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Association lacanienne internationale

 

Jean-Jacques Tyszler – ETF, L 22, 23

Date publication : 29/11/2016
Dossier : Dossier de retour du séminaire d'été 2016

Séminaire d’été 2016 – Samedi 27 août.

Jean-Jacques Tyszler – ETF, L 22, 23.

Je vais vous prendre quelques points de ces leçons. Au cours de ces journées j’ai été spécialement impressionné, ce matin, par ce qui a surgi de la lecture de notre collègue italienne [Luciana Testa]. Au-delà de la difficulté mathématico-technique, pour ceci que j’ai résumé, c’est le Réel qui tresse à la place de la nomination symbolique qui vient à nous manquer. Puisqu’effectivement, à la fin du séminaire I il y a une ou deux pages absolument insolites sur « la nomination royale ». Lacan dit : « quand quelqu’un accepte d’être roi, en gros tout change en lui, son caractère, ses défauts… Tout est mis au service de la nomination et ça vaut pour lui comme pour son entourage ». Donc un enthousiasme qu’on a suivi souvent chez Lacan sur la nomination symbolique et là, on sent bien quand on approche de la clinique actuelle, le moment de conclure, le moment, notre moment, les appuis de Lacan tournent. Parce que si ces grandes nominations nous font défaut, comment faire ? Soit nous baissons les bras, soit… Alors là j’ai trouvé formidable ce qui a été amené. J’ai pensé que dans les exposés de Thatyana [Pitavy] par exemple, dans les cas assez modernes… On a eu deux cas assez modernes dans ces journées avec l’exposé de Thatyana [Pitavy] et, hier, l’exposé d’Alexis [Chiari]. J’ai trouvé qu’il y avait de ça en quelque sorte. Comment faire quand nous n’avons pas les grandes structures « symboligènes » habituelles, on est perdu dans les tableaux, alors sur quel point de Réel démarrer ? Enfin, « démarrer », ce n’est pas au principe de notre action de faire les magiciens, mais comment le Réel va se tresser effectivement, et comment faire en sorte que les catégories restent un tout petit peu nouées ? Je dois dire que ça m’a spécialement intéressé.

Je voulais, vous dire un mot aussi de l’histoire de Nunberg. Il y a une raison, je crois, qu’on ne pouvait pas évoquer parce qu’elle est en cours pour Lacan. C’est-à-dire pourquoi nous n’aurions pas interprété comme Nunberg la poursuite d’une clinique des jouissances dans le fond ? On pourrait être tenté au nom d’une clinique des jouissances et des fantasmes… Lacan le dit, je vais vous le citer, c’est pour un point qui est en cours d’élaboration pour lui. Lacan est catégorique : « en raison d’une conception de l’objet, le sujet se trouvait en présence d’un objet tout différent et dont il n’y a aucune assimilation à l’objet présent possible » c’est-à-dire qu’il bute avec cet auteur sur la conception de ce qu’on appelle objet en psychanalyse. Il dit : « je ne peux pas suivre Nunberg parce que… » En fait on est en cours, pour Lacan lui-même, de la conception de l’objet. Je trouve que Lacan n’est jamais méchant quand il vient lutter avec des auteurs autres, en particulier des auteurs anglais, c’est pas pour s’en moquer, ce n’est pas pour dire « moi je suis le chevalier blanc de la psychanalyse et tous les autres sont dans l’erreur », en plus après il dira que sans erreur, on n’avance sur rien ! Il lutte avec ces auteurs et souvent pour faire surgir un point de vérité du travail clinique lui-même, tout simplement. Et là, Lacan dit : « je sens bien que sur l’objet je vais avoir quelque chose à clarifier ». Enfin, Nunberg comme moi-même, pour finir. Il ne faut pas avoir une vision hostile de l’autre. En plus, avec le climat social dans lequel nous vivons ce serait quand même assez dramatique. Qu’est-ce qui a été appelé « relation d’objet » et qu’est-ce que nous en faisons aujourd’hui ? En tout cas il semble que l’intuition de Lacan là… Ce qui l’embête dans l’histoire de Nunberg ce n’est pas tant l’histoire du fantasme, qui est juste, ou de la poursuite des jouissances, c’est qu’il ne comprend pas exactement ce que nous allons appeler objet collectivement. Voilà comment je dirais les choses et voilà comment pour ma part, j’essaie de traiter les apports tout à fait prestigieux cliniquement des auteurs des cliniques américaine, anglaise ou française orthodoxe.

