Sur le désir et son interprétation
Auteur : Claude Dorgeuille 19/03/1996
Je vais commencer pour favoriser cette dynamisation de nos séances par quelques remarques générales dont certaines, je dirais, un peu volontairement provocatrices. Alors, pas la toute première, la toute première concerne le moment où Lacan a tenu ce séminaire, c'est-à-dire l'année 58-59, le temps a passé, cela fait presque quarante ans et pour la majorité des gens présents ici, il y a une dimension qui doit leur échapper radicalement. C'est-à-dire c'est le fossé absolument fabuleux et que vous avez certainement beaucoup de mal à imaginer entre l'auditoire même dans les gens de la meilleure qualité parmi ceux qui venaient entendre Lacan et ce que Lacan proposait. Pour situer les choses, malgré les années déjà pendant lesquelles, puisque ça faisait 5 ans qu'il parlait publiquement , les années écoulées, son auditoire dans sa très grande majorité restait accroché littéralement à un certain nombre de formulations et de positions qu'il avait sapées depuis fort longtemps à la base. Et comme vous le savez, puisque nous l'éprouvons tous à une occasion ou à une autre quand on a une idée dans la tête surtout quand elle est mal formulée quand elle est implicite ou quand elle est fausse, il n'y a rien de tel pour vous rendre totalement sourd. Ça, c'est la première remarque.
La deuxième concerne ce qu'il me semble ou ce qui m'est apparu à moi, on a toujours des illusions à cet égard mais je dois dire que j'ai éprouvé une sorte de caractère pénible à la reprise que j'ai faite cet été de la totalité du séminaire pour préparer ces journées que je n'ai pas forcément éprouvée avec d'autre même plus tardif. Je crois qu'il y a là quelque chose d'assez particulier. Lacan l'évoque d'ailleurs au cours du séminaire et il l'évoque à propos justement de la difficulté qu'occasionne toujours et pour lui-même la lecture de la Traumdeutung et ceci que justement c'est ce qu'on oublie le plus volontiers, n'est-ce pas, on a beau la reprendre à longueur d'existence, on se dit : " Tiens, j'avais complètement oublié cela. " Eh bien, pour ce séminaire de Lacan quelque chose d'un peu semblable se produit sans doute à cause du thème, bien sûr, mais aussi pour une autre raison. C'est que il est particulièrement complexe dans la manière dont sont tissés les commentaires du texte de Freud, n'est-ce pas, et ce qu'il apporte, lui, d'entièrement nouveau mais articulé à partir de ce que Freud avait déjà articulé. Or, compte-tenu de ce que je viens de dire concernant son auditoire, il est obligé de le faire avec d'infinies précautions et ce qui rend la lecture pour nous qui ne sommes beaucoup moins encombrés de ces doctrines, de ces préjugés, très difficile.
Pour résumer un petit peu ce que je veux dire là, je dirais que pour Lacan, il s'agit là d'intégrer ce que Freud a apporté dans l'élaboration qu'il a lui-même construite, que cette élaboration évidemment n'annule pas le moins du monde tout ce qu'a pu dire Freud et pour prendre une comparaison un peu frappante, je dirais, elle est approximative comme toutes les comparaisons mais c'est un petit peu, si vous voulez, comme l'élaboration des géométries non euclidiennes qui, bien entendu, n'annulent absolument pas la validité ou la vérité de la géométrie d'Euclide. Et ces difficultés, cette difficulté, c'est dès le titre qu'elle apparaît . J'ai été un peu étonné d'ailleurs que dans les textes que nous avons réunis, peut-être d'autres s'y étaient attachés, apparemment personne ne se soit posé la question du titre. Il y a juste que deux textes. Y-a Brigitte Balbure qui fait une rapide allusion et Nusinovici qui se pose la question. Or, pourquoi on n'y fait pas attention ? Eh bien pour quelque chose qui joue abondamment dans ce séminaire c'est-à-dire une certaine ambiguïté de ce titre. On lit ou on entend Le désir et son interprétation et on a tout de suite immédiatement évoqué à l'esprit l'interprétation des rêves. Autrement dit le désir, c'est le désir du rêve, l'interprétation, c'est l'interprétation du rêve et vas-y, donc le problème est réglé. Or, je crois qu'il n'est pas réglé, justement et que le titre fait difficulté. Alors, il fait difficulté, d'abord au niveau de terme de désir et là je vais tout de suite dire deux ou trois choses qui sont essentielles car si vous les avez présentes à l'esprit la lecture de l'ensemble du séminaire, je pense, vous en sera facilitée. Désir, en français, c'est la façon dont on traduit habituellement et dont est traduit dans l'interprétation des rêves le terme de Freud qui est Wunsch. Wunsch qui en fait réellement correspondrait plus rigoureusement au terme français de voeu ou de souhait . Mais, en réalité dans l'usage français, cette sorte de flottement , cette nuance de sens est plutôt dans l'ensemble plutôt négligée elle ne va devenir importante que justement dans la mesure où Lacan dans ce séminaire va distinguer radicalement les deux choses. C'est-à-dire que le Wunsch comme il va le dire dans les premières leçons très rapidement mais en passant, c'est-à-dire qu'il faut y être très attentif, c'est en fait ce qu'il appelle là un désir articulé et que l'autre, eh bien, justement on ne nous dit pas ce qu'il est mais on peut en tous cas d'entrée de jeu, si je puis dire, en conclure qu'il n'est pas articulé. Il dira plus tard mais bizarrement, - sauf inattention de ma part, la formule n'est pas dans le séminaire lui-même -, que le désir est articulable mais pas articulé.
