Les journées Hors-association

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Journée de l'École de Ville-Évrard - L'interprétation en question

  • Organisateur(s) : Journée de l'Ecole de Ville Évrard- E-V-E
  • Le vendredi 08 juin 2012 de 9h15 à 17h00
  • Lieu de déroulement : Neuilly-sur-Marne Chapelle de l’Hôpital de Ville-Evrard, 202, Av. Jean Jaurès à Neuilly sur Marne - 93330 (France)Google Maps

L'interprétation a mauvaise presse : dans les explications de ce que font et de ce que pensent les gens, c'est la porte ouverte à l'arbitraire, ou à la subjectivité, ce qui ne vaut pas mieux. Son prestige passé (l’interprétation des textes, c'est-à-dire l'herméneutique) est vraiment passé. L'explication objective, celle qui constitue désormais un idéal pour la connaissance, c'est l'explication causale, ou, à défaut, l'établissement de corrélations statistiques. En psychiatrie, le tournant est sensible. Car pour le clinicien, une chose est d'observer ou d'écouter, puis d’interpréter, et de faire parfois retour au patient de cette interprétation pour l'aider lui et nul autre. C'en est une toute autre d'observer (d'écouter?), puis de chercher de quel schéma objectif relève ce qu'on a observé, et d'agir en fonction des hypothèses récentes sur les mécanismes sous-jacents, cérébraux ou cognitifs (voire inconscients !), ou des probabilités d'efficacité qui guident les « bonnes pratiques ». L'enjeu déborde l'enceinte de l'hôpital. Aux yeux d'une part grandissante du public, l’interprétation, surtout psychanalytique, ne vaut désormais guère mieux que la folie des gens qui interprètent tout et n'importe quoi sans contrôle. L'interprète serait, pour ainsi dire, aussi fou que l'interprétateur – voire aussi dangereux...

Second facteur du discrédit de l’interprétation, elle implique des autorités et une hiérarchie. Quand on ne sait pas, on s'en remet à une instance supérieure (le fait est patent en droit). Les interprétations ne sont jamais d'un poids égal. Dans des sociétés démocratiques qui idéalisent l'autonomie de l'individu, l'asymétrie particulière qu'implique l'interprétation (s'en remettre à autrui pour dire le sens), ne va donc pas sans mal. Par exemple, comment peut-on croire que je ne sais pas ce que je veux dire ? De quel droit l'interprétez-vous autrement que moi ? D'où sans doute aussi son déclin, alors que, paradoxe frappant, chacun revendique de s'auto-interpréter. Follement ?

Voilà donc le contexte dans lequel nous nous proposons de revenir sur l'interprétation, et notamment sur le « délire d'interprétation », en ne reculant pas devant la proximité entre deux usages du mot : d'un côté, la déraison spécifique à une forme de paranoïa, de l'autre, la bonne compréhension, voire l'intervention thérapeutique par excellence. Mais sans reculer non plus devant les enjeux de l'asymétrie, voire de la supériorité de certains interprètes sur d'autres, ce que l’idée d'interprétation entraîne avec elle, inéluctablement.

Cette journée sur l'interprétation, la première, s'organise autour de trois questions que nous posons à nos invités, après avoir exposé en détail un cas tiré de la présentation de malades d'EVE :

  1. Le fait saillant de l’interprétation délirante, c'est qu'elle est vécue comme une certitude. La « signification personnelle », au cœur de la paranoïa, en est-elle le paradigme ? Peut-on encore aujourd'hui rapprocher et distinguer, avec les Classiques, l'interprétation de deux autres phénomènes : l'intuition (délirante), mais aussi l'imagination (délirante) ?
  2. L'interprétation qu'ils en reçoivent de leurs parents semble être l’introduction nécessaire des enfants au monde. Qu'en est-il alors de la mésinterprétation, parfois systématique, que certains parents font des besoins de leurs enfants ? Est-elle distincte de la mésinterprétation mutuelle des désirs humains ? On notera en particulier que pareille mésinterprétation ne fait pas que se constater. Elle est interprétée comme une interprétation erronée, ou inadéquate.
  3. Qu'est-ce qui sépare l'interprétation délirante, l'interprétation compréhensive et l'interprétation thérapeutique ou, si l'on préfère, transformatrice ? Des propriétés essentielles de l’interprétation ? Certaines circonstances de l'acte d’interpréter ? Quoi encore ?

À la recherche d'autres pistes, cette journée comprendra un événement inédit : un concert de piano, suivi d'un exposé sur les interprétations possibles tant dans le registre musical que dans celui des textes de lois, y compris lorsque des expertises psychiatriques se trouvent confrontées à ces derniers. 

Réunions préparatoires

Enseignements

Programme

MATIN  

Modérateur : Jean-Jacques Tyszler

Xavier Lallart, Psychiatre à Ville-Evrard, Chef de service du 10ème Secteur - Celle qui met un frein à l'ardeur des escrocs, sait aussi des méchants arrêter les complots 

Jean-Jacques Tyszler,  Psychiatre, 10è Secteur, Psychanalyste - L’interprétation n’est-elle que mécanique ?

Alain Bellet, Psychologue clinicien, Psychanalyste - La signification personnelle, un moment originaire d’entrée dans la folie ?

Hervé Bentata, Psychiatre, Psychanalyste - Au-delà du contresens, la mésinterprétation: genèse d'une erreur systématique.

APRES MIDI   

Modérateur : Pierre-Henri Castel

 

Sylvain Bottineau, Magistrat, Juge chargé du Tribunal d’Instance de Montreuil, Pianiste - Quelques réflexions sur l’interprétation juridique et musicale.

Discutante : Corine Tyszler Psychiatre, Psychanalyste.

Modalités d'inscription

Renseignements

Alain Bellet : alain.bellet@bbox.fr

Informations détaillées pour la journée du 08/06/2012