Se saisir en même temps des Écrits techniques [de Freud] et du Moment de conclure, j’étais dubitatif au départ quand ça a été proposé, ça me paraissait hors de portée parce que très difficile, mais pour finir je trouve que c’est juste parce que ça nous oblige de considérer que nous sommes dans des symptômes qui sont ceux de notre malaise actuel. C’est-à-dire, nous avons à dire cinquante ans après Lacan, comment amour, haine et ignorance se nouent. Aujourd’hui, il ne suffit pas de le déclarer à l’époque freudienne ou à l’époque de Lacan du séminaire I. Freud, à la suite de Gustave Le Bon, Psychologie des foules (1895), avait déjà indiqué en son époque la force du « droit divin des foules », comme disait Le Bon, « qui n’est pas régulé par la psychologie du sujet ». Freud nous a prévenu et l’histoire lui a largement donné raison comme nous le savons. Aujourd’hui, le grand paradigme est la connexion numérique, et vous le savez, les individus, les sujets, eux, curieusement sont de plus en plus isolés. Nous vivons dans des grandes solitudes de jouissance. À côté de ça on a le regain, effectivement en cours, du communautarisme comme réponse immédiate à cette solitude déconnectée. Ce défaut d’identité collective a des répercussions multiples comme dans le monde de l’entreprise passant de la lutte sociale à ce qu’on peut lire en permanence sur le burn out. Le sujet de l’économie néo-libérale, suite du discours du capitaliste lacanien, se propose comme jouissance ce qu’on pourrait appeler « l’auto-exploitation de son narcissisme ». Ça me paraît pas mal que l’année prochaine on poursuive, comme Christian [Fierens] a déjà anticipé, sur la position moderne de la question du narcissisme. Culture du soi, du soi-même, du self et, c’est mon point de travail, comme certains le savent aujourd’hui, de nous demander si nous arrivons à le faire collectivement. Comment nous qualifions aujourd’hui des névroses « gorgées d’images et d’objets » (entre guillemets) qui ne sont plus tant à reconnaître comme des névroses freudiennes, je n’y peux rien. C’est-à-dire vous n’allez pas simplement dire phobie, hystérie, obsession pour décrire à la fois la clinique et la technique par rapport à ces névroses contemporaines « gorgées d’images et d’objets ». Il faudra bien faire un effort. Transitoirement, j’ai appelé ça « névroses petit a ».

L’information continue virtualise notre monde, et cet Imaginaire qui gagne sur le Réel nous avons également à le commenter. Ce n’est pas exactement la même position que ce que Lacan raconte de l’Imaginaire et du schéma optique dans le séminaire I. Prenons un jeune de 20 ans. Le mal de la jeunesse, on va essayer de traiter ça prochainement. Un jeune de 20 ans apprend pendant l’été… Vous avez lu comme moi que, en 2015, quelque chose de chaotique s’est passé au point de vue du climat, quelque chose a définitivement changé. Premier élément du Réel. Il le lit comme vous, comme moi. Il ne sait pas ce qu’il a à en penser, mais enfin, c’est comme ça. C’est ce qui est dit. C’est écrit. Deuxième point, il continue à lire parce que les jeunes ne sont pas que désespérés, ils se cultivent, et il peut lire par exemple « discours de Theresa May », vous savez, elle va prendre son poste comme Premier ministre au Royaume Uni, elle dit ceci : « je ne comprends pas pourquoi il y a un fossé irrationnel, malsain et grandissant entre ce que les sociétés payent les employés et leurs patrons ». Formidable ! Mais le jeune de 20 ans il dit : « très bien !». Et donc ? Et donc rien. Et donc quoi ? Et donc rien. Lacan terminera son séminaire sur la troisième grande passion, passion de l’ignorance dit-il. Après l’amour, enfin l’amour passion, la haine, passion de l’ignorance. Comment va réagir un jeune comme ça ? Il lit, il apprend, on le prévient, et puis après ? Mais rien ! Il ne se passe rien.

