Théorie psychanalytique

 
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Un sinthome de schizophrène

Intervention dans le cadre de l'Ecole de Ville Evrard

Auteur : Henry Frignet 26/05/2003

Bibliographies Notes

Il y a une vingtaine d'années, même un petit peu plus, je vois une patiente arriver à mon cabinet une jeune femme d'une trentaine d'année, enseignante, et qui portait des lunettes noires. Puis au bout d'un temps - je n'arrivais pas très bien à comprendre exactement ce qui l'amenait chez moi - elle m'apprend qu'elle enseignait dans un lycée, l'histoire, la géographie et le français, et après un petit moment d'entretien elle m'explique donc qu'elle a subi il y a quelques semaines une seconde opération, une opération de chirurgie esthétique, comme on dit, pour se faire réduire les poches qu'elle avait sous les yeux.

Elle se plaint du mauvais résultat de cette opération, m'informe du fait qu'elle a éventuellement l'intention d'intervenir elle aussi, y compris juridiquement, contre le chirurgien qui l'a opérée parce qu'elle estime que l'opération n'est pas une réussite.

Et puis elle me dit ces mots que je vous demande d'entendre vraiment à la lettre. Elle me dit que lorsqu'elle était au réfectoire du lycée dans lequel elle travaille, elle déjeunait avec des collègues et elle entend ceci : "on m'a laissé entendre dire, quand on va pas bien, on enlève ce qu'on peut." Évidemment cette phrase a sonné immédiatement pour moi comme un diagnostic, que je pressentais un peu, mais qui n'était pas du tout organisé par ce tableau beaucoup plus catastrophique dont parlait Pierre-Henri Castel à l'instant ; c'est-à-dire qu'il n'y avait pas de phénomènes hallucinatoires à proprement parler. C'est une femme qui... enfin, on pouvait se poser la question de ce qu'elle était du point de vue structurel. Alors ce "on m'a laissé entendre dire, quand on va pas bien, on enlève ce qu'on peut", évidemment je n'ai pas besoin de vous faire remarquer plus avant qu'il y a là un espèce de chiasme entre ‘on m'a laissé entendre' et puis ‘je me suis laissé dire', et que se manifestait par-là l'impossibilité pour elle de se situer dans une position subjective établie, qui soit articulée avec l'objet c'est-à-dire qu'elle était dans l'oscillation entre ce qui a pu venir de l'ailleurs directement : "on m'a laissé entendre dire" ou bien "je me suis laissée dire" qui serait la reconnaissance banalement névrotique de ce que le discours du sujet lui revient de l'Autre, même si c'est sous sa forme inversée, comme nous l'a appris Lacan et la composition des deux formules en une seule, qui vous l'entendez bien, évacue à proprement parler le sujet

Évidemment le second terme : "quand on va pas bien, on enlève ce qu'on peut" était à relater à l'époque à une campagne de publicité, dont je ne sais pas si quelques-uns d'entre vous ont le souvenir, qui était “Aujourd'hui, j'enlève le haut”, et puis il était promis pour la semaine ou les quinze jours qui suivent : “Demain j'enlève le bas”. C'est-à-dire aussi que la question du sexe était posée là d'emblée, de ce que pouvait être pour elle son sexe, celui dans lequel elle aurait pu éventuellement s'identifier, et tout aussi bien de ce que pouvait être bien entendu ce qui organise pour nous le rapport à toute identification, la mise en place de toute identité sexuelle : le phallus.

Alors je vous conte ça parce que ça a été, évidemment on se trouve ici dans cette chapelle, et c'est tout à fait sympathique puisque j'ai intitulé mon exposé "Un sinthome de schizophrène", donc on va se trouver en odeur de sainteté ici, cet après-midi pendant un petit moment, et parce que ce jeu de mots qu'a fait Lacan entre sinthome et saint-homme n'est absolument pas par hasard et reprend en quelque sorte, mais peut-être d'une manière un tout petit peu différent, ce que Pierre-Henri a dit tout à l'heure très justement de cette question de l'anxiété ou de l'angoisse que la schizophrénie peut provoquer chez quelqu'un qui traite un schizophrène ; ou précisément d'une position sans doute plus juste qui est celle que Lacan avait définie de ce mot saint, s-a-i-n-t, pas sein s-e-i-n, même si bien entendu le jeu de mot peut être entendu dans ce sens-là également du côté de l'objet.

Je vais vous en dire un peu plus long sur cette histoire puisque ça se déroule maintenant depuis quand même 22 ans et d'une façon que je ne vais pas vous détailler, cela encombrerait notre propos, mais dont je vais vous donner quelques linéaments.

