Accès membres Agendas

Association lacanienne internationale

NOTES DE LECTURES

Nous y convoquerons les ouvrages anciens et les nouveautés, les romans, les feuilles politiques – tweets, digital studies, essais et poésies.

Du cabinet de lecture au cabinet de l’analyste nous mèneront l' "encyclopédie des arts ", trivium de ceux du langage, la rhétorique, la grammaire et la dialectique, et quadrivium des sciences des nombres, arithmétique, géométrie… topologie, et les "muses", tant soit peu ; nous aurons la rationalité du XXIe siècle, de ses sciences, en usant et les décryptant, et nous nous doublerons d’un lecteur de Fliegende Blätter, tant soit peu. À leur frontispice gravé, de petits personnages, un fou à clochettes, le bouffon à chapeau chinois des grotesques rocaille, des belles dames et jouvenceau, sur une feuille-tapis volante embarquaient l’imaginaire onirique de la publication : avec les contes germaniques, Märchen du fond des âges, les Mille et Une nuits ‑ de l’Unheimlich du romantisme fantastique et l’amour pour la mort aux contes de l’érotisme lumineux, divan oriental, divan occidental.

Et le Witz, équivoque des lettres et des langues.

Cabinet de lecture, feuilles volantes, embarquons lire les écarts et les nouages de l’imaginaire, du symbolique et du réel ici et maintenant.

De Pythagore à Lacan, une histoire non officielle des mathématiques, par Norbert Bon

A l'usage des psychanalystes.

Virginia Hasenbalg-Corabianu (érès, 2016)

Après un premier trimestre catastrophique en mathématiques en classe de seconde (4/20 de moyenne), mon professeur à qui j'avais déclaré un définitif : "Je suis nul en maths" m'a interrogé et envoyé faire les exercices au tableau à chaque cours. Au second trimestre, j'avais une moyenne de 14 et en terminale, où j'ai découvert la théorie des ensembles et les probabilités, j'avais le premier prix de mathématiques. Malheureusement, c'était en 1968 et il n'y a pas eu de distribution des prix. C'est pas juste non ?

Je demande pardon à l'auteure de mêler ainsi mes petites histoires à celle des mathématiques qu'elle nous propose à l'usage des psychanalystes mais c’est qu’elle prend le lecteur par la main, à l’instar de ma charmante institutrice de CP, pour nous promener des grottes du paléolithique à l’ombre des pyramides et nous rappeler l’histoire des nombres, ceux qui servent à compter les bonbons chez le marchand, puis ceux qui ne servent pas à compter : les irrationnels ainsi nommés pas seulement parce qu’ils sont bizarres mais parce qu’ils sont le résultat d’un rapport impossible, une division qui n’en finit pas, imprévisible, au grand désespoir des pythagoriciens : √2, ça tombe pas juste... Pas plus d’harmonie dans l’univers qu’entre les sexes. Et puis Ф, π,... qui ont servi à Lacan pour situer l’objet a. Car l’auteure ne fait pas que nous guider dans une visite de la diagonale de Cantor, la suite de Fibonacci, l’infini actuel, l’indécidabilité de Gödel, elle en montre la pertinence dans ce à quoi à affaire la psychanalyse et la sous-jacence dans les élaborations et les formalisations de Lacan : le phallus, l’objet a, la coupure, le discret du signifiant et le continu de lalangue et la nécessaire sortie de l’espace euclidien qu’elles impliquent. Si bien que, si les psychanalystes se trouvent éclairés dans leur fréquentation de l’inconscient par les mathématiciens, à l’inverse, on peut penser que « les mathématiciens symbolisent à leur insu l’ordre dont ils pâtissent en tant que parlêtres... » Echecs dramatiques compris, dont celui de Cantor avec l’hypothèse du continu : abominable problème qui ouvre une brèche dans le champ mathématique, brèche que Gödel bordera d’un garde-fou avec la notion d’indécidabilité. Rappelons le projet du livre : « Au-delà de toutes les difficultés liées à la compréhension des mathématiques et de la psychanalyse lacanienne, ce livre a pour ambition de rendre possible leur tissage. » Pari risqué et réussi. Ballade éclairante dans la forêt des chiffres et des lettres à conseiller sans restriction aux psychanalystes lambda !

Nancy, le 22 février 2017

Le Parc, film de Damien Manivel

Danièle Weiss

Ce film se présente pour l’essentiel dans une unité d’espace : le parc, et une unité de temps : d’un après-midi d’été, jusqu’à l’aube. Peu de paroles échangées, mais beaucoup de mouvement du corps. Damien Manivel vient du monde de la danse avant de réaliser ce deuxième long métrage.

