Théorie psychanalytique

 
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Tentation paranoïaque et démocratie - essai sur l'horreur

Auteur : Jean-Pierre Bénard 03/01/2001

Bibliographies Notes

L'Harmattan, 2000

L'axe de mon travail repose sur ce qui en fait sa conclusion sous la forme de cette sorte de théorème :

"Dès lors qu'une idéologie totalisante, auto-référentielle, capture la scène réelle, à cette fin d'y instaurer, ce qu'elle établie en certitude, ce que serait la Vérité absolue, elle génère alors dans ce monde la présence réelle de l'autre de l'altérité radicale sous la forme d'un insupportable Hérétique, sous quelque nombre et forme que ce soit, qui représente une menace mortelle, et qu'il conviendrait alors, nécessairement et légitimement, d'exterminer."

Je propose maintenant de suivre quelques uns des points qui ont mené à cette conclusion. Lorsqu'on examine un certain nombre de faits, il apparaît des plus fréquents que des populations jusqu'alors en paix peuvent se lancer sur le chemin du meurtre. Le meurtre de ceux qui représenteraient la cause de tous leurs malheurs. La répétition de ces phénomènes, nous conduit à penser qu'il existe un point à partir duquel se déclenche le processus même qui mène à ces horreurs, telles qu'on a pu en observer, en tous lieux et peut-être en tous temps.

Les travaux freudiens et lacaniens peuvent nous permettre de renouveler la question de ce déclenchement. C'est-à-dire, quels effets ça peut avoir de penser l'humain comme un être parlant, cette chose liée à l'émergence du langage. La question s'en trouve, de fait, renouvelée de savoir ce qui le cause dans ses actes.

Qu'est-ce qui fait qu'au-delà des circonstances sociologiques, historiques, économiques, et à partir d'un certain moment un meurtre, ou une série de meurtres, vont devenir parfaitement légitimes ? Quel est ce point à partir duquel on fait entrer un autre, dans un schéma tel, qu'on s'imagine avoir un droit sur son corps ? Autre qui, identifié à son corps, devient un enjeu vital tel qu'apparaît la nécessité de le tuer, de l'exterminer. C'est, interpellé par ces questions, que j'ai été conduit vers cette recherche, pour proposer un au delà du "jugement moral".

Posons d'emblée qu'il ne semble pas qu'on puisse aborder ces questions si on ne met pas du côté des acteurs eux mêmes un certain enjeu vital. C'est ce que disait Robespierre : "Il faut que Louis meurt pour que vive la patrie". Vive la patrie... Et la patrie c'est lui !

1° point fondamental

L'acte meurtrier apparaît toujours comme une réponse à ce qui est vécu comme une menace de mort.

Je ne pense pas qu'on puisse pas entrer dans cette question si on ne conçoit pas que le meurtrier dans ce genre d'action est d'abord quelqu'un qui se sent très réellement menacé de mort, sous quelque forme que se présente cette menace.

Il me paraît intéressant de repérer dans des faits divers comment s'exprime, a minima, cette tendance. Une manifestation de viticulteurs a eu lieu il y a quelque temps dans le sud-ouest. Un orage de grêle avait détruit une partie importante des récoltes et cet événement aura joué un rôle de facteur déclenchant, de détonateur.

Sur la base de l'interprétation qu'ils vont en faire, 800 d'entre eux se sont livrés à une manifestation violente dans les rues de Toulouse. Ils ont porté plainte en justice et réclamer 36 millions d'euros de dommages et intérêts.

Pourquoi ? Parce que Météo-France n'avait pas prévu la grêle.

Pourtant, et c'est ce qu'ont toujours dit les dirigeants de Météo-France, la grêle est en elle-même un phénomène extrêmement difficile à prévoir. Il y aura toujours, dans les phénomènes météorologiques, une incertitude qui résulte du fait que les prévisions n'atteindront jamais 100 %.

C'est un argument que n'ont pas pu entendre les viticulteurs. Ils ont alors accusé météo France de privilégier Roland-Garros, où selon eux, Météo-France est capable de prévoir à quelques minutes près que si un match de tennis pourra avoir lieu ou non.

On peut constater que c'est à partir d'une impossibilité, d'une incapacité à admettre une incertitude, une béance, que peut se déclencher brutalement un processus paranoïaque, un désir de vengeance à l'égard de ceux qui sont considérés comme les responsables d'une injuste spoliation.

Une injuste préférence accordée aux nantis de Roland-Garros est devenu la preuve évidente d'un privilège accordé aux autres, les dépossédant d'un coup de leur récoltes, récoltes détruites par la faute de l'Autre. Récoltes qui représentent un enjeu vital.

