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Jean Brini - Le moment de conclure L 5, 6, 7 - Commentaires

Date publication : 29/11/2016
Dossier : Dossier de retour du séminaire d'été 2016

Séminaire d’été 2016 – Vendredi 26 août.Jean Brini – Le moment de conclure L 5, 6, 7 – Commentaires.Paul Bothorel Merci beaucoup Jean [Brini] de nous introduire à ces leçons, ma foi, très difficiles. Si Pierre-Christophe [Cathelineau] veut bien en rajouter dans l’éclairage…Pierre-Christophe Cathelineau – Rude tâche. Je trouve ces leçons très difficiles et je vais faire quelques remarques… Je trouve ces leçons extrêmement difficiles, voilà, je vais vous le dire aussi simplement que ça. Il y a un point sur lequel je me sens un peu plus assuré. Un, ce n’est pas beaucoup. C’est sur la dissymétrie. C’est vrai que la dissymétrie c’est très intéressant parce que ça permet de penser à partir de ce que nous a montré Jean [Brini] que, entre l’espace infini ouvert qui passe par l’axe du tore et l’espace fermé qui passe par l’âme du tore, il y a un jeu dialectique, il y a une possibilité de jeu. Et on voit très bien que c’est un jeu entre l’espace ouvert et l’espace fermé qui permet les déformations. Et donc, effectivement, on a affaire à ce qui relève de l’opération-même de la contingence, c’est-à-dire c’est grâce au fait qu’il y a de l’ouvert et du fermé du fait du tore que la déformation est possible. Donc c’est ça… Vous voyez, une remarque… J’essaye d’apporter ma petite pierre. Ensuite, il y a une autre remarque que je voulais faire et je voulais poser la question à Jean [Brini]. Concernant le trouage et la coupure là c’est quand même un truc assez formidable ! Je ne sais pas si on s’en rend compte, mais la différence entre trouage et coupure c’est sidérant ! Ça veut dire qu’il y a un mode opératoire dans la cure qui procède, non pas par coupure, mais par trouage. Et qu’est-ce que ça veut dire un trouage dans la cure ? Alors il y aurait sans doute des façons de traiter la question du trouage en disant que le trouage a ceci de particulier c’est qu’il ne relève ni de la coupure perpendiculaire ni de la coupure concentrique, donc c’est quelque chose qui opère sur la surface d’une façon, je dirais, continue en se développant en cercle comme l’a montré Jean Brini ou même pas en cercle, peu importe, en carré… Peu importe ! Et donc, j’aurais tendance à penser, je pose la question à Jean [Brini] : est-ce qu’il ne s’agirait pas, dans cette modalité de trouage, de quelque chose qui aurait rapport, d’une façon plus précise, à la question du Réel dans la chaîne signifiante ? C’est-à-dire la différence entre coupure… La coupure on voit bien que c’est quelque chose qui opère à partir d’un signifiant qui tranche. Le trouage c’est quelque chose qui se développe de façon continue, et donc on peut se poser la question de savoir qu’est-ce qui opère dans le trouage dans le cadre d’une cure, si tant est que ce soit la possibilité de rendre compte de la cure, mais je pense que ça peut en rendre compte.Jean Brini – Je réponds comme ça. Sur la question des événements qui peuvent avoir lieu ou ne pas avoir lieu, arriver ou ne pas arriver au cours d’une cure, souvenez-vous, on a d’autres formalismes, notamment tout ce qui concerne les mouvements de Reidemaster sur le nœud mis à plat, où là aussi ces mouvements, ces glissements, c’est ce que Marc Darmon nous avait proposé dans, je crois, un article qui s’appelait « Comment je m’enserre 1 ». Il disait qu’en début de cure le patient arrive avec un nœud très embrouillé et qu’il y a toute une opération préliminaire qui consiste à dégager les points forts, les points de structure de tout un tas de… je crois que c’est Virginia Hasenbalg [Corabianu] qui appelait ça