"Il n’y pas de rapport sexuel chez l’être parlant". Ce dire
de Lacan a suscité en son temps autant d’étonnement que de ricanements
entendus aussi bien chez certains habitués de son séminaire que
chez ses détracteurs avérés. Il avait pourtant pris la
précaution d’ajouter : " le rapport sexuel comme tout autre rapport,
au dernier terme, ça ne subsiste que de l’écrit ". S’il nous
avait dit " du semblant de rapport sexuel chez l’être parlant "
aurions-nous mieux compris ? Et s’il avait poussé les choses jusqu’à
dire : "de l’hétérogénéité radicale
de la parole et de l’écriture", alors là, aurions-nous seulement
pu entendre en quoi cela concernait le ratage structural de notre petit commerce
?
Tenons-nous en donc à son dire et tentons de déplier les questions
qu’il contient. C’est dans ce séminaire D’un discours qui ne serait
pas du semblant que Lacan va commencer d’articuler pour nous les raisons
de non rapport sexuel.
Après avoir confronté la position d’un parlêtre à
la catégorie de l’imaginaire dans son articulation à la parole
et la puis à celle du symbolique dans son rapport au signifiant et à
la fonction du phallus dans les Ecrits qu’il avait produits de 53 à
58, Lacan va, en 71, démontrer l’impossibilité d’écrire
un rapport sexuel chez l’être parlant en le confrontant à la catégorie
du réel par le biais de la fonction de la lettre et de l’écriture
et de ce qui en découle pour l’homme et pour une femme, soit leur position
par rapport à la jouissance.
Pour notre de ce travail donnons une première approche. Déjà
depuis Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse,
en 53, Lacan avait isolé dans les effets du langage la propriété
spécifique de la parole, soit d’être celle qui mène un parlêtre
à produire sa vérité c’est-à-dire la vérité
de son désir et à constituer du même coup le savoir inconscient
qui le mène. Nous constatons-là la mise en place d’une position
subjective par son rapport au signifiant, équivoque, qui la détermine.
Aujourd’hui ce même travail sur les effets du langage amène Lacan
à isoler une autre vérité, celle produite par l’écriture,
dont la plus aboutie est l’écriture mathématique d’où toute
ambiguïté est éliminée.
C’est par la science, passage nécessaire pour accéder à
un autre type de savoir (Melman propose là d’employer plutôt le
terme de connaissance) d’où toute position subjective est exclue et qui
consiste à cerner les effets du symbolique sur le réel par le
jeu des lettres de la logique formelle qui, elles, sont univoques, hors sens.
" Par l’écriture, nous dit Lacan, une autre vérité
que celle du désir est atteinte ". Cette façon d’énoncer
le non rapport a le privilège de nous obliger à nous confronter
immédiatement à la question du semblant. En effet Lacan ne nous
dit pas : " il n’y a pas de rapport sexuel entre un homme et une femme
" par exemple qui aurait eu l’inconvénient de mettre a priori hors
échange de la psychanalyse la question de l’homosexualité, et
qu’il n’emploie pas les signifiants " homme " et " femme "
nous pousse également à nous questionner sur la consistance de
ces signifiants.
En effet la clinique démontre à quel point les positions sexuées
sont ambiguës et vacillantes et en fonction du partenaire qui est en face
et en fonction de la structure.
Donnons-en pour témoignage l’hystérie féminine qui sait
si bien faire l’homme qu’elle peut en remontrer et le transsexuel qui demande
à ce qu’on le lui coupe afin de mieux ressembler à cette La femme
qu’il croit être. Entre ces deux pôles, du plus banal au plus pathologique,
se déploie tout l’éventail des identifications jamais définitives
qui poussent un parlêtre dans un camp plutôt que dans l’autre au
mépris d’une réalité qui, elle, est incontestable. "On
ne sait rien de son sexe" nous dit Lacan (p. 77) "ce qui s’appelle
le phallus". C’est sur ce fond de non savoir que nous allons aborder la
question de l’être sexué.
