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Association lacanienne internationale


Les enfants hyperkinétiques

 

Conférence faite à Madrid en 1995 et initialement publiée dans « Le corps dans la neurologie et dans la psychanalyse », Eres, Ramonville Ste Agne, 2005, pp.85-99, retranscrite ici avec l’aimable autorisation d’Eres.

 

Je vais commencer par vous donner une idée de l’histoire des enfants hyperkinétiques, c’est-à-dire de la pensée des neurologues, des psychologues et des pédagogues qui a abouti à l’idée que le syndrome hyperkinétique existait. Et dans un deuxième temps, j’essaierai de poser les questions que l’on pourrait résumer de la façon suivante : que nous apprennent les enfants hyperkinétiques ?

La première fois qu’il a été question des enfants hyperkinétiques, c’était en 1923, après l’épidémie de grippe et d’encéphalite survenue en Europe, après la Première Guerre mondiale, et qui a gagné le monde entier. Cette épidémie de grippe a fait plus de victimes que la guerre. Cette encéphalite a été décrite par un Allemand, Von Economo, et c’est lui qui, en 1923, a employé le terme d’« hyperkinétique ». Il parlait des enfants et des adultes qui, à la suite des séquelles de cette encéphalite, avaient un comportement caractérisé par le désordre des mouvements incessants, l’incapacité à rester en place, à se concentrer, des troubles cognitifs de la mémoire et des apprentissages, et enfin des troubles de l’adaptation sociale avec des difficultés à vivre en commun et quelques cas de délinquance. En 1960, aux États-Unis et au Canada, a été décrit le syndrome des enfants hyperkinétiques en dehors de toute encéphalite. Entre 1960 et 1970, il y a eu aux États-Unis et en Europe trente publications sur ce syndrome. Entre 1970 et 1985, il y a eu 700 publications, et entre 1985 et 1995, il y a eu 1 200 publications : vous voyez que c’est un sujet porteur.

On a d’abord décrit un symptôme où l’hyperactivité motrice était prédominante ; ensuite on a ajouté autour de cette hyperactivité motrice les divers symptômes que vous connaissez, cognitifs, de mémoire, de comportement social, d’inadaptation. Et le dernier livre, à mon avis, intéressant paru sur le sujet, il y a deux ans, fait par Madame le docteur Weiss de la McGill université au Canada, porte sur le devenir des enfants hyperkinétiques qu’elle avait vus vingt ans auparavant, selon qu’ils avaient pris des médicaments ou n’en avaient pas pris. Cet auteur, qui est en quelque sorte l’un des créateurs de ce syndrome, est extrêmement étonné, parce que dans le dernier catalogue des maladies mentales DSM IV, le syndrome existe mais sans le terme hyperkinétique, alors que c’est celui qui avait permis de créer le syndrome. Le symptôme de l’incontinence motrice ne fait plus partie du syndrome dans le DSM IV.

D’autre part, la question de la fréquence : aux États-Unis, on compte 5 % d’enfants hyperkinétiques, en Angleterre, 1 sur 1000 ; en France jusqu’à l’année dernière, c’était un diagnostic qui n’était pratiquement jamais porté. Voilà la mise en place du tableau.

Essayons un peu d’avancer pour comprendre. À partir des années 1940, Gesell a commencé à parler du parallélisme psychomoteur. Ce parallélisme est supposé entre la maturation des structures du système nerveux et le développement des fonctions. C’est la fonction motrice qui va être exemplaire de cette évolution et qui va être située en parallèle au développement. Ce qu’on appelle le développement psychomoteur part de l’hypothèse qu’il y a un parallélisme entre la maturation du système nerveux qui commande la motricité et l’évolution des fonctions cognitives. C’est ce parallélisme psychomoteur qui est à l’origine du travail de développement chez l’enfant, depuis 1940, de tous les tests de Gesell et de ceux qui ont suivi. On étudie donc le développement de la fonction motrice par des tests et, en parallèle, on étudie le développement des fonctions cognitives. On constate qu’il y a des stades, des phases, une harmonie entre le développement de la maturation motrice et l’évolution des fonctions cognitives. Cette harmonie, elle est commandée et elle est prouvée par le parallélisme lui-même ; et lorsqu’il n’y a pas d’harmonie, on parle de dysharmonie d’évolution, et pour expliquer la dysharmonie, on prend la même explication que celle qu’on a employée pour montrer l’harmonie : c’est le système nerveux qui est la cause de cette dysharmonie, la pathologie, le déficit apparaissant alors comme une nécessité pour expliquer la dysharmonie. D’un côté, la normale : la motricité, sous-tendue par le système nerveux, évolue en harmonie avec les fonctions cognitives, c’est l’évolution psychomotrice. Mais, quand il n’y a pas d’harmonie, comment expliquer cette dysharmonie ? Eh bien, on l’explique par une atteinte du facteur commun entre psycho et motricité, c’est-à-dire le système nerveux central. C’est l’ordonnateur supposé de cette harmonie ou de cette dysharmonie, la structure qui soutient ces fonctions, qui les détermine dans leur efficience, c’est-à-dire dans le résultat des tests ; il ne s’agit donc plus seulement d’un envisagement dialectique entre le développement des fonctions motrices et celui des fonctions cognitives, mais de la mise en évidence et de la recherche d’une causalité entre l’état des structures neurophysiologiques, évaluée par l’examen neurologique, moteur, biologique, l’imagerie médicale et l’appréciation des fonctions qui ne relèvent pas de la motricité.

