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L'unité spirituelle de la Méditerranée est-elle plus forte que le constat de sa diversité ?

Auteurs : Pierre-Christophe Cathelineau, Jean-Jacques Tyszler 07/02/2010

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Dans le sillage des colloques de Fez, Les trois monothéismes : ce qu'ils ont aujourd'hui en commun est-il plus essentiel que leurs différences ? (2005), Heurs et malheurs de l'identité (2006), Les nouvelles identités (2007), Étranger, étrangeté et civilisations (2008), nous posons une question qui est également d'actualité :

L'unité spirituelle de la Méditerranée est-elle plus forte que le constat de sa diversité ?

Le pourtour méditerranéen présente une mosaïque d'identités et de cultures toutes traversées par les récits fondateurs associés aux différents monothéismes. Ils ont, partiellement, contribué à éloigner l'une de l'autre sa rive occidentale de sa rive orientale. La Bible et le Coran tracent les frontières imaginaires des territoires du signifiant en tant qu'il a partie liée avec la lettre, c'est-à-dire avec les textes sacrés.

Pourtant ces grands récits ne laissent pas d'indiquer qu'un même appel au Dieu Un et au message de révélations voisines, par leur contenu, ordonne pour le sujet de l'inconscient une relation à l'Autre où la filiation, la parenté et le désir se trament de manière comparable, mais non pas similaire.

Peut-être est-il alors possible, en démêlant les fils du symbolique, de l'imaginaire et du réel dans les diverses civilisations méditerranéennes, de montrer que ces identités diverses reposent sur l'élection de certains signifiants ou de certains traits d'identification dont l'unité spirituelle apparaît après coup.

Telle est l'hypothèse que nous vérifierons. De même, le détour par une histoire de la Méditerranée plus ancienne, la civilisation greco-latine qui fut la référence de Freud, souligne que c'est toujours à la lettre, c'est-à-dire au texte, que le sujet doit la structure de sa filiation, de sa parenté et de son désir. L'Iliade et l'Odyssée l'illustrent avec force, mais aussi le théâtre de Sophocle et la tragédie d'Oedipe.

En tout cas, la clinique est là pour l'enseigner avec une psychanalyse en devenir dans le Maghreb et le Machrek : le désir s'y énonce dans les coordonnées des langues et des récits de ce legs de la lettre, surtout si, pour se dire, il doit jouer entre les registres de l'arabe dialectal, de l'arabe classique, langue sacrée, et parfois du français.

Quelle est l'originalité de cette clinique ? Qu'est-ce qui distingue la clinique mise en pratique dans les pays méditerranéens d'Europe de celle qui naît aujourd'hui sur la rive orientale de la Méditerranée ? La question pourrait précisément porter sur la métaphore paternelle et le rapport à la Mère. Le passage du pater familias romain au Nom-du-Père, porté par le monothéisme, semble, en première approximation, donner un socle commun aux déterminations subjectives de la loi et du désir.

Cependant, à y regarder de plus près, des nuances, voire des distinctions, s'imposent : le père en Islam n'est pas comme tel associé à Dieu et le père prescripteur et intransigeant de la loi juive n'est pas le père de l'amour chrétien. Que dire alors des répercussions cliniques de ces différentes versions de la même métaphore ?

Soulignons aussi la place remarquable donnée à la mère méditerranéenne ; de la "Mama" italienne à la "Mère juive" c'est un curieux matriarcat qui est mis en valeur avec l'humour et la dérision accordés à la question du déclin de l'autorité des pères. Là encore, toute une psychopathologie s'en déduit qui n'est pas que familiale, mais irrigue notre conception de la nation et celle d'une Europe en permanente recomposition.

Notes
Bibliographie