J’ai la tristesse de vous faire part du décès de notre collègue et ami, Christian Jodeau, le dimanche 4 Janvier 2026.
Nos pensées vont aujourd’hui à sa famille, aux nombreux amis et collègues, ainsi qu’à ses patients et aux étudiants qu’il a accompagnés tout au long de sa vie.
Membre de l’ALI depuis de nombreuses années, il en suivait les divers enseignements avec un intérêt sans cesse renouvelé.
Formateur à l’IRTS de Montrouge, il avait le soucis de la transmission.
J’ai connu Christian à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Nous y avons travaillé ensemble quelques années, durant lesquelles j’ai eu l’occasion d’apprécier sa profonde humanité. Ces années de clinique hospitalière ont donné naissance à plusieurs publications aux éditions Érès et aux éditions de l’APM (Association Psychanalyse et Médecine), ainsi qu’à un colloque à Cerisy.
Je l’ai vu quelques jours avant sa mort et, comme à son habitude, l’air de rien, il avait sorti du fond de sa grande besace, un livre qu’il était en train de lire et dont il voulait discuter. C’était cette fois-ci Étranger, de Patrick Guyomard, qui avait retenu son attention.
Nous nous retrouvions en effet à plusieurs, à intervalles réguliers, pour échanger autour de nos lectures. Christian était de ceux qui travaillent sans cesse, toujours un texte à la main qu’il aimait à décortiquer, nous livrant ses pérégrinations à travers la langue. Ses études de philosophie en avaient fait un lecteur avide et curieux. Moult pages très annotées par ses soins nous avaient occupés de longues après-midi au coin du feu. Je l’entends encore lire mot à mot, s’arrêtant ici et là pour commenter et rebondir avec gourmandise sur nos interventions, nombreuses, évidemment.
Quelle brutalité que sa mort !
Étranger aura donc été le dernier texte que nous aurons partagé. L’auteur s’y demande, après avoir entendu les propos que d’autres tiennent sur lui : « Est-ce que je m’y reconnais ? Peut-on se reconnaître vraiment soi-même dans ce qu’on entend dire de soi ? S’y sent-on étranger ? ».
Christian, je te revois t’agiter sur ta chaise, le regard amusé et interrogateur : qui est donc cet étranger dont je m’évertue à faire l’hommage ?
Eh oui l’ami, cet étranger, c’est toi.