des « fioritures superfétatoires », on dégage un peu avant d’y voir clair. Ça c’est un formalisme des événements qui peuvent avoir lieu dans la cure. Alors, de la coupure qui ne fait qu’un trou sans faire de tour, elle est nulifiable ; elle est nulifiable c’est-à-dire qu’à la limite elle peut se réduire à un petit poinçon de rien du tout. Donc, j’aurais tendance à penser qu’il s’agit de quelque chose d’apparemment plus bénin, de moins chirurgical qu’une coupure franche. Voilà, très intuitivement… Alors, ce que nous montrent quand même ces figures c’est que, même avec une coupure nulifiable c’est-à-dire un simple trou, il peut quand même s’en passer des choses. Et ça c’est peut-être important de le repérer aussi. Mais… ce n’est pas non chirurgical et c’est vrai que ça a un rapport au Réel dans la mesure où le trou enlève un lambeau alors que la coupure n’enlève rien du tout. Il est nécessaire pour opérer un trou dans un tore d’enlever un lambeau, si petit soit-il. Il y a quelque chose de la substance, de l’étoffe de… quoi ? Du langage ? Du Symbolique ? Ce avec quoi nous opérons, il y a quelque chose qui est temporairement soustrait.P.-Ch. Cathelineau – En tout cas ça montre l’extraordinaire fécondité de ces différentes modalités décrites, c’est-à-dire le trouage, la coupure… Le trouage, comme le disait Jean Brini, c’est autre chose que la coupure et c’est à la fois plus bénin et ça engage le Réel de la structure. Donc ça c’est… L’autre point, c’est une remarque qui se veut ajouter quelque chose mais enfin c’est difficile d’ajouter quoi que ce soit. La remarque concernant le links group de Milnor, c’est vrai qu’il y a tout un débat entre Soury et Lacan sur le fait de savoir si le trois est premier. Vous regardez la fin de Chaînes et nœuds 2, vous avez, je ne sais plus page combien, il relate une discussion autour de cette question de savoir si le trois est premier et Soury défend l’idée au départ que le trois n’est pas premier. Il dit : « non, vous vous trompez, c’est le deux », et puis il dit qu’il a fait une erreur, il revient sur cette erreur pour redire que, en fait, Lacan avait raison. Alors c’est intéressant parce que, évidemment, dans cette idée que le trois est premier on a l’idée que la structure de base, en fait, c’est le nœud borroméen. L’idée que le trois est premier ça veut simplement dire que le nœud borroméen constitue la structure Une des modalités de calcul des nœuds d’une façon qui est démontrable. Donc ça c’est quand même un point, comme le disait Jean Brini, particulièrement important parce que si on démontre que le trois est premier, on démontre du même coup que le nœud borroméen constitue l’élément premier de la réflexion sur les nœuds et c’est fondamental comme l’a dit Jean Brini.Michel Jeanvoine – Je voulais tout d’abord remercier Jean Brini de la présentation de ce travail, je crois qui est tout à fait… c’est vraiment très bien. Je crois que c’est un moment de travail important pour nous ici à l’Association. Et donc la petite remarque que je voulais faire concerne la question du trouage ou de la coupure, de cette opposition. Les conséquences effectivement ne semblent pas du tout être les mêmes. Et il me semble aussi que les enjeux ne sont pas les mêmes et vous en avez dit un tout petit peu quelque chose dans la discussion qui a suivi. Alors je ne sais pas trop comment dire les choses, je dirais plutôt que la coupure semble faire appel à quelque chose de l’ordre d’un modèle alors que le trouage semble faire plutôt appel, par la continuité-même du processus, au ressort-même de quelque chose qui serait déjà là symbolisé et concernant justement le nouage, ce qui est tout à fait autre chose, ce qui fait que les interprétations, quand on parle d’interprétations