(un extrait de son intervention)
… Il y a cinq cas de figure qui relient le médecin et la mort. Je vais les dire de façon assez simple.
Donc on s’aperçoit qu’il y a cinq cas de figure et qu’il y a deux situations possibles : soit le patient est en état d’exprimer sa volonté, soit il est hors d’état d’exprimer sa volonté.
S’il est en état d’exprimer sa volonté, pour le cas 1, 2, et 3, c’est lui qui fait une demande et le médecin accède à son consentement. C’est la loi qui respecte l’autonomie de la personne, la loi Kouchner. Donc, s’il est en état d’exprimer sa volonté, c’est lui qui le fait.
S’il est hors d’état d’exprimer sa volonté, par exemple, pour l’arrêt de traitement, dans ce cas-là il faut recueillir des substituts de l’autonomie de la personne, c’est-à-dire, la personne de confiance et les directives anticipées. Il faut que les médecins réunissent toute l’équipe, ça s’appelle une procédure collégiale, qu’ils fassent délibérer tout le monde et qu’il fasse venir un médecin extérieur. Le médecin extérieur est là pour vérifier qu’il n’y a pas de décrochage moral. Et puis ensuite c’est le médecin et lui seul qui prend la décision d’arrêter ou pas le traitement. En fait c’est le médecin responsable qui prend la décision, ce n’est pas le chef de service, ce n’est pas l’équipe, parce qu’on n’a pas voulu qu’il y ait dilution de responsabilité. On a voulu que toute l’équipe fasse comme dans le concile romain , donc il faut qu’il y ait une personne qui porte la charge.
En fait une personne a une volonté du moment de sa naissance au moment de sa mort. On suppose que la personne a une unité de conscience, une unité de temps du moment de sa naissance et du moment de sa mort. Si elle est en état d’exprimer sa volonté, c’est elle qui s’exprime. Si elle ne l’est pas, on considère qu’il lui faut des substituts d’autonomie : la personne de confiance et les directives anticipées. Si jamais elle n’est pas en état d’exprimer sa volonté, c’est une situation très délicate. Est-ce qu’on arrête ? mais si on arrête, est -ce qu’on n’est pas dans un homicide ? Et si on continue, est ce qu’on est en pouvoir parce qu’on est médecin et qu’on a beaucoup de puissance, de continuer ? C’est une situation très compliquée. Et puis il se trouve que sur l’iPhone on n’a pas d’application directe avec le ciel pour avoir la réponse si on arrête ou pas. Qu’est-ce qui se passe ?
Dans ces 5 cas, les trois premiers sont déjà légiférés, sont travaillés, effectivement posent des problèmes, mais sont déjà au travail, sont tout à fait dans un cadre légal, etc. et sont très complexes, en effet, là où les deux derniers, effectivement, il y a une vraie coupure d’un point de vue moral.
Il y a donc un crescendo moral. Aussi, il y a un truc très important c’est que le 1, 2, 3, n’est pas pareil que le 4,5. Le 1,2,3, en fait, la personne va mourir du fait de la maladie, du fait du réel de la vie, et l’humain n’y est pour rien. C’est à dire que si on arrête, on prend l’exemple de la cancérologie, si on ne fait pas une quatrième séance de chimiothérapie, parce que ça va gagner un jour, eh bien en fait, la personne va décéder, et l’intégrité morale du professionnel de santé n’est pas très attaquée, c’est-à-dire on peut être triste le soir, ou affecté, mais on va dormir correctement, et dix ans après, on n’est quand même pas perturbé.
Ce n’est pas le cas pour les deux dernières situations.