Ce que nous enseigne Lacan depuis Freud c’est que la relation d’un homme à
une femme, et contrairement à ce qui se passe dans le règne animal,
que la relation entre deux parlêtres passe, pour chacun des partenaires,
non seulement par le détour que représente l’autre de cette relation,
mais aussi, et surtout, par le rapport que chacun des deux partenaires entretient
avec la fonction du phallus, donc de la castration. Le phallus fait obstacle
à ce qui pourrait se croire un rapport entre deux sujets dans un acte
copulatoire où seul le pénis serait en jeu ; ceci était
déjà présent dans l’oeuvre de Freud. Dans cet acte
il y manque ce qui, pour chaque sujet, est visé par le biais du phallus,
soit son rapport à la jouissance. C’est ce que Lacan va expliciter. Qu’il
n’y ait pas de rapport sexuel, Lacan le soutient de l’argument scientifique
suivant: un rapport ça ne subsiste que de l’écrit. Un rapport
c’est une proposition, une application que l’on peut définir entre des
lettres x R y. Comment pourrait-on écrire logiquement un rapport entre
un homme et une femme, même à les réduire à être
mâle et femelle, c’est-à-dire purs corps privés de langage
? Même par cet artifice, ils n’en demeureraient pas moins des signifiants
polysémiques, puisque pris dans le monde de l’humain, et ne sauraient
d’aucune façon se réduire à une lettre univoque qui seule
autoriserait une écriture logique.
Dans ces conditions, il est totalement insoutenable dans le discours de la
science de penser pouvoir écrire ce rapport. De plus, à supposer
même que le langage puisse être évacué du champ de
ces deux parlêtres, ceci nous amènerait de toute façon à
nous questionner sur ce qui aurait été évacué en
même temps que lui. Avec l’évacuation du langage, ce serait pour
un sujet la fonction du désir même qui deviendrait caduque, et
déjà toute la théorie freudienne ; et avec l’évacuation
de la fonction signifiante élaborée par Lacan ce serait la question
de la fonction du phallus qui serait alors éradiquée.
Ce serait donc la question du désir et celle de la fonction du phallus
qui feraient obstacle pour un parlêtre à ce que un rapport sexuel
puisse s’écrire. Reprenons cette question du désir dans l’oeuvre
de Freud et plus particulièrement celle de " que veut une femme
? ". Je reprendrai très brièvement l’éclairage du
rêve dit " de la belle bouchère " repris par Lacan dans
La direction de la cure et les principes de son pouvoir (1958). Elle
rêve qu’elle a le désir de donner un dîner, que c’est dimanche,
et que tous les magasins sont fermés, qu’il ne lui reste qu’une toute
petite tranche de saumon, elle qui aime tant le caviar ; alors, malgré
son désir, elle doit renoncer à donner ce dîner.
Première lecture, freudienne: la belle bouchère, hystérique,
ce qui la comble le plus, ce n’est pas de donner un dîner mais de se garder
en réserve un désir insatisfait.
Deuxième lecture, lacanienne : si elle adore le caviar, son amie maigrichonne
c’est du saumon dont elle raffole. Alors irait-elle presque à l’engraisser
pour que son mari qui aime les femmes girondes en fasse ses agapes ? Non, son
mari elle entend se le garder. Alors surtout ne rien faire qui puisse permettre
à cette autre femme de faire miroiter, sait-on jamais, l’image du phallus
qui saurait attirer le regard de son homme, du même coup la destituer
de cette place.
Déjà chez Freud donc, pour une femme, cette question du phallus,
et d’être le phallus pour cet homme est déchiffrable au delà
du désir insatisfait ou impossible.