Ce n'est pas tellement que la récolte soit un enjeu vital que je veux souligner, mais qu'elle se présente comme un enjeu vital, aux mains d'un grand Autre qui en disposerait.

On a quitté d'un coup le domaine agricole, pour entrer brutalement dans le champ d'une relation complexe, dans laquelle la récolte apparaît tel un objet dû par l'Autre, grand Autre, représenté par l'Etat, qui doit en être le garant absolu, à 100 %. Le président du syndicat des vignerons qui a demandé réparation, précisait qu'il était déterminé à aller jusqu'au bout (au bout de quoi ?).

Comme enjeu d'une relation complexe, cette récolte a donc cessé d'être ce qu'on pourrait prendre pour le fruit d'un processus agricole, pour devenir cet objet tout à fait particulier que Lacan a nommé l'objet petit a.

Mais, si nous pouvons le dire ainsi, l'objet est toujours double. Si dans le champ de cette relation l'objet c'est la récolte due, l'objet est aussi le sujet lui-même dans son rapport au grand Autre selon cette question que le sujet peut toujours poser à cet Autre : "Qu'est-ce que tu veux de moi ?", "Qu'est-ce que tu veux faire de moi avec ça, avec cette destruction ? Avec cet orage céleste ?". La destruction, dès lors imputée à l'Autre, est vécue comme une menace de mort à l'égard même du sujet, pris comme objet. Objet livré à l'énigmatique désir d'un grand Autre supposé tout-puissant.

Dans leur décision, momentanée, d'aller jusqu'au bout, derrière leurs réclamations, on voit donc apparaître la figure d'un grand Autre imaginaire, un répondant absolu de toutes les choses du monde, sans incomplétude, ni béance.

Il ne suffit pas de dire : le grand Autre imaginaire. Il faut dire un grand Autre imaginaire tel qu'il existerait réellement, tel que l'Etat l'incarnerait dans son corps, dans le corps de ses représentants. Que le corps des représentants de l'Etat soit en jeu, en atteste cette dénégation de la part du président des viticulteurs qui dit : "Ce n'est pas que je souhaite que le directeur de — je ne sais quel organisme — aille en prison".

On voit bien là que le vigneron n'est pas seulement un vigneron, quelqu'un qui travaille la terre, mais qu'il est un quelqu'un marqué par ce signifiant vigneron, par ce bout de langage que l'on note signifiant 1, S1, dans une relation particulière avec un autre, un autre signifiant.

Cet autre signifiant c'est l'ensemble du corpus qui fait sens avec ce S1 vigneron, ici c'est l'Etat, et qu'on appelle S2, l'Autre, le grand Autre.

Le vigneron est donc marqué de ce signifiant S1 vigneron, dans une relation au S2, l'Etat, où la question de l'objet joue un rôle déterminant. Vigneron ne représente plus ici la fonction d'un quelqu'un, mais la totalité de son être dans une clôture identitaire, dont le sort est , en corps, avec son corps, livré au bon vouloir de l'Autre.

Je prendrai un deuxième exemple avec Thomas d'Aquin.

Nous sommes au XIIIe siècle et Thomas d'Aquin formule cette proposition dans sa Somme théologique :

"L'hérésie est un péché pour lequel on mérite d'être non seulement séparé de l'église par l'excommunication mais encore d'être exclu du monde par la mort."

Il s'agit d'une double proposition, avec d'une part l'excommunication, mais aussi, d'autre part, l'affirmation d'une légitimité de la nécessité de la peine de mort. Notons l'existence, entre ces deux propositions, d'un franchissement considérable.

Pour Thomas d'Aquin il n'y aurait d'humain que Chrétien ce qui est une manière de répondre à la question implicite : "Qui dois-je être ?", il n'y a qu'une réponse. Thomas d'Aquin répond du lieu d'un grand Autre absolu qu'il institue comme unique et réel créateur de l'univers, instance qui n'est pas sans rapport avec ce que Freud nomme le Surmoi et dont Lacan fera une figure obscène et cruelle.

Ce qui est énoncé par Thomas d'Aquin entretient un rapport des plus étroits avec la question de l'identification, comme marquage avec lequel s'effectue la constitution de communautés comme le notait Freud. La thèse thomiste fonctionne alors comme ce avec quoi peut se constituer une communauté selon l'ordre de ce que nous pouvons nommer : une forclusion collectivement organisée.

