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Association lacanienne internationale


Controverse, TDAH

 

À propos de la consultation publique de l'HAS

Après les recommandations de bonnes pratiques pour l’autisme où la Haute Autorité de Santé déclarait sans détours le traitement psychanalytique nul et non avenu, cette même autorité vient d’effectuer une consultation publique pour établir la conduite à tenir par les médecins généralistes devant un enfant ou un adolescent présentant ce qui est désigné dans le D.S.M. V comme « un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, T.D.A.H. ». Les membres de l’Ecole de Psychanalyse de l’Enfant et de l’Adolescent de Paris de l’A.L.I. ont adressé une lettre au Président de la HAS pour exposer leurs préoccupations concernant l’inflation de ce diagnostic incertain et la prescription de la Ritaline. Nous n’avons pas souhaité répondre aux questions précises posées dans cette consultation, qui nous semblaient trop réductrices, mais nous avons insisté sur le caractère clinique complexe de cette désignation, et posé des hypothèses psychopathologiques, alors que de tels outils font défaut aux rapports de l’Agence Nationale de Santé et du Médicament[1].

Il nous semble pertinent de rendre compte de notre démarche aux cliniciens qui sont préoccupés par ces questions et de familiariser ceux qui se confrontent à ces manifestations avec les repères psychopathologiques qui sont l’œuvre d’un travail de longue date de notre Association.Dès que sont survenues les questions soulevées par l’approche des troubles du comportement de l’enfant par le rapport de l’I.N.S.E.R.M., nous avions été quelques-uns à prendre position[2] en préfigurant ce qui s’est développé dans la levée de bouclier de « Pas de 0 de conduite »[3].

Nous nous sommes efforcés par la suite d’approfondir ces réflexions par des ouvrages développant la psychopathologie des manifestations des troubles du comportement[4] et offrant un éventail des approches convergentes des adultes en charge de responsabilités dans la vie sociale qui y sont confrontés, pédopsychiatres, rééducateurs, enseignants, pharmacologues, etc..                 

Rappelons tout d’abord comment ces manifestations sont anciennes, alors que c’est leur fréquence qui alerte aujourd’hui, comme l’attestent les remarques qu’offrait en 2011 l’exposition du musée du quai Branly sur les Dogons.« Si un enfant de cinq à sept ans se distinguait par des crises – cris, larmes, courses dans la brousse par exemple -, il ramassait une pierre qui ne le quittait plus. Une fois calmé, on lui prenait cette pierre pour la cacher et si l’enfant la retrouvait à trois reprises, souvent après une crise, c’était la confirmation de sa destinée. A vingt ans il était nommé devin, Binu. A sa mort, les anciens prenaient les pierres de sa casette, et c’est seulement lorsqu’un nouvel enfant se manifestait en retrouvant les pierres cachées que la communauté désignait un nouveau guérisseur devin – ce qui pouvait prendre un certain temps. Il portait des colliers avec la pierre Duguet. C’était l’assistant du Hogon (Le sage), qui souvent très âgé, avait besoin des conseils et de l’aide du Binu, actif dans le village et chargé d’exécuter les sacrifices faits avec le mil récolté dans son champ. D’autant plus s’il était guérisseur, fonction qu’assurait aussi le forgeron, chacun étant spécialisé dans un type de maladie. Il habitait non loin du Hogon et son autel était abrité à l’intérieur d’une petite case couronnée de « crochets à nuages » en fer dont l’entrée était strictement interdite »[5].Autre temps, autres mœurs ! Quel enseignement en tirer pour notre pratique ?                 

Nous allons donc proposer au clinicien le rapport que nous avons adressé à la Haute Autorité de Santé, puis nous mettons en annexe  la lettre de Patrick Landman à laquelle nous avons fait allusion dans cette lettre (Président d’initiative pour une clinique du sujet – stop DSM). Elle met en évidence combien le diagnostic de TDHA repose sur des « interview à la validité clinique douteuse », et non sur des entretiens cliniques menés avec rigueur. De même, un article récent paru dans « Nature » et traduit par P. Landman, démontre que les effets du traitement de la Ritaline à long terme sur la scolarité ne sont pas concluants.Nous complétons cet outil de travail par quelques textes significatifs sur ces questions in extenso, en partie extraits des ouvrages de nos collègues, à charge pour chacun de pouvoir se rapporter à ces derniers pour une compréhension plus étendue et plus complète de ces questions. Notamment dans «L’enfant Insupportable », « Ritaline, comment se passer de ce bon petit coup de fouet ? » de S. Calmettes-Jean[6] ; « L’inserm sème le trouble », in Le Monde du 4 octobre 2005, E. Lenoble, M. Berges-Bounes, S. Calmettes-Jean, J.M. Forget repris dans « Les troubles du comportement, où est l’embrouille ? »[7].Soyons vigilants et n’oublions pas que cette consultation concernant la désignation du TDAH n’est qu’une manière déguisée de faire passer à nouveau des « bonnes pratiques » en faisant fi de l’expérience clinique des praticiens.Après le TDAH, il y aura d’autres recommandations, n’en doutons pas, et si nous n’y prenons garde, c’est le risque que toute la pédopsychiatrie soit démantelée...

 

Pour accompagner la publication de cette lettre adressée à la Haute Autorité de Santé, il nous semble intéressant d’y associer quelques travaux qui offrent des points de vue complémentaires à approfondir.

 

 

Corinne Tyszler, Jean-Marie Forget

 

 

 


[1] « Méthylphénidate : données d’utilisation et de sécurité d’emploi en France », rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, juillet 2013.

[2][2] « L’Inserm sème le trouble », in Le Monde du 4 octobre 2005, E. Lenoble, M. Berges-Bounes, S. Calmettes-Jean, J.M. Forget.

[3] Pas de O de conduite pour les enfants de 3 ans. Toulouse, Erès, 2006 ; et contac@pasde0de conduite.

[4] « Les troubles du comportement, où est l’embrouille ? », J.M. Forget, Eres, Toulouse, 2008, 150 p ; « L’enfant insupportable », M. Berges-Bounes, J.M. Forget et coll. de l’AL.I., Eres, Toulouse, 2010, 242 p.

 [5] « Dogon », Editions d’art, Musées du Quai Branly, Paris, 2011, p. 73.

[6] « L’enfant insupportable », Eres, Toulouse, p 205-214.[7] « es troubles du comportement,où est l’embrouille ? », Eres, Toulouse, 2008, 150 p.

 

Lettre au Président de la HAS en réponse à la Consultation publique


Monsieur le Président,
Nous avons pris connaissance du souhait de la Haute Autorité de Santé de recueillir des avis concernant l’élaboration de recommandations de bonne pratique pour le diagnostic et la prise en charge des enfants et adolescents présentant des manifestations qui sont actuellement répertoriés par le D.S.M. V sous le terme d’« un trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ». Nous partageons les préoccupations de santé publique à l’égard d’une population d’enfants en difficulté dans le cadre familial et scolaire, ce qui justifie cet écrit.

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