Reconnaissance à Marc Darmon
Marc est parti.
Membre de l’ALI depuis sa fondation, alors qu’il n’avait que 30 ans, il s’est distingué en produisant l’un des ouvrages les plus marquants de sa génération et de notre discipline : ses Essais sur la topologie lacanienne, en 1990, alors qu’il n’avait que 38 ans.
Brillant, cet ouvrage lui ressemble et constitue une porte d’entrée pour tout psychanalyste qui veut en apprendre sur la place centrale de la topologie chez Lacan. Crucial pour ceux qui découvrent. Mais nous savons que même les initiés se nourrissaient de sa réflexion. L’on se souvient de Charles Melman écoutant très attentivement les développements de Marc lors d’un séminaire qu’ils avaient engagé ensemble sur les cas cliniques de Freud. Le même Charles Melman qui avait encouragé Marc à écrire ses Essais.
Pour lui rendre hommage, j’aimerais simplement rappeler combien sa position éthique a laissé son empreinte sur le style de notre Association. D’une élégance et discrétion rares, il longtemps a tenu ses ateliers de topologie et son enseignement dans nos locaux, avec la générosité qui lui était caractéristique : il prenait le temps de répondre à toute question, même si celle-ci déviait son fil conducteur pendant un bon moment. Aucune impatience.
Il a voyagé dans de nombreux pays, contribuant à tisser de forts liens transférentiels, de transmission et d’amitié avec des psychanalystes hispanophones, lusophones et anglophones. Notre groupe lui doit beaucoup. Nous nous appuyons aujourd’hui, entre autres, sur l’investissement de collègues, des aînés comme lui, pour maintenir la vivacité de la psychanalyse.
Enfin la topologie, qu’il a su présenter d’une manière simple, documentée, structurée, pour toute une génération. Que l’on soit féru de logique et de mathématiques, de nœuds et des surfaces, ou bien que l’on se sente verrouillé et ignorant face à cet abord lacanien, Marc a pu traduire avec délicatesse le fait que la topologie est présente autant au niveau du signifiant que des schémas et des chaînes qui paraissent plus complexes. Nous faisons de la topologie en recevant nos patients, en nous tenant, comme Marc, à la place de l’analyste.
Cette dette à son égard nous engage, à un travail de lecture qui se poursuit, à faire vivre notre espace de travail.
Omar Guerrero, vice-président de l’ALI