Si nous regardons d’un peu plus près la question de la fonction du phallus
chez Lacan dans ce premier temps qu’est Die Bedeutung des Phallus (58),
nous constatons qu’à la bipolarité sexuelle : être homme
et l’avoir, et être femme et ne pas l’avoir, s’adjoint, et pour devenir
primordiale, la fonction du signifiant qui donne à cet objet phallique
la fonction d’être ce qui manque à la mère et surtout d’être
ce qu’elle désire. C’est ce qui pousse un enfant, fille ou garçon,
à désirer être ce phallus qui viendrait combler le désir
de ce grand Autre manquant. Car ce phallus : il n’est pas un objet, il est encore
bien moins l’organe qu’il symbolise (pénis ou clitoris), il n’est pas
un fantasme, s’il faut entendre par là l’effet imaginaire qu’il produit.
Car, nous dit Lacan, " le phallus c’est le signifiant destiné à
désigner dans leur ensemble les effets de signifié en tant que
le signifiant les conditionne par sa présence de signifiant ". (Ecrits
p. 690) Le phallus est donc le signifiant qui ouvre pour un sujet tout le champ
de la signification et qui lui permet par cet enracinement, ce capitonnage,
de ne pas flotter dans le monde du langage et de pouvoir être soutenu
par une parole qui l’inscrit dans une généalogie.
C’est cette fonction qui fait du phallus le signifiant privilégié
permettant l’avènement du désir hors des champs du besoin et de
la demande, mais entièrement tissé à eux. Désir
dont Lacan dira que c’est une demande qui ne concerne aucun besoin. Entendons
au passage que le désir est aussi une demande (en tant qu’elle doit être
formulée dans le registre du signifiant) et qu’une demande pour un sujet
c’est toujours, et inconditionnellement, une demande d’amour.
Dans ce contexte, être le phallus s’oppose déjà à
ce que le sujet se satisfasse de présenter à l’Autre ce qu’il
peut avoir de réel qui réponde à ce phallus, car ce qu’il
a " ne vaut pas mieux que ce qu’il n’a pas " nous dit Lacan (Ecrits,
p.693). Avoir ne donne aucune prédisposition à être. De
plus, cette épreuve du désir de l’Autre pour le phallus ne vaut
et ne porte à conséquence au niveau clinique que parce que ce
qui est découvert par le parlêtre concerné, ce n’est pas
que le sujet, homme ou femme, l’ait ou ne l’ait pas, mais que la mère
ne l’a pas et qu’elle le désire, ledit phallus. Béance inaugurale
et structurante de cette mère manquante où va pouvoir advenir
le champ que les effets du langage vont occuper et où le parlêtre
aura à se creuser sa place. C’est là nous dit Lacan "que
se signe la conjonction du désir, en tant que le signifiant phallique
en est la marque, la conjonction du désir avec la menace ou la nostalgie
du manque à avoir".
A partir de la phase phallique donc les rapports entre les sexes tourneront
autour d’un être et d’un avoir le phallus et non pas autour d’un "
être homme " ou " être femme ". Si la castration
est bien la loi qui régit le désir humain, autour de quelle perte
s’organisera pour l’homme son accès à l’exercice de la sexualité ?
Car ce phallus : il n’est pas un fantasme, s’il faut entendre par là
l’effet imaginaire qu’il produit ; il n’est pas un objet ; il est encore bien
moins l’organe qu’il symbolise (pénis ou clitoris), " ce phallus
est un signifiant sans signification mais destiné à désigner
les effets de signifié ". (Ecrits, p.690)
C’est à devoir renoncer à être le phallus maternel que
l’homme pourra se prévaloir des insignes de la virilité héritée
du père. C’est pour lui la seule façon de reconnaître que
de ce père il en accepte la loi, la castration. Quant à une femme,
c’est à la virilité qu’elle doit renoncer. C’est autour de cette
perte que l’un et l’autre auront à consentir que Lacan énonce
" que l’homme n’est pas sans l’avoir alors qu’une femme l’est sans l’avoir
".
