Quand les lois de la parole sont récusées : chronique des mémoires
Retour sur les journées sur Les Mémoires (Paris, 21 et 22 novembre 2009)
Auteur : Michèle Dokhan 15/02/2010
Pour plus de clarté dans l'exposé, les astérisques renvoient aux orateurs
[α] Ch. Melman
[β] A. Roginski
[δ] H. Rousso
[λ] M. Prazan
[ε] J.-J. Tyzsler
[γ] A. Wieworka
[ι] R. Chemama
[χ] A. Berelowitch
Les journées d'étude de l'ALI sur le thème des "Mémoires" se sont tenues les 21 et 22/11/09. Ces journées nous éclairent sur le fond des débats qui agitent notre société, qu'il s'agisse de la difficulté voire de l'impossibilité de transmettre une histoire "universelle voire sur le tour de passe-passe auquel la question de l'identité renvoie l'individu. La mémoire en est le point pivot, objet privilégié de torsions, que la langue charrie avec plus ou moins de bons heurts pour le sujet pris dans ses rets.
C'est pourquoi il est toujours bienvenu d'entendre ceux qui ont été charriés par le fleuve de l'histoire, ceux qui ont pensé les sociétés des camps d'extermination et le goulag et à cet endroit nous pouvons remercier vivement chacun des intervenants ainsi que R. Majster-Veken et J.-J. Tyzsler, dont le travail préparatoire a largement contribué à la tenue de ce colloque.
Comment contester que, en tant que partie d'une collectivité, nous sommes le produit des conflits de mémoires propres à perpétuer le ressentiment et que, en qualité de sujet, nous sommes aussi les effets des systèmes qui instrumentalisent la langue, les lois de la parole et les repères identificatoires. Nul doute que : "l'inconscient c'est le social", pour reprendre l'aphorisme de Lacan.
Avons-nous bien mesuré les conséquences qui, insensiblement, en résultent dans le rapport au savoir, aux connaissances pour les générations qui ont suivi et notamment celle d'aujourd'hui ? Il importe de garder cette mémoire vive. Encore faut-il savoir de quelle mémoire on parle.
Ces journées ont souligné la nécessité de penser quelques invariants structuraux que les psychanalystes ont intérêt à reprendre pour tenter de faire la part de ce qu'il s'agit de ponctuer quand nous avons à faire avec la mémoire inconsciente du sujet.
Parce que le psychanalyste n'est en dehors ni de la Cité ni de l'Histoire, il appartient à chacun de nous d'entendre ceux qui par l'effet d'une traversée - qu'elle soit sensible ou intellectuelle - ont été travaillés par l'histoire avec un grand H. De ne jamais nous en tenir quitte sous prétexte d'en être informés.
Freud comme Lacan nous ont précédé sur ce terrain. A nous de reprendre les outils qu'ils ont commencé à façonner avec la métapsychologie, la topologie et ses noeuds borroméens.
Trois invariants ressortent de ces travaux sur "les mémoires" : les lois de la parole, l'amour du Un/ l'identité, le traumatisme. Trois invariants qui amènent cette question toujours vive pour le clinicien : quid des lois de la parole chez un sujet pris entre l'amour du Un et le traumatisme ?
Lois de la parole et transmission
Les lois de la parole étant prises dans le discours social et n'échappant pas à son impact, la question est de savoir comment la transmission s'engage pour les générations à venir et comment elle affecte le sujet de l'inconscient.
La mémoire collective ne suit pas toujours les mêmes tracés, et il est clair que, de la Shoah au goulag, elle suit un destin différent quant à sa détermination et à sa transmission. Il en va sans doute des modalités par lesquelles les lois de la parole ici et là ont déterminé le rapport à l'Autre/autre.
1. La mémoire du goulag est vouée à l'oubli [α]et ce, même s'il est possible actuellement, avec les archives, de retracer l'histoire des victimes du stalinisme : "le refoulement et la mémoire de la terreur passent peu à peu à la périphérie de la conscience collective [β]". Cela tient à la représentation du pouvoir chez les russes, qui est celle d'un état arbitraire et puissant, c'est aussi le résultat d'une histoire. Alors, reconnaître que l'Etat a été coupable ? Staline est mis en cause depuis 20 ans à peine et "les russes ne sont pas prêts à avoir honte de ce passé[χ]". Il n'y a eu aucun acte juridique pour qualifier ce pouvoir de criminel, aucune reconnaissance juridique n'est possible. Les raisons de cette violence qui s'abattait sans logique restent une énigme que les russes n'ont pas le souhait de lever. Dans la représentation des russes, il est normal qu'un Etat puisse exercer sa violence et en contre - partie il est légitime de tromper l'Etat"[β].
