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L'Association lacanienne internationale

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    Présentation

    Le Serpent (3ème épisode)

    3- Heurtebise libéré, disparition de Qrinquedu

    Auteur : Joseph Anabase 06/12/2009

    1 - Heurtebise

    2 - Jeux d'enfants

    3 - Heurtebise libéré, disparition de Qrinquedu

    4 - La mort de Marguerite ; à deux doigts d'une erreur judiciaire. Le cirque Orphée. On retrouve la mère de Bélial que l'on croyait disparue à tout jamais

    5 - Où l'empoisonnement de Marguerite se révèle de plus en plus étrange. Questions sur les origines du Maure. Sigilmassa. Bélial mystérieux. Un signe.

    6 - (-16 ans) Où une généreuse initiation sexuelle aboutit à la découverte de Qrinquedu

    Les jours de froidure passaient et la neige, abondante cette année, étouffait le continuel ronflement des blindés dans la plaine. On s'occupait comme on pouvait quand vint l'idée, lancée un peu au hasard autour d'un verre de marc, de scier quelques poteaux téléphoniques, histoire de troubler les conversations de la Wehrmacht et d'embêter la préfecture. On pouvait aussi monter au poteau et couper les fils. Les soirées étant longues, l'abattage des poteaux prit bientôt une telle ampleur que les Allemands, débordés, finirent par vouloir imposer aux villageois la garde des lignes téléphoniques. On en resta là pour éviter les représailles. Au crédit du Maure, cinq poteaux par une nuit sans lune, autant de mauvais djinns abattus.

    Le printemps s'annonçait. Le curé de Cerisier fit savoir qu'il voulait voir Pierre-Marie. Je l'accompagnai en charrette avec la mère Maudu qui craignait une très mauvaise nouvelle. Mais le curé ne savait rien concernant les parents, ce qu'il tenait à communiquer, tout particulièrement à Pierre-Marie, c'était que le ghetto de Varsovie était entré en lutte contre les nazis. Il n'a pas dit qu'il priait pour les Juifs, mais il a donné l'accolade à Pierre-Marie.

    Rares sont les Bourguignons qui parlent polonais, encore moins hébreu malgré la participation de Rachi de Troyes au développement de la viticulture, et encore moins yiddish. Mais la nouvelle de la révolte du Ghetto - et de l'extermination de sa population depuis longtemps soumise à l'extrême misère et aux meurtres quotidiens - avait fini par parvenir malgré toutes les difficultés de communication auxquelles s'ajoutaient de sourdes censures de la part des alliés eux-mêmes. C'est pour vaincre ces dernières qu'un homme, Szmul Zygielbojm, qui avait réussi à rejoindre Londres, s'était en désespoir de se faire entendre, suicidé pour alerter l'opinion. La nouvelle finit par se répandre et de groupe en groupe, on commentait, parfois avec incrédulité, le courage de cette poignée de Juifs qui avait réussi à mettre à mal la terrifiante troupe nazie avant de succomber sous le nombre. Les Juifs n'étaient ni fuyards (1), ni lâches ; leur courage faisait voler en éclat les accusations délétères de mauvais catéchismes poussées à l'extrême par l'envahissante propagande antisémite. Finalement, ces Juifs donnaient l'exemple de la nécessité de lutter contre la barbarie.

    Bientôt les parachutages d'armes reprirent. Les hommes qui refusaient de partir travailler en Allemagne, conformément aux ordres du STO, gagnèrent le maquis. Mais toujours on attendait. Le Maghreb était libéré depuis un an déjà, la Corse aussi, l'Italie capitulait et elle allait bientôt être libérée des nazis après la dure bataille de Cassino, mais ici on attendait l'arme au pied. Pas les mains dans les poches, on sabotait, on incendiait, on planquait les aviateurs alliés descendus, on mettait à mal les collaborateurs les plus dangereux, mais on attendait de participer à une véritable bataille.

    Plus les Allemands étaient affaiblis, plus ils s'agitaient et devenaient agressifs. Alphonsine et ma mère s'étaient mises d'accord pour que nous restions à dormir, tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre, là où nous nous trouvions.

    Ce matin-là Alphonsine nous réveilla en entrant en trombe dans la chambre et en criant "ils ont débarqué" ! Nous nous sommes précipités à la fenêtre et ne vîmes rien.

