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Colloque de Fès 2008 : Étranger, étrangeté et civilisation

La figure de l'étranger est curieusement dans la pensée freudienne celle qui confère aux formes antiques de la civilisation ses origines. Pour s'en persuader il suffira de lire Moïse et le monothéisme, où Freud fait de l'étranger le fondateur pour nous rappeler ce que le monothéisme juif doit à un Autre radicalement détaché de la chaîne des filiations qu'il autorise. Cet écart symbolique explique sans doute pourquoi il fut régulièrement fait appel à l'étranger pour asseoir l'ordre politique sous l'ancien comme sous le nouveau régime, pour justifier un ordre discursif en construction (qu'on relise Platon ou les philosophes du Moyen-âge), ou même pour instaurer un nouveau système d'écriture (c'est l'emprunt des idéogrammes chinois par le Japon ancien).

Mais dès lors qu'il n'est plus en position d'exception dans la Cité et qu'il doit séjourner dans la société où il migre, le sujet étranger court le risque de l'extranéité. Il doit renoncer à une filiation perçue comme illégitime par lui-même et par ceux qui l'accueillent, ou font mine de le faire. La question est donc de savoir pourquoi à la faveur des transformations sociales que nous connaissons l'étranger peut apparaître comme ce qu'il y a de plus hostile et rejoindre comme migrant la cohorte des envahisseurs imaginaires.

Peut-être la jouissance dans laquelle se trouve plongé le sujet de notre économie de marché trouve-t-elle un improbable appui dans une xénophobie qui loin de situer l'unheimlich à sa place, l'imagine au seuil de la frontière. D'où vient cette inquiétude ?

Il conviendrait pour répondre à cette question de mieux définir ce qu'est l'étrangeté et la place qu'en tant que réel elle peut occuper.

Préparation