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Le sujet postmoderne entre symptôme et jouissance, de R. Pirard

DE SAINT-JUST Jean-Luc
Date publication : 15/10/2013

 

Avec ce style qui lui est propre et laisse entendre un certain enthousiasme à cette tâche, Régnier Pirard nous interpelle de façon salutaire il me semble sur le travail qu’il y a à faire, sur la posture sur laquelle il n’y a pas à céder, pour singulièrement et collectivement se soutenir de notre désir d’analyste. Il invite à l’inventivité et à la créativité d’une psychanalyse capable de se renouveler, sans se dévoyer ou se perdre dans les modes ou facilités dogmatiques des establishments. Comme a su le faire Lacan à son époque pour soutenir le tranchant et l’efficace de sa discipline.

C’est en quoi cet ouvrage de Régnier Pirard apporte une certaine fraicheur, qui est également présente dans le fait que dans la reprise des travaux de nombre de ses collègues, il évite de façon très appropriée de céder à la tentation diagnostique, et nous invite plutôt à sa suite, à tenir le fil d’un questionnement rigoureux, toujours à renouveler, seule modalité permettant de faire la distinction entre imaginaire et réel. A ce propos, le débat à Nantes sur les perversions ordinaires, retranscrit dans cet ouvrage, laisse entendre comment il serait aisé de glisser d’un questionnement du réel, toujours difficile, à une dénonciation imaginaire beaucoup plus facile qui a plus ou moins les relents d’une revendication ou d’une plainte.

Les questions abordées dans cet ouvrage par Régnier Pirard sont nombreuses et pour nombre d’entre elles, il est tout à fait manifeste qu’elles mériteraient de plus amples développements, voire même un ouvrage spécifique (le renouvellement des relations hommes / femmes, les limites de la cure, ou encore la question de l’objet, comme l’actualité de la question de ce qui peut faire point de capiton). Tant de points et bien d’autres qui nécessiteraient des relectures, des séances de travail et des débats.

Cependant, de façon plus transversale, ce à quoi nous sommes invités, c’est également à entendre ici le travail d’un analyste qui chemine, disons de Freud à Lacan, et peut-être même dirais-je de Freud à Melman. Le sous-titre qui est proposé, « entre symptôme et jouissance » se lit différemment à la lecture de l’ensemble de ce texte. Il ne se lit plus comme une possible opposition entre le symptôme et la jouissance, mais plutôt comme un parcours qui va d’une lecture classique du symptôme, je veux dire freudienne, à une lecture renouvelée du champ de la jouissance, comme nous y invite aujourd’hui Charles Melman en parlant d’une nouvelle économie psychique.

Reste que la question se pose, en lisant ce nouvel ouvrage sur le délitement du lien social, de savoir si la dénonciation de la disparition de la référence à la fonction phallique, référence en partie freudienne, ne nous empêche pas de prendre toute la mesure du pas fait par Lacan, et poursuivi par Charles Melman. Ce pas, je dirais qu’il nous invite à nous orienter à partir de l’objet a et de la lettre, plutôt que du phallus et de la signification. Cela peut sembler évident dans la doctrine, mais j’y reviens parce qu’il n’est pas toujours évident que nous en prenions la mesure. La mesure qu’à partir de l’objet, de la lettre, aucune prétention anthropologique n’est possible. C’est peut-être ce qui ne nous incite pas à lâcher la référence au phallus, à une signifiance orientée par le S1. Si nous prenions vraiment la mesure de ce pas, peut-être serions plus prompt à apprendre de ces nouvelles modalités de jouissance qui se créent, qui s’inventent, en particulier dans les groupes de jeunes, à partir desquelles nous pourrions repenser notre praxis autrement. N’était-ce pas la démarche de Lacan avec Joyce, d’essayer d’en apprendre.

Car, comment ;">

Jean-Luc Saint Just (de)

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