Ainsi, le statut de la parole pris entre le risque de dire la vérité et la peur d'être pris pour son mensonge a été entamé, faussé, déformé.
A. Roginski insiste sur "le conformisme généralisé et le cynisme (qui) sont devenus des instruments de survie". Cette terreur encore vivace en Russie a créé des stéréotypes qui sont restés fixés dans la population et dont les effets sur la famille ont été ceux d'une fragmentation et de la destruction des liens : "les enfants reniaient leurs parents". "La terreur a déformé la mémoire familiale". "Tous savent qu'il y a eu des répressions massives". Mais l'idée d'en dénoncer les auteurs est restée taboue.
2. La mémoire de la Shoah. Tout autre est le schéma qui marque la transmission de la Shoah : "Il y a consensus sur les faits mais dissensus sur la façon d'inscrire l'histoire dans le présent [δ]".
Cette histoire est marquée par la volonté de retracer indice par indice l'identification et le sort des déportés ainsi que des disparus. Le témoignage de S. Klarsfeld nous a fait entendre ce parcours du combattant sur plus de 60 années nourries d'actions d'éclat, de courage et de justice contre les criminels de guerre. Il fallait que lumière soit faite sur Vichy, que des lieux de mémoire soient fondés par l'Etat français pour que la mémoire collective soit pérenne face aux tentatives de révisionnisme des années 80.
Cette oeuvre de transmission n'est-elle pas achevée ? demande S. Weill à l'occasion du 65ème anniversaire de la libération de Auschwitz. Mais le propre de cette histoire est que "le mal n'est pas mort", sans cesse il resurgit.
Cette transmission ne se fait pas sans relancer un processus qui pourrait s'apparenter à celui de la seconde mort[ε]. De fait, cette transmission donne lieu à des débats d'une grande âpreté. Par ailleurs, ces travaux ont des effets sur les chercheurs qui, au terme de décennies d'études, en éprouvent plus que du malaise[δ].
Qu'est ce qui fait échec ou barrage voire intrusion dans cette transmission ?
Maintenant que la transmission de cette histoire a été reconnue dans tous ses aspects, au delà de la dette due aux disparus et aux survivants, que faire de ce savoir ? Que peut nous enseigner la mémoire d'un évènement qui a fait coupure dans la chaine des générations et a dans les années d' après guerre entrainé des engagements politiques aveugles [γ]?
Quel serait l'enjeu de la mémoire collective, sinon qu'"elle touche chacun selon la communauté considérée[α]"? Enjeu que M. Prazan note ainsi : "L'idée d'être tous dépositaires d'une mémoire n'est pas possible,... on ne peut pas partager". "La mémoire est instrumentalisée par la politique au point de devenir une arme en temps de paix". Le débat sur les lois mémorielles en est une illustration.
Ce débat, selon H. Rousso, aboutit aux conflits des mémoires et à une violence dont on parle peu mais qui surgit dans des fictions (Unglourious Basterds) où l'idée de la vengeance prend une place privilégiée. "La vengeance est la soeur jumelle de la mémoire [δ]".
Quelle serait alors la position juste face aux mécanismes technocratiques de notre présent qui nous rappellent ceux du passé ? Devant les questions que pose notre société, il apparaît que nous n'avons pu tirer un enseignement propre à nous ancrer dans une éthique de la responsabilité. [γ]
A quoi tient cet échec d'une inscription dans la transmission, alors même que, au niveau de l'Etat, les responsabilités ont été reconnues et les réparations faites sur les plans symbolique, juridique, financier et historique ? Cet échec tiendrait à une violence insue qui fait retour. Celle des victimes[δ] ? Ou celle d'un antijudaïsme primordial ?
