De la suggestion à la cure de parole : le pas de Freud
24 janvier 2026

-

Robert BOUCHAT
Séminaire d'hiver

Le pas de Freud que l’on pourrait extraire de la façon dont il définit lui-même sa démarche à savoir, je le cite d’ « avancer pas à pas, sans besoin d’arriver à une conclusion, demeurant toujours sous la contrainte du problème actuellement posé, m’efforçant anxieusement de conserver la démarche correcte.[1]». C’est ce qu’il écrit à Lou Andréas Salomé dans une lettre qu’il lui adresse le 13 juillet 1917.

 

   En cela, il se démarque de Jung ou d’Adler qu’il qualifie de constructeurs de système.

 

   Le pas à pas de Freud : ce sont aussi  les refus qu’il s’est vu opposé dans les positions théoriques et cliniques qu’il a prises et que nous aurons l’occasion de pointer au fur et à mesure de ses avancées. Mais aussi bien, ce contre quoi il s’est démarqué, l’hypnose et la suggestion. Mais encore, ce qu’il a lui-même introduit, rompant avec une tradition de pensée, à savoir : la référence au sexuel concernant l’enfant, la méthode de libre association, également l’introduction du jeu de forces psychiques antagonistes caractérisant l’économie psychique.

 

   Entrons dans ce que Freud nous livre des étapes qui précédèrent son intérêt pour les maladies nerveuses. Le moins que l’on puisse dire est que ses débuts lui donnèrent du fil à retordre.

 

Le pas en tant qu’auxilliaire de négation

Première mise à l’épreuve : sa difficulté d’intégration dans le monde universitaire du fait de ses origines juives. Il s’est trouvé, je cite, « familiarisé avec le sort d’être dans l’opposition et de subir l’interdit d’une majorité compacte ».

 

Le pas en tant que signe du manque d’aptitude

Autre épreuve, il se rend compte n’avoir aucune disposition particulière dans l’étude de plusieurs branches de la science. Il en prend acte en se rangeant à l’avis que donne Méphisto :

                                        « En vain vous errez dans la science en tout sens,

                                           Chacun n’apprend que ce qu’il peut apprendre. [2]»

  

 

Le pas du manque de moyen matériel

 En outre, ses peu de moyens matériels vont en partie orienter ses choix, notamment celui de son départ du laboratoire de physiologie, en 1882, sur les conseils de Brücke, pour l’hôpital comme élève. Cela lui donnera l’occasion d’ entrer en contact avec Meynert pour lequel il avait beaucoup d’admiration.

 

   Comment Freud en est arrivé à se tourner vers les maladies nerveuses ? Ce sont à nouveau des considérations d’ordre matériel qui le poussent à l’étude des maladies nerveuses. Cette spécialité étant peu en vogue à Vienne. Les opportunités pour se former étant quasi inexistantes. Il en déduit qu’ : « il fallait être son propre maître ». Il n’empêche :« Au loin, écrit-il, brillait le grand nom de Charcot, et c’est ainsi que je conçus le plan d’acquérir d’abord le grade de dozent pour les maladies nerveuses et ensuite d’aller à Paris pour poursuivre mon instruction.[3] »

 

   Arrive le temps des publications, entre autres concernant des cas relatifs à des maladies organiques du système nerveux. Il acquiert, grâce à ses diagnostics une renommée allant jusqu’ au-delà de l’Atlantique, ce qui lui amène la visite de médecins américains à qui il donne cours avec présentation de malades de son service. Jusqu’au jour où il commet une erreur de diagnostic et se retrouve alors isolé. Son professorat prématuré prend alors fin. C’était le temps, nous dit Freud, où « des autorités renommées diagnostiquaient la neurasthénie comme une tumeur du cerveau. [4]»

 

   Il acquiert le titre de dozent de neuropathologie et réalise son souhait d’aller à Paris, en automne 1885, grâce à une allocation d’étude, sur la recommandation de Brücke. Il entre à la Salpêtrière comme élève, répond à la demande de Charcot pour traduire ses « nouvelles leçons » ce qui lui vaut d’être admis dans le cercle étroit des proches de Charcot.

