Il n’est pas facile de parler de la mort, encore moins quand c’est de la sienne dont il est question. Ou celle de nos proches.
Dans le passé on vivait plus proche de la mort. Il était peut-être plus facile d’en parler. Il faut dire aussi que l’épidémie du Covid nous a réveillé brutalement à l’existence de la mort propre comme très probable, et vérifiée par les décès inattendus de proches.
C’est encore moins facile de parler de ce que la langue française permet d’énoncer comme donner la mort. Cette expression n’existe pas à ma connaissance dans d’autres langues. Un étrange don. Ça répond à une demande ? Laquelle ?
La demande de mettre une limite, un point d’arrêt à un scénario imaginé ou réel de souffrance ? Peut-être.
Certes ce n’est pas tout le monde qui a la force de caractère de Stephen Hawking, passionné de sciences jusqu’à la dernière minute malgré sa maladie très invalidante…
Pas tout le monde a sa force de caractère. Et si vous ne l’avez pas ce courage de vivre envers et contre tout, votre fragilité sera une cible pour des invitations pleines de bonnes intentions à vous soulager d’une vie si pénible. Cela a déjà lieu, comme on peut le voir dans les documentaires sur le sujet.
Il est ainsi probable que la Sécurité Sociale vous informe au moment donné, que selon la loi vous avez le droit de demander à mourir dans la dignité, et que ce sera pris en charge à 100%, comme les lunettes ou les prothèses auditives…
Ça fait partie des dérives qui existent déjà dans les pays où la loi a été votée.
Le juridique établira la norme du normal, et si vous n’êtes pas au top de votre forme, comme Stephen Hawking, on jugera que votre état est vulnérable. Dès lors, et dans les meilleures intentions on vous fera savoir que votre cas rentre dans le « protocole du choix de fin de vie ».
Les vieux, les handicapés, les déprimés, les psychotiques du fait de leur souffrance attribuée vont se voir informés de leur droit à être euthanasiés.
« Je vous donne le droit de vous faire exécuter… »
Pour la psychanalyse, la mort est un réel qu’on ne peut pas symboliser. Il faut apprendre à vivre avec ce réel, avec l’incapacité de maîtriser le réel de la mort. Autrement dit, la vie est un continu qui va vers sa limite. Mais quand on vous dit « vous allez mourir tel jour à telle heure », ça peut donner le sentiment de se rendre maître de sa propre mort. Je peux au moins rêver que c’est moi qui décide du moment fatal.
La proposition de loi dit que « la loi de 2019 a mis fin au paternalisme médical ». Mais c’est la société qui a mis fin au pater tout court ! Et maintenant on va donner l’ordre aux médecins, qui depuis l’antiquité représentent une autorité du savoir pour la vie, de prescrire la dose létale d’un médicament. C’est d’une violence inouïe de demander à un médecin de prescrire la mort.