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Lacan et les groupes thérapeutiques
« Le temps logique » de Lacan a beaucoup fait parler, beaucoup cogiter sur le cogito.
Le Jeudi 01 Février 2018 (21:00 à 22:30) à Paris
A.L.I.
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« Le temps logique » de Lacan a beaucoup fait parler, beaucoup cogiter sur le cogito.

C’est probablement qu’au moment de son écriture,  les années sombres d’une guerre allait ouvrir à l’horreur d’un dé-compte du collectif. Ce texte nous introduisait à une logique qui désormais, irait en s’écartant de toutes celles qui  jusqu’alors, octroyaient à l’homme la puissance d’une heureuse pensée causale,  qui l’éloignerait idéalement et toujours plus de la barbarie.  La première des guerres n’aura pas suffi à empêcher la seconde. Ce furent comme deux points de suspension, ou d’arrêt dans l’histoire de l’humanité.  A l’issue des deux, le monde, tout comme les trois prisonniers de Lacan, n’eut d’autre alternative pour se relancer, que de s’affirmer dans la certitude d’être blanc : « Le temps logique » pourrait être ainsi présenté comme le message inversé du « malaise dans la civilisation » de Freud.

On apprend dans ce texte, que l’acte, tout subjectivant qu’il est, demeure malgré tout, une identification : je m’empresse de dire que je suis homme, avant que l’autre, dans son affirmation, ne me prive définitivement de cette contingence.  

Qu’il soit dans un passage, ou qu’il soit analytique, l’acte ne s’inscrit plus alors uniquement dans une causalité, mais dans une temporalité particulière, dont l’Autre est le maître-au-nomme. L’instant de voir avait été celui de la logique cartésienne, comme un temps conscientisé par la cause. Le temps pour comprendre est celui auquel nous a introduit la métapsychologie freudienne. C’est le temps suspendu à l’autre et qui délimite l’inconscient. Le moment de conclure, sera celui défini par Lacan, comme celui de l’acte et de la désubjectivisation qui devait l’anticiper, nécessairement.

Ce qu’il peut indiquer, c’est qu’il n’y a pas de sujet sans, au moins  deux autres. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de sujet sans l’hypothèse nécessaire d’un collectif, c’est-à-dire d’un inconscient, mais à compter de trois. Ce qu’il démontre sous la forme d’un sophisme, c’est qu’il faut être au moins trois-(moins-un), qui est le sujet de l’inconscient, pour que le refoulement opère. Il y apparait alors, entre les lignes, que celui-ci serait, et le message inversé de l’acte et sa nécessité, avant que celui-ci n’advienne.

S’il n’y a pas d’inconscient collectif, qui serait, versus Carl Jung celui qui est commun à tous,  il existe pourtant le sujet d’un inconscient, qui est lui, constitué à compter de celui de l’autre, selon une norme qui  n’est spécifiable qu’à partir d’une différence, évaluable à minima, en trois coups[1].

Ce qu’il indique, est que dans notre pratique, nous n’aurons jamais affaire à un patient seul, mais au groupe de tous ceux qui sont pris dans une demande. Dans les institutions de soin,  nous avons affaire à des groupes, dits thérapeutiques. L’enseignement lui-même suppose l’existence d’un groupe, soit d’une classe d’élèves avec toutes les difficultés que cela pose aujourd’hui.  Dans le monde du travail, le burn-out est ce moment vacillant, souvent paranoïaque, qui amène à  dire que l’on est « noir », combien même on était absolument  convaincu d’être des « blancs ».

Nous proposons donc ce groupe de travail, pour réfléchir à ces questions, dès que l’on a affaire à un groupe : Qu’il soit thérapeutique, éducatif, pédagogique, psychanalytique, politique…

Jean-René Duveau

 

[1] Jacques Lacan. « Le nombre treize, et la forme logique de la suspicion », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001


« L’inconscient, c’est le politique ! »

Lacan disait de la psychose, qu’elle était une pathologie, sinon du lien social, du moins du voisinage : Ainsi décrivait-il, pour exemple, le délire d’interprétation comme l’expression d’un « délire du palier, de la rue, du forum ».

