connexion

Accueil

Association lacanienne internationale

 

Conditions, enjeux et actualité de la question du transfert dans les psychoses

Date publication : 09/12/2013

{tab Présentation}

Freud n'était guère optimiste quant aux possibilités thérapeutiques de la psychanalyse avec les patients psychotiques, faisant valoir une absence de transfert en raison d'un repli narcissique qui entrave tout investissement d'objet. Il est vrai aussi qu'il avait peu d'expérience personnelle en la matière.

Or, la pratique avec ces patients nous enseigne qu'il n'en est rien. Il y a même le plus souvent trop de consistance dans le déploiement de ce transfert qui obéit à une logique fondamentalement hétérogène à celle des névroses (pas de sujet supposé savoir, une certaine automaticité langagière, une exclusion du lieu de l'Autre, une absence de disparité des places...) et qui met le praticien en devoir de s'y repérer.

Lacan était plus partagé quant aux possibilités de travail avec les psychotiques. D'une part, à la suite de Freud, il mettait en garde ses élèves par rapport aux dangers du transfert dans les cures de psychoses, insistant sur le caractère automatique, irréductible et souvent délétère de ce transfert. D'autre part, il préconisait de ne pas s'y dérober, de ne pas reculer vis-à-vis de patients psychotiques (notamment les paranoïaques), incitant les praticiens depuis son écrit de 1958 sur la « question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », à mieux dégager les lignes de force propres à ces structures cliniques qui s'avèrent déterminantes, imposant les conditions, les apories, les limites à ce qui est praticable. Fixant ce préalable comme indispensable, il a surtout contribué à préciser la spécificité d'un tel transfert.

Au fur et à mesure de son enseignement, Lacan a ouvert des questions et des perspectives quant au travail analytique possible avec des patients psychotiques, soulignant à quel point il faut tenir compte de la diversité nosologique des psychoses et de la singularité transférentielle propre à chacun.

Ses derniers séminaires en référence à la topologie des nœuds ont permis de mieux appréhender les suppléances possibles à la forclusion du Nom du père et d'une certaine façon éclairé avec plus de nuances et de complexité les dispositions transférentielles individuelles. Ils interrogent également en quoi du psychanalyste peut participer de ces suppléances et dans quelle mesure il peut en être quelque peu averti.

Dans le contexte actuel d'une méconnaissance accrue de la richesse de la clinique des psychoses mais aussi dans celui de son démantèlement (disparition des paranoïas sous la rubrique des schizophrénies, évanescence de la psychose maniaco-dépressive désormais rangée dans le champ de la bipolarité ce qui évince son caractère de psychose, prédominance de l'autisme avec une reconnaissance moindre des psychoses infantiles, conception organogénétique des psychoses avec promotion du cognitivisme, du génétisme et du biologisme lourde de conséquences sur le plan thérapeutique, déconsidération du « sujet » psychotique dont la parole n'est plus prise en compte au point de n'envisager de ne s'en occuper principalement que par la pharmacopée, institutions de moins en moins orientées par le soin de ces patients, quasi disparition de la psychothérapie institutionnelle...), il est important que les psychanalystes formés à la clinique psychiatrique classique puissent faire entendre leur lecture du transfert dans les psychoses, continuer à interroger ce qui fait impasse, faire part de leurs expériences cliniques, afin de mieux souligner à la fois les déterminations implacables à l'œuvre dans ces transferts et ce qui peut en être praticable.

Que les psychotiques résistent mal au transfert, que la surprise soit la règle et donc que le Réel de leur structure nous prenne le plus souvent au dépourvu, ne nous épargnent pas de l'effort à consentir pour mieux éclairer notre pratique avec ces patients.

Compte tenu de l'impact des remaniements du symbolique en jeu dans la mutation du lien social contemporain, y aurait-il des modifications sensibles dans la clinique des psychoses et du même coup dans l'abord et le maniement d'un transfert si délicat ?

Enfin, il est désormais flagrant que les institutions qui avaient vocation à soigner les fous se désintéressent de plus en plus des soins spécifiques qui leur étaient prodigués. En remettant l'accent sur l'importance de la parole des psychotiques et sur la façon dont elle est prise en compte dans le transfert, nous espérons contribuer à lui redonner tout le crédit qui lui est indispensable et participer ainsi à lui restituer sa dimension éthique.

{tab Programme}

Vendredi 14 octobre

La soirée sera plus particulièrement consacrée au thème du traitement contemporain du transfert dans les psychoses au sein des institutions soignantes.Présidente de séance : Angela Jesuino Etienne Oldenhove et Louis Sciara : Introduction Eduardo Rocha (Rio de Janeiro)Ce qui est difficile pour le psychotique c'est que nous, nous résistons très bien au transfertFabrizio Gambini (Turin)Y-a-t-il pour la psychose une liberté autre que l'abandon ?Ces deux interventions seront suivies d'une table ronde animée parMarcel Czermak, Nicolas Dissez, Fabrizio Gambini , Eduardo Rocha, Jean-Jacques Tyszler, Bernard Vandermersch

Samedi 15 octobre

Matin

Président de séance : Etienne OldenhoveDiscutante : Choula Emerich Marcel Czermak : IntroductionLouis Sciara : Transfert et psychoses : quelles spécificités ?Michel Jeanvoine : Remarques lacaniennes sur le transfertNicolas Dissez : De la mise en place d'un impossible dans le transfert avec les patients psychotiques

Après - midi

Président de séance : Jean-Jacques TyszlerDiscutante : Danièle BrillaudEtienne Oldenhove : Un ersatz de travail d'adoptionCorinne Tyszler : Y a-t-il un tiers possible dans les pathologies du double?Stéphane Thibierge : La question de l'imaginaire dans le travail avec les patients psychotiquesMarta Macedo : Les « perles » du signifiant et l'objet - Traduction : Angela Jesuino

Dimanche 16 octobre

Matin

Président de séance : Louis Sciara

Discutante : Eva-Marie Golder

Sandrine Calmettes-Jean : Opposition ou négativisme ?Paula Cacciali : Remaniements de l'image du corps dans le transfert chez une adolescente psychotiqueChristian Dubois : L'institution de l'AutreDominique Janin-Duc : Théorie non sexuelle infantile à l'épreuve du transfert

Après - midi

Président de séance : Bernard VandermerschDiscutant : Jean –Pierre LebrunPierre Arel : N'écoute pas les autres !Geneviève Nusinovici : Justifier une existenceCharles Melman : ConclusionsProchainement, sera accessible sur le site de L'ALI un dossier préparatoire à ces journées.{tab Modalités}Vendredi 14 octobre à 20 h 00 à 22 h 00Samedi 15 et dimanche 16 octobre de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 17 h 30Ces journées viseront essentiellement à tenter de témoigner du travail que nous faisons au long cours avec des patients psychotiques, avertis - du moins, nous l'espérons - par notre formation de psychanalyste.{/tabs}

Espace personnel