Il y a quelque chose qui m’a intéressé peut-être aussi c’est une des définitions du transfert que Lacan reprend chez Freud, reprise dans la leçon XX et dans la leçon XXII, l’histoire de l’Übertragung. Il y a un point qui est très insolite qui est une des définitions du transfert de Freud que je résumerais par cette curiosité qui serait donc des lettres sans affect, des lettres sans désir. Ça c’est passionnant parce que ça ne va pas de soi, même un analyste formé va penser que les lettres, par définition, sont liées à quelque quantum de jouissance et d’affect, et là, non. Lacan à plusieurs reprises dit : « il faut envisager cette littéralité comme desaffairée de la question du désir et de l’affect, ce sont des lettres qui vont circuler, se recombiner… » Ce n’est pas qu’une question de théorie. J’ai prévenu les collègues qui se remettaient à la question du traumatisme suite à leur visite en Israël, si vous lisez la presse et les grandes revues scientifiques, vous savez qu’il y a un Canadien qui est en France, qui a fait fureur avec une méthode tout à fait nouvelle dans le champ du traumatisme. Il y a une méthode canadienne dont on fait grand cas qui va s’imposer actuellement partout sur le traitement du traumatisme, le ministère français lui a donné l’autorisation d’étudier dans un grand CHU, [Alain Brunet] dit ceci : il a trouvé une méthode pour « déconnecter la mémoire de l’affect ». Il a trouvé une méthode qui n’est pas difficile, une fois trouvée, qui conjoint psychothérapie brève et évidemment, comme toujours aujourd’hui, une molécule qui servait pour les traitements cardiaques. Ce qui est passionnant c’est la théorie sous-jacente qu’il en donne. Il dit : « pourquoi, chez l’humain, n’aurions-nous pas le droit et la possibilité de déconnecter mémoire et, en quelque sorte, mémoire affective ? Moi, je le fais, les patients sont contents… » Avec tous les événements qui se sont passés, il est question de traumatismes. Il dit : « pourquoi l’état ne donnerait pas mandat à cette méthode de s’imposer ? » À la limite ce qu’il dit est juste d’un certain côté puisque Lacan signale lui-même qu’effectivement l’inconscient va faire lui-même cette déconnexion. Juste une petite incise : avant de partir en vacances, je suivais une personne qui est déjà âgée mais qui est une fille de déportés. Elle vient me voir pour raconter, toujours cette mémoire de souffrance. Et je lui ai dit : est-ce que vous, vous souhaiteriez, s’il était possible, qu’on vous soulage d’une part de mémoire comme ça ? Elle s’est récusée. Elle m’a dit : « il n’est pas question ! » Mais c’est pour vous dire que c’est des questions. Et, d’ailleurs je m’adresse à Marc [Darmon], il me semble, on en avait discuté aux Journées sur les mémoires, que par certains côtés le nœud borroméen, par technicité, est soulageant du point de vue de la mémoire. Ce n’est pas une culture de la mémoire. On en avait longuement parlé lors de ces Journées sur les Mémoires que Rebecca [Majster-Veken] avait si bien organisées et nous étions tombés sur ce point que l’usage du nœud borroméen n’était pas non plus une vénération du mémoriel. Pour vous dire combien ce qu’amène là Lacan est totalement en phase avec des choses présentes : les traitements des grands traumatismes en cours qui ne vont pas céder, les méthodes dites scientifiques qui sont proposées et le fait que, il ne faut pas simplement dire : c’est la pharmacie, il faut réfléchir à ce qu’on entend nous-mêmes par « mémoire inconsciente ». Vous trouverez les références dans les deux leçons, XX et XXII.

Lacan là écrit « technique ». Je dirais que pour moi il y a trois mots qui ne me paraissent pas tout à fait au même rang, je dirais que souvent nous avons une « méthode », nous avons des méthodes de travail. Dans les services il y a des méthodes évidemment. Il y a une « technique ». Une méthode n’est pas toujours élevée au rang de technique. Et puis curieusement, Lacan avançant un peu, dans Le Moment de conclure, il ne dit pas technique il dit « pratique du bavardage » il soulage même le terme de technique. Ça reste des pratiques, bon. Il y a donc ces trois choses. Pourquoi ? On ne peut pas faire un article de dictionnaire sur la technique analytique. On ne peut pas faire un article d’encyclopédie sur les prescriptions lacaniennes de la technique. C’est surtout une théologie négative pour finir. Par contre, je crois qu’on ne peut pas répondre dans le champ social, aujourd’hui soucieux d’évaluation et de scientificité, en disant « nous les psychanalystes on ne dit rien et on ne peut rien vous dire parce que ça reste une exception », ça ne me paraît pas possible non plus. Et je crois que nous avons à décliner nos méthodes C’est-à-dire là où les psychanalystes sont engagés dans les champs médico-sociaux, il est tout à fait important et majeur qu’on raconte un certain nombre de méthodes. Celle qui l’a fait excellemment dans notre champ c’est Marie-Christine [Laznik] dans le champ de l’autisme. Elle n’a pas dit que c’était LA technique, elle a su raconter excellemment qu’il y avait évidemment des méthodes, des formes d’intervention.