La nature, ici le parc, est un lieu qui favorise les rencontres ou les fantasmes dans la littérature depuis l’antiquité des philosophes ou les comédies de Shakespeare. Le cinéma nous en rend compte aussi1 Le parc est-il un personnage de ce film, qui compte seulement trois acteurs ? Il est de toute évidence un espace qui permet au corps de se mouvoir avec aisance et ampleur, comme sur une scène de spectacle.

Eric Rohmer, lors d’un entretien au « forum des images » en 2010 déclare : « Les dialogues sont des choses que je filme au même titre que les paysages, les visages, les démarches et les gestes. »
On constate cette même façon de filmer de Damien Manivel. Nous «regardons» le paysage, les nombreux mouvements des corps et le dialogue entre les deux jeunes gens, vivre une histoire banale ...Puis vient la séquence nocturne, un moment surprenant par la rupture qu’il introduit dans le film. Le spectateur est alors emmené dans un monde imaginaire, qui nous tient en haleine jusqu’à la chute du récit.

Nous connaissons le prénom de la jeune fille, mais celui du jeune homme nous reste inconnu. Je l’appellerai Maxime qui est le prénom du comédien qui joue ce personnage.
Suivons pas à pas les protagonistes :

Deux jeunes d’environ 17ans, Noami et Maxime se promènent dans un parc. Ils viennent de se rencontrer. Ils en sont aux premières approches, aux premières présentations de soi : le parcours scolaire, la famille, le sport. Intimidés, ils font des phrases courtes, et s’expriment apparemment sans émotion. Noami est la fille de deux professeurs de gymnastique en fonction dans le lycée qu’elle fréquente. On n’en saura pas davantage. Lui, ses parents sont séparés. Maxime voit peu son père qui les a quittés pour vivre avec une femme plus jeune que sa mère. Cette dernière est hypno-thérapeute. Le jeune homme évoque Freud, que sa mère lit et dont on lui a parlé en philosophie... il tente maladroitement de donner une définition de la psychanalyse à la jeune fille.

Nous voyons Noami et Maxime esquisser peu à peu, des gestes amoureux, une approche des corps très retenue : on se tient par la main, on s’embrasse, un soutien-gorge est sans doute dégrafé, mais on ne voit rien, la poitrine du jeune homme est nu et Noami y pose un chaste baiser. Plus tard, la rencontre des corps est mimée. Entre temps on a assisté à une course poursuite dans le Parc ou à un semblant de lutte entre les deux protagonistes : jeux de séduction et mouvements des corps dans l’espace. La caméra est attentive à nous montrer les changements de la lumière du jour sur la prairie ou sur les arbres, de belles perspectives. En fin d’après-midi : les deux jeunes gens sont assis et Maxime déclare qu’il doit rentrer. « Tu viens ? ». Non, elle ne le suit pas. Elle est déçue : Arrêter au milieu du guet...Que veut elle ?

Nous assistons ensuite à un échange de SMS, dont le contenu s’affiche sur l’écran ainsi que le prénom de la jeune fille. Un dialogue écrit cette fois. La camera zoome sur un paquet de cigarettes à côté d’elle avec le fameux slogan : Fumer tue.

« Je vais fumer toutes tes clopes, si tu ne viens pas les chercher ! » tapote Noami, sur son clavier, encore un peu joueuse. Une réponse arrive aussitôt : « Je n’ai pas osé te dire, je n’ai pas rompu avec mon ex. »
Noami veut savoir s’il aime cette jeune fille. Ce qui sous entend peut-être qu’elle est prête à le revoir ? Silence. Puis Maxime : « Pardonnes moi. » Ce sont ses dernières paroles, au grand désarroi de Noami qui n’a ainsi plus de place ...

Après un silence plus long, Noami écrit : « Je vais revenir en arrière. » Le jeune homme pour toute réponse « !? » Elle : « Comme si je ne t’avais pas rencontrer... Connard ! » Fin de l’écriture. Le portable est rangé.

Noami prend son visage entre ses mains. La nuit tombe.
Noami marche à reculons dans le parc, refait le chemin en marche arrière, celui qu’elle a parcouru avec Maxime. Son regard est fixe, comme sous hypnose. On dirait un mannequin, sans vie, sans affect. Où sommes-nous plongé ?
La lune éclaire la forêt, les arbres, une chouette sur un arbre. Une atmosphère de conte fantastique, au milieu de broussailles, de chemins, de branchages à enjamber. Arrive un gardien en uniforme, un noir, à bicyclette : « Qu’est-ce que vous faites ici ?... Le parc est fermé, Mademoiselle. » Il réitère plusieurs fois cette phrase. Noami imperturbable continue sa marche arrière. Après le rappel à la réalité, le gardien essaie de toucher une corde sensible : « Vos parents doivent s’inquiéter ! Mademoiselle. Comment vous appelez vous ? » Aucune réponse. Aucun signe. « Je vais appeler la police. » L’appel à l’ordre est sans effet sur la jeune fille qui continue sa marche de somnambule.