    À mesure que les Alliés remportaient des succès militaires, l'espace semblait se rétrécir. Les Allemands griffaient de partout comme bête prise au piège. Des réseaux furent pris au gîte et démantelés. Des armes saisies, sans un coup de feu.

    Peut-être Qrinquedu était-il à Saint-Mards le jour où le maquis fut attaqué. Peut-être.

    Il n'y avait plus personne au bois des Sièges.

    L'absence de Qrinquedu faisait bloc entre nous. Ce n'étaient pas Itsmi et le Maure qui allaient la combler. Elle a longtemps rempli la petite pièce jusqu'au plafond sans même déranger les araignées. Ici, rien n'avait changé, l'absence se cachait dans les fissures, elle poudroyait comme les écailles du blanc de chaux au-dessus de nos têtes.

    Tu ne peux pas savoir.
    Le canon !
    Quoi, le canon ?
    Tu l'avais bien entendu avant qu'on se décide à aller à la cache.
    Et alors ! Qui a entendu le canon ?
    C'était des coups très rapprochés.
    De départ ou d'arrivée ?
    Des grenades, peut-être.
    La pluie dégoulinait des feuilles.
    Ils avaient tout nettoyé dans la cache.
    C'était poisseux.
    On s'est enfui.

    Nous étions rentrés mouillés, merdeux.

    Tu te souviens comme on lui en a voulu. Sale coup de nous laisser tomber comme ça, sans prévenir, au moment où ça commençait à chauffer. Et puis quoi dire sans se faire engueuler, nous n'avions même plus la permission d'aller aux Sièges depuis les bombardements.

    De loin, on avait aperçu Marguerite, plus serpillière que nature. Et Bélial, en rond. C'était mauvais signe, ça, quand il se rangeait comme un tuyau d'arrosage. Mais, au fond, nous faisions un peu comme lui. On dit le gros dos, mais c'est imprécis. En rond est plus juste : tourné vers en dedans, le froissement indiscret des feuilles, l'odeur pourrie, restant au dehors. Et en dedans, il n'y avait rien, rien qu'une porte toute noire, fermée sur Qrinquedu. Mon salaud, comme il disait.

    Comme un rêve nous parvenait la nouvelle de la brève libération de Bérulle par les FTP. Tout le monde était tenté d'y aller malgré les risques lorsqu'on apprit que les maquisards s'étaient retirés. Plus tard on sut que leur action avait été jugée intempestive par un officier commis d'urgence sur les lieux.

    Les troupes allemandes battaient en retraite. Les FFI, qui avaient été si longtemps tenus en réserve, reçurent enfin du général Koenig l'ordre de les stopper par tous les moyens. Les routes étaient coupées et les bourgs qui en commandaient l'accès, comme Aillant-sur-Tholon, libérés. Un petit détachement motorisé de la Troisième armée américaine apportait son aide au maquis. Nous avions vite appris à distinguer les détonations un peu sourdes des armes américaines de celles plus sèches des allemandes. Nous maudissions le tir si rapide qu'il semblait une brutale déchirure de l'air des MG 42 et applaudissions aux toussotements des Brownings.

    Sens était libéré. Au bois des Ormes toute une colonne hippomobile de la Wehrmacht finissait par se rendre après un sérieux combat.

    De tous côtés, la Résistance harcelait les Allemands. On apprit qu'elle avait mis à mal une forte escouade de cyclistes à Bléneau. Ce fut au prix de la mort du lieutenant FFI, Raymond Travers, qui commandait l'assaut, tué par ceux qu'il invitait à se rendre pour épargner des vies. Puis les résistants victorieux étant repartis, d'autres Allemands, informés de ce qui s'était passé arrivèrent, et menacèrent la population de représailles. Mais ils renoncèrent en apprenant comment le médecin de Bléneau, le Docteur Tripier, avait soigné leurs blessés. La colonne allemande repartit. Ses arrières furent bientôt harcelés par le maquis jusqu'à ce que l'aviation alliée la bombarde à quelques kilomètres de là. Mourir pour le Reich à Champignelles.

    (À suivre)

    Notes :

    (1) - "Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d'ici. Nous voulons sauver la dignité humaine." Arie Wilner, soldat de l'Organisation juive de combat.

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      2. Le Serpent
      3. Le Serpent (2ème épisode)
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