A propos de la Fondation Vallée : la psychanalyse a bon dos !
Par Bernard Golse
Ce qui se passe à la Fondation Vallée réclame à l’évidence une enquête approfondie pour savoir ce qu’il en est de la qualité des soins psychiques apportés aux enfants qui y sont pris en charge.
Mais ce qui se passe dans les médias et la société à propos de ce qui se passe à la Fondation Vallée mérite également une réflexion.
Tout est parti d’un article de l’Express[1] paru le 25 janvier 2026 sous le titre « Des enfants maltraités dans un hôpital pédopsychiatrique près de Paris : enquête sur les dérives de la Fondation Vallée » et de deux articles parus le 2 février 2026 l’un dans le journal Ouest-France[2] intitulé : « Val-de-Marne : un hôpital pédopsychiatrique francilien sous investigations », l’autre dans le journal Le Monde[3] intitulé « Deux enquêtes lancées sur les dysfonctionnements de l’hôpital pédopsychiatrique de la Fondation Vallée ».
Ces articles ont évidemment suscité une grande émotion tant chez les professionnels que dans le grand public puisqu’ils soulignaient des dérives thérapeutiques dont les enfants hospitalisés dans cet établissement seraient victimes, l’article du Monde précisant que « dans ce centre hospitalier du Val-de-Marne prenant en charge des enfants et des adolescents, des pratiques régulières d’enfermement et d’isolement ont été constatées, déclenchant une mission d’inspection de l’agence régionale de santé et la saisine, lundi 2 février, par la ministre de la santé, de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ».
Tout ceci me touche personnellement dans la mesure où j’ai effectué l’intérim de la chefferie de service de cet établissement en 2001/2002 et où les travaux de Roger Misès – figure emblématique de la Fondation Vallée – ont beaucoup compté dans ma formation professionnelle.
Je rappelle que Roger Misès, pédopsychiatre et psychanalyste de renom, a été l’un des artisans de la création des secteurs de psychiatrie infanto-juvénile dans les années soixante-dix, dispositif que le monde entier nous a envié du fait de ses objectifs scientifiques (perspective de prévention et de soin, dimension à la fois généraliste et spécialisée) mais aussi démocratiques (pédopsychiatrie de proximité, accessibilité des soins …) et que les transformations qu’il a menées en son temps à la Fondation Vallée ont fait de cet établissement le symbole même du passage d’une pédopsychiatrie asilaire à une pédopsychiatrie moderne incluant précisément les apports des neurosciences, de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle.
Il est sans doute trop tôt pour savoir précisément ce qu’il en est du fonctionnement actuel de cet établissement pédopsychiatrique mais les représentants CGT du personnel de la Fondation Vallée ont publié le 5 février 2026 dans l’Humanité[4] un texte très documenté « Fondation Vallée : les enfants d’abord » qu’il importe aussi de prendre en considération et qui rappelle notamment le cadre législatif des mesures d’isolement en cas d’auto ou d’hétéro-agressivité intenses et difficilement contrôlables des patients mineurs.
Ce texte a été publié sur ce réseau LinkedIn de l’Institut Contemporain de l’Enfance.
Il va maintenant falloir attendre le résultat des enquêtes qui ont été lancées pour prendre la mesure exacte des éventuelles dérives évoquées mais d’ores et déjà on peut remarquer que cette affaire ne surgit pas à n’importe quel moment.
* L’idée que les dysfonctionnements relevés à la Fondation Vallée seraient le fruit de la référence psychanalytique du projet médical de cet établissement est un premier point.On sait que les attaques contre le recours à la psychanalyse dans le champ de l’autisme infantile sont forcenées depuis longtemps, qu’elles cachent en fait des attaques contre la psychanalyse en général[5] et que celles-ci, finalement, cachent mal des attaques contre le soin psychique dans sa dimension humaine et humaniste.Mr Etienne Pot, Délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement bien connu pour son acharnement contre la psychanalyse, s’est ainsi immédiatement empressé d’insinuer que les éventuels dysfonctionnements de la Fondation Vallée ne seraient pas exceptionnels mais en fait observables dans de nombreux autres lieux de soin.
* Par ailleurs, il importe de dire que la Fondation Vallée vient de vivre un nouvel intérim de plusieurs années, assuré par le Pr Bruno Falissard dont les qualités humaines et professionnelles sont indéniables et internationalement reconnues, mais qu’un tel intérim prolongé sur plusieurs années ne peut que venir fragiliser une institution de ce type, l’un des plus grands hôpitaux pédopsychiatriques de notre pays.Si l’on ne prend pas soin correctement d’une institution soignante, comment peut-on imaginer qu’elle puisse être bien soignante ? Le soin du soin devrait être une préoccupation majeure de nos responsables politiques, financiers et administratifs et ceci d’autant plus que la pédopsychiatrie dans son ensemble est en grande souffrance comme le rapport de la Cour de Comptes[6] de 2023 sur l’offre de soins en pédopsychiatrie l’a bien montré, rapport piloté par Mme Juliette Méadel et auquel j’ai participé en tant que Médecin-expert. Il est donc un peu facile d’accuser la psychanalyse et de vouloir lui faire endosser la responsabilité de désordres de la gouvernance institutionnelle et politique auxquelles elle ne peut évidemment rien et qui font que nombre d’établissements ont perdu leur enveloppe protectrice.
* Enfin, il est probable que l’idée de transformer la Fondation Vallée en un centre expert du type de ceux dont il a été question récemment est présente à l’esprit de nos décideurs.
« Expertiser n’est pas soigner » comme le rappelle utilement le collectif « Le printemps de la psychiatrie » qui organisera un meeting sur ce thème le samedi 28 mars à la Bourse du Travail.
Pour toutes ces raisons, et si les enquêtes en cours à la Fondation Vallée sont nécessaires et d’une extrême importance, on peut tout de même dire aujourd’hui que la psychanalyse a bon dos (alors même que son efficacité n’est plus à démontrer dans le cadre des prises en charge multidimensionnelles pour les enfants présentant des troubles mentaux sévères) et qu’en matière d’injustice, cela suffit.
Vraiment cela suffit !
Bernard GOLSE
Pédopsychiatre-Psychanalyste (Membre de l’Association Psychanalytique de France) /
Ancien Chef du service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) / /
Professeur émérite de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris-Cité /
Fondateur de l’Institut Contemporain de l’Enfance /
Adresse-contact
Pr Bernard GOLSE
Institut Paris Brune
26 Boulevard Brune 75014 Paris
Mail : bernard.golse@icloud.com
[1] https://www.lexpress.fr/sciences-sante/des-enfants-maltraites-dans-un-hopital-pedopsychiatrique-pres-de-paris-enquete-sur-les-derives-de-la-5TMGPIJELBFTJNTQY37J425FIY/
[2] https://www.ouest-france.fr/sante/val-de-marne-un-hopital-pedopsychiatrique-francilien-sousinvestigations-
a659452e-0071-11f1-be0e-292cccbfadc3
[3] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/02/deux-enquetes-lancees-sur-lesdysfonctionnements-
a-l-hopital-pedopsychiatrique-fondation-vallee_6665118_3224.html
[4] https://www.humanite.fr/societe/maltraitance/pedopsychiatrie-les-soignants-de-la-fondationvallee-meurtris-par-les-accusations-de-maltraitance
[5] Le député Daniel Fasquelle avait ainsi proposé il y a quelques années d’interdire l’enseignement de la psychanalyse dans toutes les facultés !
[6] https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-pedopsychiatrie