connexion

Accueil

Association lacanienne internationale

 

L'Éveil du printemps

Mis en scène par Armel Roussel d’après Frank Wedekind au CND de Normandie Rouen puis au Théâtre National de Bruxelles
Frank WEDEKIND
Date publication : 12/01/2018

L'éveil du printemps de Frank Wedekind a suscité en son temps le grand intérêt de Lacan qui y voyait l'évocation des malentendus et des entendus du sexe. De la clinique en acte. Cette pièce de théâtre est visible au Centre Dramatique National de Normandie-Rouen en mars et au Théâtre National de Bruxelles de fin avril à début mai dans une mise en scène qui vous surprendra. Elle est interprétée par la compagnie d'Armel Roussel. 

 

 

 

 


Réservez vos places !

Du 14 au 16 mars 2018 au Centre Dramatique National de Normandie-Rouen

Du 24 avril au 05 mai 2018 au Théâtre National Wallonie-Bruxelles


 

L’Eveil du printemps, écrit en 1891, décrit l’état de mutation si particulier où l’enfant se mue en adulte.

Sous-titrée « tragédie enfantine », ce grand texte du répertoire soulève les questions de la vie, de la sexualité, du bien et du mal, de la religion, de la morale, de la désillusion de la  jeunesse. En une succession de tableaux, elle suit les errances, les questionnements, les emballements, les désillusions et les angoisses d’une douzaine d’adolescents dont les histoires s’entremêlent.

Un plateau nu en terre battue, un peu comme une place de village, quelques lampions, un groupe de musique sur une estrade instable… Le décor est planté. 11 comédien-ne-s et 2 musiciennes évoluent dans cet espace organique. Le créatif metteur en scène belge Armel Roussel nous propose une nouvelle adaptation du texte de Wedekind à notre époque. Il réunit 13 interprètes pour jouer la quarantaine de rôles de la pièce ! Un travail collectif qui produit une force et une énergie singulière. Avec cet Eveil du printemps, Armel Roussel rêve de nous offrir un spectacle qui nettoie, qui nous donne le goût d’être soi, sans fard. Quelque chose qui nous rappelle ce que c’est que vivre !

Cie [e]utopia[4]
d’après Frank Wedekind
adaptation, scénographie et mise en scène Armel Roussel
assisté de Julien Jaillot
dramaturgie et création vidéo à déterminer
création lumières Amélie Géhin
création son Pierre-Alexandre Lampert
création costumes Coline Wauters
collaboration artistique Nathalie Borlée
direction technique Rémy Brans
production Gabrielle Dailly
diffusion Tristan Barani
avec 11 comédiens et 2 musiciennes live


Nadège Cathelineau, Romain Cinter, Thomas Dubot, Julien Frégé, Amandine Laval, Nicolas Luçon, Florence Minder, Julie Rens, Sophie Sénécaut, Lode Thiery, Sacha Vovk, Uiko Watanabe, Judith Williquet

 


Préface à L’éveil du printemps
Jacques Lacan
, le 1er septembre 1974.

Ainsi un dramaturge aborde en 1891 l’affaire de ce qu’est pour les garçons, de faire l’amour avec les filles, marquant qu’ils n’y songeraient pas sans l’éveil de leurs rêves.

Remarquable d’être mis en scène comme tel : soit pour s’y démontrer ne pas être pour tous satisfaisant, jusqu’à avouer que si ça rate, c’est pour chacun.

Autant dire que c’est du jamais vu.

Mais orthodoxe quant à Freud, – j’entends : ce que Freud a dit.

Cela prouve du même coup que même un hanovrien (car j’en ai d’abord, il faut que je l’avoue, inféré que Wedekind était juif), que même un hanovrien, dis-je et n’est-ce pas beaucoup dire ?, est capable de s’en aviser. De s’aviser qu’il y a un rapport du sens à la jouissance.

Que cette jouissance soit phallique, c’est l’expérience qui en répond.

Mais Wedekind, c’est une dramaturgie. Quelle place lui donner ? Le fait est que nos juifs (freudiens) s’y intéressent, on en trouvera l’attestation dans ce programme.

(8)Il faut dire que la famille Wedekind avait plutôt roulé sa bosse à travers le monde, participant d’une diaspora, celle-ci idéaliste : d’avoir dû quitter la terre mère pour échec d’une activité « révolutionnaire ». Est-ce là ce qui fit à Wedekind, je parle de notre dramaturge, s’imaginer d’être de sang juif ? Au moins son meilleur ami en témoigne-t-il.