par coupure, peuvent provoquer effectivement des conséquences qui peuvent être lourdes, peuvent provoquer quelque chose de l’ordre même d’un traumatisme dont un patient peut se remettre assez difficilement quelquefois et, par contre, le trouage, c’est tout à fait autre chose, puisque [une interprétation par trouage] ferait appel à quelque chose d’un nouage qui serait déjà là symbolisé ou pas. Alors qu’est-ce que ça serait donc que trouer un tore ? Faire ce tout petit point qui va permettre que quelque chose fuie. Il y a une fuite. Si ça n’est pas simplement proposer à quelqu’un de se mettre à parler ?Claude Landman – Oui, merci évidemment Jean [Brini] de ce que tu nous as apporté. Alors il m’a semblé, mais je voudrais confirmation parce que je ne suis vraiment pas sûr de ce que je vais avancer, mais si je l’avance c’est par rapport à ce que j’ai lu des figures que tu as proposées concernant le retournement du tore par coupure par rapport au retournement du tore par trouage, il m’a semblé voir sur ce que tu nous montrais que dans le retournement du tore par coupure il y avait un temps de suture nécessaire pour aller au terme du retournement. Mais peut-être n’ai-je pas bien lu la figure que tu nous as proposée ? Cette chaussette, tu vois, jaune… à un moment donné il m’a semblé y voir une suture. Autrement dit, la question de la nécessité d’un deuxième temps suturant, c’est-à-dire que le retournement se ferait en deux temps, si j’ai bien suivi… Voilà. C’est cette suture qui me semble apparaître là en figure 5. Autrement dit, la coupure, il faut une suture pour pouvoir aboutir au retournement complet du tore. Alors est-ce que ça, ça peut éventuellement nous parler dans la technique de la cure ? Donc je voulais juste avoir ta confirmation, ou le contraire d’ailleurs parce que je ne sais pas si j’ai bien lu.J. Brini – C’est vraiment très intuitif hein, mais il me semble… De toute façon il y a quelque chose qui s’ouvre quand on commence à parler et quelque chose qui se ferme quand on finit de parler. Et donc la suture, il me semble qu’elle est aussi là dans le retournement par trouage. Là il y a un moment où le trou a été ouvert, ici. Là il n’y avait rien, il n’y avait qu’une surface verte. Donc il y a bien quelque chose qui doit s’ouvrir et, en fin de piste, quand on se retrouve avec un tore jaune, là aussi il y a eu fermeture. Alors la question c’est est-ce que cette fermeture et cette ouverture sont des choses parfaitement fictives et qu’en fait il y a toujours moyen que ça se fasse, l’ouverture, ou est-ce qu’il y a une opération spécifique qui doive se faire et qui, à ce moment-là, je suis tout à fait d’accord avec toi, elle n’est pas la même quand il s’agit de refermer un trou ou quand il s’agit de refermer une coupure pour la simple raison qu’un trou ça n’a qu’un bord et qu’une coupure ça en a deux, donc ça c’est une différence importante.C. Landman – Sur la question de la continuité… parce que, tu le dis très bien, c’est nulifiable, c’est-à-dire que ça se referme tout seul.J. Brini – En même temps, on parle de tore mais il s’agit d’une surface qui est une étoffe, et une étoffe c’est plein de trous, forcément. Il me semble.Jean-Pierre Rossfelder – Oui, je voulais vous remercier en particulier pour le travail que représentent ces figures qui nous éclairent d’une façon vraiment forte. Ça c’est le premier point. Le deuxième point c’est que, vous l’avez évoqué, il y a une espèce de combat de géants qui se produit entre Lacan et Soury dans ce séminaire, qui le traverse. Et alors la question que je voudrais vous poser c’est que je suis toujours surpris que Lacan se saisisse d’un problème, d’un nœud, d’un tore, et s’attache à essayer de résoudre ça, même parfois sans