Une fois qu’on est engagé dans ce dispositif de pensée, les conclusions s’imposent. Lesquelles ?

1. La mise en évidence de signes ou de symptômes indiquant une atteinte lésionnelle ou bien une perturbation des constantes biologiques dans la sphère motrice, dans tout ce qui concerne la motricité : cette mise en évidence permettrait d’attribuer à une atteinte lésionnelle ou à une aberration biologique toute perturbation des fonctions qui ne soit pas motrice. C’est ainsi que l’incontrôle moteur, l’hyperactivité, l’instabilité, qui supposent une atteinte motrice, seraient associés à des difficultés de la vigilance, de l’attention, des apprentissages, des conduites sociales ; et la meilleure preuve, c’est l’encéphalite de Von Economo où les lésions étaient démontrées.

2. Dans le cas où on n’arriverait pas à mettre en évidence des signes indiquant une altération des structures motrices, quand l’examen neurologique est négatif, quand l’IRM ou le scanner sont négatifs et que les difficultés d’apprentissage, d’attention et d’instabilité existent, alors il serait légitime d’incriminer une lésion minime, une dysfonction minime, que l’on ne peut pas prouver mais qui tire sa raison d’un raisonnement analogique issu du précédent. Je ne peux pas prouver la lésion, mais ce n’est pas pour cela qu’elle n’y est pas ; voilà ce que sont les « lésions ou dysfonctions cérébrales a minima » : le résultat logique d’une pensée déterminée.

Si l’on se tourne vers la formulation de la psychomotricité, vers la façon dont la psychomotricité parle de ces enfants, on comprend tout de suite qu’il est très difficile de s’entendre parce que la psychomotricité ne parle pas d’hyperkinétique, mais d’instabilité. « Instable », c’est-à-dire privation de la stabilité, comme si la stabilité était une norme. Wallon, dans L’enfant turbulent ou Les origines du caractère, pense que c’est le contrôle de la stabilité qui est en jeu et qu’il est en déficit dans l’instabilité. Wallon incrimine un processus de contrôle, c’est lui qui ne marche pas et qui détermine l’instabilité : l’enfant instable manque de stabilité. La thérapie, la rééducation vont essayer d’apporter quelque chose pour remplacer ce qui manque, des techniques pour compenser l’incontrôle… À côté de cela, l’hyperkinétique : dans ce mot hyper, il ne manque rien, au contraire il y a du trop, il y a de la motricité superflue ; et ce qui est en trop chez l’enfant hyperkinétique, on va essayer de l’enlever, on va essayer de l’inhiber. En somme, chez l’enfant hyperkinétique le fonctionnement est en excès, chez l’enfant instable, il est insuffisant. Vous voyez, il est difficile de parler la même langue.

Qu’est-ce qui rend cet enfant insupportable ? Qu’est-ce qui fait que devant les enfants hyperkinétiques ou instables, les rééducateurs, les thérapeutes entrent dans la danse ? Est-ce que c’est lui qui se plaint ? Non, ce sont les autres qui se plaignent de lui. La demande de soins n’est pas le fait de l’enfant, elle vient de ce que l’adulte est débordé, dépassé par l’agitation, la violence, les difficultés d’insertion sociale. Dans le cas des enfants hyperkinétiques ou instables, la demande est tout à fait particulière, il ne s’agit jamais de la demande de l’enfant, l’enfant ne souffre pas. Pourquoi est-elle particulière ? Ce qui est insupportable, ce n’est pas l’instabilité, ce n’est pas l’activité, ce n’est pas la motricité ; pour l’adulte, ce qui est repéré dans l’agitation de l’enfant, ce n’est pas le mouvement, c’est le geste. C’est l’adulte qui donne du sens à cette efflorescence, à cette agitation. L’enfant parle en étant kinétique, non pas parce qu’il fait des mouvements mais parce qu’il fait des mouvements que l’adulte interprète comme des gestes. Ce passage du mouvement au geste, c’est lui qui détermine la demande de l’adulte, c’est là l’essentiel. L’adulte pense qu’il a épuisé le sens de l’agitation en considérant qu’il s’agit d’un geste. En somme, l’adulte donne du sens à l’étiologie, à la cause de l’hyperkinésie.