Il s'est trouvé en effet que quelques jours plus tard j'ai été extrêmement inquiet par la symptomatologie que présentait cette patiente, qui m'apparaissait de plus en plus au sens tout à fait psychiatrique du terme discordante, dissociée bien que, je vous le répète, il n'y avait pas le moindre problème hallucinatoire chez elle, et qu'il n'y en a jamais eu du reste. S'il y a eu à tel ou tel moment de sa cure des phénomènes interprétatifs, il n'y a jamais eu de manifestations à proprement parler hallucinatoires, néanmoins elle était folle. Et elle était folle : pourquoi ? Entre autres parce que - et c'était une des raisons probablement qui l'avait amenée à venir se confier à moi - elle était la dixième fille de douze enfants d'un rabbin qui avait donc eu douze gosses. Elle était donc la dixième et les deux derniers étaient une paire de jumeaux, que les parents avaient appelés, de façon tout à fait intéressante : Henri et Henriette. Henry c'est aussi mon prénom. Peu de temps après le début des entretiens avec cette personne, j'ai été moi-même dans une grande inquiétude ou plutôt dans une grande angoisse et je reprendrai à ce propos là puisqu'on est dans la chapelle quelques termes de ce que Lacan disait dans une autre chapelle, à Sainte-Anne, dans un texte absolument remarquable - malheureusement difficile à trouver - ce qu'il a dit, le 10 novembre 1967 dans ce qu'il avait appelé un ‘petit discours aux psychiatres' intitulé ‘La formation du psychiatre et la psychanalyse'. Je vous recommande très vivement de lire ce texte ou de vous le procurer parce que c'est un texte absolument fondamental sur ce qu'il peut en être de ce qu'on appelle, de ce que j'appelle en tout cas : ‘traitement psychanalytique des psychoses'.

En ce qui concerne cette femme, j'étais donc inquiet, et j'avais de plus été inquiété par son entourage, par ses sœurs qui étaient nombreuses et j'en avais eu plusieurs au téléphone, j'en avais reçu une ou deux etc.... j'étais inquiet qu'elle ne se suicidât. Et j'ai à l'époque demandé à notre ami Jean-Jacques Tyszler s'il pouvait la recevoir dans sa clinique. J'ai fait des pieds et des mains pour qu'elle puisse être admise à la clinique de Jean-Jacques, les choses étaient arrangées et puis sur le chemin de la clinique - il était convenu que ce serait sa sœur aînée qui l'accompagnerait - à un feu rouge, elle a ouvert la porte de la voiture, elle a foutu le camp. Et donc Jean-Jacques ne l'a jamais vue. Je ne sais pas si tu te rappelles du cas ?

Provoquant chez moi un certain étonnement, elle est néanmoins revenue, elle a repris rendez-vous avec moi, et elle est réapparue trois ou quatre jours après. Je lui ai dit que c'était bien comme ça, mais qu'enfin il fallait quand même assurer un peu les choses, et je lui ai proposé une prescription médicamenteuse, vraiment un minima qui était un comprimé de Tercian 25 chaque soir. Alors elle a pris un demi-comprimé de Tercian 25 un soir et puis elle est retournée me voir quelques jours après absolument furieuse, en me demandant quel genre d'expérimentation j'étais en train d'essayer sur elle, qu'est-ce que c'était ce médicament que je lui avais prescrit, et qu'en tout cas, elle ne voulait absolument plus en prendre. Il se trouve néanmoins - on reviendra tout à l'heure sur les questions absolument fondamentales de ce qu'est le transfert dans une psychose et dans une psychose schizophrénique en particulier – que ne s'est pas mis en place a ce moment-la de délire de persécution.

Bien ; elle était revenue me voir, elle refusait de prendre son Tercian, j'ai continué à lui donner des rendez-vous, nous discutions ensemble de choses et d'autres, en autre du reste je lui ai demandé de m'expliquer par le menu sa biographie et son histoire familiale qui était fort compliquée, et bien évidemment quand on est la dixième de douze sœurs, ça introduit une distorsion entre les générations qui n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes.

Les choses ont continué comme ça, je dirais tant bien que mal. Elle a été en arrêt de travail pendant à peu près un an et puis, je dirais avec une certaine surprise de ma part, à l'occasion d'une rentrée, elle a repris son boulot dans un lycée de la région parisienne ; et nous avons continué les entretiens, sur lesquels je ne vais pas vous donner de détails, si ce n'est qu'est revenu relativement rapidement cette sorte d'élément persécutif dont vous parlait Pierre-Henri tout à l'heure et qui était qu'au fond je tentais, j'avais tenté une expérimentation sur elle en lui prescrivant et en lui faisant prendre ce qu'elle a appelé depuis toujours, et qu'elle continue d'appeler ce ‘médicament miracle' ; c'est-à-dire qu'elle me mettait dans la position de celui qui fait des miracles et en même temps bien entendu dans la position de celui qu'elle a ingéré, qui n'est pas sans lien avec l'objet oral, puisque j'essaierai de vous expliquer tout à l'heure comment le problème de la prescription médicamenteuse se pose pour un psychanalyste avec un patient psychotique et en particulier schizophrène, c'est-à-dire qu'au fond elle m'avait ingéré.

