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L'Association Française des Psychiatres d'Exercice Privé
Le Collège de Psychiatrie
Le Journal Français de Psychiatrie

Organisent

Samedi 1er et dimanche 2 avril 2006
Espace conférences des Diaconesses
18 rue du Sergent Bauchat Paris XIIème


L'évaluation : nécessité scientifique
ou servitude volontaire ?

Aucune discipline ne peut, notamment au titre de la contrainte interne exigible à sa propre cohérence, se passer d'évaluer ce qui la fonde, c'est-à-dire la façon dont elle a à répondre du réel qui la cause.

Traditionnellement, la clinique a toujours été considérée comme se faisant au lit du malade, dans le face à face de l'entretien et dans le dialogue entre praticiens. L'enregistrement des faits cliniques et leur articulation "in concerto" sont les conditions où elle s'élabore et se vérifie. La clinique s'évalue en tant qu'elle permet ou pas de mesurer ce qui fait valeur pour le sujet, cette valeur restant dépendante du discours qui la produit.

Qu'est-ce qu'un acte psychiatrique sinon la tentative d'un praticien à qualifier un réel et ainsi permettre à un sujet de savoir, s'il le veut, ou s'il le peut, à quoi il est disposé à se confronter.

La science qui vaut, aujourd'hui, pour maîtresse est-elle seule responsable de ce mouvement qui, du dialogue et de la nécessaire disputatio, déplace l'enjeu vers des questions de méthodologie formelle conforme en cela à ses prémisses d'exclusion subjective ?

Certes, nous constatons que l'effort fait d'une classification internationale valant pour tous pourrait asseoir cette hypothèse puisque, éjectant toutes questions ontologiques, elle en a vidé la psychiatrie de sa substance.

Toutefois, cependant que se développe la notion "d'hôpital entreprise", et son équivalent libéral "la filière de soins", se profilent conférences de consensus, références médicales opposables, codes de bonne conduite, accréditation, autrement dit diverses protocolisations dont l'existence ne fait que répondre en amont à ce que sont les contrats d'objectif en aval.

La question ici, qui s'adresse autant à la science, est de savoir et de déterminer au titre de quelle pratique ou de quel service contribue l'évaluation. En cette matière, rendre compte n'est pas équivalent à rendre des comptes comme l'estimation ou l'appréciation ne l'est pas avec l'évaluation.

Si l'économie ou la politique en tant que celle-ci se rétracte en une fonction sécuritaire ou assurantielle, délivre aux médecins une lettre de mission quantifiant par anticipation leur fonction et, de ce fait, les dépossédant de leurs responsabilités légitimes, la question est alors posée de ce que deviendra une médecine sans médecin. Accepterons-nous, dans ces conditions, d'inscrire notre nom au bas d'un hygiaphone ?

Pourquoi ce séminaire

Depuis la loi d'août 2004, l'Évaluation des pratiques Professionnelles (EPP) est devenue une obligation légale - sous prétexte de qualité et de scientificité -, opposable à tous les médecins : nous ne pouvons nous y soustraire sous peine de sanctions.

L'idéologie évaluative dépasse très largement le champ de la médecine. Elle est devenue une revendication sociale majeure inféodée au diktat de la labellisation et de la garantie absolue que l'on tend vers le risque zéro. Il s'agit d'éviter toute mise en accusation en cas d'accident. Rien ne doit pouvoir être reproché. La preuve doit être faite que tout a été prévu selon les standards du moment : il n'est pas nécessaire de penser.

L'évaluation est sous-tendue par les deux maîtres mots de l'économie de marché : "productivité" et "compétitivité", auxquels on pourrait ajouter "impunité". La norme se substitue à l'éthique.

Énoncée comme telle, l'évaluation aurait dû susciter l'opposition des syndicats et organisations représentatives des médecins en général. Cela n'a pas été le cas. Ils s'en sont emparés, du temps même où cela n'était qu'une démarche volontaire, dans l'objectif ou plutôt l'illusion d'une valorisation de la profession. Avait-on vraiment besoin d'en passer par là pour faire reconnaître l'importance et la qualité de notre travail ?

En psychiatrie, syndicats et associations mesurent fort bien les dangers de dévoiement et de dénaturation de la pratique dans tous les secteurs d'activité, ambulatoire, médico-social, hospitaliers publics et privés. En effet, les dangers pour notre exercice sont majeurs :

Et pourtant, nous avons des outils pour rendre compte d'une démarche réflexive permanente du psychiatre sur sa pratique, autre qu'une évaluation à visée normative. Ces outils se réfèrent au concept d'interformation qui est depuis son origine un principe fondamental de l'Association Française des Psychiatres d'Exercice Privé.

Les psychiatres en sont donc coutumiers depuis fort longtemps, comme les médecins généralistes dans le cadre des "groupes Balint".

Puisque la loi nous l'impose, c'est sans doute à ce cadre que nous pouvons faire appel.


Samedi matin 9h30 - 12h30

Présidence et introduction : Marcel Czermak

"Les dangers de l'évaluation dite "moderne"
Marc Hayat, Psychiatre, Psychanalyste. Président de la conférence nationale des présidents de CME (association)

"Évaluation et contrôle de soi non disciplinaire dans les sociétés contemporaines"
Christian Ruby, Docteur en philosophie. Coordinateur de "Évaluer l'évaluation", revue espace-temps.

"Qu'est-ce qu'un fait clinique ?"
Thierry Jean, Psychiatre, Psychanalyste. Secrétaire de rédaction du J.F.P.


Samedi après-midi 14h30 - 18h30

Présidence : Jean-Louis Chassaing

"Retour sur l'évaluation des 35 heures : quelques enseignements"
Hervé Defalvard, Économiste. Maître de conférence Université Marne La Vallée. Responsable du Master contrôle, stratégie, expertise.

"L'interformation au risque des référentiels"
Jean-Jacques Laboutière, Psychiatre. Président AFPEP-SNPP.


Pause

"L'évaluation, enjeu bio-politique"
Pierre Ginesy, Psychiatre, Psychanalyste, Paris.

"L'expérience de groupe Balint, un cadre possible pour l'évaluation des psychiatres"
Albert Le Dorze, Psychiatre, Psychanalyste, Lorient.


Dimanche matin 9h30 - 12h30

Présidence : Françoise Cointot

"Évaluation et réflexivité"
Baudoin Jurdant, Professeur de sciences de l'information et de la communication. Université Denis Diderot - Paris VII.

"Pouvoir d'évaluer"
Alain Vanier, Psychiatre, Psychanalyste. Professeur de psychopathologie Paris VII.

"Nouvelles formes d'organisation du travail et évaluation"
Christophe Dejours, Psychiatre, Psychanalyste. Professeur au conservatoire des arts et métiers.


Comité d'organisation

Yannick Cann, Yves Froger, Thierry Jean, Olivier Schmitt

Entrée : 70 € - Etudiants : 30 €

Inscriptions sur place

ou par courrier au
Collège de Psychiatrie
6 rue du Vieux Colombiers Paris 6ème