Théorie psychanalytique

 
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Une femme et une femme et une femme, mille e tre, mille traits !

Auteur : Edmonde Salducci 29/06/1992

Bibliographies Notes

Mille traits parce que la femme n'existe pas. En effet, pas de signifiant de la femme.

Le sein est le signifiant de la mère.

Le vagin, comme j'ai pu l'entendre proposer, ne peut pas être signifiant, nul consensus des femmes autour de ce terme, nulle ligne de conduite commune, rien qui commande, qui fasse impératif.

Femme ? Ce mot ne signifie rien aux femmes puisque la question : " Qu'est-ce qu'une femme ? " reste toujours sans réponse!

Nulle bannière donc sous laquelle se rassembler.

Il n'y a pas d'universel.

Il n'y a donc que du singulier.

En effet, si l'on ne sait pas ce que doit être une femme, alors, à chacune de s'en débrouiller, à chacune de trouver la façon de faire La femme. Autant de femmes, autant de manières différentes d'être au monde en tant que femme. Pour un homme, ce qui aurait pu être sa singularité va se trouver mené, guidé, vectorisé par l'universel d'un objet qui impose à tous les mêmes valeurs, les mêmes exigences, les mêmes idéaux à accomplir.

Ceci pourrait peut-être expliquer le fait qu'" une " femme, après avoir aimé quelques hommes, a le sentiment de les avoir tous aimés, et qu'à quelques détails près " ils sont tous pareils " et certaines vont jusqu'à dire " quand on en a un, on les a tous! ", alors que, pour un homme, une femme ne représentera jamais toutes les autres. Il lui faudra donc les découvrir une à une... Mille tre comptait Leporello, le serviteur de Don Juan ... Mille traits.

Une femme et le patronyme.

Le patronyme vient essentiellement rappeler la filiation. Un fils peut se réclamer d'un

père dont il est héritier du nom.

Pour une femme, le nom de son père n'est souvent qu'un " prêté pour un rendu ".

Si un homme peut se référer à un père ancestral, une femme ne trouve pas de reconnaissance du côté des ancêtres, voire même du côté de sa mère. Pour un femme, pas de référent, elle ne peut se réclamer d'une espèce de mère ancestrale qui viendrait la légitimer.

D'autre part, on sait que le nom propre permet l'instauration du sujet en nommant sa place.

La fonction du nom propre est à repérer du côté de l'identification au trait unaire, identification au trait signifiant qui lui permet d'être dit Un, de se compter donc, et de compter.

Le nom propre fonctionne comme point de capiton, il arrime le sujet, le leste, l'enracine, engage sa parole, lui donne un sens.

Le patronyme ne fonctionne pas de façon équivalente chez les hommes et les femmes. Si, pour une femme, le nom de son père est " un prêté pour un rendu ", que dire de la reconnaissance familiale..., de ce qui spécifierait sa place...!

On note une fragilité du côté de ce qui pourrait être un enracinement, avec une identification au trait souvent bien vacillante, et le point de capiton que constitue le nom de son père, souvent bien peu solide. D'ailleurs on constate que quelquefois, c'est le nom propre du mari qui vient orthopédiquement suppléer à ce défaut. " Trait unaire - Trait d'union! "

La patiente présentée à Sainte-Anne que Marcel Czermak a appelée Mme Utile disait : " Je m'exerçais dès l'enfance à ma signature à son nom ".

Une autre patiente présentée le 15 mars 1989 avait été amenée aux urgences dans un état confusionnel grave. Il ressort de l'entretien que cet état avait été provoqué par le départ de son compagnon qui l'avait " lâchée ".

Il semblerait alors, que, pour elle, ce qui l'arrimait, ce qui faisait équivalent de point de capiton était cet homme dont elle partageait la vie. Son " lâchage " avait fait sauter ce qui faisait arrimage, la laissant dans une sorte de dérive.