Les choses ont continué pendant un certain nombre d'années, d'ailleurs de façon plutôt satisfaisante, émaillées cependant, je dois vous le dire - c'est pour ça que la question du saint me paraît tout à fait importante - c'est que quand même j'ai eu à subir pendant les quatre ou cinq mois qui ont suivi les premières rencontres, au minimum trois ou quatre coups de téléphone nocturnes, en général vers deux ou trois heures du matin. J'ai pris le parti pour des raisons éthiques qui me sont propres de toujours donner mon numéro personnel à mes patients, et il est vrai qu'elle m'appelait à deux ou trois heures du matin, non pas pour me dire qu'elle était angoissée ou... mais en général pour m'engueuler. C'est pas particulièrement agréable à trois heures du matin, cela provoquait chez ma compagne un certain nombre de réactions plutôt négatives, ce qui du reste m'a amené deux ou trois fois à décrocher le téléphone, parce que quand je l'avais eu au téléphone une fois ça allait ! Et puis les choses se sont tout à fait stabilisées de ce côté-là, et s'est mis en place entre nous une sorte de relation que j'appellerais très étrange ; et quand je dis étrange, c'est justement à l'image de cette discordance que Chaslin avait si bien mise en évidence et découverte au siècle dernier, que Bleuler a repris ensuite sous la dénomination de dissociation. Je ne sais pas d'ailleurs maintenant si la discordance fait partie de ce qu'on apprend aux jeunes psychiatres en formation, en tout cas c'est un terme qui me paraît absolument essentiel parce qu'il marque ce qui est... de mon point de vue le fondement de la schizophrénie par opposition aux autres psychoses qui est un discord, un désaccord, une impossibilité d'articulation entre les trois registres que Lacan nous a légués et qu'il a découverts : le Réel, l'Imaginaire et le Symbolique.

Chez le schizophrène, contrairement au paranoïaque, il y a trois registres qui fonctionnent de façon totalement dissociée, totalement discordante - et le petit exemple, la petite phrase que je vous ai citée mais il y en a eu d'autres - est une marque suffisante pour pouvoir affirmer, quand quelqu'un vous tient un propos de cette sorte, qu'il y a une discordance c'est-à-dire que là, le symbolique fonctionne pour son propre compte. Vous connaissez les signes classiques de la schizophrénie, ce qu'on appelle la froideur affective, ce qu'on appelle les problèmes langagiers, les néologismes, les paralogismes etc.... qui ressortissent tous sans aucune exception de cette discordance c'est-à-dire de cette impossibilité de nouage entre le réel, l'imaginaire et le symbolique.

Je vais reprendre quelques minutes la suite de l'histoire de cette patiente parce qu'il y a eu un moment - bon, elle venait me voir relativement régulièrement deux ou trois fois par semaine, ça même était quelquefois quatre fois par semaine, volontiers et les choses se sont déroulées plutôt bien jusqu'au moment où elle m'a dit un jour qu'elle avait demandé un changement d'affectation et qu'elle s'était fait nommer dans des îles lointaines, près de Madagascar, qui s'appellent les Comores et en particulier à l'île de Mayotte. J'étais évidemment très perplexe parce que j'entendais dans ces signifiants “comme mort “, quelque chose qui était inquiétant et en même temps dans Mayotte, il y a évidemment l'emmaillotement que pouvait représenter la chose. Elle est partie aux Comores, et à une certaine surprise de ma part, elle a pris l'habitude de me téléphoner à peu près une fois par semaine, ou à intervalles un peu plus distants, pour me dire absolument des banalités ; et j'ai compris relativement rapidement que, au fond, ce qui lui importait, c'était tout simplement d'entendre ma voix ; ce qui était important c'était seulement d'entendre ma voix au téléphone.

Elle est revenue des Comores relativement rapidement, au bout de 18 mois alors qu'elle avait un contrat un peu plus long, à la suite d'une histoire affective, d'une histoire d'amour qui ne s'était pas là-bas déroulée exactement dans le sens de ce qu'elle espérait - si tant est qu'elle ait espéré quoique ce soit - parce que je pense qu'en fait elle n'espérait pas quoi que ce soit, simplement elle se trouvait prise dans les rets de quelqu'un qu'elle attirait : c'est une fort belle femme qui ressemblait absolument à Jackie Kennedy quand celle-ci avait 25 ou 30 ans.

Elle est revenue des Comores. Elle a passé un ou deux ans à Paris, elle a continué toujours à me voir, la cure analytique continuait à suivre son cours, avec des séances à des rythmes que j'ai toujours laissé, je dirais, à sa libre appréciation ; c'est-à-dire que je lui proposais quelque chose, bon, il arrivait qu'elle vienne, il arrivait qu'elle ne vienne pas, qu'elle me rappelle deux jours après et bien entendu il n'était pas question d'imposer là la moindre règle qui soit affirmée de façon rigide dans une mise en jeu phallique, comme c'est le cas dans la cure analytique d'une névrose.