Par ailleurs, comment ne pas souligner ce que A. Laignel-Lavistine nous dit de la responsabilité des intellectuels qui, enchâssés entre "devoir de mémoire et droit à l'oubli", ont - à force de réduire la mémoire à ses abus, à ses pathologies - contribué à une surenchère macabre, aux tentations judéophobes et à un nivellement des fascismes brun et rouge ?
Cette violence qui fait retour dans les débats, y compris dans le champ des historiens où l'on parle de "guerre des mémoires", ne manque pas de faire question.
Dans le champ social, nous assistons depuis les années 2000 à un courant consensuel produit par l'idée d'un grand récit de l'histoire qui aligne le goulag sur le nazisme. Dans le champ européen, "le péage, pour les nouveaux entrants, c'est la reconnaissance de la Shoah, ce qui posera des problèmes à certains pays entrants [δ]".
Le discours analytique nous donne des appuis pour penser cette seconde mort : "Cela concerne le sujet dans son rapport à la destructivité, à la Jouissance, car si les lois du bien ont été soutenues au mépris des lois de la parole, les juifs en ont fait les frais pour avoir inscrit les interdits fondateurs de l'ordre symbolique". Dans un travail sensible et clair qui s'appuie sur l'Entwurf et sur le séminaire Encore, P.-C. Cathelineau en appelle à "une mémoire laïque de la Shoah", en nous rappelant Antigone qui soutient les lois de la parole et répète ce qui pour l'humain fait mémoire. Les cliniciens savent combien la mémoire est le temps de l'épreuve.[ε]
Mais il ne faut pas se tromper de mémoire. Il faut tout d'abord entendre que "nous avons à faire à des mémoires de nature différente : celle de l'individu n'est pas celle du sujet inconscient....La mémoire subjective règle nos conduites et décide de nos vies, elle est organisatrice de nos répétitions... Le noeud s'origine de ce que la mémoire collective est toujours traumatique, car il y a eu une menace portée sur une figure ancestrale, gardienne de la collectivité. [α]"
Repères identificatoires et traumatisme
La Shoah, S. Klarsfeld commence ainsi son intervention : "Je vais dire des noms propres puisqu'on est dans la mémoire", cependant que, pour A. Wieworka, la génération de l'après guerre, engagée radicalement dans des causes révolutionnaires, ressemble infiniment plus à son temps qu'à celui des pères.
Ce qui pose la question de savoir comment peut opérer l'identification pour un enfant qui a vécu dans ce temps. Pour Ch. Melman, "Il y a eu meurtre d'âme à l'âge où se font les identifications, ces enfants étaient privés de Autre et à moins de venir s'attacher à une figure bienveillante qui pouvait servir de support à une identification, ces enfants étaient des zombies". Les témoignages nombreux de ces enfants nous montrent qu'"il n'est pas facile d'enlever sa joie de vivre à un enfant : il y a en lui une naïveté et une innocence qui le protègent du désastre absolu". Ce faisant, "se ranger sous les signifiants catholiques prend de toutes façons une coloration de unheimlich".
Les mots ont manqué pour rendre compte. Quels mots ? Qui pouvait les dire ? Comment un enfant né dans l'après guerre a-t- il appréhendé cette traversée ? Sur le plan mémoriel, "même un historien ne peut faire surgir cette dimension. Un tel événement n'est pas réductible au fait historique lui même"[ε]. "Il est non dialectisable, non érotisable. Il est "cette chose qui renvoie au pire.[ι]"
La nécessité du silence acquiert force de loi, sinon le sujet est ravalé à une position d'objet.
Pour M. Czermak, le silence des déportés est fait d'effroi et d'hébétude. "Parler serait érotiser cette violence. Se venger fait aussi partie de l'érotisation, cela aurait été se détruire immédiatement". "Le psychanalyste sait lire la réversibilité à l'oeuvre du sujet à l'objet, les dénaturations du signifiant en signes, les appels au meurtre, il doit étudier la logique des discours, porteuse de toutes les impasses [ε]".
Ainsi, "si la mémoire collective est organisée autour d'un traumatisme, si l'histoire se réduit à une histoire criminelle, le passé est devant pas derrière, le débat sur l'identité nationale n'est pas surprenant [δ]".
Comment ne pas tomber dans la violence ou la victimisation ?
