Du féminin à la folie : figurations brésiliennes de l'Autre

Cycle de conférences-débat 2008-2009 organisé par le Cartel Franco-Brésilien de Psychanalyse,
avec le soutien de

la Maison de l'Amérique latine
217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris - tél. 01 49 54 75 00

De n'avoir pas eu à se constituer à partir d'une réference exclusivement paternelle ou phallique, la civilisation brésilienne a toujours été spècialement ouverte à des tentatives de figurations de l'Autre, c'est-à-dire, ici, d'un lieu supposè radicalement diffèrent et sans limite. Cela marque-t-il les multiples facettes de son imaginaire? Que dire par exemple des différentes reprèsentations du féminin, des formes flamboyantes de l'art brut et de certains tableaux cliniques qui se répartissent entre inflation imaginative et psychose avérée? On fera le pari que la description que nous pourrons en proposer, en faisant appel à d'autres champs de savoir sur la culture, introduira des questions qui valent aussi hors du Brésil.

Responsables :
Ângela Jesuino-Ferretto, Luis Alberto de Farias, Maria Roneide Cardoso-Gil, Roland Chemama


Mercredi 8 octobre 2008 à 21 h 00 à la Maison de l'Amérique latine :
Bispo, le prisonnier du tissage

Conférence de : Marlène Iucksch
discutant : Jean-Jacques Tyszler,

Présentation et discussion du film : " O prisioneiro da passagem "
entretien avec Arthur Bispo do Rosario, de Hugo Denizart (1982)

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A sa mort en 1989, Arthur Bispo do Rosario a laissé une oeuvre riche de plus de mille pièces (des broderies, des assemblages, des sculptures en bois) à l'hôpital psychiatrique en banlieue de Rio de Janeiro, où il ètait entrè en 1939. Commandé par la voix de sa mère, " Marie, la très sainte ", ce petit fils d'esclave a souvent demandé à se faire enfermer en chambre d'isolement, afin de construire des reprèsentations de " toutes les choses de la terre " et pendant les longues pèriodes de jeun, de se " purifier " et d'attendre son avènement en tant que " Roi de l'univers ", Seigneur de l'apocalypse. S'écartant lui-même d'un marquage par le sexuel, Bispo ne peut s'intèresser qu'à la femme virginale et vouée à la pureté. C'est aussi chez les brodeuses de sa région natale au nord-est du Brésil qu'il va chercher son art de la couture, du tissage et de ses riches ornementations. Objet de jouissance d'un féminin tout puissant, à défaut de pouvoir se constituer un scénario fantasmatique, Bispo brode, sculpte, assemble son univers de signes, cherchant à inscrire une prise sur le rèel. Comment se rèsoud la question de "la femme" dans l'adresse qu'il donne à son oeuvre ?


Mercredi 10 décembre 2008 à 21 h 00 à la Maison de l'Amérique latine :
Scène de la folie : Unica et la fabrique de la poupée de Bellmer

Conférence de : Marie Charlotte Cadeau

"Trina e una" : portraits de femmes de la littérature brésilienne

Conférence de : Maria Roneide Cardoso-Gil - Discutant : Roland Chemama


Mercredi 14 janvier 2009 à 21 h 00 à la Maison de l'Amérique latine :
Folies féminines : ce que nous apprend Clarice Lispector

Conférence de : Martine Lerude

Modérateur : Cyril Veken - Discutant : Ângela Jesuino-Ferretto

Quand les éditions des femmes publièrent en 1978 La passion selon G.H. cet ouvrage s'inscrivait dans le mouvement de l'époque qui affirmait l'existence d'une écriture spécifiquement féminine. Trente ans plus tard, l'écriture de Clarice Lispector laisse bien loin derrière elle cette idéologie féministe et nous enseigne à nous psychanalystes sur la fonction de l'écrit et son l'articulation subtile et puissante avec ce que nous appelons les folies féminines.

Nous interrogerons plus particulièrement comment les métaphores qui viennent de la langue brésilienne ouvrent à cette "langue inconnue" que Clarice Lispector ne cesse pas de créer à la limite du silence.

De " la douce folie ", de cette prison de semblant où G.H. était insérée à " la compréhension fulgurante " qui l'entraîne à accomplir un trajet complexe dans un univers clos où le sens se défait, Clarice Lispector nous invite à penser autrement, de manière paradoxalement laïque, cette adresse infinie au lieu vide que l'écriture tente de venir border.


Le samedi 7 Février 2009 14 h 00 à l'ALI :
Projection d'un film brésilien et débat avec des invités

Animé par : Ângela Jesuino Ferretto et Roland Chemama

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Madame Satã ou les métamorphoses de l'Autre

Projection du film: Madame Satã

suivie d'une table ronde avec la participation notamment de

Conceição Beltrão, Jean-Louis Chassaing, Roland Chemama, Ângela Jesuino-Ferretto

Ce film brésilien de Karim Aïnouz (2002) tiré d'une histoire vraie, retrace une partie de l'histoire de Madame Satã, personnage qui demeure un mythe inexploré de la culture brésilienne. Mâtiné de Gavroche, Joséphine Baker et Jean Genet, cet être admiré et redouté, à la fois saint(e) et démon, incarne toutes les ambigüités sociales et sexuelles du début du XXème siècle à Rio. En quoi ce portrait magistral et assez cru de ce noir pauvre, homosexuel, travesti et marginal peut venir nous éclairer sur les figurations brésiliennes de l'Autre ?