Donc elle venait me voir, de temps en temps il arrivait que je lui fasse quelques arrêts de travail parce qu'elle se sentait pas très bien comme elle disait. Puis réapparaissait de façon absolument répétitive et très intéressante ce terme à la fois de médicament miracle et en même temps d'une sorte d'explosion à ce moment là très agressive à mon endroit en me disant que je l'avais démolie, que je lui avais gâché sa vie, qu'elle était incapable de devenir quoi ou qui que se soit, que c'était de ma faute, pourquoi j'avais fait des expérimentations sur elle, vous imaginez que j'étais dans une prudence de serpent par rapport à ça et par rapport à tout ce que je pouvais lui dire parce que là pour venir peut-être en contre à ce que disait Pierre-Henri tout à l'heure, quand les choses se mettent en place sur le mode paranoïaque franc, là il y a lieu d'être tout à fait inquiet. Il y a lieu de se poser tout à fait la question de la place à laquelle... la place plutôt qu'assigne le patient au psychanalyste qui l'écoute puisque vous allez voir, nous allons y venir, que tout le problème du traitement des schizophrènes en particulier est quelle est cette place et comment convient-il que le psychanalyste puisse l'entendre et non pas seulement puisse l'entendre mais je dirais puisse la vivre et l'appréhender.

Peu de temps après elle est repartie à l'étranger, cette fois-ci en Guyane. Alors là elle a trouvé que c'était plus intéressant parce qu'il y avait le ‘guyanaliste' ou le guy-analyst, si nous parlons anglais, une langue qu'elle maîtrisait parfaitement bien, et elle est restée en Guyane un certain temps toujours en maintenant ses habitudes qui étaient donc de me téléphoner de temps en temps, de passer un petit coup de fil un peu n'importe comment mais vraiment sous un prétexte tout à fait anodin. Elle est revenue de Guyane il y a deux ans ou trois ans après avoir fait deux séjours et depuis, je dois dire qu'il y a eu une transformation extrêmement nette de son attitude à mon endroit et de son attitude, je dirais, aussi à l'égard du monde ; vous savez que le monde c'est pour tout un chacun ce qui organise sa réalité ou plutôt ce qui fait sa réalité et que cette réalité elle est organisée par le rapport du sujet qui est barré, ou coupé par la castration de l'objet, l'objet qui organise notre désir que Lacan a appelé ‘a'. Or bien entendu dans une schizophrénie si les trois registres Réel, Symbolique et Imaginaire sont en floche, pas question qu'il y ait de mise en place d'un objet, pas question qu'il y ait de mise en place d'un sujet, contrairement à la paranoïa dont je dirai peut-être deux mots tout à l'heure, où dans la paranoïa il s'agit de quelque chose de différent, c'est-à-dire d'un sujet, mais qui est un sujet ‘plein' si l'on peut dire ; ici, dans la schizophrénie, il n'y a pas de sujet du tout. Et donc ses plaintes et ses invectives à mon endroit qui n'étaient pas du reste permanentes, qui étaient toujours dans cette oscillation entre le médicament - bon a entendre comme le médic-amant, le médecin amant - et puis le miracle que j'avais provoqué en elle, miracle qui pouvait être aussi bien tout à fait, je dirais, roboratif et positif que la mettre comme disait Schreber liegen-lassen c'est-à-dire laissée tombée est devenue moins que rien, a quasiment disparu.

Les choses se sont tempérées dans ceci, c'est que à partir de son retour de Guyane j'ai aussi changé ma position de façon délibérée par rapport à elle, c'est-à-dire que nous nous sommes mis souvent à parler de choses et d'autres, moi-même du reste lui disant de temps en temps des fragments ou des histoires de ce qu'avait été ma vie personnelle, de ce que avait été mon histoire, de ce que je faisais à l'heure actuelle, de ce qui se passait avec mes gosses par exemple, parce qu'elle me posait des questions à ce propos là.