- L'identité est par définition meurtrière, souligne P.-C. Cathelineau. "Il y a un lien indissoluble entre identité et mémoire traumatique. La mémoire de la shoah, si elle devient ce trait Un, pose la question de cette identité traumatique et il faudrait dégager la portée laïque de cette mémoire. Seule la référence identitaire à l'ordre Symbolique, aux lois de la parole qui fondent les interdits dans les rapports au semblable peut permettre d'arrêter la destructivité de la chose... Le pas suivant de Lacan dans Encore est de dire que cet ordre Symbolique promu par les juifs ne nécessite pas cette référence au trait Un , organisateur de la mémoire, comme (étant) un cercle fermé mais à des traits différents qui peuvent être noués entre eux et former une chaine borroméenne formée de Uns".
- Il faut en revenir à la mémoire inconsciente du sujet qui, elle, est organisée par un manque : "quand le sujet ne peut plus donner de sens sexuel à ce qui lui arrive, c'est le traumatisme et le traumatisme est une douleur qui ne vous lâche pas ; ce n'est pas de l'ordre de la répétition mais de la permanence [ε]".
Le Goulag. "Qu'appelons nous traumatisme ? Peut-on ranger le conformisme des générations actuelles sous le trauma ?". Et faut-il "essayer de comprendre ou refouler cette terreur qui s'est abattue comme une catastrophe ? Une catastrophe qui aujourd'hui semble extérieure à l'homme"[β]. D'autant que dans la représentation imaginaire des russes et pour ceux qui ont 40 ans aujourd'hui ce temps est présenté par l'enseignement officiel comme une erreur, "une erreur qui a permis de vaincre l'Allemagne et de conquérir le cosmos". [χ]
Ch. Melman rappelle que "La mémoire du goulag est vouée à l'oubli, c'est une traumatisme politique". Il est nécessaire de reprendre les travaux de Freud qui a montré "comment l'amour de l'autorité est ce à quoi aspire le sujet et qu'ainsi les mouvements de masse allaient rendre possible le fascisme, mais cela... on ne veut toujours pas le savoir."
Peut-on parler de refoulement ? Le refoulement ne fonctionne plus comme hier : n'est-ce pas une des voies d'approche pour penser notre modernité ? Ce "malaise qui ne passe pas" tient à notre impossibilité à surmonter ce trauma plutôt que d'y voir un retour du refoulé. Cela peut-il expliquer une clinique de la sensitivité, de la dépressivité ? [ι] Ce malaise tient-il à une confusion du passé et du présent qui se présente comme majeure dans les dernières initiatives mémorielles? [δ]
Que faire devant de tels embarras ?
Nous pouvons nous aider de RSI"si l'on parle de la mémoire Réelle, nous avons à faire à l'aptitude de l'organisme à avoir une expérience directe du Réel et tout le comportementalisme est bâti sur ça : des apprentissages dus à un contact direct avec le Réel. Ce type de mémorisation, propriété qui appartient à l'espèce animale, exclut la dimension de la sexualisation"[α].
Une modalité de passage peut s'offrir : "RSI se crée dans le travail d'écriture, il crée le pont qui permet de penser l'impensable.[ε]"
C'est là l'enseignement que nous pouvons tirer de l'intervention de C. Zaremba, co-traducteur avec sa femme de Imre Kertesz qui nous dit en quoi cet auteur ne veut pas faire de son oeuvre un témoignage... "Pour I. Kertesz, prix Nobel de littérature, dont toute l'oeuvre est parcourue par le thème de la mémoire, une civilisation doit réfléchir à ce qui a été fait dans son cadre, sinon elle deviendra à son tour accidentelle... Mais cet auteur récuse la biographie. Dans son livre Être sans destin, il crée une fiction pour accrocher un réel et montrer les limites de la langue : "Je ne connais pas l'enfer, je connais le camp".
