Accès membres Agendas

Association lacanienne internationale


DE STOP DSM à POST DSM Compte rendu de la journée organisée par le collectif « INITIATIVE POUR UNE CLINIQUE DU SUJET STOP DSM » le 22 novembre 2014

La journée « DE STOP DSM à POST DSM » a connu un indéniable succès et l’amphithéâtre contenant plus de 300 personnes à l’hôpital des Diaconesses était comble en ce samedi 22 novembre 2014. Organisée par le collectif « INITIATIVE POUR UNE CLINIQUE DU SUJET STOP DSM », elle a permis de mesurer la détermination et l’importance de la mobilisation des cliniciens, auxquels se sont associés des représentants d’associations de patients et de familles.

Patrick LANDMAN a d’emblée insisté sur le caractère délétère de la classification DSM et sur la nécessité de faire participer à cette réflexion les usagers et leurs associations. Il a dénoncé la notion de normalité qui s’en dégage, mis en avant le rétablissement plutôt que la guérison, souligné le réductionnisme et le scientisme de cette classification, ainsi que les conséquences néfastes qu’elle engendre sur les plans de la formation des cliniciens, de la conception des soins et de l’éthique soignante. Il a souligné le caractère fédérateur du collectif à l’origine de cette mobilisation, rappelant qu’il réunit des praticiens, principalement des psychiatres, mais pas seulement, pour beaucoup membres de diverses écoles et associations psychanalytiques, tous sensibles à cette dérive catastrophique qu’engendre le système DSM. Ce dernier repose sur une extrême faiblesse conceptuelle, la conviction d’une causalité organique à l’origine de tout trouble psychique, de toute maladie mentale, un scientisme simplificateur et uniforme. Il sert avant tout des intérêts économiques et financiers, induisant une médicalisation à outrance de la vie quotidienne, un surdiagnostic et un risque majeur d’abus de psychotropes. Il a également posé la question des « constructions sociales » qui ont conduit à un tel succès du DSM, nous incitant à continuer d’en rechercher les déterminants. 

Dans l’organisation de la journée, une place importante a été faite à deux intervenants : le Professeur Allen FRANCES, psychiatre, chercheur, professeur émérite en Californie, un des pères fondateurs du DSM, et le Professeur de philosophie Pat BRACKEN, également formateur en psychiatrie au Royaume Uni, un des fondateurs de la « Critical Psychiatry ». Chacun a apporté sa précieuse contribution et facilité un débat avec la salle.

Le Professeur Allen FRANCES a expliqué pourquoi il avait totalement changé d’avis concernant le DSM, il a beaucoup parlé des ravages de ce manuel diagnostique et statistique à propos de la politique de santé mentale menée aux Etats Unis. Il a mis l’accent sur la prévalence de l’orientation biologique dans la conception de la clinique et dans le financement des études de recherches, confirmant à quel point les industries pharmaceutiques dictent leur loi aux politiques. Il a rappelé l’absence de résultats probants depuis 30 ans en matière de recherches sur le cerveau et la dépense très lourde qui en a résulté. Multipliant les exemples cliniques, en particulier avec ledit « TDAH » (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), il a fait le constat qu’à ne se référer qu’aux seuls critères du DSM, beaucoup de patients qui auraient besoin de soins en sont écartés, cependant que d’autres sont surmédicalisés. Allen FRANCES a préconisé de prendre en compte les problèmes de la santé mentale en faisant preuve avant tout de pragmatisme et de nuances à l’égard de la diversité des approches cliniques, pour ne pas tomber dans des caricatures théoriques comme celle de la toute causalité organique. Il a également précisé la part de responsabilité des psychanalystes américains dans la rupture épistémologique qui s’est produite dans les années 70 entre la psychiatrie et la psychanalyse.

Quant à Pat BRACKEN, il a exposé ses théories sur la pensée critique depuis Socrate, faisant valoir toute son importance au regard de l’abord de la santé mentale. A cette occasion, il ne s’est pas privé de dénoncer le paradigme technologique, tel qu’il opère dans le DSM. Sa lecture philosophique vise à remettre en question les concepts, les notions fondamentales, ou du moins à faire toujours preuve d’un esprit critique, à mettre en cause les suppositions propres à toute élaboration théorique. Mais, il a également le souhait de promouvoir « la citoyenneté active », c’est-à-dire qu’il cherche à associer à cette dynamique philosophique les citoyens, les patients, afin qu’ils soient partie prenante de leurs soins. Nous pouvons simplement remarquer qu’avec une telle conception théorique qui cherche à faire consensus et à apporter toujours plus de nuances, il n’est nullement question de langage mais uniquement de pensée, ce qui élimine de fait la dimension de l’inconscient.