Et non pas ma surprise parce que je m'y attendais et c'était assez délibéré de ma part le rapport a tout à fait changé et est devenu - je ne veux pas appelé ça un rapport de sympathie mais une sorte de confiance réciproque qui fait que maintenant quand elle vient me voir, ce qui est toujours fréquent parce qu'en général je la vois deux ou trois fois par semaine, les positions ont manifestement changé, et elle le reconnaît, et elle me dit “je sais bien que vous m'avez sauvé l'existence, je sais bien que sans vous les choses auraient tourné à la catastrophe”. Évidemment c'est jamais dit exactement comme ça, je veux dire, c'est jamais raisonné exactement de la sorte, et ça peut brusquement au cours d'un entretien prendre un tour très vif : par exemple elle supporte très mal que je la fasse attendre dans la salle d'attente. Mais est apparu chez elle quelque chose qui est intéressant aussi qui est un trait d'humour par rapport à ça ; c'est-à-dire qu'elle a réussi à se construire, si vous voulez, en s'articulant sur le sujet que je suis - c'est-à-dire sur celui qui lui-même est articulé par Réel, Symbolique et Imaginaire mais eux noués de la manière dont nous l'a appris Lacan et sujet qui est aussi barré par sa propre castration - elle a réussi à rabouter ou plutôt à raccrocher, je ne sais trop comment du point de vue topologique parce que ce n'est pas mon intention de vous faire un topo là-dessus et puis en plus je pense à l'heure actuelle que j'en serais tout à fait dans l'impossibilité, mais elle a réussi à rabouter ce qui lui permet à elle-même de faire tenir ensemble son réel, son imaginaire et son symbolique tout en les ayant accrochés à ce que sont mes propres registres réel, symbolique et imaginaire aussi, qui ne sont bien entendu pas les mêmes puisqu'ils ne sont jamais les mêmes pour un sujet. Quand on parle du réel, je veux dire, on ne peut parler du réel que dans la mesure où il concerne un sujet ; il n'y a pas de réel qui soit universel, si ce n'est le réel de la physique, de la science ; de même il n'y a pas d'imaginaire qui soit universel. Le réel, l'imaginaire et le symbolique sont propres au sujet et que c'est ça qui faisait dire à Lacan que le nœud borroméen : c'est le réel.

Si vous voulez pour revenir un peu en arrière, comment est-ce que se construit une psychose ? Une psychose se construit par ceci, c'est que justement dans cette opération fort complexe que Lacan a commencé à défricher pour nous dans le stade du miroir, à partir d'un réel qui est, je veux dire ce qui ex-siste pour le petit sujet à venir éventuellement, à partir d'un réel qui n'est présentifié pas par autre chose que par sa mère, ou ceux ou celles qui prennent soin de lui et encore il y aurait lieu là d'examiner de près ce que raconte Spitz à propos des problèmes d'abandonnisme chez les enfants, les tout petits enfants, à partir de ce qui n'est que du réel c'est-à-dire que les paroles des parents, le verbe de la mère, la parole du père, les mots, le langage qui est prononcé, tout ça pour le sujet à venir, pour le petit enfant, c'est du réel. C'est-à-dire que c'est quelque chose dans lequel il n'y a nulle coupure, c'est quelque chose dans lequel ne sont venus s'articuler ni imaginaire, ni symbolique.

Le stade du miroir, il nous montre quoi ? Il nous montre comment d'une part à partir de cette sorte de nébuleuse, je dirais, qui nous fait penser à l'histoire du big-bang de la manière dont les éléments complètement dispersés ont commencé à venir se concentrer, le sujet, ou plutôt le petit enfant arrive à se construire une image c'est-à-dire du point de vue imaginaire à faire un, à faire quelque chose qui est limite ; et cette image il va ensuite l'articuler, c'est le deuxième temps ou le troisième, je ne sais plus, du stade du miroir, il va l'articuler à une parole, il va l'articuler au langage, mais à quelque chose qui au départ était du réel c'est-à-dire que c'était le réel de papa, maman, le grand-oncle, la grand-tante, le grand-père, la grand mère, etc. qu'il trouve dans la petite hotte que le Père Noël lui a accrochée sur ses épaules et dans lequel il va venir pratiquer des coupures, coupures qui vont faire que de ce réel, il construit un symbolique.

Pour un certain nombre de psychoses, pour les paranoïaques en particulier, une partie de cette construction s'opère puisque vous savez que le problème fondamental de la paranoïa, c'est justement la prévalence de l'imaginaire, la prévalence du sens, la prévalence de tout ce qui est lié à cet imaginaire, et que Lacan a présenté la psychose paranoïaque sous la forme d'une mise en continuité du réel, de l'imaginaire et du symbolique, mais une mise en continuité qui est nouée de telle sorte qu'elle préserve néanmoins en son centre une place pour un objet.

Bon quelle est la nature de cet objet ? comment il est lié ou pas lié, ou coupé des trois autres registres, on ne va pas développer ça aujourd'hui puisque c'est la question de la schizophrénie qui est au centre de notre propos. Mais donc pour en revenir à cette patiente ou pour en revenir aux schizophrènes en général chez eux, de départ il y a eu ce défaut complet de nouage.

J'avais essayé de faire, il y a quelques années, dans un article que j'avais écrit dans la revue de l'Association Freudienne qui s'appelait "Traitement topologique des Psychoses", j'avais essayé de proposer comment ces trois registres dans les différentes psychoses que nous connaissons, la maniaco-dépressive, la paranoïa, la schizophrénie et la psychose hallucinatoire chronique etc. comment ces trois registres pouvaient néanmoins tenir ensemble sans toutefois être dans cette articulation que Lacan a nommé borroméenne c'est-à-dire cette articulation à trois qui fait que si l'on coupe un seul d'entre eux, les deux autres fichent le camp, donc j'avais essayé de proposer quelque chose dont je ne suis pas sûr que ce soit valable, je ne sais pas si je tiendrais le même discours aujourd'hui, mais néanmoins ce qui est clair, c'est que ce terme de discordance, ce terme de dissociation qui est si essentiel, et qui a malheureusement été si oublié de la clinique actuelle, est absolument fondamental, et la pierre angulaire, si je puis dire, sur laquelle nous cliniciens pouvons reconnaître qu'il s'agit d'une schizophrénie.