X : - Elle est dans Les formations de l'inconscient, cette formule.
- Elle y est déjà. C'est ça. En tous cas, elle n'est pas reprise dans le séminaire là et il y a là un point tout à fait capital et pour appuyer sur cette distinction, je vais évoquer la place très particulière que le voeu de mort est là la plupart du temps, Lacan emploie l'expression voeu de mort et non pas désir de mort . Que le voeu de mort est d'entrée de jeu amené dès la première leçon, à la fin de la première leçon, que ce voeu de mort il est bien spécifié comme parfaitement articulé, il l'est bien entendu dans le fameux rêve de Freud (1911) du père qu'il ne savait pas qu'il était mort. Mais il l'est aussi et je pense que le rapprochement est tout à fait valable dans la dernière leçon très précisément page 499 quand Lacan évoque l'arrivée de ce qu'il appelle le nouveau venu dans une famille, vous savez comment ça se passe, le frère ou la soeur aînée évidemment s'empressent de faire des bises, des mamours au petit frère ou à la petite soeur mais dit Lacan, en réalité, ce qui est là derrière c'est un voeu parfaitement articulé, précise-t-il, c'est le voeu qu'il meurt.
Alors pour en finir avec ce point et pour, là encore, donner un appui imaginaire qui, en ce qui me concerne en tous cas m'a rendu service, je vous proposerai là encore une analogie et qui je crois n'est pas trop loin de ce qui est proposé par Lacan dans ce séminaire, si vous voulez ce désir, d'abord on en parle surtout du point de vue de sa place, le plus souvent c'est sa place quelque fois c'est son sens mais le plus souvent c'est sa place, eh bien je dirais, il est partout et nulle part dans le fameux graphe c'est-à-dire il est, il est comme la point de fuite dans la peinture qui respecte les lois de la perspective, c'est-à-dire il est construit, ou il est possible à construire à partir des éléments matériels concrets, qui sont, qui constituent les termes fondamentaux du graphe et auxquels il est en quelque sorte appendu et on pourrait dire à tous les éléments, n'est-ce pas, d'une façon directe ou indirecte.
L'interprétation maintenant. Alors justement le désir et son interprétation, alors ici qu'est-ce que ça veut dire interprétation ? Bien sûr il est abondamment question dans le séminaire de l'interprétation du rêve, l'interprétation d'ailleurs qui là encore va être, si je puis dire un peu chamboulée par Lacan par rapport à ce qui nous est proposé dans le texte de Freud puisqu'en gros dans le texte de Freud l'interprétation est constituée par, pourrait-on dire, la substitution au contenu manifeste du rêve d'une chaîne signifiante qui est supposée être exprimée, ce que le rêve à la fois présentifié et camouflé simultanément. Mais en fait la dimension la plus radicale du terme, semble-t-il ici, concernant le titre, c'est l'interprétation du désir à mon avis, ça revient à dire, qu'est-ce que c'est le désir, en quoi ça consiste ? Alors vous voyez à quel point cela peut être difficile puisque justement Lacan dira aussi en d'autres lieux, n'est-ce pas, et il le répétera très souvent, ça : le désir, il court, il court, c'est comme le furet, il court, il court, entre les mailles de la chaîne signifiante, autrement dit on ne l'attrape jamais en tant que tel, n'est-ce pas, on ne peut donc d'une certaine manière, comme je disais tout à l'heure, que le construire et je pense que cet aspect constitue une très grande difficulté dans la lecture du séminaire.