En 1946, il se rend à Londres, visite pendant cinq semaines quelques lieux de soin où l’on traite des névroses et des traumatismes de guerre. Il  s’enthousiasme alors de ce qu’il voit et entend de la part de certains soignants. Il rédige l’année suivante un article paru dans l’Evolution psychiatrique : « La psychiatrie anglaise et la guerre ». C’est l’une des très rares occurrences, dans ses Ecrits et Séminaires, qui soit relative aux psychiatres et psychanalystes Bion et Rickman, et s’intéressant à l’originalité d’une pensée, tournée vers le traitement groupal, des névroses et des psychoses.

Selon Lacan, l’inventivité de la psychiatrie anglaise au moment de son entrée en guerre, nous explique radicalement dans l’après-coup, les données quasi mathématiques de la victoire d’une nation ou d’un groupe, face à l’obscurantisme dé-subjectivant d’un ennemi, hors-et-dans les murs.

Quoi qu’il en soit, ce voyage aboutira, dans la pensée de Lacan, à envisager le groupe, comme la matrice très réaliste d’un travail effectif possible, ancré dans le réel, et selon certaines modalités symboliques, le lieu contingent d’une émergence du discours analytique, annulant de ce fait les effets de groupe imaginaires, morbides et si dociles à l’impartialité d’un surmoi.

Si Bion s’appuyait sur ces effets d’un point de vue thérapeutique, Lacan lui, pour son enseignement à l’adresse de ses élèves, voulait absolument s’en écarter. Ainsi, la procédure de la passe en est, symétriquement l’incidence.

En 1964, la  proposition du cartel analytique fait son apparition dans l’Acte de fondation de l’Ecole Freudienne de Paris.

Alors, et bien qu’il y ait eu dans la littérature analytique, peu de référence faite à cet intérêt que portait Lacan aux effets de groupe, notamment dans le traitement possible de la psychose, beaucoup de ses textes, en déplient pourtant subtilement la logique. L’un, fameux d’entre-eux, définira la fonction des trois temporalités logiques, instant/temps/moment, comme co-substanciels finalement, à la présence-absence de l’autre. Dans « le nombre treize et la forme logique de la suspicion », il expliquera pièce par pièce, ce qui d’un groupe, suppose l’existence d’une norme, qui n’est « ni spécifiée, ni spécifiante » sinon la relation ou rapport d’individu à individu, au sein du collectif.

A l’identification verticale freudienne, puis horizontale telle que Bion la travaille, Lacan y ajoute sans ne rien annuler des deux autres,  une diagonale, un biais, un nouvel écart. Sur l’échiquier, c’est le mouvement du fou.

Avec ces Ecrits, d’autres présences de Lacan, auront accompagné et soutenu des rencontres majeures, entre Tosquelles, Oury, Kaufmann, Guattari, Delion ensuite, puis bien d’autres, qui « performeront », dans le dire et la conflictualité, le cadre immanent de la psychothérapie institutionnelle. Lacan suivait finalement tout cela de très près.

Mais qu’en est-il, dans nos institutions de soin, aujourd’hui ? Hôpitaux et cliniques au long cours, hôpital de jour, cattp, cmp, autant de lieux dans lesquels foisonnent ces groupes ? Où se situe ici, la psychanalyse au carrefour des  divergences théorico-cliniques ?

Quel est cet effort de guerre, économique aujourd’hui,  qui contraint ou anime psychologues, psychiatres et psychothérapeutes, tout corps soignant à traiter en groupe, l’hétérogénéité des sujets, des dires et des structures, c’est-à-dire ces nœuds mal, ou trop bien ficelés, en tous cas, au destin de leurs propres souffrances ?

Nous proposons cette année un groupe de travail sur ces questions. Nous sollicitons donc l’expérience clinique de chacun dans le lieu de sa pratique quotidienne, à la conduite de ces groupes dits « à médiations thérapeutiques ». Nous proposons une lecture croisée de textes afin de constituer, pour chacun,  la boîte à outils de nos machines à penser les pensées[1].

Les séminaires sur l’identification et les psychoses pourraient tisser ultérieurement la trame de ce travail.

Ce groupe, à constituer,  se réunira à 21 heures, le premier jeudi de chaque mois. Première rencontre, le jeudi 7 décembre, salle Jean Bergès.

Les personnes intéressées peuvent en faire part au préalable, à cette adresse : jeanreneduveau@gmail.com

 

[1] La première expression est de Jean Oury, la seconde est de Wilfred Bion.


 
 
Lieu de l'évenement
A.L.I.
25 rue de Lille
75007 Paris (France)
 
 
 
 
 
 
Modalités d'inscription
 
 
 
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