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organisé par Roland Chemama et Christian Hoffmann
Il y a une clinique contemporaine, qui devient aujourd'hui un enjeu de "santé publique". Mais il suffit de lire, par exemple, les fascicules concernant la dépression, qui sont offerts au grand public afin de l'éclairer sur une "maladie" si répandue, pour saisir à quels points les diverses approches proposées restent descriptives et empiriques. La psychanalyse a certainement quelque chose à dire pour éclairer des mutations qui concernent le sujet tout autant que les formes de pathologies très diverses qui se développent aujourd'hui.
Les psychanalystes, à la suite de Lacan, ont montré que ces questions renvoient d'abord à ce qui se passait au point où le subjectif rejoint le social. Que l'on pense en particulier aux mutations dans les formes sociales de la filiation, elles-mêmes liées à une modification de notre rapport à la loi symbolique. Nous avons cependant à aller plus loin, et à questionner les éléments théoriques dont nous disposons pour rendre compte d'un champ plus différencié qu'on pourrait croire.
On dit souvent, à cet égard, que le sujet contemporain est un sujet dont l'identité reste incertaine. Bien souvent, dans une cure, les questions sur cette identité prennent le pas sur toutes les autres. Mais l'analyste, qui sait que rien n'assure un sujet de quelque être que ce soit, abordera plutôt "l'identité" à partir des identifications, aujourd'hui fragilisées (y compris bien sûr celle de l'identification sexuée).
Au-delà de la question des identifications, et pour continuer à interroger le point où le subjectif s'articule au social, il y a celle des idéaux. Les mutations contemporaines du rapport au symbolique n'impliquent pas nécessairement une disparition des idéaux individuels ou collectifs. C'est même tout le contraire. On a pu dire qu'une pathologie comme la dépression exprimait une insuffisance par rapport à l'Idéal du moi plutôt qu'un conflit avec le Surmoi. Encore convient-il de nous interroger sur ce que nous appelons idéalisation, ainsi que sur les différentes formes qu'elle peut prendre, formes qui ne restent peut-être pas identiques à toutes les époques.
Inscriptions sur place, 20 euros, Membres de la fondation, 15 euros, étudiants, 10 euros.
Séance suivante le 5/4/08.
Première séance de séminaire le samedi 19 janvier 2008, à 14h30, à l'École normale supérieure, salle Cavaillès, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
Conférence de Roland Chemama et Christian Hoffmann
Président : Moustapha Safouan
Qu'appelons-nous idéalisation ?
Deuxième séance de séminaire le samedi 9 février 2008, à 14h, à l'École normale supérieure, salle des Actes, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
(Attention : l'heure est exceptionnellement changée. Cette séance de séminaire commencera à 14h)
Conférence de Roland Chemama et Christian Hoffmann
L'idéal du moi : de la question de l'universel à celle du pas-tout
La première séance du séminaire nous a conduit à parler du père idéal, et plus généralement des effets pathogènes de l'idéalisation. Ceux-ci se renforcent sans doute dès lors que le discours social contemporain laisse moins de place à une loi symbolique - ou encore à un signifiant-maître, un S1 - qui vaudrait pour tous. Qu'en est-il de l'idéal du moi si l'universel, et aussi bien le Un vient à être contesté ?
Par ailleurs nous avons été amenés à annoncer un développement ultérieur sur l'identification sexuée. De fait ces questions sont liées. On pourrait s'étonner de voir que, dans les Formations de l'inconscient, Lacan, lorsqu'il questionne ce qui permet "l'assomption par le sujet de son propre sexe" laisse une place essentielle à ce qui serait du registre de l'idéal du moi, et qui apparaîtrait sous la forme d'un "type viril" ou d'un "type féminin". Mais il faut tout de suite relever qu'il ne reconnaît pour autant aucune harmonie dans le rapport du sujet à ce "type" pas plus d'ailleurs qu'à son rapport au partenaire. D'emblée la question s'oriente vers une dissymétrie fondamentale, qui conduira plus tard à inscrire, du côté féminin, du côté du "pas-tout", ce qui contredit à l'universel.
Troisième séance de séminaire le samedi 5 avril 2008, à 14h30, à l'École normale supérieure, salle Cavaillès, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris.
Idéalisation et servitude volontaire
L'effet d'une psychanalyse se repère à la préférence que le sujet peut donner au désir par rapport aux idéaux. Cet effet suppose un ébranlement de ces idéaux qui sont le plus souvent construits sur les signifiants-maîtres de la cité. Leur nature de semblant montre leur contingence et le fait qu'il peut y en avoir d'autres. Il n'en demeure pas moins que le semblant détermine le désir et son sujet. Ce relativisme du signifiant-maître ne libéralise pas pour autant la jouissance qui se trouve "contr'un" par la fiction. Le discours de la servitude volontaire allait déjà dans ce sens du choix de sa servitude.
Comment les psychanalystes pourraient-ils rendre compte, aujourd'hui, de l'articulation entre les impératifs sociaux et les mécanismes individuels de l'idéalisation ? Quelles formes nouvelles d'asservissement peuvent-ils lire dans la clinique sociale comme dans la clinique individuelle ?
Quatrième séance de séminaire le samedi 31 mai 2008, à 14h30, à l'École normale supérieure, amphithéâtre Rataud, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
Débat à propos du livre Travailler avec Lacan, avec Alain Didier-Weill, Claude Dumézil, Moustapha Safouan, et Christian Simatos ainsi que Roland Chemama et Christian Hoffmann
Dans les premières séances de ce séminaire nous avons commencé à poser les questions de la clinique contemporaine, et surtout à mettre en place les éléments théoriques dont nous disposons pour rendre compte de ce champ. Nous avons pu, en particulier, avancer un peu sur la question des nouvelles idéalisations. En effet, les mutations contemporaines du rapport au symbolique n'impliquent pas nécessairement une disparition des idéaux individuels ou collectifs. Ceux-ci peuvent au contraire prendre une place d'autant plus grande que le sujet est moins assuré de ce qui, dans le social, peut constituer une référence symbolique. Et il est de fait que certains idéaux participent aujourd'hui de ce qui fait notre servitude volontaire.
Ne croyons pas, cependant, que l'analyste pourrait, sur cette question, revendiquer une position de surplomb. Nous savons que l'analysant le met volontiers à une place d'idéal du moi, voire de moi idéal. Nous savons aussi qu'il peut avoir du mal à s'extraire de cette place, où certains peuvent même se complaire.
Lacan ne cessa d'appeler, dans la cure comme hors de la cure, à une désidéalisation. Le livre Travailler avec Lacan (Aubier 2007), sous la direction de Alain Didier-Weill et Moustapha Safouan, le montre bien. Mais il ne cache pas pour autant qu'il put y avoir des formes de rapport à la personne de Lacan qui démentaient ce que toute sa pratique impliquait. Ce sera un des points que nous tenterons de discuter avec trois des auteurs de cet ouvrage, qui reprend les textes d'un colloque organisé par la Fondation européenne pour la psychanalyse en 2004.