Mercredi 11 mars 2009 à 21 h 00

à la Maison de l'Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris


La grande prêtresse du rite brésilien - Lispector -

Conférence de José Antonio Pasta Junior, Professeur de littérature brésilienne à l'Université de São Paulo, Brésil

Discutant : Jorge Cacho, psychanalyste de l'Association lacanienne internationale

Modérateur : Maria Roneide Cardoso Gil


La notoire position dite "mystique" ou "métaphysique" de l'écriture de Clarice Lispector se fait accompagner, surtout dans ses manifestations capitales, d'un sentiment de catastrophe dont le sens est difficile à cerner. Pour essayer de comprendre l'association de ces deux aspects il faut peut-être chercher les points où cette dimension dite "métaphysique" s'entrelace au fil rouge formé, dans l'écriture, par les références à une société particulière - la brésilienne. La séquence de ces points d'entrelacement fait voir que mystique et sentiment de catastrophe participent, tous les deux, à une sorte de malaise dans la colonisation, toujours présent dans la société brésilienne.

Au coeur de ce malaise se trouve un rapport paradoxal à l'autre, dont l'altérité est reconnue et, à la fois, ne l'est pas. De cette façon, le même envahit l'autre, en l'annulant, dans la même mesure où il se fait posséder par l'autre, qui le supprime, dans un mouvement de bascule sans point d'équilibre à vue.

Les péripéties de cette réversibilité proprement catastrophique ont engendré dans la culture brésilienne tout un ensemble de formes, dont l'oeuvre de Lispector est peut-être la manifestation la plus extrême : chez Lispector, le besoin de conjurer cet autre si nul et si menaçant prend définitivement les allures d'un rituel qu'elle célèbre passionnément, en son nom personnel et au nom de tout un peuple.


Le mercredi 8 avril 2009 à 21 h 00

à la Maison de l'Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris


Duplicité de la jouissance féminine : un exemple littéraire brésilien

Conférence de Geneviève Morel, Psychanalyste à Paris et à Lille, présidente de Savoirs et clinique et du Collège de psychanalystes d'Aleph, auteur de La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel, Anthropos, 2008.

Discutant : Roland Chemama

Modérateur : Maria Roneide Cardoso Gil


Jorge Amado, écrivain engagé et militant communiste, dépolitise sa littérature de ses présupposés idéologiques après les cataclysmes historiques des années 50-60 mais préserve dans son univers littéraire la récréation des manifestations simples de la vie. Il peint la société brésilienne sans affaiblir la couleur de certains de ses traits essentiels : mysticisme, syncrétisme et sensualité. Dans Dona Flor et ses deux maris (Amado, 1966), le personnage éponyme est un exemple de l'infidélité monogamique de la femme : Dona Flor tromperait en quelque sorte son mari avec lui-même en le dédoublant, le mort Vadinho, l'amant imprévisible, et le vivant Teodoro, l'époux méthodique et protecteur.

Bien avant d'inventer, dans les années 70, ses formules de la sexuation dont le coeur est le "pastout" qui signifie une division très particulière de la jouissance féminine entre jouissance phallique et "Autre jouissance", Lacan avait décrit une certaine "duplicité" du sujet féminin dans son écrit de 1958 "Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine". Nous discuterons ces deux passages importants de l'enseignement de Lacan, dans leur continuité et avec les ruptures de l'un à l'autre, grâce à des exemples tirés de la clinique et de la littérature, notamment brésilienne.



Mercredi 13 mai 2009 à 21 h 00

à la Maison de l'Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris


Conférence de Elise Jasmin

historienne, spécialiste des images. Ses travaux sont essentiellement consacrés au Brésil


Discutant : Ângela Jesuino-Ferretto

Modérateur : Luiz Alberto de Farias


Constructions au féminin

Rosangela Renno et Cris Bierrenbach : La photographie comme support d'une mémoire fabriquée.

Rosangela Renno, née en 1962 à Belo Horizonte, vit et travaille à Rio de Janeiro, et utilise, depuis les années 80, la photographie, le texte et la vidéo pour créer une oeuvre protéiforme consacrée à la mémoire. S'appropriant son histoire personnelle, mais aussi et surtout l'histoire collective brésilienne, sa mémoire affective, ses blessures, ses peurs, ses visages oubliés, ses figures de l'altérité, Rosangela Renno nous livre une oeuvre singulière hantée par la disparition.

Cris Bierrenbach, née en 1964 à São Paulo, se réapproprie les techniques photographiques anciennes comme le daguerréotype, réalisant une oeuvre centrée sur l'univers féminin, ses représentations, l'identité, l'intimité, la perte de repères, la violence, la mise en scène de soi, l'autoportrait.

La mise en perspective de ces deux artistes, qui ont choisi le lien entre photographie et mémoire comme support de leur création, permettra de saisir la part qu'elles ont accordée à la figure du féminin dans leur démarche.



Le mercredi 10 juin 2009 à 21 h 00

à la Maison de l'Amérique latine, 217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris


Conférence de Roland Chemama

Psychanalyste, membre de l'Association lacanienne internationale

Discutant : Ângela Jesuino-Ferretto

Modérateur : Tania Roelens


Le complexe de Martim ou la passion de l'Autre

Cette conférence partira d'un des plus grands textes de la littérature brésilienne  Iracema, de José de Alencar. Ce livre raconte l'histoire de Martim, guerrier portugais chrétien, et d'Iracema, une indienne qui abandonne sa tribu pour le suivre. Il s'agira, à partir de ce récit, de saisir ce qui peut faire qu'un homme, à travers une femme, vise un Autre qui serait à la fois objet de désir et d'identification, comme si lui-même pouvait, en définitive, se confondre assez avec cet Autre pour jouir de sa jouissance. C'est ainsi à partir du fantasme masculin que nous aborderons, pour conclure notre cycle, le thème que nous avons traité cette année, celui des figurations brésiliennes de l'Autre.