante de l'industrie pharmaceutique.Collectif

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