 

   Les impressions les plus fortes qu’il garde de son passage à la Salpêtrière se rapportent à la réalité et la légalité des phénomènes hystériques, la présence fréquente de l’hystérie chez l’homme, la production de paralysies et contractures hystériques par suggestion hypnotique, sans que l’on puisse établir de distinction entre productions artificielles et manifestations dues par ex à un traumatisme. Freud signale que les démonstrations de Charcot donnaient lieu à des échanges contradictoires. Ce dernier se pliant avec amabilité aux objections qui lui étaient opposées mais n’en restait pas moins incisif dans ses réponses. C’est à ce propos que Freud reprend une répartie de Charcot qui s’imprima en lui, à la suite d’une de ces discussions, à savoir : «La théorie, c’est bon mais ça n’empêche pas d’exister »[5].

 

   Au moment de quitter Paris, il convient avec Charcot d’un plan de travail portant sur la comparaison entre les paralysies hystériques et les organiques. Son hypothèse est que  les paralysies hystériques et les anesthésies des différentes parties du corps sont délimitées suivant la représentation populaire(non anatomique), que s’en font les hommes. L ‘adhésion de Charcot à ce projet lui apparaît peu évidente, étant donné que son domaine de prédilection était l’anatomie pathologique. Il était ainsi, selon Freud, assez peu porté sur les études psychologiques approfondies de la névrose.

 

Le pas en tant que refus de la part de ses pairs

   Son retour à Vienne ne sera pas sans lui occasionner d’autres déconvenues, en particulier concernant le compte rendu qu’il présenta des enseignements qu’il avait retiré de la Salpétrière, avec entre autres les cas d’hystérie masculine. Freud note à ce sujet « qu’il se trouve avec l’hystérie chez l’homme et la production de paralysies hystériques par suggestion, rejeté dans l’opposition [6]».

   L’accès du laboratoire d’anatomie cérébrale lui est refusé et il ne dispose plus de salle pour faire son cours ; il se retire alors de la vie académique et médicale. Et il tire un trait sur la société des médecins.

 

Le pas de moyens thérapeutiques

   Notons que les moyens thérapeutiques dont il dispose dans sa pratique, se réduisent à l’électrothérapie et à l’hypnose. En ce qui concerne l’électrothérapie, il fait l’amer constat que le manuel de Wilhem Erb qui faisait autorité à l’époque s’avère n’être qu’un tissu fantasmagorique dont l’application est totalement inefficace. Cette découverte fut douloureuse pour lui mais en même temps salutaire car dit-il « elle m’aida à perdre encore un peu de la naïve croyance aux autorités dont je n’étais pas encore rendu indépendant »[7]. Il ajoute : « je mis donc l’appareil électrique de côté, avant même que Moebius n’ai proféré ces paroles libératrices : «  les succès du traitement électrique, quand ils surviennent, ne tiennent qu’ à la suggestion médicale ».

 

   Son intérêt pour l’hypnose s’affirme après une séance du magnétiseur Hansen. Et la caution scientifique qu’apporte un dénommé Heidenhain le conforte dans l’idée du bienfondé de l’hypnose. En plus bien entendu de la réalité des phénomènes hystériques qu’il découvrit à Paris.

 

    Cela n’empêche pas, écrit-il, la pratique hypnotique de continuer à être méprisée et renvoyée à une pratique de charlatans.

   C’est à cette époque que la nouvelle parvint « qu’ avait pris naissance à Nancy une école qui se servait largement de la suggestion, avec ou sans hypnose, et ceci avec un succès tout particulier, dans des buts thérapeutiques »[8]. La suggestion devint alors dans les premières années de sa pratique médicale, son principal instrument de travail.