Un dernier petit point qui me paraît sur ce chapitre à relever comme dans tous les séminaires de Lacan, celui-ci fourmille de formules absolument prodigieuses souvent difficiles dans un premier accès et difficiles parce que elles ne sont pas affirmables absolument, je dirais, c'est-à-dire que leurs vérités ou leurs valeurs résultent de la construction de l'ensemble. Je vous en propose une ici sur laquelle j'ai achoppé un certain temps qui se trouve p. 16 et où Lacan dit : " combien est subjective l'interprétation du désir " Alors quand vous lisez ça, vous vous grattez la tête. Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire. Je crois en fait que quand on a fait un premier parcours de l'ensemble du texte de Lacan, on peut à se moment-là voir dans cette formulation assez énigmatique dans ses premiers temps de son énonciation, l'avance, n'est-ce pas, l'amorce de ce qui va être un point tout à fait essentiel, c'est-à-dire en fait le lien très particulier qui va être instauré entre ce qu'il appelle le sujet, spécialement le sujet barré, ou le sujet de l'inconscient comme on le dit souvent mais ça peut se formuler d'autre façon, n'est-ce pas, et justement cet élément du désir.
Alors, deux autres points tout de suite qui ont fait l'objet de discussions internes depuis un certain temps. La question de l'énoncé et de l'énonciation. J'avoue que la manipulation que Lacan fait de ces deux termes dans ce séminaire a été pour moi un casse-tête, un véritable casse-tête. Pour prendre un exemple concret tout de suite souligné en quoi ça consiste, toujours à partir de ce rêve du père mort, n'est-ce pas, Lacan fait remarquer que le récit du rêve est toujours de l'ordre de l'énoncé. En effet, le sujet là rapporte quelque chose, n'est-ce pas, il rapporte comme il le dit, il rapporte une expérience particulière, n'est-ce pas. C'est-à-dire il y a tout un passage où il fait une discussion qui est subtile, importante, où il répond à un reproche qui lui a été fait et pourtant, d'ailleurs Freud le dit, je crois bien, qu'en définitive le rêve celui auquel Freud s'intéresse, c'est, eh bien, évidemment pas cette fameuse expérience qui est en dernier ressort inaccessible, ce qui est accessible tout simplement c'est le récit que le sujet en fait, bien entendu. Mais en même temps on ne peut pas gommer cette dimension d'expérience singulière qui, comme nous le savons d'ailleurs, donne au sujet, souvent, bien des difficultés quand il s'agit de la rapporter, n'est-ce pas, c'est-à-dire quand il s'agit de rendre compte du rêve. Or, le rêve est un énoncé mais dans le rêve du père qui était mort, n'est-ce pas, il est bien évident que ce qui est rapporté, dans le rêve, c'est une énonciation. C'est celle du père qui ne sait pas qu'il est mort. C'est-à-dire que nous avons une sorte de jeu de haute voltige, là, qui ne facilite pas la tâche mais il y a d'autres choses qui sont, comment dirais-je, qui se cachent derrière..., derrière cette opposition.
J'avais prévu de ..., mais je ne vais peut-être pas cité parce que parti comme je suis, ça va être trop long. Bien, donc je ne citerai pas. Je vais quand même dire deux choses concernant " énoncé, énonciation ", des choses, si vous voulez, qui m'ont servi de point d'appui parce que, ben, quand c'est comme ça il faut bien..., on ne peut pas rester en permanence, n'est-ce pas, en train de flotter, moyennant quoi le temps passe et tout vous échappe. J'ai donc pris le parti, provisoirement, d'identifier " énoncé " à quelque chose de l'ordre de l'écrit car, bien entendu, une des difficultés là-aussi et que je me proposai d'évoquer tout de suite, c'est l'opposition " diachronie-synchronie ", n'est-ce pas, dans la rigueur avec laquelle Lacan soutient sa position structuraliste, en opposition à ce qui s'appelait, position génétiste jusque-là, l'usage de ces deux termes évidemment présente des avantages considérables mais il ne supprime quand même pas le problème à savoir que tout n'est pas uniquement dans l'énonciation et comme il le dira plus tard le champ de liberté dans laquelle la parole du sujet peut s'ébrouer, n'est-ce pas, se trouve en quelque sorte définie, délimitée, bornée par un certain nombre d'énoncés fondamentaux. Ces énoncés fondamentaux, il faut bien qu'ils soient quelque part. Alors dans Freud, on se pose des tas de questions sur les différentes inscriptions superposées, dans Lacan, compte-tenu de la façon dont les questions sont abordées, il se soulage de ces discussions qui s'étaient épuisées dans une espèce d'impasse, si je puis dire, justement en formulant les problèmes différemment et je crois que là, il y a une manière de l'aborder et qui présente d'innombrables avantages même si elle présente des difficultés, là encore pour suivre.