Qu'est-ce que ça veut dire évidemment que de remarquer que le réel de départ, c'est le réel en général maternel - ça dépend des cultures - mais en tout cas c'est ce que le petit enfant trouve dans sa hotte, et qu'il va devoir ensuite devoir découper à sa manière pour éventuellement l'ordonner de façon à ce qu'il se trouve une position subjective. Ça veut dire aussi que, de façon absolument essentielle, dans les schizophrénies en particulier, je dirais dans les schizophrénies et pas dans les autres psychoses, l'approche ou plutôt la manière dont peut être entendue ce qui peut être dit et ce qui peut être articule par les parents ou ceux qui en ont tenu lieu, est absolument essentiel.

Alors je vais vous citer un autre cas clinique qui est extrêmement intéressant. Je vais essayer de le faire vite parce que Pierre-Henri qui a parlé pendant un quart d'heure est en train de me dire «galopes . Il s'agit d'une jeune femme que j'avais vue, il y a une dizaine d'années, je n'ai plus de souvenirs vraiment très précis du tableau clinique qu'elle présentait alors, mais ça me paraissait absolument catastrophique. Je l'ai vue une ou deux fois, elle avait été hospitalisée, pas ici mais dans un établissement équivalent pendant quelques mois ; puis je n'en ai plus entendu parlé.

Puis curieusement sa mère, quelques semaines après, est venue me demander et si elle pouvait venir me parler. Sa mère me paraissait une hystérique non pas banale mais une hystérique assez solide et sévère, et je lui ai dit ceci "mettez-vous en position de pouvoir payer votre propre analyse et puis vous revenez me trouver" parce qu'elle était venue en me disant voilà : je suis au RMI etc. je n'ai pas un rond... je l'avais envoyée aux pelotes et puis je lui avais dit : revenez me voir quand vous pourrez payer votre analyse.

Très curieusement il y a sept, huit mois la mère revient me trouver et me dit : ‘voilà je reviens vous voir parce que j'ai besoin de vous parler, ça va pas bien ; elle se plaignait de symptômes hystériques relativement classiques et banaux mais surtout quand même dans une situation sociale qui, sans être précaire me posait quelques questionnements ; et j'ai accepté à ce moment là ; je lui ai dit "Je veux bien vous recevoir mais c'est pas une analyse, ça sera des entretiens avec un analyste et je vous ferai des feuilles de Sécu pour ça." Du reste maintenant elle a la CMU et c'est formidable ça parce que la CMU ça l'obligeait même pas à débourser le moindre centime. Au bout de quelque temps est apparu que, bien entendu, mais j'avais oublié cela, ce dont elle venait me parler, c'était de sa fille, sa fille que j'avais vue huit ans, huit ans et demi auparavant. Je l'ai fait parler de sa fille qui manifestement n'allait plus bien du tout et j'ai compris un peu le pourquoi elle venait me trouver ; c'est-à-dire que sa fille qui vivait avec un compagnon à l'époque, à l'époque enfin il y a huit mois, avait plus ou moins élu domicile chez sa mère où elle venait passer la totalité de ses journées parce que, disait-elle au-dessus de chez elle, ça tapait. Donc au-dessus de chez elle, elle se plaignait de ce qu'il y avait des travaux, que des gens fassent du bruit, qu'il y ait un couple avec un gosse... et là s'était mis en place, du moins de ce que disait la mère, un automatisme mental tout à fait réglé, y compris là pour le coup, avec des manifestations hallucinatoires.

Et j'ai décidé à ce moment-là de proposer à sa mère, de lui dire "Dites donc à votre fille que si elle veut revenir me parler, elle sera tout à fait la bienvenue." ; elle me répond "vous savez c'est très difficile, elle ne veut prendre aucun médicament, elle refuse absolument de consulter tout psychiatre par contre elle vient chez moi et c'est vrai que chez elle il y a du bruit etc. mais …" ; la mère avait perçu, avait entendu quelque chose de ce que disait sa fille.