Le gardien s’essouffle. Il a laissé son vélo, perd la jeune fille, puis la retrouve. Elle est tombée, allonger par terre. Enfin elle se relève et regarde pour la première fois, l’homme. Celui-ci pour la divertir, car enfin elle s’anime, mime des exercices de Kung Fu2 en exagérant les contorsions. Noami est conquise. Alors, le gardien la porte dans ses bras comme une enfant qui a peur de traverser des obstacles dans la jungle des forêts. Il la dépose et revient la chercher dans un petit bateau qui file sur l’eau. Elle saute et embarque. L’homme dirige à la rame dans la nuit noire. Elle est assise en face de lui et le regarde. Tout est calme, paisible, seul le clapotis des rames sur l’eau interrompt le silence. Puis, la caméra montre ce que voit Noami et qui soudain l’effraie : le visage de l’homme noir, luisant sous la lune, avec une énorme bouche ouverte sur des dents blanches, les yeux écarquillés... Noami crie : « Je veux retourner chez moi ! » C’est la peur panique, celle qui prend les humains dans la nuit féroce de l’enfer.

Une image rassurante et protectrice vient alors se superposer sur celle de l’homme, c’est celle de Maxime qui prend le visage de Noami dans ses mains. Il insiste pour se rapprocher d’elle. Mais la peur revient : elle se débat. La barque tangue. Vont-ils tomber ?

Le jour se lève et avec lui, prend fin la séquence nocturne du rêve. On retrouve Noami, assise, la tête appuyée sur son bras comme nous l’avons laissé la veille. Une nouvelle journée commence dans le parc avec ses habitués : ceux qui courent, ceux qui le traversent...

Que veut elle ? Pour Freud : la femme est une énigme. Un continent noir.
La deuxième partie du film est celle d’un ré-embobinage : le désir de la rêveuse de remonter le temps et l’espace avant la rencontre. Des éléments de déplacement et de condensation du vécu de la veille nous sont donnés ainsi que les métaphores de la forêt, sur la sexualité féminine, des visions de branchages noueux sur lequel on trébuche, l’élément liquide. Un retour aussi à l’espièglerie de l’enfance, au désir de protection. Apparaît ensuite l’image du grand méchant loup, l’homme qui va dévorer la petite comme dans le conte de Charles Perrault Enfin, avec l’amoureux Maxime, celui qui est désiré, on assiste à une lutte, Noami résiste au jeune homme, pendant que le bateau tangue fortement sur l’eau, symbole du féminin.
Freud, après l’ouvrage : la traumdeutung 3 s’est demandé si le rêve d’un personnage fictif peut être analysé comme celui d’un patient. Il a répondu positivement à partir de sa lecture et la mise au travail de ses concepts sur le refoulement, à la nouvelle : Gradiva4 de Jansen, puis à d’autres œuvres d’art.

Notons que la représentation et la traduction de Gravida est : la femme qui avance.
La trame narrative du film : Le Parc, rend compte de l’itinéraire initiatique du personnage représentée, Noami, à propos de la sexualité, des figures de son désir, de ses craintes, que l’on peut analyser à partir des images vécues la veille et l’interprétation de son rêve.

 

---------------

1 Voir le film de Claire Simon : Le bois dont les rêves sont faits. 2016

2 Maxime avait dit à Noami qu’il pratiquait ce sport

3 L’interprétation des rêves, publié en 1899. 4 Le texte de Freud est de 1906.

4 Le texte de Freud est de 1906.

Vient de paraître

Séminaire de Charles Melman. Préface de Claude Landman    Lacan disait à ses élèves : « Moi, je suis freudien, si vous voulez être lacaniens, à vous de le ...

L'histoire de l'A.L.I.

Bénédicte Metz, Thierry Roth, Jean-René Duveau 

Centre documentaire

    Sissi, impératrice d'Autriche, l'Antigone de Sophocle, Simone Weil, la philosophe, sainte Catherine de Sienne : chaqune pose les mêmes questions. Comment être ...

L'histoire de l'A.L.I.

Bénédicte Metz, Thierry Roth, Jean-René Duveau 

Vient de paraître

  Actes du cycle de conférences organisées par l’AMCPSY   Lire et télécharger le document sur le site de l'AMCPSY => Lien de téléchargement   Sous la ...

Centre documentaire

  La bibliothèque de l' A.L.I. offre à la consultation les œuvres complètes de Freud (en allemand, en français, en anglais et en espagnol), les textes écrits et l'ensemble ...

Accès Membres