 

   Sa pratique s’est orientée vers le traitement des névrosés en raison du nombre important qui se présentait. Beaucoup de patients ne parvenaient pas à trouver de médecins capables de les soigner. Freud note l’attrait que pouvait représenter l’utilisation de l’hypnose qui tenait « au sentiment d’avoir surmonté sa propre impuissance [9]» et qui laissait le sentiment d’être un thaumaturge. Il signale en même temps qu’il ne manquerait pas, par la suite, de découvrir « les défauts du procédé ». Pour l’heure, deux choses venaient le limiter dans son application : en premier lieu, tous les malades n’étaient pas hypnotisables et en second lieu, il n’était pas en mesure de plonger tout le monde dans une hypnose aussi profonde qu’il aurait souhaité.

 

   Aussi, part-il pour Nancy pour parfaire sa technique hypnotique, au cours de l’été 1889. Sa rencontre avec Liébeault et Bernheim lui fit découvrir le pouvoir de la suggestion tout autant que ses limites. (Je ne reviens pas sur ce que Norbert nous en a dit, sinon sur cette impression qu’il en a eue, dont il rend compte par, je cite : « les étonnantes expériences de Bernheim sur ses malades d’hôpital[10] ».

 

   Précisons que Bernheim s’est attelé à revenir sur l’origine de la suggestion. Il a écrit un ouvrage ayant pour titre : « De la suggestion ». Il rappelle à cette occasion ce qui a pu en constituer les fondements, en l’occurence le magnétisme pratiqué par Messmer. Limité dans les débuts à l’utilisation de l’aimant artificiel pour traiter les maladies nerveuses, Messmer abandonne par la suite le magnétisme minéral pour le magnétisme céleste. On retrouve à l’oeuvre des idées qui ont encore plus ou moins cours de nos jours. Le magnétisme céleste repose sur l’idée d’un fluide universel à l’origine d’une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés, susceptibles de flux et de reflux.

 

   Les remarques de Lacan dans le séminaire sur le transfert[11] à propos de la position primitive de la pensée peuvent nous permettre de situer comment ces croyances articulent l’idée de l’homme, en tant que corps en lien avec d’autres corps. Ce qui l’amènerait « à se repérer dans le réel total et brut à quoi il a à faire ». Ces corps subissant leur inter-attractivité réciproque  répondant à un ordre naturel, considéré comme source de bienfait. Cette conception constituera un point de bascule dans la conception des troubles nerveux[12]. C’est la nature qui est à l’origine du magnétisme. Son principe représente un moyen infaillible de guérir et  préserver les hommes. Messmer ne fait que reprendre à son compte des pratiques basées sur le flux universel, en quelque sorte canalisé et dirigé par le biais d’amulettes, de talismans, de bottes magiques.

 

   Quelques mots sur son fameux baquet magnétique. Il contenait « des bouteilles remplies et recouvertes d’eau reposant sur un mélange de verre pilé et de limaille de fer. Un couvercle percé de trous laissait sortir des tiges de fer plongeant dans le liquide, et dont l’autre extrémité, coudée, mobile, s’appliquait au corps des malades assis en plusieurs rangs autour de la cuve et reliés entre eux par une corde partant de la cuve. [13]» Des manifestations diverses se produisaient chez les sujets, sommeil, pandiculations, bâillements, spasmes, pleurs, catalepsie, hallucinations, cris, crises d’hystérie. Des guérisons pouvaient se produire chez des sujets, nous indique Messmer, suggestionnés par cet appareil impressionnant. C’est ce que souligne Bernheim concernant l’efficace du dispositif, c’est qu’il opère par suggestion.

 

   Bernheim passe en revue les successeurs de Messmer, que je cite sans développer davantage : Le marquis de Puységur, James Braid, et Liebeault qui a eu selon lui, « le mérite d’avoir érigé en système et méthode, la psychothérapie suggestive pendant le sommeil provoqué. Ce qu’il introduit de nouveau, c’est qu’il a recours à la suggestion verbale dans le sommeil provoqué. Il endort par la parole, il guérit par la parole. La parole est mise au premier plan dans la psychothérapie suggestive. » A l’appui des choix opérés par Liébeault, Bernheim fait valoir que “si la suggestion peut créer des troubles fonctionnels, il est rationnel de penser qu’elle peut aussi dissiper des troubles existants”.