C’est devant cette question que l’enfant hyperkinétique apparaît comme particulier, ce n’est pas lui qui a une demande : il pose une question à l’adulte, qu’il met dans la nécessité de trouver une cause à son mouvement, parce que ce n’est pas le mouvement qui gêne l’adulte, c’est le sens qu’il donne au mouvement dans la mesure où il en fait un geste. Je vous donne un exemple : la mère vous explique : « Il suffit que je le quitte des yeux, il a un accident. » L’enfant est pris dans la télécommande de la mère, et si le regard vient à le quitter, le désir inconscient de la mère se réalise et l’enfant fait une bêtise. On ne peut pas le quitter des yeux. Connaissez-vous quelque chose qu’on ne puisse pas quitter des yeux ? Sinon le désir le plus dur. L’enfant hyperkinétique, quel est son « déficit » ? Puisque dans hyper, on pourrait croire qu’il y a du trop. Son déficit, c’est qu’il ne peut pas parler, il ne peut pas dire. Plus l’adulte traduit l’enfant hyperkinétique, plus il l’empêche de parler.

Et vous voyez bien à quel point nous sommes obligés nous-mêmes de le deviner, de le traduire. Par exemple, dans les « lésions cérébrales a minima » (minimal brain damage), nous ne voyons rien, mais nous disons : « Il y a quand même une lésion, je ne la vois pas mais elle y est, elle est minime. »

Il ne s’agit pas seulement de notre folie, ce sont les enfants instables qui nous mettent dans cette position, dans cette position d’être obligés de traduire parce que ça n’a aucun sens. C’est ce que je voudrais vous faire entendre, cela n’a pas de sens puisqu’ils ne parlent pas, c’est ce que je vous disais du geste. Un tremblement cérébelleux a un sens puisqu’il suppose une lésion du faisceau du système cérébelleux qui explique le tremblement dans un circuit plus ou moins compliqué ; le neurologue supporte parfaitement le tremblement cérébelleux. Mais l’enfant qui arrive, qui touche le téléphone, qui casse le carreau, qui fait des sauts sur le divan, est-ce que cela a un sens ? Cela n’a pas de sens. Alors, je lui en donne.

Plus l’adulte traduit l’enfant hyperkinétique, plus il l’empêche de parler. Vous n’avez qu’à vous rappeler le dernier enfant hyperkinétique que vous avez vu, vous n’aviez aucune envie de lui parler. Et cet enfant ne fait que répéter là une vieille histoire : à savoir que lorsque la mère est avec son bébé, elle remplit toutes ses fonctions, elle les maîtrise ; et la clinique nous apprend qu’elle doit se laisser déborder par le fonctionnement de l’enfant, par sa capacité à anticiper, etc., en particulier quand elle accompagne les mouvements posturaux de l’enfant par sa propre posture. Dans ce mouvement de miroir, ce n’est pas une imitation, c’est un accompagnement et une anticipation des mouvements de l’enfant, et puis tout d’un coup, une surprise apparaît, un sourire, un refus, une opposition de l’enfant, voilà le débordement de la mère par l’enfant. Un débordement dans le fonctionnement symbolique. Avec les enfants hyperkinétiques, ceux qui s’en occupent – comme s’ils étaient de mauvaises mères – sont incapables de se laisser déborder. La conséquence, c’est que les enfants hyperkinétiques sont privés de toute anticipation ; ils sont incapables, du côté cognitif, de passer du figuratif à l’opératif de Piaget, passage qui, pour lui, aboutit à l’image mentale. Alors, est-ce qu’on peut conclure à un déficit de la pensée ? Si leur anticipation s’est trouvée bloquée dans les rapports avec l’environnement, avec la mère ou celle qui la remplace, comment interpréter la précipitation des hyperkinétiques, leur hâte d’en finir avant d’avoir commencé, la nécessité où ils sont de répéter les choses sans arrêt, sinon parce que ce qui est en cause, c’est la dernière minute, le dernier moment, c’est-à-dire la mort. Quand vous avez un enfant hyperkinétique, insupportable dans votre bureau, plutôt que de le rejeter ou de le prendre dans vos bras, parlez-lui de la mort et vous le verrez s’asseoir pendant plus d’une demi-heure à vous écouter, parce que l’excitation motrice, le manque d’attention, etc., c’est l’action acharnée plus ou moins agressive, plus ou moins destructrice, qui sert de drapeau et de remède contre la pulsion de mort. Les états de tension avec leurs tremblements, la paratonie, montrent que les enfants sont tendus vers quelque chose. Dans les états tensionnels, je pense qu’il faut toujours ajouter il est « tendu vers » ; il n’est pas tendu tout court, il est « tendu vers », vers une image idéale, vers une limite idéale totalement imaginaire. Cet état de tension peut se trouver dépassé par la motricité qu’il essaie de contenir. Normalement, la parole et le langage symbolisent un état de tension vers une image. Mais ces enfants ne sont pas entendus, n’ont jamais été entendus : une mère qui ne quitte pas son enfant des yeux, comment peut-elle l’écouter ? S’ils ne sont pas entendus, c’est la motricité qui vient remplacer les mots, qui vient remplacer les mots que l’on n’a jamais écoutés : c’est ce qu’on appelle le passage à l’acte. Le passage à l’acte ne veut pas dire que je passe à l’action. Il veut dire que je passe du langage, que je ne peux pas utiliser, à l’action. C’est complètement différent, cela n’a rien à voir avec l’initiative, cela n’a rien à voir avec une impulsion, avec une réaction. Dans ce mot de passage, il faut que vous entendiez : je suis passé là parce que je ne pouvais pas passer ailleurs. C’est parce que je suis privé de la parole (parce qu’on ne m’entend pas) que je passe à l’acte, et cette question, vous la connaissez parfaitement bien chez les adolescents où elle est absolument habituelle.