Nous entendons dans ces formulations volontairement ambiguës l’impact
du jeu propre au signifiant et l’équivocité qu’ici il introduit
à concerner non un organe mais le signifiant du désir. Mais c’est
la résistance à cette perte qui amène les deux parlêtres,
homme ou femme, à s’installer dans le paraître, pour la demande
d’amour, nous pouvons aussi bien dire dans le semblant. C’est patent dans la
mascarade féminine que mime un "être le phallus". Ça
ne l’est pas moins dans le " faire l’homme " de son compagnon "
macho " qui voudrait bien donner à croire qu’il l’a, mais dans cette
volonté pour l’un et l’autre sexe, d’être le phallus c’est-à-dire
le signifiant du désir de l’Autre et pour l’Autre. Et bien sûr,
la relation sexuelle occupe ce champ clos du désir par la demande d’amour.
Examinons les conséquences évoquées par Lacan dans cet
article " Die Bedeutung des Phallus " pour chacun des deux sexes dans
leur position quant à l’amour et au désir pour mieux cerner ce
qui est en jeu pour l’homme et pour une femme dans cette relation sexuelle qui
n’est pas un rapport.
Partons de la position masculine. L’homme trouve à satisfaire sa demande
d’amour dans la relation à une femme, pour autant que le signifiant du
phallus la constitue comme donnant dans l’amour ce qu’elle n’a pas. Que son
corps soit manquant la met en position de donner à l’homme qu’elle aime
le phallus qu’il attend. Mais pour l’homme encore " son propre désir
du phallus fera surgir son signifiant dans sa divergence rémanente, vers
une autre femme qui peut venir désigner ce phallus à divers titres
". (Ecrits p.695). Il pourrait donc aimer une femme qui lui donnerait
ce qu’elle n’a pas et en désirer d’autres qui viendraient, pour lui,
faire miroiter la question du phallus et de son brillant. Pour lui amour et
désir peuvent se trouver disjoints. Voyons comment Lacan rend compte
de la position féminine : il y a pour une femme une difficulté
particulière à ne pas faire coïncider le pénis du
partenaire avec le phallus désiré par elle. En effet son désir
qui vise le phallus, elle en trouve le signifiant sur le corps de celui à
qui s’adresse sa demande d’amour. Cette méprise que le signifiant induit,
la pousse à mettre un objet partiel, ici le pénis de son partenaire,
en position de représenter le phallus mais alors comme objet fétiche.
Le résultat en est que pour une femme convergent sur le même partenaire
une expérience d’amour et un désir qui trouve son signifiant;
dans la position féminine, l’amour occulte la place du désir.
Mais, nous dit Lacan, il ne faudrait pas croire que l’infidélité
masculine qui paraîtrait là constitutive ou inhérente à
la structure, lui appartienne en propre, Ecrits p. 695 : " le même
dédoublement objet d’amour-objet de désir se retrouve chez la
femme dit-il, à ceci près que l’Autre de l’amour comme tel c’est-à-dire
en tant qu’il est privé de ce qu’il donne, s’aperçoit mal dans
le recul où il se substitue à l’être du même homme
dont elle chérit les attributs ".
Ce serait donc l’aveuglement de l’amour qui rendrait une femme fidèle
parce que plus sourde à son désir que son compagnon. Nous pouvons
en déduire que, aussi bien l’infidélité de l’homme que
la fidélité d’une femme repose sur une méprise mais qui
n’est pas la même, pour l’homme, bien qu’elle ne l’ait pas le pénis
et parce que pour lui elle l’est le phallus, cela le conduit sur la voie d’aller
le chercher toujours ailleurs ; l’homme est polygame nous redisait Melman. Et
pour une femme, sa fidélité relèverait d’une confusion
parce que son partenaire l’a le pénis, cela la conduit à confondre
son objet d’amour pour en faire sur le mode pervers l’objet fétiche qui
causerait son désir.
Nous devons constater que dès qu’il s’agit de jouissance phallique aussi
bien pour l’homme que pour une femme la perversion n’est jamais bien loin. De
plus qu’il s’agisse de l’infidélité de l’homme ou de la fidélité
d’une femme, relevons encore que cette façon d’en rendre compte ne se
soutient d’aucune morale encore moins d’une éthique. S’y dévoile
un pur effet de langage, de signifiant, par lequel l’homme, ou une femme, sont
joués différemment.