Un autre point aussi et j'aurai fini avec ces remarques générales concerne le..., concerne la distinction de ce qu'il appelle selon les moments les deux chaînes, les deux discours, tout en nous disant bien entendu, j'ai relevé deux citations mais y en a cinquante dans le séminaire que les deux étages fonctionnent tous les deux en même temps dans le moindre acte de parole, n'est-ce pas, et que, un peu plus loin, nous ne distinguons qu'arbitrairement ces deux étages. Mais évidemment cette distinction arbitraire est quand même indispensable, faute de cette distinction, impossible de développer les choses comme il les a développées. Seulement là où ça devient facheux, c'est évidemment quand on essaie d'imputer, n'est-ce pas, ces deux lignes ou une fonction spécifique et fixe. Or, je crois que là et il se fait un malin plaisir de provoquer son auditoire en, justement, donnant à ces deux lignes des fonctions qui ne sont pas les mêmes d'une leçon à l'autre ou d'un moment à l'autre. Alors, y en a une qui, quand même, parce que c'est une commodité, est appelée très fréquemment et très habituellement chaîne inconsciente. C'est celle du haut, n'est-ce pas, celle SDa, a×D qu'il appelle chaîne inconsciente. Alors je crois que là pour, là aussi pour ne pas se perdre il est quand même utile d'avoir présent à l'esprit cette formule que Lacan a énoncé bien longtemps avant c'est-à-dire dix ans avant dans les propos - je vais même vous donner la page ce coup-ci, Chemama, n'est-ce pas, j'ai mis un certain temps à la retrouver -, à savoir que l'inconscient, c'est une notion inerte et impensable. Ça se trouve p. 182 des Écrits. Et effectivement tous ces mi... va nous démontrer qu'à la place de ce terme dont Dieu sait quel usage il peut être fait, n'est-ce pas, Lacan va nous proposer alors des développements qui sont parfaitement précis et concrets et manipulables.
Dernière chose dans ces remarques générales - et peut-être qu'après j'entends Vandermersh qui se gratte le gosier, voudra dire quelques mots, ça fera comme ça un peu diversion - concerne la construction du graphe. La construction du graphe, je pense, - depuis le temps qu'on en parle, la plupart d'entre vous l'ont remarqué -, est tout de même assez étonnante. Évidemment au départ, aucune difficulté, n'est-ce pas, la chaîne signifiante est représentée par un vecteur qui est orienté de gauche à droite, étant donné quand on parle en effet cela se déroule dans le temps. Il n'y a aucune objection à faire à cela. Bon, pas beaucoup d'objections à faire non plus à cette remarque sur lequel se fonde dès le départ la construction du graphe, c'est qu'en définitive on ne sait ce que la personne qui parle va dire ou veut véritablement dire que au bout d'un certain temps c'est-à-dire que cette énonciation, cette chaîne signifiante subit des fragmentations, y a des moments où tout d'un coup une signification se constitue, ou on croit qu'elle se constitue, peu importe, il suffit qu'on le croit pour que ça marche et c'est ce qui exprime le vecteur rétrograde, n'est-ce pas, qui dans le premier schéma part de ce qui s'appelle SA ici dans le schéma pour aller vers I c'est-à-dire recoupe cette chaîne parlée, n'est-ce pas, en deux points, un premier point qui est en somme en avant, si je puis dire, vers la droite qu'il appelle C, pour l'instant on n'en a pas plus, et un deuxième L qui se trouve justement en arrière et qui exprime tout simplement ce fait tout à fait banal que, en définitive, on ne sait ce que dit l'autre que quand on a attendu un certain moment, si on lui coupe la parole avant qu'il ait fini sa phrase, eh ben, on ne peut pas savoir ce qu'il allait dire. C'est l'expérience de tous les jours. Autrement dit sur ce terrain, pas de problème, pas de problème mais là où ça devient embêtant c'est que vous voyez ce qui tout de suite se trouve en quelque sorte constitué dans ce schéma, c'est une ambiguïté radicale, une ambiguïté de principe, une hétérogénéité absolue c'est-à-dire que du côté droit et ça s'éclairera par ce que je vais dire par la suite et par ce que Lacan dit ensuite, vous avez en fait des lieux, moitié droite, vous avez le lieu du code, vous avez le lieu de l'autre et du côté gauche vous avez en fait des scansions c'est-à-dire vous avez, bien que la chose ne soit pas exploitée dans ce séminaire, je dirais tous les éléments nécessaires pour élaborer ce que Lacan d'un titre qui n'est pas certainement de lui mais enfin a pu appelé La topologie et le temps. Bon, je pense que ça s'éclairera ensuite. Voilà. C'est la fin de mes remarques générales.