 

   Bernheim, quant à lui, s’inscrit en héritier de la méthode de Liébeault, même si dans les débuts[14], il n’avait aucune confiance en la méthode suggestive qu’il avait vu employer par Liébeault. Il n’en est pas moins conquis par son approche. Et Il la dispense par la suite à ses élèves, au point de dire qu’il n’y a pas de jour où il ne leur montre quelque trouble fonctionnel qui se trouve modéré ou supprimé instantanément par la suggestion. Les troubles en question se présentent, je cite, « comme douleur, parésie, malaise, insomnie. »

 

   Nous avons quitté Freud sur le point de boucler ses bagages pour venir à Nancy. Nous allons donc le retrouver pour l’accompagner jusqu’au moment où il tournera la page de ce qui représentera pour lui un ensemble d’expériences formatrices le mettant aux prises avec l’hypnotisme et la suggestion. Comme il l’indique dans ma vie et la psychanalyse, « c’est à Nancy qu’il prend la mesure des puissants processus psychiques cachés à la conscience des hommes ». Freud avait emmené avec lui une de ses patientes, Anna von Lieben, « une hystérique fort distinguée, génialement douée qui lui avait été abandonnée parce qu’on ne savait pas quoi en faire » dit Freud. Il avait manifestement grand pouvoir sur elle car, écrit-il« il la relevait toujours à nouveau quand elle retombait dans son misérable état ». Son impossibilité de la sortir de sa maladie, Freud (dans son ignorance d’alors, comme il le dit)l’attribue au fait « que son hypnose n’avait jamais atteint le degré de somnambulisme avec amnésie ». Bernheim s’y essaye sans plus de résultat. C’est ainsi que Bernheim lui avoue « qu’il n’avait jamais obtenu ses grands résultats thérapeutiques par la suggestion ailleurs que dans sa pratique d’hôpital, et pas sur les malades qu’il avait en ville »[15]

 

Le pas en tant qu’avancée dans la compréhension de la névrose

   Si Freud se sert de l’hypnose dans le cadre de la suggestion hypnotique, il s’en sert aussi pour recueillir des éléments de l’histoire de la maladie dont il ne pouvait avoir connaissance directement de la part de ses patients. Ce n’est pas seulement la notion d’efficacité qui est en question mais encore ce qui « satisfait aussi la soif de savoir du médecin… [16]»comme il l’écrit. Cette soif de savoir, il la juge légitime en disant qu’ « il avait le droit d’apprendre quelque chose de relatif à l’origine du phénomène qu’il cherchait à guérir par le procédé monotone de la suggestion. »

La raison clinique viendra dans un second temps à l’occasion de la communication que lui fit Breuer d’observations sur un cas d’hystérie par « un procédé spécial », selon ses termes. Son impression est forte :  jamais, dit-il, un tel pas n’avait été encore accompli dans la compréhension de la névrose ». Rappelons qu’il en avait touché deux mots à Charcot lors de son séjour à Paris mais celui-ci n’avait prêté aucune attention à ce que lui avait dit Freud. C’est après son séjour à Paris qu’il reprend cette observation de Breuer. Freud note l’effet thérapeutique que la parole de la patiente a sur elle. Il dit précisément qu’ « on pouvait la délivrer de l’un de de ces troubles de la conscience quand on la mettait à même d’exprimer le fantasme affectif qui la dominait à ce moment-là.[17]

 