Leçon XXII le point le plus important c’est que Lacan met en série les termes pas de vérité sans l’erreur, sans la tromperie c’est la structure normale, c’est un point lacanien le Symbolique parle mais ne dit pas la vérité, le Réel dit la vérité mais ne parle pas. Alors comment fait-on ? La plupart du temps dans une cure on va d’erreur en erreur, on se trompe on cherche à tromper l’autre, on va de mensonge en approximation on va de dénégation en oubli, c’est ça que Lacan rappelle c’est la base, c’est pourquoi quand il traite avec les auteurs anglais c’est pas pour dire qu’ils sont dans l’erreur, mais que nous apprenons en commun de l’erreur, il ne prétend pas lui être dans la vérité, sinon toute cette leçon XXII ne servirait à rien quasiment. Pas de point de vérité qui ne surgisse de l’écoute méthodique des impasses successives de ce que nous appelons une cure.

Alors il y a un point plus compliqué qu’il fait surgir c’est le point de tromperie dans un discours. Il va dire là comment on fait ? Est-ce qu’après tout toute tromperie est dans un discours, on considère que c’est juste méthodique que ce n’est pas grave. Moi ce qui m’est venu tout de suite, ce sont les débats que nous avons eus avec l’HAS sur la question de l’autisme. Quand la Haute Autorité de la santé en France dit la psychothérapie institutionnelle ça ne sert plus à rien, ça à mon avis dans le discours c’est une tromperie dans le mauvais sens, c’est une bêtise, qu’on ne peut pas considérer comme une erreur dialectique. Il y a un point assez complexe entre l’autorisation, évidemment en cure aller de bêtise en bêtise d’erreur en erreur, mais dès lors que ça fait discours, que c’est organisé comme un discours pour convaincre, ça ouvre comme Lacan le fait dans cette leçon, des difficultés.

La leçon XXIII, qui est belle Il y a la proposition d’une définition du transfert. Le transfert comme nouage des trois passions fondamentales que Lacan décrit. C’est fabuleux comme il raconte, la Verliebheit, l’amour, puis il s’en prend à la haine, puis à l’ignorance. Et l’étude des trois passions comme la façon de travailler les trois catégories RSI du transfert, ça m’a paru très heuristique. Par exemple, j’étais intéressé et embarrassé sur les journées que nous avions fait sur la radicalisation, avec l’EPhEP, mais quand vous ne prenez qu’un seul fil, par exemple vous dites « ils sont trop amoureux d’un texte », on ne comprend que la moitié, si vous dites « ce n’est que pure haine », on ne comprend que la moitié également, si on dit « ce ne sont que des ignorants », ça ne marche pas non plus. Les choses deviennent approximatives. Lacan, dit-on, est obligé de tenir des fils complexes en même temps pour essayer de saisir un objet qui garde en permanence sa complexité, amour, haine, ignorance. Ça m’a paru très heuristique, et je me permets de terminer et je vous renverrai la question à propos du moralisme occidental, ce ne serait pas mal de citer Lacan, (aujourd’hui on est pétri de généralités par les médias, sur la haine. « Eh bien, la haine, c’est la même chose… Ce qu’elle veut, c’est très précisément le contraire de ce développement de son être dont je vous parlais à l’instant à propos de l’amour ; ce qu’elle veut, c’est son abaissement, c’est son déroutement, sa déviation, son délire, sa subversion. Et c’est en cela que la haine, comme l’amour, est une carrière sans limite,… » Il poursuit « En d’autres termes, c’est peut-être précisément en raison d’une certaine forme de discours commun, de certaine correspondance entre une certaine structure de l’ego et une certaine façon d’objectiver l’être humain, que déjà nous sommes très suffisamment une civilisation de la haine,… »

Et Mannoni lui dit : « le moralisme occidental » Lacan lui dit : « exactement »

Là je suis plutôt curieux et intéressé d’avoir vos commentaires, puisque je vous ai donné les miens.

Discussion

Marc Nacht – Il a écrit ça aujourd’hui ?

J.-J. Tyszler – Oui il a écrit ça aujourd’hui !

Marc Darmon – Je suis toujours sensible à ta façon d’utiliser tout ce qu’on peut trouver dans ce trésor du séminaire pour questionner l’avenir. Est-ce que nous allons rester entre nous en questionnant, en nous tournant vers le passé, en essayant de retrouver ce qui a fait traumatisme dans le passé ou est-ce que nous allons nous intéresser à ce qui est notre avenir, à l’avenir de nos enfants ? Respectant cela, comme l’a dit Pierre Marchal, le temps propre à l’humain que nous révèle l’analyse, c’est à dire un temps qui partirait du futur pour retrouver le présent à travers le passé. Merci beaucoup pour cette éthique de l’avenir.

