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    Présentation

    Le débat sur l'identité nationale est une tromperie

    Auteur : Jean-Marie Forget 12/12/2009

    Le débat sur l'identité nationale risque de nous tromper.

    Quand un gouvernement lance le débat sur l'identité nationale il cherche un effet d'annonce et il compte sur ce slogan pour en tirer un effet fédérateur. Nous sommes désormais habitués aux effets d'annonces.

    Nous savons aussi comment les lieux symboliques d'une nation qui concernent l'éducation, l'enseignement, les soins, la sécurité publique, par exemple, sont piégés dans l'approfondissement de leur exercice par des slogans qui servent de limites infranchissables pour la pensée car ils deviennent des points de butée tabous. La parentalité, l'intérêt de l'enfant, la transparence, "faire du chiffre" en sont des exemples.

    Si nous voulons prendre un peu de recul, il faut rapporter l'introduction de ce slogan de l'identité nationale à la mise en cause par ce même gouvernement des conditions d'exercice de ceux qui ont des postes d'autorité dans la vie sociale. Ils sont privés des conditions nécessaires pour d'assumer leurs responsabilités.

    Nous constatons en permanence que le pouvoir cherche à se débarrasser de ses responsabilités et tente se défausser. Cette défausse déplace l'exercice de la responsabilité et de l'autorité sur ceux qui sont les acteurs de la vie sociale, sur le terrain. Nous l'avons vu dans les réactions des élus du fait des conséquences mal évaluées pour les régions de la suppression de la taxe professionnelle. Dans notre domaine, nous avions déjà repéré que la levée de boucliers qu'a suscité le rapport de l'INSERM sur les troubles des conduites, notamment par la pétition de "pas de zéro de conduite" témoignait de l'intuition qu'avaient les professionnels du risque de se trouver entre le marteau et l'enclume. Ils risquaient de devenir des "prédicteurs" de la délinquance et non des acteurs d'une véritable prévention, et de perdre le sens de leur engagement.

    Le déplacement des conflits d'autorité et de valeurs sur les acteurs de terrain s'accompagne d'une autre dimension. La particularité des manifestations de souffrance actuelles est que les responsables des places symboliques dans la vie sociale sont sollicités dans une intrication précieuse et délicate de leur subjectivité et de leur fonction, comme j'y insiste à partir du constat de transfert sauvage dont ils sont chargés (1). On peut comprendre que les acteurs de la vie sociale sont particulièrement malmenés dans leur identité même quand les moyens d'atteindre les objectifs proposés sont en radicale contradiction avec ceux-ci.

    Cette crainte s'est trouvée relancée par le passage à l'acte suicidaire récent, dont les journaux se sont faits l'écho, de la directrice de la P.J. J. de Paris, s'éjectant d'une position insupportable de devoir annoncer la mis en place d'un projet de réorganisation de services qui lui semblait aller à l'encontre de son éthique personnelle. Le Monde s'est fait récemment l'écho de la crise intérieure de cette jeune femme, qui se livrait avec beaucoup de nuances, de précision et de justesse. Il reste que les remarques et les réflexions de l'intéressée même, commentant son geste, ne doit pas nous faire oublier que structurellement le passage à l'acte, et son passage à l'acte singulier témoignent que pour un sujet la parole n'a plus court sur le moment de crise, qu'il ne peut plus utiliser la parole pour se faire entendre, et c'est pour cela qu'il, ou qu'elle, se précipite hors de la scène sociale, dans un geste de désespoir.

    Cet acte nous illustre les situations de désespoirs que vivent les intervenants dans la vie sociale que sont des interlocuteurs précieux auprès des jeunes. Il convient de les respecter et de leur assurer des conditions d'exercice de leur position symbolique et de ne pas les placer comme objets réels d'une instance sociale capricieuse, qui est une situation insupportable dont ils ne peuvent que s'éjecter par désespoir dans des passages à l'acte.

    Ce mécanisme est bien proche de ce qui se joue dans les entreprises du secteur économique où les suicides dérivent de cette même logique. Ce parallélisme que suggère le passage à l'acte de la directrice de la P.J.J. est que l'état obéirait actuellement à une logique de commerce, sans éthique et sans autre but que d'entretenir une rentabilité économique. De ce fait, nous pouvons craindre que les slogans suscitent le même emballement que celui du discours capitaliste, sans autre visée qu'un automatisme effréné.

    Ceux qui nous gouvernent risquent de n'avoir d'humain qu'un masque et ce qui les anime risque de n'être plus qu'un "divin marché" (2), sans identité aucune.

    C'est pour toutes ces raisons que le débat sur l'identité nationale peut être pour tous un signal d'alarme révélateur des risques pour l'identité singulière de chacun.

    Notes :

    (1) Forget J.-M., Les troubles du comportement, où est l'embrouille, Eres, Toulouse, 2008, 150 p.

    (2) Robert-Dufour D., Le divin marché, Denoël, Paris, 2007, 337 p.

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