   Cette observation prend un caractère très particulier dans la mesure où elle est à la source d’ une méthode thérapeutique pour Breuer. C’est Freud qui en fait état. Il précise : « il plongeait sa malade en une hypnose profonde et la laissait chaque fois raconter ce qui oppressait son âme. Après que les états de confusion dépressive eurent ainsi disparu, Breuer employa la même méthode afin de lever les inhibitions et de délivrer la malade de ses troubles corporels. ». L’hypnose permet ainsi à la malade de situer l’origine de ses symptômes et d’établir des liens entre eux.
Quelle valeur théorique lui est-elle donnée ? Elle consiste à accomplir l’acte psychique autrefois réprimé en extériorisant librement l’affect, ouvrant ainsi la voie à la suppression du symptôme. Le symptôme, ou plutôt les symptômes. Lesquels sont liés à des évènements qui ont impressionné la malade ; leur sens correspond à des reliquats ou réminiscences de ces situations affectives. « D’ordinaire, dit Freud, les choses s’étaient passées ainsi : elle avait du réprimer, au chevet de son père, une pensée ou une impulsion. A la place, le symptôme, était apparu plus tard, comme son représentant. En règle générale, le symptôme n’était pas le précipité d’une seule de ces scènes « traumatiques », mais le résultat de la sommation d’un grand nombre de situations analogues. »[18] Pour que le symptôme disparaisse, il fallait que la malade se souvienne de façon hallucinatoire, de la situation traumatique, pendant l’hypnose et qu’elle réussisse à accomplir après coup, l’acte psychique autrement réprimé, en extériorisant librement l’affect. Rappelons que c’est cette patiente de Breuer, Bertha Papenheim alias Anna O qui donna cette appellation de talking cure(cure de paroles)à cette façon de se raconter[19]

 

Freud va s’employer alors à reproduire les recherches de Breuer sur ses malades. A l’issue de ces investigations, Freud réunit un grand nombre d’observations analogues à celles de Breuer. Il propose à ce dernier une publication commune à laquelle Breuer va s’opposer dans un premier temps mais il finira par accepter. Ils publient donc en 1893 : « Du Mécanisme psychique des phénomènes hystériques » avant de faire paraître en 1895 : « Etudes sur l’hystérie ».

 

   La méthode derrière laquelle ils se sont rangés, qualifiée de cathartique par Breuer, avait pour but thérapeutique de réguler la charge affective en la libérant des voies fausses dans lesquelles elle était restée coincée. Il s’agissait qu’elle s’écoule dans des voies normales(p.32) Freud note que « Le succès pratique de la méthode cathartique était excellent. Les défauts qui s’y révélaient plus tard étaient ceux de tout traitement par l’hypnose. » C’est dans un texte daté de 1889 : »Traitement psychique ou traitement d’âme » qu’il aborde cette question de l’hypnose, notamment la soumission dans laquelle l’hypnotisé se retrouve vis à vis de l’hypnotiseur. Attitude qui a son équivalent dans les relations amoureuses. Il souligne que le moyen du traitement psychique qui concerne aussi bien le traitement des troubles psychiques que corporels n’est autre que le mot. Je cite: « les mots sont bien l’outil essentiel du traitement psychique. »[20]

 

Le pas en tant qu’absence du sexuel dans la théorie de la catharsis

Soulignons avec Freud qu’ « il n’est pas beaucoup question de sexualité dans la théorie de la catharsis»[21]. C’est précisément ce point qui indique le passage de la catharsis à la psychanalyse. Passage qui fut inauguré par le retrait de Breuer de la communauté de travail qu’il formait avec Freud , « ce qui laissa Freud, je le cite, à gérer son héritage. ». Tout se passe comme si Breuer n’avait pu franchir le rubicon, si l’on peut dire. A ce sujet, Freud signale que « De sa première patiente, devenue si célèbre, Breuer rapporte que le sexuel chez elle était étonnamment peu développé ». C’est là que Freud diverge d’avec Breuer car il souligne qu’ « on aurait pu aisément deviner, d’après les « Etudes sur l’hystérie » quelle importance a la sexualité dans l’étiologie des névroses.»