B. Vandermersch - Vous dites que le désir il est un peu partout dans le graphe mais ce n'est peut-être pas tout à fait exact puisque le désir n'apparaît qu'une fois l'intentionalité obscure, le besoin du sujet en est passé par le lieu de l'autre, par le lieu du code et seulement dans un deuxième temps sur la question du désir. D on le voit figurer seulement à partir du moment où il y a une chaîne... Bon, c'est un point, c'est un point qui a quand même son importance puisque le graphe il est là aussi pour essayer de nous faire préciser la structure de ce désir. Ce désir, on va voir par la suite que c'est une choses qui se soutient du fantasme, de la forme du fantasme qui est en face de lui S barré×a. On ne peut pas dire que le désir il est partout. Par exemple il n'est pas dans Sbarré×D.
- Hum...
BVDM- C'est vite dit ? Bon. Disons que c'est ...
CD - Voilà une question en réserve
BVDM- ...une question, oui. Non, il n'y est pas. Bref, c'est pas ça.
Oui, un petit point de détail, je pinaille un peu mais vous dites que dans le fond l'interprétation pour Freud c'est la substitution de, d'un texte latent manifeste. Justement l'un des rêves sur lequel va porter le séminaire c'est justement autre chose et c'est ça qui est intéressant , c'est que c'est quelque chose qui ne figure pas du tout, ce n'est pas une substitution, il faut simplement ajouter quelque chose, une clo... qui a été retranché.
Oui, vous dites que c'est très embêtant, cette histoire des deux chaînes, que c'est assez obscure, qui change de façon de parler, dans l'ensemble y a la chaîne inférieure, la chaîne de l'énoncé c'est-à-dire les énoncés concrets tels que nous les prononçons. C'est pas très mystérieux, je ne pense pas que ce soit de l'ordre de l'écrit, je crois que ce sont les énoncés, je parle, bon, y a des énoncés et puis ce qui est supposé, c'est qu'il y a une énonciation. A vrai dire cette énonciation elle n'est jamais que... qu'il y est un sujet de l'énonciation, ça reste toujours une supposition et c'est pour cela que cette chaîne-là dans laquelle se trouve des signifi... une chaîne en pointillé, eh bien, c'est cette chaîne..., c'est là où se trouve l'énonciation. Que se soit celle de l'inconscient c'est tout à fait, comment dire, c'est cohérent avec cette affaire-là.
CL - Peut-être que Claude pourrait répondre et continuer...
CD - C'est ça, je vais répondre parce que je vais apporter des précisions. Ma formule, effectivement, le désir est partout n'était pas très heureuse. Effectivement, j'ai pris la comparaison avec le point de fuite dans la peinture, le point de fuite dans la peinture, il n'est pas partout. Il est très précisément situé. C'est évident. Ce que j'ai voulu dire, c'était, il n'avait pas une place spécifiée dans le graphe parce que même le d, n'est-ce pas, n'est là que... Lacan d'ailleurs s'en sert d'une manière très particulière, je dirais, contrairement, aux autres termes qui sont entourés ou qui sont écrits en grands caractères, le petit d n'indique, je dirais, que provisoirement ou que une place, en fait le désir dans ce que Lacan va proposer quant à sa façon, sa détermination, va se trouver non seulement , bon, je le dirai après ça...