Il introduit d'abord avec ce terme de chrétien une forme de ségrégation avec laquelle ce signifiant chrétien vient signifier à tel sujet son appartenance ou non à la communauté des chrétiens. Les choses pourraient en rester là. Il est après tout concevable que quelqu'un puisse être exclu d'une communauté, ce qu'on appelle exclusion voire excommunication on quand on se réfère au sacré.

Mais un basculement s'opère avec la deuxième partie de la proposition : "l'exclusion du monde par la mort", où il n'y s'agit plus seulement du sujet en tant que porteur d'une marque, mais du sujet pris comme objet dans le champ d'un grand Autre absolu.

On peut repérer là, l'autre face de l'identification imaginaire qui prend le corps même d'un quelque un dans ses filets, pour le promettre à une éventuelle annihilation totale.

Ceci nous renvoie au niveau du fantasme où, dans certaines situations, nous sommes confrontés à une instance particulière, d'une manière telle, qu'on peut toujours se demander à quelle sauce on va être mangé, c'est la question du fantasme et de la manière dont il prend corps.

Pour Thomas d'Aquin le sujet est donc toujours en fait un objet livré à la toute-puissance de son Dieu, et c'est en dernier ressort bien sûr lui-même, Thomas d'Aquin, qui est pris dans la rigueur de l'absolutisme divin selon l'énoncé de l'Evangéliste Jean : "Qui ne croit pas en moi est déjà jugé".

Ce rappel que je fait de la thèse de Thomas d'Aquin n'a de sens que dans la mesure où cette thèse a servi d'appui réel pour les praticiens de l'inquisition qui réglèrent le problème de l'hérésie à la lumière des bûchers.

Il s'agit, avec cette thèse, d'un incroyable coup de force, car avec la référence que nous prenons du langage nous pouvons soutenir que le signifiant chrétien n'a de sens, ici, qu'avec la Somme théologique qui dirait non seulement la Vérité mais aussi le réel du Dieu supposé à ce texte. Renversement : cela signifie que le Dieu qu'institue Thomas d'Aquin, n'a de sens qu'avec le texte dont ce Dieu se supporte et qui est ici la Somme théologique.

Or nous pouvons avancer que la fermeture d'un texte telle que l'effectue Thomas d'Aquin, fermeture sur une interprétation univoque et universelle, résulte, d'un rejet absolu, d'une forclusion de l'impossibilité à laquelle nous sommes tous soumis, comme êtres parlants, de dire ce que serait La Vérité. Nous sommes confrontés là à une impossibilité de structure qui tient au fait qu'il est impossible de proposer un texte qui n'ouvrirait pas sur une multiplicité de lectures. C'est d'ailleurs cette multiplicité qui a donné lieu à une incroyable floraison de sectes chrétiennes dans les premiers siècles de notre ère. C'est pour la même raison qu'on voit à l'heure actuelle se multiplier autant de sectes aux États-Unis.

2° point

La lecture qu'effectue Thomas d'Aquin, ce forçage, est donc un dé-lire une impossibilité. Un dé-lire l'impossibilité que nous venons de souligner.

C'est en raison du fait, je le rappelle, que nous sommes des êtres parlants, inscrits dans le langage, qu'il nous est impossible d'établir un texte qui dirait l'unique Vérité (ceci non sans rapport avec l'énoncé de Lacan selon lequel la vérité ne peut que se mi-dire).

3° point

Il en résulte qu'il existera toujours potentiellement quelque un pour dire que lui croit en une autre chose.

Ce quelqu'un potentiel, qui est là comme trace ineffaçable de l'incomplétude de tout texte, autre radical, inconnu, étranger, Thomas d'Aquin le nomme, et il le nomme hérétique, rassemblant sous ce vocable tout le possible des autres lectures du texte. Pour toute idéologie qui se prétend détentrice de l'unique Vérité, la présence de cet hérétique est littéralement insupportable, inadmissible.

4°POINT

Mais son élimination radicale est impossible, car cette présence de l'hérétique, de l'hétérogène, est une nécessité structurale.

La forclusion ici à l'oeuvre met en acte l'impossible tentative de transgresser l'impossible, c'est-à-dire l'établissement du Texte en Vérité dont le corrélât est le rejet absolu de toute altérité ; c'est cette altérité parasitaire, bien que structurale, que représente l'Hérétique qu'il conviendrait donc d'éliminer radicalement.

Ce qui fait que, quand bien même il n'y aurait dans la réalité aucun opposant qui se signalerait comme tel à un régime totalitaire, celui-ci le chercherait quand même selon la dynamique d'une présupposition d'existence. Présupposition pensée comme un complot, littéralement persécutoire.

