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L'Autre... usager

HÉBERT Jacques
Date publication : 04/02/2014
Dossier : Dossier de préparation des journées - La parité : est -ce un progrès d'être tous semblables ?

 

Les 'traitements' appliqués à ces diverses émergences 'altéritaires' dans le lien social varient sensiblement en fonction des cultures et des époques et nous savons que cela peut aller jusqu'à l'élimination pure et simple de 'l'incarnant'.Dans une civilisation de progrès scientifiques, techniques, économiques, et sociaux telle que la nôtre se présente aujourd'hui, cette dimension de l'altérité se trouve plus que jamais 'non grata' de porter avec elle des parfums trop violents à nos odorats aseptisés. Pourtant, la mise en quarantaine de l'Autre, sa récusation doit trouver des voies conformes aux idéaux humanitaires et compassionnels qui nous animent et s'imposent comme politiquement corrects.Ainsi, l'altérité féminine captée par la publicité à travers son image se trouve t-elle mise au service des biens... de consommation ! Cependant que convaincues de trouver leur émancipation en prenant rang parmi les travailleurs (c'est bon pour ladite consommation) les femmes s'offrent sans résistance à la grande exploitation de l'homme par l'homme, laissant s'évanouir l'odor di Femina pour l'odeur de la sueur dans la parité des sexes.L'étranger, lui, est démocratiquement invité à s'intégrer, c'est-à-dire prié de renoncer à ses références d'origine, ses coutumes et ses ancêtres pour embrasser les valeurs du cru soit les refoulements de la communauté se faisant, à son tour, moins voyant dans le paysage social.Quant au fou, les murs de l'hôpital soulignant trop encore sa disparité maladive en dépit des avancées de la pharmacopée, nous nous en occupons aujourd'hui avec un soin ...positif. En effet, les actuelles orientations de la psychiatrie et de la psychologie prétendument scientifiques du seul fait qu'elles convergent sur le point d'ignorer que la 'santé mentale' se fonde, s'enracine dans la défectuosité originelle du 'parlêtre', méconnaissent logiquement l'essence et les mécanismes de la folie et nous rendent un fou normé : exit le réel qu'il exhibe.Inspirés sans doute par quelque influence comportementaliste et/ou cognitiviste, les soignants comme l'administration hospitalière (c'est tout bon pour le budget !) s'emploient désormais à le ré-adapter, à lui ré-apprendre les gestes de la vie quotidienne afin de l'affranchir de sa situation de dépendance chronique pour, ainsi, le ré-insérer dans le social grâce, en particulier, à la mise en place d'appartements communautaires et de contrats de soins (!) supposés le réhabiliter dans une responsabilité dont il ne peut mais.Le 'beau nom d'asile', cher à Esquirol, est à présent synonyme d'enfermement et le malade mental est encouragé à recouvrer ses droits avec sa ré-intégration au monde. Normé, donc, le fou s'il est admis à l'hôpital, c'est en usager qu'il y entre, comme on prend les transports en commun.Toujours plus méconnu dans sa spécificité, le fou se trouve dès lors exposé, non pas tant à l'exclusion qui l'assurerait d'une place et d'un statut social avérés, mais à ce qu'il faut bien appeler la barbarie de sa non-reconnaissance médicale et sociale, de sa non-existence comme tel. N'est-ce pas pour cette raison que, désormais et de façon explicite, lorsqu'il est enfermé c'est, dans bien des cas, non plus pour lui offrir un abri, le protéger et le soigner mais pour le punir ?Normer, c'est, semble-t-il, le mode totalitaire soft par lequel notre civilisation tente d'évacuer à travers ceux qui la représente la disparité radicale de l'Autre. Mais au-delà de ceux-là qui en portent les traits les plus saillants, c'est aussi bien la disparité interne à chacun qui se trouve méconnue et pour ainsi dire forclose : tous des usagers !Jacques Hébert

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