Ce film met en scène une bien étrange famille. La mère, rôle tenu par
Valèria Golino, évoque une divinité grecque de l’amour, Aphrodite sans
doute, puisque la mer est son lieu de jouissance privilégiée. Grazia mère de
trois enfants est femme de pêcheur. Elle est un peu folle et elle peut être
secouée de crises convulsives qui évoquent l’épilepsie. C’est intéressant
puisqu’une part importante de l’épilepsie tient au coté sans limites du
symptôme.
Grazia est belle. Elle adore ses enfants, elle est follement amoureuse d son
mari qui lui aussi est très beau, beau comme un dieu. Appelons le
Héphaïstos, bien que Grazia ne lui soit pas infidèle.
Mais Grazia engendre les catastrophes dans l’île où ils vivent parce qu’elle
multiplie les passages à l’acte, elle provoque et refuse de se soumettre aux
lois de l’île. Elle est naïvement provocante. Son absence de limites en fait
la complice de ses enfants et l’instigatrice de leurs manquements.
Ce qui m’a intéressée dans ce film c’est que, malgré les dangers, cette
famille fonctionne et reste unie parce que le mari de Grazia se charge à
tous moments de faire régner la loi, de rétablir l’ordre. Ce film, cela a
été déjà noté, présente beaucoup de points communs avec le film de
Cassavetes “Une femme sous influence”. Mabel et Grazia sont folles mais
l’amour de leur homme les sauve. Mais là s’arrête la ressemblance. Mabel
sombre parce que dans la société occidentale où elle vit , plus rien ne
tient, alors que dans “Respiro” le cadre d’une société patriarcale permet à
Grazia d’émerger ce que est très bien suggéré avec l’image finale du film où
la caméra placée au fond de l’abîme montre la solidarité humaine autour de
cette famille.
Le scénario tient sa force du caractère un peu mythique du personnage
central, de la beauté des images mais surtout de “la vérité” des
personnages. Les trois enfants que leur mère fascine restent cependant dans
un relation chaste, au point d’en être douloureuse parfois. Ce sont eux qui
mettent les limites dans la relation à leur mère parce que le père leur a
appris à les mettre alors qu’elle ne les connaît pas.
C’est là le miracle, et non pas celui de la statue de la Vierge placée au
fond de la mer, qui va arracher à la mort Grazia disparue.