Si l'hérétique se manifeste aux détenteurs de la vérité comme persécutoire, c'est pour la raison qu'il témoigne de la béance insupportable, au sein de ce qui est imaginé comme grand Autre absolu, béance ouverte à une voracité sans fin dans laquelle le servant est menacé de sombrer comme mauvais chrétien par exemple.

Je l'ai souligné : la menace qui pèse sur l'hérétique est une menace qui pèse tout autant sur Thomas d'Aquin lui-même.

5° point

On peut concevoir à partir de ce point qu'il est absolument inutile de vouloir terroriser les fanatiques, de vouloir terroriser les terroristes : c'est déjà fait. Et c'est du lieu même de leur terreur, masquée par leur amour pour leur idéal, qu'ils mènent leurs actions.

Deuxième remarque, il est de fait inutile de vouloir essayer, au plus fort de leur délire, de leur expliquer en quoi ils pourraient être dans l'erreur, puisque précisément ils sont la Vérité elle-même.

Robespierre pouvait dire en 1793 qu'il n'existe que deux partis, celui des hommes corrompus (des traîtres des ennemis) et celui des hommes vertueux. Lui qui dit sacrifier sa vie à la vérité, s'est lancé dans une guerre impitoyable contre ceux qu'il repérait comme traîtres et dont le sort, nous l'avons compris avec ce qui précède, ne pouvait être que la mort.

C'est la mort, selon l'ordre de ce que nous pouvons nommer le théorème de Robespierre : pas la Vertu sans la Terreur. Vertu et Terreur écrit de sa main en initiales majuscules. Ses meurtres en série ne relèvent donc d'aucune "bavure", mais comme ce qui se présente à lui telle une légitime nécessité.

L'idée que Robespierre se fait de la France, en Vérité, idée délirante, répartit les habitants de la France en deux catégories les vrais qui ont le droit de vivre et les faux qui devront mourir. Eh bien, cela n'a de sens pour Robespierre que dans la mesure où le signifiant français n'aurait dans le réel qu'un référent et un seul.

Au-delà des particularités propres à chaque système totalitaire, nous y reconnaîtrons la marque structurale paranoïaque à la mise en scène systématique de ce théorème : pas la Vertu sans la Terreur. Je souligne que l'extermination réalisée par les nazis ne peut en aucun cas être mises au compte d'un détail de guerre, comme le soutien le Pen, puisque l'extermination de ce qui représenterait l'hérétique, le Mal absolu, est la condition sine qua non d'un supposé avènement suprême.

6° point

Une double articulation, dans le langage, est donc représentée par le fait que le signifiant français ne se signifie pas lui-même.

Il n'y a pas de S1 sans un S2. Tout seul le mot français ne veut rien dire. Or, de fait, France peut se décliner de multiples manières, toutes vraies, ni plus ni moins les unes que les autres. Il en résulte donc une multiplicité de manière de se sentir Français ; mais, en deçà de la question de l'objet, ce signifiant français a, en fait, deux faces, l'une purement unaire de l'ordre d'un pur trait qui marque, représentable par le chiffre 1, qui fait entrer dans le champ comptable, et puis une autre qui est celle de la signifiance, celle qui représente l'ouverture vers la multiplicité des sens possibles.

Dès lors qu'un système idéologique quelconque, s'institue comme clôturant le sens de ce que France veut dire, au nom de la Vérité, il provoque une coupure dans le S1 qui ne s'écrit plus que 1, le chiffre 1 ; toute la signifiance est récupérée par le S2, qu'on peut alors écrire, comme par hasard : SS2, comme écriture d'un grand Autre absolu, autoréférentiel, " Je suis ce que je suis — quoi que je dise", ce qui lui confèrerait un statut d'exception, l'au-moins-un du Verbe qui ne serait pas soumis à la loi du langage.

7° point

Le complexe paranoïaque, couple terrifiant, s'écrit ainsi avec d'un côté des 1, réduits à leur chiffre, la masse des servants-exécutants qui ont perdu toute possibilité de penser le signifiant qui les marque, et de l'autre côté les promoteurs d'une idéologie totalisante identifiés à la toute-puissance d'un Autre imaginaire, le savoir absolu qui lui seul sait ce que 1 veut dire d'une manière telle que, quoi qu'il dise, ce sera toujours vrai.