Bien d’autres intervenants ont enrichi le débat. Nous retiendrons : la qualité des discutants (Guy DANA, Jean-François SOLAL, Dominique TOURRES, Jean-Jacques TYSZLER, Bernard ODIER) ; la parole avisée, précise, quelque peu ironique de Jean GARRABE toujours soucieux de la transmission d’une psychiatrie à visage humain et de qualité, chantre et acteur de l’élaboration renouvelée des classifications françaises (CFTMEA et élaboration en cours de la future CFTMA) héritières du long passé des psychiatries essentiellement française et allemande ; le propos de Jean CHAMBRY concernant son implication en tant qu’expert à la Haute Autorité de Santé au sujet du TDAH, nous faisant entrevoir que les préconisations thérapeutiques à venir seront plus prudentes que prévu ; le caractère engagé et politique des exposés de Patrick CHEMLA et Patrice CHARBIT au titre respectif du collectif des 39 et de l’AFPEP SNPP. Nous noterons aussi que Gérard POMMIER a tenu à rappeler que les psychanalystes sont également soucieux du devenir de la psychiatrie, de la qualité de la formation des cliniciens, de la qualité des soins pour les patients, de la nécessité d’être des acteurs politiques quand il s’agit d’enjeux majeurs pour les soins et pour maintenir une éthique soignante. D’ailleurs, la composition du collectif qui a organisé la journée en témoigne, au-delà des querelles de chapelle. Jean-Jacques TYSZLER s’est attaché à nous remémorer tout ce que l’on doit à l’héritage de la psychiatrie classique et de la psychanalyse, ce qui est malheureusement balayé par un ouvrage comme le DSM. Le représentant des internes, Manuel RUBIO, a donné témoignage de leur intérêt pour une psychiatrie de qualité. Son exposé tout à fait intéressant a démontré que les jeunes générations de cliniciens ne sont pas dupes des dérives ravageuses du DSM et de sa pauvreté intellectuelle et qu’ils attendent beaucoup de la transmission clinique de leurs aînés. Enfin, l’assemblée a été très attentive aux représentants des associations (Mireille BATTUT et Claude DEUTSCH), à leur souci de concertation avec les cliniciens, à leur implication personnelle dans leurs propos, ce qui n’a fait que confirmer la nécessité d’un dialogue à mener avec les familles, les associations… les tutelles. Nous retiendrons le témoignage courageux de Madame Florence LEROY sur son « parcours » de personne handicapée ayant affaire à des soignants.

La conclusion de Tristan GARCIA-FONS a été sans équivoque. Non sans un certain ton militant, il a réaffirmé que le système DSM est nuisible, qu’il conduit à l’extension du domaine de la pathologie, qu’il stérilise la pensée et la recherche, qu’il contribue à une surmédicalisation et à une surprescription dangereuses et coûteuses. Il a fait part de quelques propositions pour continuer à lutter contre le DSM et l’idéologie qu’il véhicule. Nous en retiendrons quatre : l’abandon de la référence unique au DSM et l’utilisation des classifications alternatives, la nomination au sein de l’OMS d’experts français indépendants, la sollicitation des services de l’Etat et du Parlement pour diligenter des enquêtes sur les prescriptions de médicaments psychotropes en France, l’appel à boycotter le DSM 5 et à organiser des nouvelles conférences pour sensibiliser les populations et ouvrir à un plus large débat public.

La présence de journalistes attentifs aux enjeux de santé liés à la propagation du DSM a permis de relayer tous ces éléments. Deux articles parus dans les jours qui ont suivi, dans le Nouvel Observateur et L’Humanité-Dimanche, respectivement sous la plume de Anne CRIGNON et de Anne-Corinne ZIMMER, en témoignent.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que l’ALI est partie prenante de ce mouvement, ne serait-ce que par la présence de trois de ses membres dans le comité d’organisation de cette journée.

LIRE LES ARTICLES ET CONTRIBUTIONS

 

 

Vient de paraître

  Hubert Ricard   Les thèses de Lacan viennent de sa pratique, mais il avait articulé celles-ci dans un cadre théorique très élaboré. De Platon et Descartes jusqu'à ...

L'histoire de l'A.L.I.

Bénédicte Metz, Thierry Roth, Jean-René Duveau 

Centre documentaire

    Sissi, impératrice d'Autriche, l'Antigone de Sophocle, Simone Weil, la philosophe, sainte Catherine de Sienne : chaqune pose les mêmes questions. Comment être ...

L'histoire de l'A.L.I.

Bénédicte Metz, Thierry Roth, Jean-René Duveau 

Vient de paraître

  Actes du cycle de conférences organisées par l’AMCPSY   Lire et télécharger le document sur le site de l'AMCPSY => Lien de téléchargement   Sous la ...

Centre documentaire

  La bibliothèque de l'A.L.I est une bibliothèque de consultation, et non de prêt. Elle permet, elle privilégie la lecture sur des documents authentiques. Deux permanences ...

Accès Membres