Nous voyons dans cet article "Die Bedeutung des Phallus" que la
démonstration du non rapport sexuel entre un homme et une femme laisse
entièrement de côté ce qui est le centre même de la
démonstration qui en est fait dans ce séminaire D’un discours
qui ne serait pas du semblant (1971) et dans Encore (1972) c’est-à-dire
l’incidence de la jouissance pour chacun des deux parlêtres.
C’est dans cette élaboration autour de la question de la jouissance
que Lacan va mettre à jour dans le champ de la sexualité humaine
l’existence de deux modalités : celle de la jouissance phallique et dont
la logique aristotélicienne arrivait à rendre compte, soit pour
les deux sexes " il n’y a qu’une seule libido et elle est masculine "
; mais si la féminité demeurait depuis Freud continent noir, c’est
que ce type de logique ne pouvait rendre compte d’une position subjective qui
ne serait pas la même pour tous. C’est à la logique des quantificateurs
que Lacan doit de pouvoir écrire le rapport non seulement d’une femme
mais d’un parlêtre à la jouissance par le biais du " pas-toute
". C’est en ce point que Lacan signale que l’être sexué de
ces femmes pas-toutes ne passe pas par leur corps mais par ce qui résulte
d’une exigence logique dans la parole. Cette autre logique rend compte d’un
autre type de jouissance qui ne serait pas-toute phallique. A cette jouissance
pas-toute s’en adjoindrait une autre, supplémentaire, que Lacan définit
d’être jouissance hors sexe, jouissance Autre, ou féminine, satisfaction
de la parole mais dont rien ne pourrait s’en dire si ce n’est qu’un homme ou
qu’une femme pourrait l’éprouver. Si comme le soutient Lacan, la jouissance
dit la vérité de ce qui est engagé pour chacun des partenaires
dans ce qui n’est pas un rapport mais un lien sexuel, nous ne pouvons que lui
emboîter le pas sur cette question de la jouissance et constater que,
d’abord, la jouissance c’est ce qui ne sert à rien, ladite jouissance
n’est surtout pas à confondre avec l’amour. L’amour vise l’objet a
cause du désir et si les objets a sont les métonymies du
phallus, le phallus n’en parle pas. Sa place d’exception qui concerne la jouissance,
le phallus, nous dit Lacan, est la jouissance féminine (p.60)
Il me semble intéressant de rappeler là que c’est le refoulé
originaire du phallus qui permet à un parlêtre de pouvoir se tenir
dans le langage et de pouvoir s’y compter comme sujet et de constater que le
parlêtre qu’éprouverait cette dite-jouissance Autre se trouverait
là en position de jouer du langage même ; alors que les objets
a causes du désir et métonymies du phallus introduiraient
un sujet à la jouissance phallique dont la visée ultime, même
si elle est structuralement ratée, serait la jouissance du corps de l’Autre.
A partir de la mise en place de ces deux champs de la jouissance, ce que Lacan
appellera homme et femme relèvera de leur assomption d’une inscription
symbolique dans le champ de la sexuation c’est-à-dire non seulement de
leur être sexué mais aussi de leur rapport à la castration
et au mode de jouissance qui les caractérisent. C’est cette écriture
mathématique des quantificateurs que Lacan reprend avec les propositions
aristotéliciennes réagencées dans le cadran de Peirce où
une proposition universelle, une classe, se fonde sur la nécessité
de l’exclusion d’un trait symbolique et où, face à la classe de
" tous les hommes ",il articule la collection de " pas-toutes
les femmes" pour écrire leur relation respective à la jouissance.
Etre situé du côté homme entraîne pour le sujet qui
s’y tient d’accepter son inscription dans un champ ordonné par une proposition
universelle : il en existe un, le père, qui échappe aux lois de
la castration et qui jouit de toutes les femmes. il existe x j x. Cette acceptation
permet aux fils de venir se loger à une place où ils peuvent se
compter comme un dans la série des générations puisque
la place fondatrice du père vient ordonner un comptage à partir
d’un zéro que la fonction d’exception inaugure, par le biais du patronyme.