Ceci est tout à fait fondamental pour comprendre que ce type de système exclu toute possibilité d'altérité, en elle-même menaçante pour l'unicité et l'unité du grand Un suprême. On conçoit ainsi, que la notion même de démocratie soit inconcevable, dans ce registre d'où toute multiplicité est exclue. On ne vote pas dans les systèmes totalitaires, on plébiscite.

8° point

Par opposition aux systèmes totalisants qui sont à terme totalitaires, une démocratie ne peut se définir comme pouvoir du Peuple, du peuple qui n'existe pas comme entité une (y opposer le terme de population), mais comme admission de l'altérité ( par rapport à ce qui a été dit précédemment de l'inadmissible).

Il ne peut s'agir, par exemple, de l'altérité chrétienne, où l'autre est un même, comme agneau de Dieu, mais l'autre inconnaissable a priori, l'autre d'une altérité radicale, dont l'existence même invalide l'universalité de ce que français, par exemple, voudrait dire.

Il en résulte que la démocratie, qui ne se signifie pas elle-même, ne peut se supporter que d'un texte dont l'assise sera faite de la reconnaissance de cette altérité.

Il en résulte encore qu'il n'y a pas lieu de confondre vote démocratique et vote majoritaire, quand bien même il y réunirait le plus grand nombre. C'est bien le paradoxe que nous devons souligner avec l'accession d'un Hitler au pouvoir.

Nous dirons schématiquement qu'un vote majoritaire est bien proche de ce qu'on appelle Audimat, dont l'axe n'est pas l'altérité, mais la quête de l'objet.

9° point

Nous sommes de fait confrontés à une difficulté qui aura été réglée par l'institution du temporaire. Cette difficulté est la suivante : ou bien on ferme un texte fondateur sur lui-même et on lui confère alors une valeur éternelle et potentiellement totalitaire, ou on respecte l'ouverture avec le glissement corrélatif et incessant lié à la multiplicité des significations possibles et il y a plus d'établissement possible.

Le temporaire, est ce qui vient régler la question du choix entre l'éternité et l'impuissance, on leur substituera un corpus textuel qui tiendra le temps d'une législature par exemple, ou d'une République dans la suite des républiques possible.

Ce texte tiendra lieu de vérité, avec toutes ses imperfections, pour un temps.

Il nous faut convenir que les idéologies totalisantes qui nous promettent, dans le renoncement à la signifiance, d'une part, de savoir pleinement en l'Autre imaginaire ce que nous serions, des 1 pleinement et sans béance identifiés au sein d'un grand Autre, et qui nous promettent, d'autre part, d'obtenir en retour le bénéfice des objets du fantasme pour une jouissance éternelle, exercent une fascination que je nomme tentation paranoïaque. Cette tentation signe l'entrée dans une dévastatrice passion de l'ignorance.

On en trouvera un écho dans le Deutéronome sous la forme de cette promesse :

" Yahvé va te faire entrer dans un bon pays, où tu ne manqueras de rien ". Avec la contrepartie de la menace que j'ai déjà soulignée vis-à-vis de la dispersion dans la multiplicité : "Garde-toi d'oublier Yahvé, ton Dieu... Si tu vas à la suite d'autres Dieu,... j'atteste aujourd'hui contre vous que vous périrez, parce que vous n'aurez pas écouté la voie de Yahvé, votre Dieu. "

Dernier point

Je terminerai avec la question du prévisible, la question du : "On ne savait pas". Je pense avoir montré que l'établissement d'un système totalisant génère, du fait même de la forclusion sur laquelle il s'appuie, la dialectique de l'Hérétique qu'il convient d'éliminer.

Faute de pouvoir reconnaître le réel de la béance symbolique qui résulte de notre inscription dans le langage, le servant-exécutant aux ordres d'un supposé SS2, s'en prendra toujours au réel du corps de tout hérétique, quel que soit son nombre, pour supposer en l'éliminant radicalement, pouvoir établir dans l'amour du Un suprême, la félicité éternelle et tous les dons du Ciel qui lui sont dus.

Nous pouvons conclure en disant qu'il n'est même pas nécessaire d'aller voir sur place, là où fonctionnent des systèmes totalitaires, pour savoir, maintenant, que s'y produisent nécessairement des exterminations de plus ou moins grandes ampleurs. Car cette élimination radicale de l'opposant est le point central, la condition sine qua non de l'avènement.

Pierre angulaire du chemin de Gloire.

N'oublions que tous les systèmes totalitaires mettent toujours en avant comme revendication fondamentale, le rétablissement de la peine de mort, c'est à dire le permis de tuer l'autre de l'altérité.

Notes
Bibliographie