X- ...le désir est entre les lignes
CD - Oui, c'est cela. Oui, bien sûr. La deuxième chose que je voudrais dire et qui me paraît ennuyeuse et je sais très bien parce que je sais que c'est sur ce point qu'un certain nombre se sont appuyés, vous dites la chaîne de l'énoncé, elle est en bas. Moi, je vais vous dire, non. Je vais vous dire, d'ailleurs comme Lacan le dit , vous n'avez qu'un seul élément matériel dans ce graphe, concret, saisissable, il n'y en a pas d'autre, n'est-ce pas, c'est cette chaîne inférieure, c'est celle-là, c'est la seule, d'ailleurs au fond il faudrait la mettre en rouge, ça crévera les yeux, comme il n'y a pas de rouge, je vais mettre du bleu, vous n'avez rien d'autre et ça, on peut en dire que ce n'est pas de l'ordre de l'énonciation. Quand vous parlez là, c'est une énonciation.
BVDM - Ben, ce n'est pas prouvé. Quand vous dites le moindre acte de parole mais Dieu sait si les trois quart du temps il n'y a aucun acte de parole. Le moindre acte de parole, c'est quelque chose qui Dieu sait, peut être très difficile, les trois quart du temps il n'y a pas beaucoup d'énonciation dans ce que nous racontons. C'est là, il faut bien distinguer la chaîne de l'énoncé, qui est la chaîne concrète, y a un énoncé, y a-t-il une énonciation ? C'est pas prouvé. C'est pas prouvé et d'ailleurs nous en avons quelquefois le témoignage.
CD - Juste un mot et je passe la parole à Roland.
Quand vous dites ça justement, vous faites quelque chose à quoi je pense, Lacan a essayé de parer, c'est-à-dire que vous essayez de fixer d'une façon qui soit définitive l'énoncé sur la chaîne du bas, l'énonciation en haut et puis vous allez vous accrocher à ce qu'il dit effectivement à plusieurs reprises à savoir que la chaîne du bas est monolithique et continue et que la chaîne du haut est discontinue, n'est-ce pas. Bon, quand un acte de parole, il précise bien que c'est dans son sens le plus large qu'il l'entend, c'est-à-dire je crois que là il faut le prendre de cette manière là, c'est-à-dire grossièrement, globalement au départ. Roland...
RC - ... effectivement le sens des termes peut varier dans le séminaire. Par exemple d le désir il en reprend ...... autant la place est quelque chose qu'il faut situer et je pense que effectivement d même si par ailleurs, bien entendu on peut poser la question du désir à propos des chaînes signifiantes, d il faut prendre... et justement dans l'exemple que vous donnez, l'exemple qu'il meurt à la fin de ce séminaire pour montrer en quoi c'est important ... à ce moment là entre les chaînes signifiantes. Maintenant en ce qui concerne énoncé et énonciation... , il me semble que là aussi c'est vraiment une seule manière de se fixer quant à la valeur de ces deux chaînes. Ça ne veut pas dire, si on dit par exemple : si on dit que la chaîne du bas est celle de l'énoncé, ça ne veut pas dire que chaque fois que nous parlons il n'y a pas éventuellement la possibilité de supposer une énonciation mais justement à ce moment-là on la supposera en haut, hein, je crois pas que ça suffise à dire que celle du bas puisse avoir une valeur d'énonciation. Y a quelque chose qui me pose plus problème d'ailleurs par rapport à ce que vous avez dit , c'est la chose suivante : que pour situer ce que vous appelez l'énoncé vous faites référence à l'écrit mais je crois aussi à l'inscription à ce qui est dans l'inconscient en quelque sorte, ces éléments d'écriture de l'inconscient. Ça revient a faire de l'inconscient quelque chose justement qui a un rapport avec un énoncé. Or il me semble que l'essentiel de ce qu'amène Lacan dans ce séminaire c'est que ce qui est inconscient , ce qui ... un parler refoulé, c'est une énonciation, c'est-à-dire c'est la place du Je en tant qu'il peut parler et je crois que ça c'est tout à fait important pour nous. C'est pour cela qu'effectivement dans notre groupe je crois nous en avons beaucoup parlé mais c'est vrai que cette dimension de l'énonciation a situé en rapport avec le Je, la question du Je et avec la chaîne du haut, ça me paraît tout à fait important à situer dès le début. C'est pour cela que je me permets bien qu'étant pas mécontent en titre de prendre la parole de la salle.