Ou bien est-ce une affaire d’époque, puisque le dramaturge à la date que j’ai notée, anticipe Freud et largement ?

Puisqu’on peut dire qu’à ladite date, Freud cogite encore l’inconscient, et que pour l’expérience qui en instaure le régime, il ne l’aura pas même à sa mort mise encore sur ses pieds.

Ça devait me rester de le faire avant que quelque autre m’en relève (pas plus juif peut-être que je ne le suis).

Que ce que Freud a repéré de ce qu’il appelle la sexualité, fasse trou dans le réel, c’est ce qui se touche de ce que personne ne s’en tirant bien, on ne s’en soucie pas plus.

C’est pourtant expérience à portée de tous. Que la pudeur désigne : du privé. Privé de quoi ? justement de ce que le pubis n’aille qu’au public, où il s’affiche d’être l’objet d’une levée de voile.

Que le voile levé ne montre rien, voilà le principe de l’initiation (aux bonnes manières de la société, tout au moins).

J’ai indiqué le lien de tout cela au mystère du langage et au fait que ce soit à proposer l’énigme que se trouve le sens du sens.

Le sens du sens est qu’il se lie à la jouissance du garçon comme interdite. Ce non pas certes pour interdire le rapport dit sexuel, mais pour le figer dans le non-rapport qu’il vaut dans le réel.

Ainsi fait fonction de réel, ce qui se produit effectivement, le fantasme de la réalité ordinaire. Par quoi se glisse dans le langage ce qu’il véhicule : l’idée de tout à quoi pourtant fait objection la moindre rencontre du réel.

Pas de langue qui ne s’en force, non sans en geindre de faire comme elle peut, à dire « sans exception » ou à se corser d’un numéral. Il n’y a que dans les nôtres, de langues, que ça roule bille en tête, le tout, – le tout et à toi, si j’ose dire.

Moritz, dans notre drame, parvient pourtant à s’excepter, en quoi Melchior le qualifie de fille. Et il a bien raison : la fille n’est qu’une et veut le rester, ce qui dans le drame passe à l’as.

Reste qu’un homme se fait. L’homme à se situer de l’Un-entre-autres, à s’entrer entre ses semblables.

Moritz, à s’en excepter, s’exclut dans l’au-delà. Il n’y a que là qu’il se compte : pas par hasard d’entre les morts, comme exclus du réel. Que le drame l’y fasse survivre, pourquoi pas ? si le héros y est mort d’avance.

C’est au royaume des morts que « les non-dupes errent », dirais-je d’un titre que j’illustrais.

Et c’est pour cela que je n’errerai pas plus longtemps à suivre à Vienne dans le groupe de Freud, les gens qui déchiffrent à l’envers les signes tracés par Wedekind en sa dramaturgie. Sauf peut-être à les reprendre de ce que la reine pourrait bien n’être sans tête qu’à ce que le roi lui ait dérobé la paire normale, de têtes, qui lui reviendrait.

N’est-ce pas à les lui restituer (de supposer face cachée) que sert ici l’Homme dit masqué. Celui-là, qui fait la fin du drame, et pas seulement du rôle que Wedekind lui réserve, de sauver Melchior des prises de Moritz, mais de ce que Wedekind le dédie à sa fiction, tenue pour nom propre.

J’y lis pour moi ce que j’ai refusé expressément à ceux qui ne s’autorisent que de parler d’entre les morts : soit de leur dire que parmi les Noms-du-Père, il y a celui de l’Homme masqué.

Mais le Père en a tant et tant qu’il n’y en a pas Un qui lui convienne, sinon le Nom de Nom de Nom. Pas de Nom qui soit son Nom-Propre, sinon le Nom comme ex-sistence.

Soit le semblant par excellence. Et « l’Homme masqué » dit ça pas mal.

Car comment savoir ce qu’il est s’il est masqué, et ne porte-t-il pas masque de femme, ici l’acteur ?

Le masque seul ex-sisterait à la place de vide où je mets La femme. En quoi je ne dis pas qu’il n’y ait pas de femmes.

La femme comme version du Père, ne se figurerait que de Père-version.

Comment savoir si, comme le formule Robert Graves, le Père lui-même, notre père éternel à tous, n’est que Nom entre autres de la Déesse blanche, celle à son dire qui se perd dans la nuit des temps, à en être la Différente, l’Autre à jamais dans sa jouissance, – telles ces formes de l’infini dont nous ne commençons l’énumération qu’à savoir que c’est elle qui nous suspendra, nous.

 

 

 

Espace personnel