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Nous pouvons nous interroger sur le fait de savoir si la psychanalyse conduit à une mise en cause de l'identité. Est-il par exemple en mesure de montrer comment l'identité peut servir à soulager le sujet de son existence ?
En tout cas notre passion habituelle pour les thèmes identitaires (communautaires, religieux, nationalistes, familiaux) dit assez à quel sacrifice nous sommes prêts pour nous vêtir d'une identité. Les deux colloques organisés, en 2005 et en 2006, à Fès, nous ont permis d'en faire le constat, mais aussi d'en éclairer les raisons, en rendant possible un dialogue, aujourd'hui indispensable, entre des identités rivales. Remarquons que ces identités tendent actuellement à se confondre avec les idéaux des civilisations et c'est au nom de la civilisation qu'elles se confortent dans une négation de l'autre, qu'illustrent particulièrement les guerres modernes, comme Freud le soulignait déjà en son temps. La psychanalyse ne minimise pas la portée de l'identité dans la mise en place du sujet. Elle permet néanmoins que s'instaure une relation plus tempérée avec elle.
Qu'arrive-t-il aujourd'hui ? En même temps que brûlent un peu partout les revendications identitaires, se fait entendre l'aspiration du sujet contemporain à un mode de vie et à une jouissance qui pourraient se passer de limite. Les sujets revendiquent leur appartenance à des groupes que soudent une jouissance ou un symptôme identique dans lequel ils se reconnaissent. Telle pathologie, telle différence, tel sport donnera donc lieu à des formes imaginaires de regroupements communautaires plus ou moins stables. Nous pouvons distinguer là un automatisme du rapport à la jouissance qui effare le sujet et entraîne un remaniement radical de son expérience et de son orientation. À quelles nouvelles identités avons-nous et aurons-nous affaire ? Cette question implique celle des effets de la mondialisation sur le sujet, quand elle se réalise de manière sauvage dans la méconnaissance de ce qui la commande. Elle interroge également les aléas de l'acculturation et du déracinement dans nos sociétés et leur incidence observable dans la clinique.