Tous les fils ont à accepter les interdictions qu’impose la castration
aussi bien celles normalisantes comme l’interdit de l’inceste qui les assujettit
aux lois du signifiant, que celles plus dépendantes du caprice du père
et qui les fixe à une obéissance à l’idéal paternel
dont ils auront du mal à se départir. C’est à ce prix qu’ils
pourront assumer l’exercice d’une fonction phallique : pour tout x φ x et en
recevoir en contre-partie une reconnaissance symbolique qui les confortera dans
un droit à l’ek-sistence.
Du côté femme par contre, nulle exception fondatrice qui pourrait
lui permettre de se compter dans la suite des générations : il
n’existe pas de x non φ x. Nul père avéré selon l’expression
de Ch. Melman pour la reconnaître symboliquement autrement que sur un
mode aléatoire tel qu’il la laisse à la merci d’une destitution
subjective au moindre manquement de l’Autre à un pacte symbolique. Nulle
proposition universelle qui installerait une castration et une loi, la même
pour toutes, mais une proposition particulière qui relève d’une
autre logique, d’une autre jouissance. Pas-toutes les femmes ne sont dans un
rapport à la jouissance phallique. Chacune aura à y reconnaître
sa place et s’il existe des femmes qui échappent à la castration
: pas-tout x φ de x, il est à constater que même celle qui en relève
n’en relève pas toute.
Le coté droit est le champ du pas tout :
pas tout dans la castration,
pas tout dans la loi symbolique,
pas tout dans la reconnaissance par l’Autre,
pas tout dans la jouissance phallique.
Ce champ du pas-tout qui caractérise celle ou celui qui est rangé
du coté féminin nous renvoie aux différentes catégories
du manque : du manque imaginaire qui renvoie à la frustration, du croire
ne pas avoir, au moins phi; du manque symbolique de l’Autre en tant qu’il est
barré ; au signifiant du manque dans l’Autre S(A barré) où,
à travers le symbolique, c’est le réel qui est visé.
Ce champ du pas-tout spécifie le rapport qu’une femme entretient avec
ces différents signifiants du manque qui l’installent très tôt
dans une position Autre, déjà petite fille à l’égard
de sa propre mère, puis femme face à l’autre sexe. Et ceci me
semble expliquer également en quoi l’hystérie et une structure
plutôt féminine.
Avec cette écriture dans les quanteurs de la sexuation, il nous est
plus facile de comprendre en quoi la recherche de l’autre sexe sera pour chacun
différemment orientée : pour l’homme croyant viser l’Autre par
le biais d’une femme ce n’est en fait que l’objet cause de son désir
qu’il atteint et ceci dans la visée de satisfaire son fantasme. Ravaler
A à a est sûrement une façon d’expliquer la course
aux objets chez l’homme puisqu’aucun ne pourra jamais donner la garantie attendue.
Pour une femme sa recherche sera structuralement doublement orientée
: d’une part vers l’objet phi concerné que met en place pour elle la
castration, que j’appellerai jouissance du signifiant ; d’autre part vers cette
jouissance Autre énigmatique, voire folle que j’appellerai jouissance
de la lettre, pouvant l’amener à une forme de sublimation désexualisée,
voire de mysticisme, qui l’éloigneront en partie ou définitivement
de la jouissance phallique.
C’est l’hétérogénéité de ces deux jouissances
qui fonde l’impossibilité du rapport sexuel pour l’homme et pour une
femme, et qui signe que c’est bien le réel qui commande cette impossibilité
et non quelque malfaçon particulière.
Pas de jouissance qui serait la bonne mais une jouissance inadéquate
à satisfaire leur désir à l’un comme à l’autre.
C’est me semble-t-il dans la radicalisation de ce frayage concernant les effets
de la jouissance pour un parlêtre que Lacan s’engagera dans Encore
quand il dira p.14 : "j’énonce que le discours analytique ne se
soutient que de l’énoncé qu’il n’y a pas, qu’il est impossible
de poser le rapport sexuel."