La fille est venue me voir effectivement quelque temps après et il est clair qu'il s'agit d'une schizophrénie très typique avec des phénomènes élémentaires, mais qui ne l'empêchait pas néanmoins - ce qui était tout à fait important et ça rejoint ce que disait Pierre Henri tout à l'heure, c'est-à-dire que les soins du corps et la manière dont on peut permettre à un schizophrène de restaurer ou tout au moins de maintenir son image du corps est absolument essentiel - les soins du corps étaient chez elle tout à fait préservés ; elle était pimpante, c'était plutôt une jolie fille, ce qui est rarissime chez les schizophrènes, parce qu'en général ils ont plutôt tendance à se laisser aller et à négliger le maintien de cette image du corps. Elle est venue me voir un certain nombre de fois. Il lui était impossible de prendre le métro ou de venir par les transports en commun parce que les regards des gens, autour d'elle, non pas lui laissaient entendre dire, mais elle les interprétait avec je pense y compris des phénomènes hallucinatoires nets, c'est-à-dire ‘qu'est-ce que c'est cette traînée', ‘qu'est-ce que c'est cette putain,' ‘elle les a tous baisés' etc. Vous connaissez la musique.

J'ai en même temps c'est-à-dire que j'avais décidé ça très délibérément, je me suis posé la question un petit moment : est-ce qu'il est judicieux de recevoir en même temps, en même temps, c'était bien sûr pas concomitant mais de recevoir la mère et la fille. Et j'ai jugé à ce moment-là que c'était au contraire dans ce cas là absolument fondamental. C'est-à-dire que ce rapport à ce réel primordial qu'avait été la mère à une époque et les circonstances dans lesquelles elle avait conçu cet enfant avaient été absolument dramatiques - la mère parlait d'un viol par son propre mari et de violences - et il me paraissait absolument fondamental, justement, de ne pas renvoyer et de ne pas établir artificiellement une coupure qui était impossible, puisque j'ai appris quelques mois après que la fille quand elle venait chez sa mère passer la journée c'est-à-dire que son compagnon l'amenait le matin à 8h et demi, quand il partait bosser, chez la mère ; il revenait la chercher à six heures et demi du soir ; qu'elle se mettait dans le propre lit de sa mère, elle se mettait en chemise de nuit et elle se couchait dans le lit de sa mère ; et il m'est apparu absolument indispensable de ne pas artificiellement briser ce lien, que la mère, avec son intelligence d'hystérique avait tenté de mettre en place, avec quelqu'un qui puisse être en position tierce, mais au contraire de respecter. Alors la mère, je veux dire, vient à ses rendez-vous par contre de façon relativement pas épisodique, mais enfin il y a toujours, sur trois rendez-vous par semaine il y en a toujours un qui saute, si ce n'est deux, sous divers prétextes, la fatigue, aller chez le dentiste etc. et la fille venait par contre très très très rigoureusement, accompagnée ensuite par son ami, aux rendez-vous que je lui ai donnés.

Les choses ont évolué dans un sens assez favorable puisque à un moment donné je lui ai proposé... je lui ai dit que je voulais absolument qu'elle prenne un traitement médicamenteux, ce qu'elle a refusé de faire. Je lui ai dit "Prenez du Risperdal parce que ça a moins d'effets secondaires que l'Haldol et le Solian qu'elle avait pris auparavant ;' elle a refusé. Mais les choses se sont néanmoins déroulées de façon fort satisfaisante, puisque à l'heure actuelle et à l'occasion d'un déménagement qui avait été programmé par elle et son ami et lui dis voilà moi, je veux foute le camp, je ne peux plus habiter ici etc.... elle s'est retrouvée hospitalisée à la Queue en Brie en HDT à la demande de son ami, et qu'enfin elle a pu trouver un contenant imaginaire et trouver des limites imaginaires, et des limites symboliques aussi bien sûr, qui permettent un traitement, qu'elle ne se sentait pas capable d'assumer sans de telles limites.

Je dis que c'est un effet plutôt heureux, parce que je pense qu'elle est tout à fait intelligente et sensible et je suis tout à fait sûr que dans la mesure où elle aura accepté de prendre un traitement médicamenteux pendant un temps les choses vont se remettre en place autrement, qu'elle pourra, et c'est ce qu'elle souhaite, revenir me voir et que les choses pourront repartir sur un autre pied qui lui re-permette un accrochage à la chaîne réelle, symbolique et imaginaire qu'est la chaîne sociale.

Puisque vous savez que le grand problème que posent les schizophrènes parce que des paranoïaques ça court plein les rues, y compris... ou des maniaco-dépressifs aussi, bon, Philippe Seguin et j'en passe et des meilleurs, le Président Wilson aux États Unis etc.... les paranoïaques restent souvent parfaitement insérés socialement ; les schizophrènes leur problème c'est qu'effectivement cette dissociation les dissocie de la chaîne sociale, les empêche d'avoir la moindre place si ce n'est une place de déchet qui les amène à se balancer par la fenêtre ou à se suicider d'une manière ou d'une autre.

