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Association lacanienne internationale


Comment penser la république ?

Ce texte a été proposé dans le but d'une adresse grand public, à différents journaux qui l'ont refusé.

La vague terroriste qui a déferlé sur notre pays et l’onde de choc qu’elle a provoquée semblent susciter chez un grand nombre une mise au travail de la pensée avec toute la force qu’Hannah Arendt a donné à ce mot.

C’est dans ce contexte que, réfléchissant comme simple citoyenne au lien social, à la façon dont il se noue ou dénoue, j’ai souhaité apporté une petite contribution aux débats qui nous traversent.

Lacan, vers la fin de son enseignement a beaucoup travaillé avec le nœud borroméen. Ce dernier est un outil formidable pour penser la clinique, et tout aussi bien le social.

Le nœud borroméen est un nœud composé par trois ronds de ficelle, et si l’on coupe l’un des trois ronds, les deux autres se dénouent. Autrement dit, chaque rond est solidaire des deux autres pour qu’un nouage tienne.

Je propose de nommer chacun de ces ronds LAICITE, ALTERITE et LIBERTE : ce sont ces mots, ces signifiants qui semblent être à l’œuvre dans la Cité, qui résonnent particulièrement ces dernières semaines.

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Nouer de façon borroméenne ces trois ronds ainsi nommés, suppose que celui de la laïcité « surmonte » celui de l’altérité qui vient à son tour surmonter celui de la liberté, cependant que ce dernier va faire la même opération vis à vis du rond de la laïcité. Surmonter veut dire, dans le nouage, passer au-dessus, sans qu’il y ait à y entendre une dimension de supériorité.

Ces critères peuvent paraître superflus ou arides, mais ils sont essentiels à plusieurs enseignes :

-       On ne peut pas penser la laïcité sans altérité

-       De même, la liberté est indissociable de l’altérité

-       La liberté irrigue la laïcité

Autrement dit, chacune de ces grandes dimensions est solidaire des autres, l’une n’est pas plus importante que l’autre.

Nous voudrions faire l’hypothèse que la République tiendrait de ce nouage borroméen entre ces trois opérateurs. Soutenir cela implique que chacun d’eux non seulement ne peut fonctionner pour lui seul, ce serait alors un concept totalisant, mais est écorné, troué par le précédent ou le suivant.

La République serait alors non pas un simple trépied, une association linéaire ou un enchaînement de principes fondamentaux tels que Liberté, Egalité, Fraternité, mais bien un nouage spécifique qui s’il est mal agencé provoque la déliaison d’un ou de deux de ses composants.

Rappelons qu’au moyen âge, Cordoue fut le lieu où les trois monothéistes se sont noués sur ce mode borroméen : chacun de ses trois représentants : Maïmonide, Avéroes et Saint Augustin se laissant entamer par le discours de l’autre, chacun étant solidaire de l’autre tout en maintenant une singularité. Etre enseigné par l’autre, c’est aussi cela la civilisation.

Le nœud Borroméen laisse entrevoir plusieurs aires d’intersection qui toutes sont limitées par trois bords différents. Là encore, je propose de les nommer :

-       SOLIDARITE : il n’y a pas de solidarité si le respect des religions que représente aussi la laïcité ne rime pas avec le respect des différences qu’est l’altérité. Laïcité et altérité doivent se conjuguer, malgré les grincements de dents qu’elles suscitent. Rappelons aussi que là où s’efface l’altérité, surgit l’étranger avec toutes les projections xénophobes dont il peut être l’objet.

-       TEMPERANCE : plus que la tolérance qui peut tolérer l’intolérable, la tempérance est ce qui vient faire limite aux passions qui peuvent, à l’évidence, se déchainer à tout moment dans le social.

La liberté de pensée ou d’expression, par exemple, ne peut être sans limite, elle a à être modérée, tempérée par ce que nous appelons en psychanalyse un trait de l’autre. Ce trait singulier d’identification que se donne un individu, une société, n’a pas à être confondu avec l’identité ; cela peut être une calligraphie, une narration, une langue.

-       UNIVERSEL HUMAIN : le genre humain n’aspire t-il pas à sa liberté tout en devant inventer une forme de vie ensemble qui admette les points de singularité ?

       - La dernière aire, centrale, je la laisserai vide. Elle pourrait être nommée nation,

patrie, mais c’est souvent au nom de ces dernières que l’on peut commettre le   pire.

           Laisser cette place vide, c’est sous-entendre que le nouage est toujours à l’œuvre.

La REPUBLIQUE, elle n’est pas inscrite dans le marbre. Elle est le résultat de ce nouage complexe, toujours en tension, jamais complètement achevé.

Dimanche 11 janvier dernier, lors des formidables rassemblements qui ont eu cours dans notre pays, nous en avons eu un aperçu fondateur.

Corinne Tyszler

 

 

 

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