À corps perdu. Le corps de l'enfant et de l'adolescent pris dans les lois du langage
Journées ALI de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent (12 et 13 décembre 2009, Paris)
Auteurs : Marika Bergès-Bounes, Catherine Ferron, Jean-Marie Forget 09/02/2010
Les Journées ALI du 12 et 13 décembre 2009 à Paris organisées conjointement par l'EPEP (Ecole de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent à Paris) et l'Association Freudienne de Belgique ont travaillé sur le thème : "A corps perdu ; Le corps de l'enfant et de l'adolescent pris dans les lois du langage".
Une réunion préparatoire avait déjà eu lieu à Bruxelles en septembre 2009 ; la qualité et la richesse des échanges nous ont incités à en prévoir une seconde, dans le courant de l'année, autour de cette difficile question du corps.
En effet, qu'est ce que "le" corps, "ce" corps auquel nous n'avons accès que dans la gêne, la douleur ou le plaisir et que nous parlons sans cesse ? Nous n'en avons qu'une maitrise relative, il se dérobe, grandit, vit et meurt malgré nous, mais il nous "accompagne" en permanence. Comment en parler sans le chosifier ? Le sujet en devenir qu'est l'enfant en est-il propriétaire ? En est-il usufruitier ?
Le nouage du réel, du symbolique et de l'imaginaire se révèle particulièrement utile pour tenter d'approcher cette notion si difficile à penser et à appréhender.
Nombre de communications de ces journées ont tourné autour du fait que l'enfant naissant n'est pas seulement "un paquet de chair" mais un corps infiltré, marqué par les signifiants maternels au sens large, pris dans l'activité imaginaire (aliénation spéculaire, phase du miroir), et dans le regard de l'entourage : le corps est le lieu de la perte parce que noué au langage, il est autre que celui que les parents avaient rêvé ; il est le lieu de l'hypothèse de l'Autre maternel, car cet "organisme" est déjà un "sujet". Mais "comment peut-on faire abstraction du corps de sa mère ?" demande J.-M.Forget.
Comment déchiffrer la clinique si variée des symptômes corporels de l'enfant qui ne font plainte habituellement que pour les parents ? Serait-elle la marque que le symbolique n'aurait pas suffisamment infiltré, "dénaturé" la jouissance motrice, le pulsionnel, tentant ainsi d'éviter la perte obligatoire à notre statut d'humain ? La question de ce qui est premier du symbolique ou du réel a ainsi été posée et discutée : Est-ce le corps du besoin, de l'ordre vital, ou le corps désirant faisant la part à l'impossible ?
"L'infans est d'abord un être de demande avant d'être un être de parole, c'est une demande sans paroles" nous dit Ch. Dubois travaillant au plus près de la clinique et de la transmission de J. Bergès qui se demandait : "Comment la mère va protéger l'enfant de la jouissance Autre ? Par une abnégation", terme qui reste à travailler dans la logique. Le corps n'existe-t-il, ne prend-il forme qu'avec la prise de l'organisme par le signifiant ? "Comment assurer une maîtrise des signifiants sur le corps" ? demande Ch. Melman.
Par la pratique avec de tous jeunes enfants, avec des adolescents, avec des psychotiques, les cliniciens ont tenté de préciser les rapports du corps au langage et à l'Autre, par ses liens avec l'inconscient, et de situer le "sujet" dans le social actuel où le corps est peut-être moins "un instrument de jouissance" (Lacan) qu'"un objet de jouissance, propre à se satisfaire d'objets réels", comme le dit Ch Melman du corps adolescent. Le traumatisme, les familles recomposées, la langue de l'exil, divisent ce corps en formation "entre les deux pôles antagonistes de l'anorexie et de la beauté" (Ch. Melman). Ces questions plusieurs fois évoquées ont été soumises à la discussion avec les nombreux collègues qui y ont fait écho dans la salle en tant qu'ils sont interpellés journellement dans leur clinique institutionnelle ou privée.
Ces journées intéressantes et animées sur ce thème difficile qu'est le corps chez l'enfant et l'adolescent vont se poursuivre et s'approfondir.