Donc pour une femme pas de signifiant qui la représente, identification difficile au trait signifiant du nom propre... Alors, qu'est-ce qui la tient ?

Il semblerait qu'à défaut d'un Un comptable solide, elle serait poussée vers le Un unifiant. Ne peut-on pas dire, comme le montrent les exemples cliniques cités plus haut, que ce qui finalement vient suppléer à tout ceci, c'est l'amour.

Ce qui, souvent, donne sens à son existence, n'est-ce pas d'être aimée ? N'est-ce pas de ne faire qu'un avec son compagnon, de retrouver ainsi quelque chose de l'ordre de la fusion.Une femme voudra être l'unique, celle dont l'absence plongerait l'autre dans un état de manque, elle voudra être l'exclusive, la vraie!

Or, dans un couple, une femme n'est là qu'au titre de " repésentante ". Représentante de celle qui serait la vraie femme, d'où un vif sentiment de jalousie dû à l'impression que le désir de son

conjoint est toujours partagé entre elle et l'autre ; et représentante surtout de cet objet qui organise la libido, qui cause le désir, c'est-à-dire le phallus, avec de ce fait le sentiment que ce n'est pas vraiment elle qui est visée, " moi ou une autre, ce serait pareil " disent-elles quelquefois... D'ailleurs elle " s'accrochera " le plus souvent au signifiant mère et à l'amour de ses enfants. ( " ...car de mère, on en a qu'une... ") Elle aura besoin de se sentir utile, voire indispensable aux gens qui l'entourent, d'ailleurs n'entend-on pas la dépression qui guette quand une femme est seule et qu'elle dit : " Je ne sers plus à rien, je ne sais pas pourquoi ni pour qui j'existe! "

Quelques remarques sur la castration.

Un fils, un homme peut se référer à un père fondateur qui se caractérise par le fait d'échapper à la castration : x x, c'est le père totémique, le père mort. Le fils venant s'inscrire comme fondamentalement différent, marqué par la castration, effet donc d'une soustraction fondatrice. Ceci, une femme le sait très bien ! Elle sait, que pour faire l'homme, nul besoin d'un pénis, car celui qui possède l'organe à tout de même à faire la démonstration quotidienne qu'il est un homme.

Dans l'homosexualité, la position mâle, occupée par certaines, se passe de toute référence à la possession de ce trait. Position mâle qui, on le sait, s'autorise de sa référence à un Père non castré. Cette homosexuelle se présente donc comme le mâle le plus accompli puisqu'elle se réclame de ce Père et qu'elle croit pouvoir, comme lui, échapper à la castration.

(J'ouvrirai une paranthèse pour poser une question : peut-on vraiment parler d'homosexualité féminine au sens strict puisque, pour un homme, comme pour une femme, une femme est toujours l'Autre sexe.)

En ce qui concerne l'hystérique, elle perçoit clairement que la position virile se soutient de la castration, elle va donc, par une castration, essayer de faire valoir sa reconnaissance par le père.

Être reconnue, voilà ce qui est souvent la demande, ou plutôt la plainte de beaucoup de femmes.

Mais reconnue à quelle place ? De quelle place en effet pourrait-elle parler ?

On sait, en effet, qu'une femme ne peut en aucune façon s'appuyer sur sa propre parole. Le discours d'une femme ne pourra jamais se faire à partir de S1. D'ailleurs, naître au féminin donne les effets ridicules que l'on sait. Pour se faire entendre, il lui faudra donc énoncer ce qu'elle a à dire en citant tel ou tel grand homme reconnu de tous. Ce qu'elle énoncerait à son nom deviendrait suspect à son auditoire car on ne prend pas souvent au sérieux le discours d'une femme.

En fait n'existe pas de parole spécifiquement féminine, car la difficulté réside dans le fait que cette parole ne pourrait valoir qu'à calquer sa fondation sur celle qui donne assise à la parole proférée du côté mâle, abolisant du même coup la spécificité réclamée.