CD - Juste une petite remarque sur laquelle je reviendrai dans le commentaire des leçons, n'est-ce pas, je ne sais pas si vous avez fait attention à ceci que le graphe qui vous est donné p. 100 est contradictoire avec celui qui est donné p. 124 et qui concerne le rêve " il ne savait pas ". C'est-à-dire p. 100 le " il ne savait pas " est situé sur la ligne du bas, " il était mort " sur la ligne du haut et p. 124, c'est l'inverse. " Il était mort " est situé sur la ligne du bas et " il ne savait pas " sur la ligne du haut.
C.L. - Alors ?
CD - Alors...
C. L. - Vous le dites dans la suite de votre exposé ? alors voilà
CD - Il faut quand même que je puisse vous donner, je vais le faire le plus cursivement possible, mais il faut que je puisse vous donner la substance de ces sept premières leçons rapidement. Ça fait déjà...Quelle heure il est ? oh ! ma montre est à l'envers, ça fait quarante minutes déjà.
Bien, autrement dit, je vais essayer d'accélérer. La première leçon comme toujours chez Lacan comporte les termes principaux entre lesquels l'élaboration va se situer. Y a d'abord évidemment une mise en place grossière du terme de désir par rapport à un certain nombre de termes voisins et par rapport à sa signification chez les philosophes, n'est-ce pas, en particulier la citation détaillée un peu long de ce que dit Lalande dans son vocabulaire philosophique concernant le désir ne peut se comprendre que si on s'aperçoit qu'elle sert à introduire tout de suite après la pulsion et le fantasme. Bien.
Et je passe tout de suite à la fin de la leçon où sont introduits les deux autres termes importants à savoir la dimension de la mort à l'aide de la fameuse anecdote empruntée à Darwin sur les dix couples et d'autre part l'importance du signifiant phallique. Et j'en viens à ce qui fait la matière principale de cette première leçon c'est-à-dire les trois schémas qui lui permette une mise en place, faut bien le reconnaître, assez commode qu'il distingue en trois étapes dont je vous ai reproduit les schémas au tableau pour ceux qui ne les auraient pas assez présents à l'esprit. Je vais donc aller très vite. La première étape est qualifiée d'innocente, n'est-ce pas, constituée d'une pure diachronie, alors il y a une précision qui mérite qu'on s'y arrête, " sans étoffe temporelle " dit-il. Alors là encore c'est d'abord incompréhensible si on n'a pas présent à l'esprit ce qu'il va dire ensuite concernant la détermination du temps que cette détermination du temps est purement langagière et syntaxique, n'est-ce pas. Alors là, effectivement on comprend qu' il dit dans cette pure diachronie même temporelle d'une certaine manière, y a pas ce qu'il appelle d'étoffe temporelle. Ça c'est le premier point. Comme vous voyez le lecteur rétrograde ici par du ça ce qui est... c'est aussi une des difficultés, n'est-ce pas, puisque les différences à Freud de Lacan sont des références qui, à la fois, concernent les premières élaborations de Freud, celles dites de la première topique, et la seconde. Ici c'est donc la seconde qui est évoquée et qui sert de support que provisoirement, puisque vous savez que c'est un terme qu'il a récusé dans d'autres circonstances, à ce qu'il appelle intentionnalité du sujet c'est-à-dire une sorte d'élan vital, quelque chose qui se manifeste, n'est-ce pas, et qui fait que le sujet pour satisfaire ses besoins est obligé de passer par le langage. Alors dans cette première forme, ça peut être de simples vagissements, comme il le dit, et le I que vous voyez à l'extrêmité n'est là simplement à ce premier moment que comme manifestant ce qu'il appelle l'authentification par l'autre de ce qui est dit par le sujet, le premier seing de sa relation avec l'autre. Voilà et il ajoute, petite remarque qui m'a paru importante : " elle est inconsciente mais c'est une inconscience qui ne demande qu'à passer au savoir " et vous avez l'amorce là de ce qui constitue une substitution de terme dont le fonctionnement et l'économie s'avéreront profondément différentes des termes freudiens.