Imre Kertesz se sert de la langue pour charrier ce Réel en pensant "le concept Auschwitz". Le narrateur consigne son vécu à l'état brut, sans juger. "Un vécu qui reste incompréhensible pour tous, où il n'existe aucun code commun, qui marque les limites du langage et est pour cela écrit dans une langue atonale". "La langue de l'holocauste n'existe pas, l'écrivain peut transmettre la mémoire, reformuler le vécu en expérience et le transformer en savoir puis "faire de ce savoir le contenu de ma vie future". Ce concept : "la transformation du vécu en expérience" est important chez I. Kertesz pour qui le fait d'avoir continué à vivre sous le totalitarisme soviétique lui a permis de formuler sa mémoire de l'Allemagne nazie : "mon expérience, je l'ai vécue deux fois : la première, invraisemblable dans la réalité, la deuxième, plus réelle quand je m'en suis souvenu."
Nous pouvons référer les écrits de I. Kertesz aux travaux de Freud et de Lacan : "Freud fait du trauma dans un premier temps la cause générale de la maladie de l'âme et a également pris en compte "la transformation du vécu en expérience". [ε]
"Que faut-il au traumatisme pour qu'il puisse être symbolisé ? Pour passer à l'oubli ?... Le mouvement régulier, permanent du signifiant est persécutif... il faut un second tour au trauma pour qu'il puisse passer à l'oubli c'est à dire devenir inconscient. Ce deuxième coup, serait-il alors celui de la vengeance, est nécessaire. Il faut deux tours pour que l'objet a puisse être séparé, chuter et pour que l'événement traumatique puisse être intégré entre un S1 et un S2 avant de chuter... il y a chez les traumatisés cet appel à un deuxième coup... Le devoir de mémoire fait fonction d'appel à un deuxième coup". "Il faut parler de mémoire Réelle (traumatique), d'une mémoire Imaginaire, d'une mémoire Symbolique (celle de la perte mythique)". [α]
Pour autant, rappelle C. Zaremba, I. Kertesz nous dit que "cette expérience ne se détache pas du vécu pour se transformer en sagesse. Il envisage "la possibilité d'oublier, de perdre la raison ou de se suicider, cela aide à comprendre pas à vivre, les personnages n'ont pas toujours réussi à survivre à leur survie".
Ch. Melman conclut que, si "l'analyse est une tentative de se remémorer pour oublier... seul le mythe individuel rend compte de l'impossible"...
"La question de notre rapport au Nom du Père -célébré par le devoir de mémoire - à l'au-moins-un supposé dans le Réel, ça frise au moins la sensitivité et se présente comme ce qui ne peut s'oublier d'autant plus que ce père se sentira menacé, exposé au risque de disparaître".
"S'il y a dans la mémoire du monde chrétien cette inscription qui fait qu'il y aurait à se venger d'un traumatisme initial qui fait partie du mythe fondateur de la chrétienté à savoir le meurtre du fils, cela implique les juifs".
Comment traiter ces connaissances, ces savoirs qui nous amènent à des aveux d'impuissance ? "L'histoire de la philosophie a montré le rôle central que jouait la mémoire dans l'antiquité... Aristote, qui a brisé cette fonction, disait que la seule chose qui l'intéressait était la capacité de remémoration à savoir la mémoire réelle, organique, animale. Lacan proposait à peu près la même chose avec le noeud borroméen : savoir se servir du nom du père, pour pouvoir s'en passer c'est-à-dire ne pas se tromper de mémoire car la mémoire est au centre de l'objet a".
Les actes du colloque sont à paraître prochainement.
Références :
A. Roginski, Président fondateur du Mémorial de Moscou
A. Berlowitch, ancien directeur du centre franco-russe en sciences sociales et humaines. Traducteur de V. Grossmann.
H. Rousso, directeur de recherche au CNRS - Institut d'histoire du temps présent. "Le syndrome de Vichy", "Le dossier Lyon 3"
A. Wieviorka, historienne. Auteur de plusieurs ouvrages sur la résistance juive en France.
M. Prazan, cinéaste, auteur de documentaires notamment sur les einsatzgruppen et écrivain "L'écriture génocidaire".
S. Klarsfeld, écrivain, historien, fondateur de l'Association des fils et filles des déportés de France. Vice-président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. S. et B. Klarsfeld initient les procès Barbie, Bousquet, Legay, Papon et Touvier en France.
C. Zaremba, Traducteur avec sa femme N. Huzsvai de l'oeuvre de I. Kertesz. Publications sur la langue et la civilisation polonaise.
I. Kertesz, Prix Nobel de littérature. "Être sans destin", "Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas".