La parole qui n’est pas dite à l’occasion de l’action fait qu’elle n’a pas de sens, c’est là le noyau de ce qui est en cause chez l’enfant hyperkinétique, et c’est devant ce noyau que l’adulte se croit obligé de donner du sens. L’enfant par son action (privée de toute parole) entraîne l’adulte à constater qu’il n’y a pas de sens, l’adulte en donne alors, et c’est le sens qu’il donne qui rend l’enfant insupportable.

C’est cette circulation qui permet de comprendre un peu la haine incroyable que ces enfants provoquent, puisque les neurologues – qui sont des gens pacifiques – voient dans leur tête une lésion bien qu’aucun signe ne leur permette de la certifier.

Quand un médecin donne de la Ritaline, il essaie de donner du sens, d’autant plus que la Ritaline rendrait l’enfant intelligent : « S’il peut passer de 80 à 120 de QI avec la Ritaline, pourquoi s’en passer ? », disait une mère qui préférait médiquer son enfant au lieu de l’écouter.

Je voudrais aborder un aspect un peu différent des hyperkinétiques dans leur rapport à la Ritaline, parce qu’il faut tout de même bien savoir que, au moins pendant un temps, la Ritaline est efficace. Qu’est-ce que la Ritaline ? C’est une amphétamine, elle bombarde la substance réticulée, c’est-à-dire le centre de la vigilance, à la place du mouvement. C’est une amphétamine comme en prennent les drogués, comme en prenaient les parachutistes américains et anglais pendant la guerre pour ne pas s’endormir après 24 heures de combat. Ce sont des amphétamines comme vos parents en ont pris dans les années 1950 pour préparer leurs concours et leurs examens. Ce n’est pas une découverte inouïe, c’est un médicament bien connu, totalement interdit par ailleurs parce qu’il s’agit d’un médicament qui entraîne une accoutumance beaucoup plus nette que la cocaïne. Le Maxiton, l’Orthédrine sont des cousins, de proches cousins de la Ritaline. Ce médicament est efficace sur certains de ces enfants hyperkinétiques. Et cette efficacité peut durer un certain temps. Je ne parle pas de l’accoutumance du côté de la drogue de l’amphétamine, je ne dramatise pas la question, mais je voudrais tenter d’expliquer une grande part de l’efficacité de la Ritaline.

Pendant une quinzaine d’années, dans les années 1960, à Sainte-Anne, au début de la matinée, je m’occupais de l’électroencéphalographie des enfants. Il y avait déjà des enfants hyperkinétiques, des enfants instables, insupportables qui couraient dans les couloirs, qui tombaient dans l’escalier, etc. J’avais constaté – et je n’étais pas le seul – qu’à ces enfants-là, les plus bruyants et les plus déchaînés, il suffisait qu’on mette les électrodes sur leur tête et qu’on les allonge pour qu’ils s’endorment aussitôt. D’ailleurs, vous avez tous fait cette constatation avec les bébés : le bébé qui met toute la famille en révolution à 20 heures jusqu’à ce que la grand-mère dise : « Bon, on le met au lit », et en effet, on le met au lit et il s’endort !

Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’hyperactivité me sert à ne pas m’endormir : c’est là qu’on retrouve la mort. L’hyperactivité est un système pour ne pas dormir, pour ne pas mourir. Ces enfants luttent de façon motrice contre l’arrivée du sommeil, et ceux qui font de la relaxation chez les enfants savent que les enfants instables s’agitent de façon incroyable au moment où précisément ils pourraient s’endormir pendant la séance et quelquefois même ils s’endorment. Si on venait vous dire vers minuit : vous êtes de garde jusqu’à demain matin, est-ce que vous pensez que vous vous allongeriez tranquillement dans un lit ? Non. Et les insomniaques, que sont-ils d’autre que des hyperkinétiques ? Le livre, la lumière, le frigidaire, la fenêtre, etc. : la lutte contre le sommeil… Je crois que vous avez tous fait l’observation dont je vais vous parler : quand vous suivez en cure des enfants le jour du congé scolaire, puisqu’ils n’ont pas école, ils ont regardé la télé la veille jusqu’à minuit. Quand ils arrivent, ils sont tous complètement agités parce qu’ils s’endorment. Vous comprenez quel est l’effet que peut avoir la Ritaline sur le sommeil : elle l’empêche ; tel est son effet principal. C’est sur ce point que les techniques de relaxation sont tellement intéressantes, parce qu’elles permettent à l’enfant d’accéder à un état de conscience proche du sommeil et d’en revenir. C’est là l’important : il fait des plongées et des remontées, et il fait dans sa séance l’expérience qu’il peut plonger et remonter sans activité motrice. C’est là, à mon avis, un apport intéressant de la relaxation dans les états d’instabilité : c’est de faire l’expérience que, au cours de la séance, il peut faire une plongée, disons régressive mais nous pouvons parler en termes physiologiques, et il peut revenir de cette plongée à plusieurs reprises dans la séance ou, en tout cas, au moment de la reprise. C’est dans cette mesure qu’il est stupide de présenter la relaxation comme une méthode ayant affaire avec la maîtrise. J’en dirai deux mots, car chez les enfants hyperkinétiques la relaxation est une excellente indication. Mais je dois dire sur la relaxation : – le mot de « relaxation », on ne peut pas trouver pire. Ce signifiant est absolument immonde, parce que celui qui vient en relaxation et qui, par définition, est tendu, tendu vers une certaine image, tendu vers une certaine limite, ne tient pas à se ramollir, comme ce regrettable terme le laisserait croire ; – devant un enfant instable, si quelqu’un dit : « Qu’il aille faire un peu de relaxation, ça lui fera du bien. » Qu’est-ce qu’il pense ? Il pense que la relaxation va lui permettre de maîtriser son instabilité, de reprendre le contrôle. Ce n’est pas du tout cela, il n’est pas question de contrôle, il est question de faire une expérience. Il est question d’échanger un système contre un autre. Je ne vous apprendrai rien en disant que ce sont les mêmes qui disent la relaxation, c’est pour se ramollir et la relaxation, c’est pour se maîtriser. Ce qui est complètement incohérent. La relaxation, justement, chez les enfants hyperkinétiques, permet de faire l’économie de la motricité en excès. Elle permet de sentir le corps autrement que dans l’action, elle permet d’éprouver les limites du corps autrement qu’en se heurtant aux objets, aux interdits des adultes. Un enfant hyperkinétique dans une cuisine a pour limites des « non », « non, non, non »… Ce sont des limites venues de l’autre, de l’adulte et s’il n’y a pas le « non », il se brûle au fourneau, il renverse la casserole, il se cogne à la porte, etc. Les limites de son corps n’ont rien à voir avec son corps. C’est pourquoi la relaxation est indiquée : dans la relaxation, il fait l’expérience que son corps a une limite. Chaque partie de son corps est limitée par une autre partie de son corps. Son corps est limité par le toucher du thérapeute, par la mobilisation du thérapeute et par les mots que le thérapeute met sur le corps, parce que « non, non, non », ce ne sont pas des mots.

On conçoit que le corps ait à devenir l’axe et le point d’origine de l’action, aussi bien spatial que temporel, mais s’il ne sent pas son corps, s’il n’a rien d’autre qu’une débauche de mouvements, en aucune façon il ne peut, ni sentir ses limites ni avoir une idée de l’origine, du point de départ. Sur ce point, un exemple très résumé : un médecin était venu me voir pour son fils qui était un enfant très hyperkinétique. À la suite de la consultation, je dis au père qu’à mon sens, on pourrait commencer par une relaxation pour lui permettre d’éprouver son corps, de le sentir présent parce que, dis-je au père, « votre fils a beaucoup de difficulté avec la notion d’origine ». Deux heures après, coup de téléphone : « Mais comment avez-vous deviné que mon enfant a un problème d’origine ? » Parce que, en réalité, ce père pensait être stérile – c’était ce qu’on lui avait dit aux États-Unis – et sa femme s’était fait faire une insémination artificielle. Il était revenu en France et il avait eu trois enfants. Cet exemple pour souligner que la notion d’origine, dans la logique de la parenté, a quelque chose à faire avec les limites du corps. Elle a quelque chose à faire avec les enfants hyperkinétiques et avec la mort, avec la mort qui est soutenue par l’interrogation sur la logique de la parenté. Je prends un exemple de familles dans lesquelles les personnages importants sont les femmes. Voilà les hommes : celui-là est mort, celui-là est parti, celui-là on ne le connaît pas, celui-là on l’a mis dehors – voilà notre petit hyperkinétique –, alors la logique de la parenté, comment ça marche ? La motricité, l’absence d’attention, l’incapacité cognitive et la logique spatiale, vous comprenez bien que cela peut faire partie d’une recherche d’une logique quelconque de la parenté parce qu’il y a des choses qui ne sont pas dites. De sorte que cette histoire d’origine a donc affaire avec l’espace et avec le temps, notamment dans l’organisation temporelle du mouvement ou dans ce qu’il est convenu d’appeler le schéma corporel.