Alors au fond ce que je voulais dire qui est l'argument de mon propos, c'était ceci : c'est que si dans une cure de névrosé l'analyste qui est en général assigné - tout au moins s'il n'est pas assigné, il a et c'est son devoir éthique dans la cure, à veiller à ce que cette assignation reste, et non pas qu'elle diverge - il est assigné soit à la position de l'objet c'est-à-dire du déchet, de la merde, du sein, de la voix, soit il est assigné à la position du grand Autre c'est-à-dire du lieu de la parole. Et en général dans une cure de névrosé quand l'analysant commence à vous parler du décor de votre salle d'attente, de la manière dont votre habitation est foutue, de la manière dont vous êtes habillé etc. c'est pas très bon signe et ça indique qu'il vaut mieux essayer de redresser la barre de façon adéquate ; puisque ça n'est pas pour cela qu'il vient, c'est pas pour l'imaginaire qu'il vient, c'est pour le symbolique ou c'est pour l'articulation subjective au réel qui se fait par le biais de l'objet a.

Pour ce qui concerne par contre quelqu'un qui est dissocié comme le schizophrène, les choses sont totalement différentes c'est-à-dire que primo comme Lacan nous l'a répété dans ce discours de 67 et comme ça a été dit à de nombreuses reprises - par M. Czermak en particulier dans ses deux articles que je vous conseille de lire dans un bouquin qui s'appelle Patronymies sur la question du transfert dans les psychoses, ‘Les psychotiques résistent mal au transfert' premier article et deuxième article qui est extrêmement intéressant ça s'appelle "On m'arlequine la mentalité". Et il avait donné comme sous titre "Du caractère irrésistible et traumatique du transfert dans les psychoses". Ce que je vous disais donc là implique que le psychanalyste, contrairement à la position qu'il peut tenir dans une cure de névrosé accepte, et quand je dis accepte je veux dire qu'il soit en capacité de venir, non pas successivement, mais de façon concomitante incarner les places et les catégories du réel, du symbolique, de l'imaginaire et de l'objet a. Et il est clair que dès que le transfert est établi dans une psychose, le transfert sur la personne d'un psychanalyste, voire d'un psychiatre, le psychiatre ou le psychanalyste fait partie intégrante du tableau clinique ; et ça soit il l'accepte soit il ne l'accepte pas. S'il ne l'accepte pas, s'il fait des conneries, ça peut avoir les effets les plus ravageants que nous connaissons bien, les plus ravageants y compris l'éclosion d'une paranoïa persécutrice à l'endroit de la personne en question ou sinon des effets ravageants qui sont des effets de désagrégation absolument considérables chez le sujet qui est venu lui demander son aide.

Il faut donc qu'il accepte ceci, c'est de se dé subjectiver.

Vous savez ce que Lacan disait à propos de la traversée du fantasme, fantasme qui est comme vous le savez la relation entre le sujet barré et l'objet; "Il faut que le sujet psychanalyste accepte de se laisser désubjectiver par son patient" c'est-à-dire, si l'on peut dire, de se laisser dépouiller, d'accepter que les positions soient totalement inversées ; c'est-à-dire que, dans une psychose, le sujet supposé au savoir ça n'est plus du tout le psychanalyste, c'est le psychotique bien entendu, et c'est comme ça qu'il y a à entendre la formule de Freud dans laquelle Freud nous disait : le propre du psychotique c'est qu'il met son inconscient sur la table et que pour lui il n'y a pas à aller chercher, il n'y a pas à aller interpréter les rêves du psychotique. L'interprétation des rêves du psychotique supposerait qu'il y ait eu un travail inconscient de mise en forme du rêve, ce qui a mon sens n'est pas le cas. Donc ça veut dire que ce jeu de mots que faisait Lacan sur le sinthome c'est-à-dire qu'à la fois le psychanalyste est celui qui dans son réel, dans le réel qui est le sien, de son nouage à lui du réel, du symbolique et de l'imaginaire, doit se laisser, ou accepter de se laisser prendre au réel, au symbolique et à l'imaginaire de celui qui vient le solliciter ; et en même temps néanmoins il doit accepter cette position qui est d'abandonner toute prétention phallique et en particulier d'être dans un don total. Je pense à ceci puisqu'il y avait eu un article fort intéressant écrit par Ch. Melman à propos de la prostitution, sur la position de ‘sainte' des prostituées. Du reste vous savez que l'Evangile avec Sainte Madeleine en faisait grand cas c'est-à-dire que comme on le dit dans l'article - je suis allé chercher ce matin ce qu'on disait dans l'Encyclopédia Universalis sur la sainteté - le saint se conçoit comme celui qui se dépouille, qui se détache c'est-à-dire qu'il faut que le psychanalyste - quand je dis il faut, c'est bien entendu pas par quelque chose qui soit un effort de volonté - il faut qu'il accepte d'être dépouillé, d'être détaché et d'être, comme ils disent ici, dans l'oubli de soi. Ça empêche pas éventuellement que le moment venu, je veux dire, il y ait lieu de mettre des limites, et elles sont parfaitement bien entendues y compris par les schizophrènes, mais de mettre des limites non pas dans le sens d'une rétorsion agressive à une agression moïque mais dans le sens de quelque chose qui est du réel, parce que ça ne peut pas être autrement, parce qu'il y a de l'impossible à un moment ou à un autre.

Notes
Bibliographie