La jouissance Autre des pas-toutes.

Ce qui est spécifique par contre, c'est cette jouissance particulière appelée jouissance Autre.

Travailler la question de la jouissance Autre permet d'illuminer un pan entier de la clinique, destiné sans cela à rester continent noir. Mais la difficulté est grande car la jouissance Autre, pour être patente, subit néanmoins le paradoxe de ne pouvoir être dite par celles qui la ressentent, tandis que sa conceptualisation, par celui ou celle qui l'entend, la voue à être méconnue dans sa particularité, puisque toujours évaluée, et ceci dès qu'on parle, avec les paramètres du discours du maître, c'est-à-dire transposée, transcrite dans une dialectique phallique alors que la jouissance Autre est justement autre que phallique, elle est justement hors sexe, hors langage, hors cause.

Alors comment en parler ? Comment en faire entendre quelque chose ?

Je vais néanmoins essayer de rendre compte d'un travail sur cette question.

Je partirai du fait que le noeud qui lie un sujet à la castration est un noeud bien plus lâche quand il s'agit d'un sujet féminin pour les raisons, entre autres, qui ont été dites plus haut, mis aussi parce qu'un homme n'est pas sans avoir alors qu'une femme " n'a pas grand-chose à perdre... ", " c'est déjà fait ". Elle est donc moins qu'un homme astreinte, contrainte par les impératifs phalliques. Un homme a à faire l'homme, et je dirais qu'il est souvent tout occupé à ça alors qu'une femme, n'ayant pas et en étant souvent exclue, n'est de ce fait pas toute occupée par la dialectique phallique ; ça lui laisse ainsi la possibilité et la place d'avoir une jouissance qui viendrait en suppléance et qui serait donc hors dialectique phallique, donc hors sexe, donc hors langage.

Qu'est-ce qui spécifie cette jouissance Autre ? Elle ne se fonde pas sur l'appui d'un objet qui donnerait ses limites, elle n'est donc pas localisée. Cette jouissance supplémentaire peut être partout, infinie, c'est une jouissance non régulée, hors signifiant. C'est en cela qu'il y a toujours, chez la femme, quelque chose qui échappe au discours. Mais justement sa spécificité permet du même coup de la repérer à défaut de pouvoir la dire. En effet, ce qui peut faire signal, c'est d'entendre quelqu'un parler d'une sensation, d'un sentiment intense et délicieux qui l'envahit, déborde dans une impression d'infinitude dans quelque chose d'océanique, et ceci corrélé au fait que tout est hors sexe, hors sens, hors cause. Il n'y a rien à comprendre parce que dès lors qu'on veut comprendre il n'y a plus aucun accès à la jouissance Autre.

Des femmes parleront de " sensation de griserie " sans aucune raison qui pourrait la causer, elles parleront d'ivresse et d'ailleurs en auront quelquefois le comportement.

Les femmes sont folles!... oui, on le sait! Leur mode de jouissance paraît parfois de l'ordre du désordre, du caprice, les hommes se présentant alors comme des régulateurs venant imposer des limites. Ce type de jouissance auquel les femmes ont accès est une jouissance sans limite, sans la restriction phallique. Dans une spéculation rebelle à toute conclusion, elle s'offre à l'aspiration océanique. Pour l'illustrer, on pourrait se servir des mathématiques et comparer la jouissance phallique à un ensemble fermé, borné par le phallus, inclu dans un ensemble ouvert, infini ; ensemble ouvert auquel ceux qui ont fait le choix du " pas tout " pourrait avoir, aussi, l'accès. Comme cette jouissance, la question reste ouverte et à travailler, travailler et travailler " encore " par chacune.

J'ai essayé de " parler " d'une jouissance qui s'éprouve mais qui ne peut se dire. Charles Melman disait qu'elle ne peut s'entendre..., c'est tout de même lui qui a permis que je puisse m'en entendre " dire " quelque chose.

Notes
Bibliographie