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Association lacanienne internationale

 

Trouvailles faites en lisant Freud

VENNEMANN Johanna
Date publication : 09/07/2018

 

Ce petit texte est une proposition pour une rubrique de « choses trouvées » en lisant Freud. Et si on lit Freud « avec Lacan »,  c’est la surprise.

Ces surprises vont des non-coïncidences de traduction qui font perdre de véritables signifiants présents dans les pages de Freud jusqu’aux particularités terminologiques invitant à la réflexion. 

Voici ce que j’ai trouvé en étudiant des écrits techniques de Freud par rapport à la question de la « guérison en psychanalyse ». N’est-ce pas une des premières demandes de ceux qui s’adressent à nous –  « guéris-moi » ? Mais de quoi ? De la vie ?

L’analyse peut certainement avoir un effet thérapeutique qui essentiellement est de transformation, comme Freud s’exprime dans son écrit sur la « LAIENENANALYSE », sur l’analyse du profane (1) « il n’existe pas de traitement analytique où on n’apprend pas quelque chose et on ne peut pas arriver à une AUFKLÄRUNG, un éclaircissement, une reconnaissance sans percevoir son effet bénéfique … »

Mais tant Freud que Lacan nous met continument en garde devant le « furor sanandi » le souhait de guérir, d’opérer en vue d’un BIEN du patient au lieu d’une reconnaissance du désir.

Ce qui frappe est de voir avec quelle prudence Freud utilise le terme de HEILEN, guérir, dans presque tous ses écrits surtout techniques. (2) Il lui arrive même de le mettre entre guillemets dans son dernier écrit : ABRISS, l’Abrégé. Freud parle de HEILUNGSWUNSCH  - vœux de guérir – de la part du patient tout en sachant que c’est justement ce qu’il ne veut pas, le patient, guérir : il aime son symptôme plus que sa propre vie, puisque derrière la demande « d’être guéri » se cache un désir bien différent qui pourrait être reconnu dans une analyse. 

Freud utilise aussi un autre terme à la place de guérir, celui de « BEDÜRFNIS NACH GENESUNG, besoin de se rétablir, s’en remettre, l’échapper belle. 

Ce terme de GENESEN est fort intéressant, voyons-le par rapport à HEILEN, guérir,  à partir de l’étymologie des deux.

GENESEN, en allemand, est un terme intransitif, seulement intransitif contrairement à HEILEN qui a l’acception tant de guérir et être guéri, que de soigner, traiter. Je peux dire « je guéris » comme « je guéris quelqu’un ».

C’est déjà cette distinction qui indique que la seule façon de guérir acceptée par Freud est un « guérir » qui ne vient pas de l’extérieur et qui est exprimé par un verbe GENESEN qui ne peut en aucun cas être employé dans le mode transitif.

Mais voyons d’abord HEILEN – rendre sain. Au 16èmesiècle, il signifiait « castrer », comme le latin « sanare » signifie « enlever à un animal la férocité, la sauvagerie, le dompter en lui coupant les testicules ». 

HEIL ! Substantif et salut tristement connu n’est rien d’autre que le signe prémonitoire, l’augure de félicité ; et l’adjectif HEIL enfin, signifie « être entier, intact » donc sans manque. HEILEN serait alors combler le manque ce qui est le contraire de ce qui se passe dans une psychanalyse.   

Maintenant les racines étymologiques de GENESEN qui sonnent comme : LEBEND DAVON KOMMEN, littéralement : avoir la vie sauve. La vie du désir dirions-nous. 

Comme deuxième acception, tout aussi instructive, nous trouvons ENTBUNDEN WERDEN, c'est-à-dire naitre et accoucher. Littéralement c’est « être délié » mais ça peut être aussi bien la mère que l’enfant qui est délié. Et à chacun le choix de savoir à quoi et de quoi une analyse peut délier.

Je ne peux pas ne pas ajouter encore une autre lecture étymologique, celle du mot thérapie qui n’est rien moins que « TARNEN » soit camoufler, masquer.

Faut-t-il ajouter que tout cela est ce que la psychanalyse justement ne fait pas :

combler le manque, assainir ; elle ne ferme pas la scission originaire du sujet, soumis à la parole, clivé en tant qu’il parle, ou mieux, en tant que quelque chose parle en lui.

                                     

                                                                                             

Bibliographie

  1. S. Freud : “Die Frage der Laienanalyse. Unterredung mit einem Unparteiischen“. 1926. Ed. Fischer Verlag Studienausgabe Ergänzungsband 

En français : “La question de l’analyse profane – Entretiens avec un homme impartial“, OCF, XVIII, Paris, PUF

  1. S. Freud : „Schriften zur Behandlungstechnik“, 1912 – 1938 Ed. Fisher Verlag ibid.

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