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Association lacanienne internationale

 

« Mon enfant peut en faire autant »

Exposition jusqu’au 21 avril 2018 - Galerie Anne Barrault (75003)
NOIRJEAN Cyrille
Date publication : 15/03/2018

David B et son fils Ulysse, Ramuntcho Matta, ses enfants et son père, Guillaume Pinard et sa fille Sasha, Jochen Gerner, sa fille Marta et son fils Caspar, Nicolas et Roland Topor.

 

Et si les tableaux avancent, c’est portés par des forces qui poussent des phrases non faites,
des phrases à couleur, pour faire sortir le paysage de sa grammaire.
Nicolas Pesquès, Sans peinture

Le titre de l’exposition ouverte récemment à la Galerie Anne Barrault résonne en mot d’esprit. Assertion lapidaire, cliché du néophyte réfractaire à l’art moderne dont on sait que l’un des traits met à mal la transmission académique du savoir-faire ; cherche les motifs, les influences, les manières d’imaginer le monde dans des champs, des cultures qui échappent au maître. Si les modernes mettent en question le savoir du maître en lui révélant ce qui lui échappe, qu’en est-il des artistes dits contemporains ? Quelle transmission possible ? Comment s’écrit-elle ? Quel savoir-faire y est mis en jeu ? La réponse est d’évidence après Lacan : un savoir-y-faire.

L’exposition s’origine d’un ouvrage de Roland Topor paru en 1972. La centaine de dessins réunis dans ce « Monsieur tout esquinté » furent réalisés à quatre mains par Topor, et son fils, Nicolas. Le fils dessine (lignes et contours), le père ajoute le volume, les ombres par des hachures, des noircissures. La nomination semble se faire à deux. Un entretien, de Topor et Nicolas – qui pour l’heure n’a que pré-nom –, ouvre le recueil et indique la visée : « Nicolas, vous êtes un petit garçon de cinq ans et demi, vous faites de superbes dessins et vous racontez de magnifiques histoires, pourtant cela ne semble étonner personne. » Le fil à plomb de la parole érige le nom.

Lorsque le psychanalyste s’intéresse aux dessins d’enfants c’est parce qu’il fait l’hypothèse que ça parle. Medium qui lui permet de faire valoir une parole pleine venue d’un sujet réputé infans. Six pères artistes entendent leur enfant et répondent au lieu topographique où ça parle : David B et son fils Ulysse, Roberto Matta et son fils, Ramuntcho Matta, et les enfants de ce dernier, Guillaume Pinard et sa fille Sasha, Jochen Gerner, sa fille Marta et son fils Caspar, Roland Topor et Nicolas. Le même dispositif : l’enfant dessine ; le père intervient sur le dessin fait. Pourtant il ne continue ni ne poursuit, le père dessine depuis son savoir-y-faire. La réponse qui s’inscrit sur le premier « énoncé », dans son lieu même, vient d’un autre lieu, du lieu Autre pour le père. Chacun des dessins présentés s’identifie dès lors au premier coup d’œil du nom. Ce sont des Topor, des Gerner… Et pourtant une certaine étrangeté habite le regard averti. Dans l’entretien à quatre mains, se nouent nom propre et nom de l’artiste devenu signature. Où est l’auteur ? Il se tient dans l’entre de l’un et de l’autre. Le jeu reduplique ce qui se produit à la naissance de toute œuvre : être le père de ses œuvres inscrit dans une filiation.

Dans l’exposition Ramuncho Matta est à deux places. Son père a dessiné par dessus ses premiers cercles tracés sur une grande feuille de papier lorsqu’il avait cinq ans. Devenu artiste & père, Ramuncho Matta dessine pour ses enfants, mais n’intervient pas sur leur dessin. Il sait que le Nom-du-Père qui vient en place d’un trou et qui ouvre à la métaphore est une concrétion de lettres. C’est le travail subjectif singulier, imageant les mots, qui lui donnera un sens. Du reste, pour les enfants dont il est questions dans cette exposition, les images sont support à récit ou bien viennent-elles imager un récit. L’enfant et l’artiste indiquent que le nouage des dimensions relève de l’actualisation, c’est à le faire qu’il s’écrit.

 

http://www.galerieannebarrault.com/roland_topor/mon_enfant_fr.html
Galerie Anne Barrault, 51 rue des Archives, 75003 Paris
Exposition jusqu’au 21 avril 2018

 

NRTOPOR

Ill 1
Nicolas et Roland Topor
Point d'interrogation, 1972
encre sur papier 
15 x 13 cm

RRMATTA 

Ill 2
Ramuntcho et Roberto Matta
sans titre, 1965
crayons de couleur sur papier

 

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