y parvenir, et que Soury réponde, vous l’avez déjà dit d’ailleurs, et que Soury réponde par un systématisme comme s’il y avait d’un côté la psychanalyse et de l’autre côté l’analyse scientifique en quelque sorte et qu’il fasse effectivement le développement de tous les cas. Il insiste en particulier tout le temps sur le développement de tous les cas. Et ce qui me frappe c’est que j’ai l’impression que Lacan n’est pas spécialement intéressé par ce développement de tous les cas. Et je voudrais vous demander, j’ai quelques idées mais je voudrais vous demander comment vous entendez ça. Et la deuxième remarque c’est que j’ai l’impression, enfin vous l’avez dit d’une façon rapide, moi, la question qui se pose sur les tricots toriques, vous avez dit : « ça recouvre un tore », et j’ai l’impression que ce n’est pas ça, c’est que ça constitue le tore, ce qui est différent. Enfin, il m’a semblé, je n’ai pas eu le temps de travailler suffisamment là-dessus, mais il m’a semblé qu’il y avait une question qui tournait autour de ça et je voudrais savoir ce que vous en pensez.J. Brini – Je n’ai pas de réponse à la deuxième question. Je ne sais pas. Ce qu’il y a de sûr c’est que… Ça c’est de moi, Lacan ne l’a jamais fait, c’est-à-dire qu’il n’a jamais représenté d’aucune manière un nœud, un tricot qui soit appliqué sur une surface. C’est donc une lecture qui est de moi et qui peut parfaitement être remise en cause. La question du tore constitué et non pas supportant ou habillé par le nœud me paraît tout à fait importante et, pour moi, elle n’est pas résolue. Ça c’est sûr. L’autre question, oui, effectivement Soury venait voir Lacan avec un panier de résultats et Lacan en prélevait un, celui qui l’intéressait. Pourquoi il l’intéressait, pourquoi les autres ne l’intéressaient pas ? Je ne sais pas. En tout cas c’est comme ça que ça fonctionnait, il y avait une élection d’un cas par Lacan et Soury amenait des résultats, des résultats, des résultats… Donc il y a effectivement quelque chose de parfaitement orthogonal dans leur démarche qui peut peut-être nous inspirer des réflexions un peu plus précises sur l’orthogonalité de la démarche scientifique et de la démarche analytique. Je dis orthogonalité, c’est une façon de dire.Virginia Hasenbalg-Corabianu – Il me semble qu’il ne faut pas laisser tomber la remarque, à mon avis très pertinente, de Claude Landman par rapport à cette suture. Il me semble qu’on peut le voir associé au topo de Pierre-Christophe [Cathelineau] en début de journée par rapport à ces coupures qui peuvent défaire le nœud, que cette suture peut être entendue comme un effet d’une interprétation, d’une intervention de l’analyste qui transformerait dans ce cas-là le tore, dans le sens où le tore c’est aussi les deux tores enlacés, en trois ronds noués olympiquement. Parce que ce que tu nous amènes là Jean [Brini], quand l’âme reste en dehors de la surface extérieure du tore, on va transformer les deux tores enlacés en trois ronds noués olympiquement. Et ça c’est un changement dans la structure produit par une suture qui va laisser dehors le rond bleu, au lieu de laisser à l’intérieur comme il avait montré au départ, et ça va transformer la structure. Là, à gauche, en haut on a deux tores enlacés, en bas on a trois tores liés olympiquement. Et ça peut être l’effet d’une mauvaise interprétation par exemple.Transcription Érika Croisé Uhl,Relecture Jean Brini, Dominique Foisnet Latour. Notes1. Darmon (Marc). Conférence aux journées L’invention en topologie pour la clinique II, 23-24 juin 2012. Site A.L.I.2. Soury (Pierre). Chaînes et nœuds, Œuvres complètes, édité par Michel Thomé et Christian Léger. Tome 3, documents 139, 140.

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