VICTIME, Vous avez dit Victime!
Auteur : Marc Nacht 22/05/2011
Sur le plateau d'Antenne 2 lors de l'émission spéciale consacrée à l'affaire DSK, Robert Badinter, homme éminemment respectable, fut attaqué sans vergogne par plusieurs représentants de la grande presse. Le motif de ces attaques, si virulentes qu'elles couvraient la voix de l'interpellé, était que ce dernier n'avait pas parlé de la "victime" mais seulement de la surexposition médiatico-policière parfaitement humiliante de son agresseur présumé, DSK. L'attaque était si virulente qu'elle recouvrait la réponse, d'un évident bon sens, de l'ancien Garde des Sceaux : qu'on ne pouvait parler de "victime" sans anticiper sur la culpabilité de l'accusé.
Seulement voilà, la raison raisonnable et juridique de Robert Badinter, le respect que l'on doit au vigoureux défenseur d'une justice protectrice des libertés et des dignités humaines, s'efface devant ce qui prime aujourd'hui: cette "télé-réalité" dont parle Charles Melman et qui fait de chacun le voyeur des secrets d'alcôve où l'on immole des "victimes" consentantes de la perversion cadrée, du sadisme, du masochisme, etc.
Alors, pourquoi ne pas en remettre une couche et sauter sur l'occasion de transformer le spectacle de la "télé-réalité" en "réalité-télé", quels que puissent en être les effets dans le réel.
La réalité de l'acte dont DSK est accusé, si elle est prouvée, serait odieuse et mériterait sanction. Ce n'est pas cela qui est en cause. Ce qui est en cause, c'est le fantasme prévalent. Ce dernier n'est pas interrogé.
L'alcôve, ou supposée telle, devient la scène de la scène primitive qui ne saurait se concevoir sans la brutalité sexuelle du père forçant une femme, toujours "victime", la mère, qui ne s'en plaindrait jamais assez.
Voilà ce que l'actualité nous offre: jouir de la défaite du père prit la main dans le sexe ou plus exactement le sexe pris dans une bouche enfin vengeresse.
Décidément, l'ancestrale peur de la castration n'a plus cours, on la met volontiers sous séquestre, la clef sous la bonne garde du traumatisme représenté par la malheureuse "victime".
