Le corps à la trace (3)
Séminaire de l'année 1961-1962 "L'identification"
Auteur : Jean-Louis Chassaing 08/07/2004
I - Séminaire de l'année 1961-1962 "L'identification"
La dimension dernière du rapport du sujet au désir c'est le phallus.
Qu'est-ce qu'un sujet ? Un sujet, ça s'identifie ; c'est cela la dimension du sujet.
Lacan évoque là l'Einverleibung, c'est-à-dire incorporation, annexion, intégration ; la première identification, la première forme, celle qui se produit au niveau du corps, incorporation en est le meilleur terme dit Lacan, mais c'est celle dont on n'a aucune indication ; elle est non seulement insaisissable mais elle est confuse : en quoi est-ce que nous pouvons avoir une appréhension de ce que serait la consommation de l'ennemi, de l'adversaire, du père, c'est un concept, dit Lacan, pas facile à manier...
Il préfère prendre la question de l'identification du sujet par la seconde identification, qui se trouve ainsi être la "première",
"Ce n'est que rétroactivement que selon notre expérience, et par rapport aux conditions nécessaires à notre expérience" l'on pourra s'introduire à une identification proche de la mystique d'ailleurs dit-il : "il y a du père de toujours en tous ceux qui descendent de lui, il y a identité de corps (comme dans la tradition sémitique) ; ... A l'autre bout nous trouvons ce corps mystique, c'est bien d'un corps que se constitue une église..."
Ainsi la seconde identification n'est "saisissable que sous le mode de l'abord par le signifiant pur".
Après tout "... Le sujet met au monde le trait unaire, plutôt que le trait unaire une fois détaché fait apparaître le sujet comme celui qui compte - au double sens du terme." Lacan parle ici, un peu à l'inverse de ce que l'on entend habituellement, d'un sujet "auteur" du signifiant.
Ce sujet là est celui qui compte, mais il compte d'une manière qui lui est particulière, il y en a toujours un de plus, donc un de moins dit Lacan : "L'apparition à l'état nu du sujet est la possibilité d'un signifiant de plus, d'un signifiant en plus grâce à quoi il constate lui-même qu'il y en a un qui manque".
Ainsi la seconde identification se connote d'un passage par l'Autre en tant que l'Autre est marqué du signifiant ; dans l'en deçà de ce passage nécessaire par le signifiant se constituent et le désir et son objet.
Nous pouvons marquer le pas ici quant à des références cliniques : l'hypochondrie, qui se situe dans la langue ; et la psychosomatique, laquelle se situe dans le corps, le corps comme réceptacle de l'Autre et d'un Autre non barré...
La question du sujet est une question liée au signifiant, liée à l'Autre. La question du sujet, dans sa duplicité.
Qu'est-ce à dire ? Lacan l'évoque, cette duplicité, sur le graphe, et justement à propos de la question à l'Autre : duplicité (qui n'est pas division ?), c'est-à-dire écart entre la question et le message. Sur le graphe.
Ici il y a ce texte, assez difficile, entre le "rien peut-être" et le "peut-être rien", entre ces deux formules se situe l'ouverture constituée par l'entrée d'un sujet dans le réel.
Le désir, lié à une éventualité, à une renonciation à tout métalangage (l'Autre est marqué du signifiant) mais désir lié à un possible, ce possible étant du côté non de la Chose mais du sujet, possible - peut être - antérieur à ce nominatif "rien" qui à l'extrême prend valeur de substitut de la positivité.
"C'est un point et un point c'est tout. La place du trait unaire est là réservée dans le vide qui peut répondre à l'attente du désir".
Le "rien peut être" correspond à un "rien" comme énonciatif antérieur à la côte d'existence, à la puissance d'être ; ceci entraîne la néantisation de la question, la possibilité du néant antécédent, ce qui entraîne la possible impossibilité de conclure...
Donc ce trait unaire n'est pas le Un kantien, n'est pas l'Einheit c'est à dire unicité, union, homogénéité de la norme, mais il est le Un comptable, l'Einzigkeit, le seul, l'unique, le singulier. Et ceci donc avec son paradoxe : "Plus il se ressemble - plus tout ce qui est de la diversité des semblances s'en efface - plus il supporte, plus il un-carne, la différence comme telle"..... Du Un au un : passage des vertus de la norme aux vertus de l'exception.
Avant de quitter ce séminaire sur l'identification il y aurait à développer la question du trait unaire dans son rapport à l'Idéal du moi.
II - Séminaire de l'année 1964 "Les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse"
Nous serons attentifs au chapitre concernant "le transfert et la pulsion".
Lacan évoque la relation du sujet au signifiant ; il évoque notamment à propos du "je mens", exemple qui lui permet de décoller les deux plans : celui de l'énoncé et celui de l'énonciation.
"Tout ce qui anime, ce dont parle toute énonciation, c'est du désir".
Le désir est lié au signifiant, ou plus exactement à la fonction, aux propriétés du signifiant.
Que le sujet,
, soit second par rapport au signifiant, Lacan l'illustre là par "ce premier signifiant, la coche par où il est marqué, par exemple, que le sujet a tué une bête... C'est à partir de ce trait qu'il comptera trait unaire qui vient se substituer dans la mémoire à beaucoup d'autres qualificatifs, à beaucoup d'autres signifiés ("Il ne s'embrouillera pas dans sa mémoire quand il en aura tué 10 autres".).
"Le trait unaire, le sujet lui-même s'en repère, et d'abord il se marque comme tatouage, premier des signifiants."
C'est un un... C'est le point de départ, "première schize qui fait que le sujet se distingue du signe par rapport auquel, d'abord, il a pu se constituer comme sujet". On peut reprendre là le cas clinique évoqué ci-dessus, du tatoueur qui allait jouir là où on le lui indiquerait, signe, non pas signifiant... Il faut distinguer ainsi également le sujet du i(a) : c'est ainsi que le sujet, lui, se voit redoublé.
Plus loin Lacan évoque d'une manière un peu différente la question. C'est dans le chapitre sur la pulsion et l'aliénation, chapitre intitulé "Le champ de l'Autre et retour sur le transfert".
A propos de la libido - la libido "non comme un champ de force, mais comme un organe", organe irréel mais qui s'incarne...
"Une des formes les plus antiques à incarner dans le corps cet organe irréel, c'est le tatouage, la scarification. L'entaille a bel et bien la fonction d'être, pour l'Autre, d'y situer le sujet, marquant sa place dans le champ des relations du groupe entre chacun et tous les autres. Et, en même temps, elle a de façon évidente une fonction érotique, que tous ceux qui en ont approché la réalité ont perçue".