L’enfant hyperkinétique, qu’est-ce qu’il nous pose comme question à ce stade ? Il nous fait poser la question : qu’est-ce qui fait tenir le corps ? Qu’est-ce qui le rend présent ? Qu’est-ce qui nous permet de l’éprouver ? Qu’est-ce qui lui donne sa cohérence, pas seulement sa cohérence physique mais sa cohérence logique ? Apportons un élément de réponse. À savoir que ce qui fait tenir le corps, ce n’est pas l’image, ce n’est pas l’imaginaire, ce n’est pas l’idée que mon corps ferait un tout – parce qu’il suffit que je sois assis en ce moment devant vous pour m’apercevoir que je ne sens rien sauf la chaise ; je suis assis sur la chaise, c’est tout ce que je sens ; je vous regarde et plus je vous parle, moins je sens quoi que ce soit. Plus je vous vois, plus je m’adosse à ce que je ne vois pas, j’anticipe vos réactions dans mon regard, mais qu’est-ce que mon corps a à faire là-dedans ? C’est un des mérites de la relaxation de permettre de se rendre compte dans les trois premières séances que le corps tient avec des ficelles. Je m’allonge, je fais ma séance et j’ai l’impression que mon bras droit est derrière le dos. Alors j’ouvre les yeux, je vois mes deux bras où je les ai mis, le long du corps : c’est ce que j’appelle « tenir avec des ficelles ». Vous demandez à votre patient : « Alors cette relaxation ? » – « Formidable ! Mon bras était mort, je ne le sentais plus, il s’était décroché du corps. » Voilà, je préfère vous dire que si vous avez un schizophrène qui vous dit cela, cela ne vous étonne pas, mais nous sommes tous ainsi. Il ne faut pas croire que le corps tient avec une image, il tient avec des mots, ce sont les mots qui sont accrochés au corps et ce sont souvent les mots de la plainte et de la douleur : le corps tient avec la douleur, c’est avec la douleur que je sens mon corps.

Le corps de l’enfant hyperkinétique, lui, a raté l’inscription attachée au corps par la parole de la mère, il n’a pas inscrit les expressions toutes faites qui ont à voir avec le corps. Vous en connaissez des quantités qui sont des expressions complètement délirantes : le mot désagréable qu’on m’a envoyé, « je n’ai pas pu l’avaler », « il m’est resté sur l’estomac », « il m’a fait mal au ventre » ; « J’en ai plein le dos » ; « Les bras m’en tombent », etc.

Toutes ces expressions, tout le monde les comprend mais personne n’a jamais eu les bras qui sont tombés. Ces inscriptions du côté des mots et du côté des formules toutes faites sont inscrites par la parole de la mère sur le corps, à l’endroit intéressé par le mot ou par la formule. Elles sont inscrites par la mère sur la fonction intéressée et quand celle-ci n’est pas inscrite, c’est ce qu’on appelle la psychosomatique : l’inscription des mots de la mère sur le corps ne s’est pas faite. Et quand vous faites une relaxation, votre travail, c’est d’abord de mettre des mots sur le corps. Une image sans mots ne ressemble à rien. Notre corps, c’est un blason, nous le montrons aux autres, il ressemble à tel ou tel de notre famille ; mais dans un blason, il y a l’image et au-dessous il y a la devise. Si j’enlève la devise, l’image tombe : c’est là l’inscription par les paroles de la mère. Le blason sans devise, c’est l’image du corps, on nous fait croire qu’il s’agirait d’une image du tout. Justement la devise montre ce qui manque, parce que la devise ne peut pas être générale. La devise ment parce qu’elle se fait avec des mots, elle montre ce qui manque. Et le corps de l’enfant hyperkinétique est dépourvu de paroles. Il fait discours par son action, c’est un discours incohérent et insensé. Et les troubles de l’attention, que sont-ils d’autre que la difficulté à investir que je suis présent à ce qui se dit ? Tellement je pense à autre chose. C’est, comme le disent les mères et les institutrices : « il est ailleurs ». Son corps est ailleurs. Autrement dit, il ne peut pas investir ce qui se dit parce que ça ne s’est pas inscrit. Si Freud emploie ce terme d’« investir » qui est un terme de finance, ce n’est pas par hasard. Les troubles de l’attention consistent à aller placer son argent dans une banque dont j’oublie le nom.

Dans la famille, il y a une personne qui m’écoute, c’est nécessaire. Il faut qu’il y en ait une. Contrairement à ce qu’on pense, il y a des corps dont l’activité est perdue de n’avoir jamais été prise dans une parole. C’est ce qui donne l’impression de stéréotypie chez les hyperkinétiques. Le thérapeute pour ces enfants n’est pas seulement un visuel, il est à l’écoute. C’est parce que la parole n’est pas dite que l’enfant se précipite dans l’action. Lorsque nous avons affaire à des enfants hyperkinétiques, il est essentiel de penser à ce qui n’a jamais été dit à cet enfant. Comme dans l’exemple de la logique de la parenté, ce n’est pas à nous de le dire, mais à nous de lui dire que nous sommes capables d’écouter et de comprendre son corps. En somme de lui montrer qu’il a une place et que de cette place, il peut parler, lui, parce qu’il y a quelqu’un qui l’écoute. La thérapie chez les enfants hyperkinétiques ne doit pas se borner à donner une place, ne doit pas se borner à donner des limites et des coordonnées ; il ne suffit pas de regarder, parce que cette place, une fois qu’elle serait trouvée, qu’elle serait conquise, qu’elle serait précise, acceptée, cette place n’est rien, si ce n’est pas la place d’où l’enfant peut parler.