Roland Chemama – Je suis tout à fait en accord avec ce que tu dis, et c’est même une question importante sur la façon de dialoguer avec les autres analystes. Il y a déjà assez longtemps on avait étudier le séminaire I et pour ma part j’avais essayé de parler de la façon dont Lacan se situait par rapport à Balint, et c’est vraiment une position de Lacan que j’admire beaucoup, qui consiste, devant un auteur qui paraît très éloigné de son approche, à aller chercher par exemple ce qui dans sa pratique témoigne du fait qu’il a effectivement trouvé quelque chose qui est important pour nous. Je suis plutôt d’accord avec toi que c’est la façon de faire la plus correcte pour nous autres. Il n’empêche qu’une fois qu’on a dit ça tout ce qu’amène l’ensemble des analystes ne s’équivaut pas et il me semble que Lacan n’a pas les mêmes accents en ce qui concerne Nunberg, qui est un des trois théoriciens de l’ego psychology, par rapport à quoi il a à prendre position, que par rapport à Balint. Il y a un mouvement qui fait qu’on est bien obligé, à un moment donné, pour saisir certains enjeux de tracer des démarcations qui n’ont rien à voir avec la haine. Il est important que dans le milieu analytique nous ne soyons pas dans cette guerre des identités qui domine aujourd’hui, mais il y a une façon de mener le débat qui n’est pas la guerre des identités.

J.-J. Tyszler – Il ne s’agit pas de dire que l’ego psychology et Lacan et Jung c’est pareil, je dirais plus que toi, à mon sens la technicité que Lacan amène en fin de travail, à partir de RSI, sa façon d’amener une technicité de treillis, de voisinage, la culture du voisinage qui est beaucoup plus ouverte, la nodalité ouverte sur des infinis, des découvertes que nous ne connaissons pas, nous rend beaucoup plus tranquilles pour recevoir y compris des écarts, voire des désaccords, et les remettre au travail de la psychanalyse. Je pense que nous sommes aidés par le Lacan de la fin, du voisinage. Lacan lui-même fait traduire Mélanie Klein qui n’était pas traduite à l’époque. Nous-mêmes dans notre propre vie, en 30 ans, parfois on n’a pas d’invités chez nous-mêmes qui témoignent de l’effort que fait Lacan semaine après semaine. À une époque où les crispations la haine de l’autre se figent, à notre manière nous pourrions aussi témoigner que la psychanalyse est capable de s’orienter avec ouverture. Quel est le problème ?

Mme X – Je voudrais revenir sur un point clinique de Jean-Jacques Tyszler qui a cet intérêt de toucher en même temps un fait social et la technicité. C’est lorsque tu nous parlais de ce canadien qui souhaitait déconnecter la mémoire de l’affect qui se légitime du souhait entendu depuis un certain nombre d’années de soulager la douleur. Ça m’a fait penser à une de mes patientes psychotique et qui m’a enseignée, « la douleur ça anesthésie ». Si l’on devait se débarrasser de la douleur qu’est-ce qu’il en serait ?

Jean-Luc Cacciali – À propos du moralisme occidental et de la civilisation de la haine tu as évoqué tout ce mouvement actuel de conscience de soi, est-ce qu’on pourrait l’entendre même si ça ne touche pas la question de l’être, comme ce qu’il appelle à propos de la civilisation de la haine les voies de la réalisation de l’être et qu’il ne faudrait pas oublier que l’une de ces voies c’est sa destruction de l’être. Ne pas être surpris de la civilisation de la haine.

M. Nacht – Il y a quelque chose de troublant dans ce que tu as évoqué de cette méthode de déconnection des affects, nous avons reçu à l’A.L.I une thérapeute israélienne qui nous avait indiqué une méthode où il s’agissait devant des personnes extrêmement traumatisées devenues quasiment autistes de les remettre complètement dans le trauma jusqu’au bout pour qu’elles le digèrent. Or ça c’est assez troublant, qui a lu l’écrivain allemand Ernst Junger, sait que ses deux premiers livres parlent de sa guerre de 14-18, il y va à fond dans la déconnexion, il y va tellement à fond qu’il va toucher avant de prendre ses distances, il va quasiment appeler le national-socialisme comme super déconnection !

Transcription Érika Croisé Uhl, Dominique Foisnet Latour.

Relecture Louis Bouvet.

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