 

Ce qui amènera leur séparation et qui s’avèrera déterminant, c’est ce qui s’impose à Freud en termes de découvertes, à savoir le caractère sexuel des émois affectifs dans l’origine des névroses. Que ces émois concernent des conflits actuels ou qu’ils concernent les contre-coups d’évènements sexuels précoces. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’il n’était aucunement préparé à recevoir ces découvertes. C’est ce qu’il dit : « Je n’étais pas préparé à ce résultat, mon attente n’y avait aucune part, j’avais abordé l’examen des névrosés en état d’ingénuité parfaite ». A souligner que c’est dans l’après-coup que Freud se souvient de propos que lui ont tenu Breuer, Charcot ou Chrobak. Accentuons ceci : eux-mêmes, pas plus, n’ont pris la mesure de ce qu’ils confiaient à Freud : « Ils m’en avaient dit davantage qu’ils ne savaient eux- mêmes et n’étaient prêts à soutenir » écrit Freud. Autrement dit, c’était à leur insu qu’une transmission s’opérait de leur expérience clinique sans qu’ils ne puissent eux-mêmes être éclairés de ce qu’ils disaient, au moment où ils le disaient. Freud ajoute pour ce qui le concerne: « Ce que j’avais recueilli de leurs lèvres dormait inactif en moi, jusqu’à ce qu’à l’occasion des investigations cathartiques, ceci ressurgit comme une connaissance apparemment originale . Je ne savais pas non plus alors qu’en rattachant l’hystérie à la sexualité j’étais remonté aux temps les plus anciens de la médecine et que j’avais renoué avec la tradition de Platon.

 

   Sachons rester freudien, en concluant ainsi. N’est-ce pas l’illustration de ce que Freud s’applique à lui-même, en termes de découverte de ce qui œuvre, caché à la conscience, fruit de puissants processus psychiques.

 

    Notons qu’il restera quelques pas à faire à Freud, pour faire évoluer sa pratique, notamment en situant je cite « la doctrine du refoulement en tant  que pierre angulaire de la compréhension des névroses. Ainsi, il ne s’agira plus de rechercher l’abréaction de l’affect engagé dans des voies fausses mais de découvrir et de résoudre les refoulements par des actes de jugement. Freud écrit : « La psychanalyse fut contrainte par l’étude des refoulements pathogènes à prendre au sérieux le concept de l’inconscient »[22]. A la différence de Janet qui considère que le terme d’inconscient n’avait été pour lui qu’une façon de parler.

 

 


[1]S. Freud., Correspondances, Ed Gallimard, 1979, p.347

[2]S. Freud., Ma vie et la psychanalyse, Ed Gallimard, 1972, p.15

[3]Ibid, p.17

[4]Ibid, p.17

[5]E. Jones., La vie et l’oeuvre de Sigmund Freud, Tome 1, Ed PUF, 2006, p.229

[6]S. Freud ., Ma vie et la psychanalyse, Ed Gallimard, 1972, p.21

[7]Ibid. p.22

[8]Ibid. p.23

[9]Ibid. p.23

[10]Ibid, p.23

[11]J. Lacan., Le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation, ses excursions techniques, Ed ALI, 2002, p.81

[12]H. Bernheim., De la suggestion, Site internet https://hypnose-clinique.ca, p.7

[13]Ibid. p.18

[14]H. Bernheim., De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique, Ed Octave Doin, 1891, 3°ed, p.303, Site internet:https://Gallica.bnf.fr

[15]S. Freud., op cit, p. 24

[16]S. Freud., op cit, p. 25

[17]S. Freud., op cit. p. 26

[18]S. Freud., op cit. p. 27

[19]S. Freud., Etudes sur l’hystérie, 7° Ed PUF, 1981, p. 21-22

[20]S. Freud., Traitement psychique(Traitement d’âme) dans Résultats, Idées, Problèmes, tome I, Ed PUF,1984, p. 2

[21]S. Freud., Ma vie et la psychanalyse, Ed Gallimard, 1972, p. 29 et suivantes

[22]Ibid. p.40