Quelques questions : pourquoi cette forme tonico-motrice de l’instabilité plutôt qu’une autre forme ? Pourquoi le corps serait-il en jeu sous cette forme-là, chez cet enfant-là ? Pourquoi hyperkinétique, alors qu’il pourrait trouver autre chose ? Un début d’introduction : il y a donc entre le développement cognitif et le développement moteur une articulation que chacun peut constater. Mais l’activité de l’enfant fait que cette articulation, entre les deux, entre l’évolution cognitive et l’évolution motrice, est prise dans l’érotisation de cette activité. C’est l’érotisation de l’activité qui fait le moteur. Ce ne sont pas seulement les structures neurophysiologiques ou les neurotransmetteurs mais cette activité érotisée ; elle va se trouver impliquée dans la répétition qui la reproduit. Cette érotisation tend à se reproduire dans la répétition de l’action. Cette reproduction – et c’est là que Wallon a dit quelque chose d’important –, cette reproduction découle de ce que Lacan a mis en lumière du sujet apparaissant dans l’image spéculaire, à savoir que c’est l’autre, la mère, qui détient les clefs de mon corps. Dans le stade du miroir, je, c’est l’Autre. C’est l’autre qui tient les clefs de moi. C’est moi que je reconnais dans l’autre et c’est dans cette confusion que prend naissance cette agressivité. C’est ce que l’autre tient dans sa main que je désire, parce que la main de l’autre, c’est la mienne. Vous n’avez qu’à mettre trois bébés dans un parc, tout se passe très bien ; vous prenez une peluche, vous l’envoyez dans le parc, c’est la bagarre, parce que le premier qui tient cette peluche, c’est la main des deux autres. Ce n’est pas parce que lui a l’objet, c’est parce que la main qui tient l’objet, c’est la mienne. Voilà, c’est simple, je, c’est l’autre, c’est comme ça que cela commence. À Sarajevo, les types se tiraient de l’autre côté de la rue. Ils n’avaient pas besoin de faire trois kilomètres, le plus proche, c’est le pire. Le désir de mort, la destrudo de Freud, est pris dans cette répétition en même temps que dans l’activité. L’enfant instable qui ne fait attention à rien, à rien de ce qu’on lui dit, qui ne semble avoir accès qu’à sa propre motricité, c’est lui qui est sensible à ce qu’on parle de la mort. Alors pourquoi ce corps instable ? Un exemple que je tirerai de la relaxation. Il ne faut pas croire que ce sont les enfants instables qui sont les plus insupportables dans la relaxation. Ce sont les enfants inhibés, à la quatrième ou cinquième séance. Cet enfant saute alors sur le ventre du voisin, il se bat avec le polochon, etc., cet enfant qui est venu pour inhibition, qui restait dans son manteau, son écharpe et son bonnet. L’inhibition, c’est la contrainte du corps, dans la mesure où le corps peut être entraîné dans la satisfaction motrice. La relaxation lui permet de se satisfaire. L’inhibition, c’était la contrainte de cette satisfaction, parce que la satisfaction motrice n’est pas autre chose que l’érotisation de l’activité de l’enfant avec la mère. C’est là que porte le refoulement. Comment se fait-il que le corps qui se manifestait par l’inhibition devienne instable ?   Qu’est-ce qui a soulevé ce freinage, ce refoulement, ce refoulement qui porte sur le corps, qui porte sur une fonction, sur la fonction motrice du corps ? Dans le stade du miroir, lorsque l’enfant fait la découverte intuitive de sa propre image, il réagit par des mouvements désordonnés. Quand sa mère l’élève dans ses bras, fait des mimiques avec son visage, l’enfant l’accompagne et la précède. Ce stade du miroir n’intéresse pas une image statique mais il intéresse le corps de l’enfant animé par celui de la mère. Le stade du miroir n’est pas une photographie, le stade du miroir intéresse un corps animé par le corps de la mère.

Il arrive un moment où la mère, par son absence à son enfant présent, le lâche : l’enfant est là mais la mère pense à autre chose, c’est ce que j’appelle la mère absente à son enfant présent ; elle ne relance pas la dialectique du miroir, elle cesse de faire miroir et à ce moment-là l’enfant comprend que sa mère ne lui « obéit » plus.

C’est ce que Melanie Klein appelle la période dépressive. L’activité de l’enfant, très longtemps dépendante de celle de la mère, se met à fonctionner pour elle-même, au moment où il se décolle de la motricité de la mère, c’est là l’érotisation de l’activité de l’enfant. Ce n’est pas l’érotisation de l’activité de la mère pour l’enfant, c’est l’érotisation de l’activité de l’enfant. Le corps de l’enfant, aussi bien dans son axe, sa surface, ses orifices, dans la fonction tonico-posturale, c’est cela qui est érotisé. C’est cette activité qui est érotisée ; elle n’est pas seulement prise dans l’équipement psychomoteur, dans le développement des fonctions posturomotrices ou dans le parallélisme entre développement cognitif et développement moteur dont j’ai parlé tout à l’heure.

Quel sens peut bien avoir l’instabilité ? Est-ce qu’elle a du sens ? Que fait avec son corps l’enfant hyperkinétique ? Je vous propose une réponse : il fait signe pour quelqu’un. Tant que nous faisons signe pour quelqu’un, il n’y a pas de sujet. Ce qui n’est pas supportable chez les hyperkinétiques, c’est que sans cesse ils font signe. Tout à l’heure, je mettais l’accent sur le fait que l’adulte est obligé de donner du sens, mais du côté de la souffrance, je souffre devant un enfant hyperkinétique ; je souffre en tant que sujet mais, lui, il n’est pas engagé en tant que sujet, il fait simplement signe.

Alors est-ce la biologie, est-ce la neurologie qui fait signe ? Pour moi, c’est insupportable, mais l’enfant, lui, ne se plaint pas. Quel est le système qui permet d’envisager l’instabilité comme intéressant le sujet ? Je vous donne un exemple : une mère vient me parler de son enfant instable, c’est une longue plainte dont je vous fais grâce. Qu’est-ce qu’elle dit ? « Il est insupportable comme son père, non, comme mon père. » Alors qu’est-ce que je peux entendre ? Voyez, là, il n’est plus question d’un signe, il est question du sujet il, du pronom il. Ce il est représenté par l’adjectif insupportable par rapport à son père, mais ce qui est essentiel à saisir, c’est que l’adjectif possessif ne correspond pas au père de l’enfant, il correspond au père de la mère. La mère est engagée comme sujet en tant que fille de son père, et cet enfant n’est insupportable que dans la mesure où elle est la fille de son propre père. Alors, quel est le sujet dans ce cas ? Le sujet au sens de Lacan, ce n’est pas le sujet grammatical ; ce « il », on comprend bien qu’il est aussi insupportable que son père, on comprend bien cet enfant, mais ce « il » là n’est pas le fils du père mais est le petit-fils du grand-père. C’est là la différence entre le sujet grammatical et le sujet lacanien. C’est là la nuance. Alors, qui est hyperkinétique ? Est-ce le fils de son père ou le fils de son grand-père ? Il est évident que c’est le fils du grand-père que la mère a fait avec son père. C’est dans cette inscription inconsciente, dans cette plainte faite à son propre père que se trouve l’instabilité de l’enfant. Et l’on comprend bien pourquoi on ne peut pas venir à bout de l’instabilité de cet enfant puisque c’est son propre père que sa mère voit en danger quand son enfant se met en danger. Le symptôme, l’instabilité, n’est pas supporté dans son réel, la mère est entraînée par cette instabilité, la mère ou l’institutrice.

C’est là ce qui fait l’intérêt de l’instabilité dans ce cas, de comprendre pourquoi elle est « héréditaire ». C’est en ce sens que l’« hérédité » a affaire avec le sujet et que les travaux sur l’« hérédité », en ce qui concerne les troubles psychomoteurs, sont toujours discutables.

De qui, de quelle instabilité fais-je la recherche ? De l’instabilité du fils de son père ou du fils de son grand-père ? D’où l’intérêt ici de ce qui est dit par la mère : ne pas se contenter du vu mais prendre en compte l’entendu. Dans les premières consultations, il faut permettre à celui qui a téléphoné de dire ce qu’il a à dire jusqu’au bout : « Que demandez-vous ? » Il ne s’agit pas d’examiner l’enfant d’abord, mais d’écouter la demande, qui n’est jamais celle de l’enfant. Quant à lui, tant que vous n’avez pas parlé avec lui de la mort, vous n’avez parlé de rien. C’est pour lutter contre la pulsion de mort et la perte éventuelle, et les souhaits de mort, que l’enfant s’agite aussi : tant qu’il bouge, il n’est pas mort.

L’accent est souvent mis sur l’état dépressif de la mère et la réponse hyperkinétique précoce, et parfois précocissime de l’enfant : la mère se lève plusieurs fois par nuit en ayant l’impression que son bébé s’est arrêté de respirer, elle le réveille pour s’assurer qu’il est vivant. Elle est toujours en train de le stimuler, d’interroger la vivacité, la motricité, le mouvement, et finalement c’est elle qui déclenche peu à peu cette réponse, qui la satisfait au début puis qui la dépasse. Comment faire pour que la mère maîtrise la situation ? Car un enfant hyperkinétique est téléguidé par le regard de sa mère : elle le précède, elle ne le suit pas, il n’est qu’un mobile dans son regard. En quelque sorte, par son désir, elle le prive du sens normal du danger. D’où la nécessité d’écouter la mère et l’entourage dans leurs embarras autour de la mort.

 

 

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