La deuxième étape s'appuie sur ceci : c'est que, sauf dans d'exceptionnelles circonstances, où le sujet peut être considéré comme identifié strictement à ses besoins, le fait que le sujet, puisque c'est ... il est affecté du langage, passe, ou soit obligé de passer par les défilés du signifiant pour les manifester, modifie radicalement la dimension de sa demande et Lacan, ici, a des formules auxquelles il faut être attentives, attentifs, qui, évidemment, ne prendront leur valeur ou leur sens que dans le développement ultérieur du séminaire c'est-à-dire il dit là, en définitive, il qualifie cette sorte d'au-delà, n'est-ce pas, qui se trouve manifesté dans l'articulation signifiante de la demande comme appel à l'être. Alors là encore " appel à l'être " , moi, l'être, pendant des années, dans ma jeunesse, je me suis toujours demandé ce que c'était, ce que cela pouvait vouloir dire ... Lacan fera remarquer, bien plus tard, qu'il y a des langues dans lesquelles le terme n'existe pas mais il se trouve que dans la nôtre dans les élucubrations philosophiques et même d'ailleurs dans Freud le terme existe, qu'il va avoir une place très importante du fait du commentaire d'Hamlet, donc il s'agit de lui donner là une place, une signification. Donc appel à l'être, prenons-le comme ça provisoirement et il en donne quand même un exemple et il l'illustre du fameux fort-da qui est donc une sorte d'appel de l'autre, le sujet appréhende l'autre dans l'expérience signifiante, dans le langage, dit Lacan. Bon, et il appréhende cet autre, évidemment, en tant qu'il peut donner une réponse, n'est-ce pas, puisqu'il y a un appel là. Cette réponse qui est illustrée par Lacan dans cet emprunt rebattu fait à ce merveilleux roman de Cazotte Le diable amoureux qui s'appelle le Que voï , que veux-tu, et qui d'ailleurs comporte lui-aussi une ambiguïté parce que cette formulation du Que veux-tu, mon dieu, elle va pouvoir fonctionner dans les deux sens c'est-à-dire, c'est à la fois une certaine réponse pourrait-on dire de l'autre fait au sujet, en définitive, qu'est-ce que tu veux, qu'est-ce que tu demandes-là mais aussi ce sera, disons dans un temps second, la question posée à l'autre : qu'est-ce que tu veux, qu'est-ce que tu me veux. Mais ça n'est pas évoqué dans cette leçon, n'et-ce pas. C'est aussi, cette deuxième étape, ce moment, Lacan dit : La première rencontre avec le désir et en l'occurrence c'est la rencontre avec le désir de l'autre qui est laissée dans un flou favorable. Mais il y a d'autres particularités qui caractérisent cette deuxième étape. C'est que avec cette deuxième étape nous n'avons plus affaire à une pure diachronie sans étoffe temporelle, nous avons l'impossibilité concommittente de la commutation, c'est-à-dire de la substitution d'un signifiant à un autre c'est-à-dire de l'apparition de la barre, en principe, signifiant et signifié mais aussi de l'utilisation de la similitude qui, comme vous le savez, est ce qui définit la métonymie.
... différencié une énonciation et un énoncé et Lacan dit le désir surgit dans l'intervalle entre l'articulation simple de la parole et cette deuxième forme où quelque chose de lui se manifeste que le langage appelle son être. Là aussi pour ne pas être trop encombré de ces formules, il faut là encore avoir présent ce qu'il va expliciter dans la suite, à savoir que l'être du sujet est tel que nous pouvons, nous, le concevoir qui n'est pas du tout celui en effet, d'un certain nombre de philosophes, c'est un être de langage. C'est dans le fait, dans le fait que le sujet se trouve obligé à ce rapport avec le signifiant que cette dimension de l'être en quelque sorte va être justifiée, disons. On va pouvoir valoir .
La troisième étape qui est moins catégoriquement séparée est marquée en fait par la sorte de détresse particulière du sujet. Lacan reprend le terme de Freud ici, ich flözischkeite, en face du désir opaque de l'autre c'est-à-dire qu'est-ce qu'il me veut en fin de compte. Ce qui est au fond pourrait-on dire l'autre versant du que voï, n'est-ce pas et Lacan a une formule très rapide mais après tout, tout à fait remarquable, il dit qu'au fond, c'est ça l'expérience traumatique, n'est-ce pas, c'est un raccourci prodigieux. Alors comme je ne peux pas parler toute la matinée, je vous laisserai cogiter sur cette formule qui est absolument remarquable et qui peut donner lieu à des pages de commentaire.
D'autre part il y a un autre terme qui va se trouver situer à cette occasion, c'est l'angoisse. L'angoisse, c'est ce qui va signaler au sujet cette détresse, n'est-ce pas, il l'appréhende pas comme tel, évidemment le sujet, il a pas en tête le graphe de Lacan évidemment. Autrement dit ce que Lacan appelle cette détresse en face le désir de l'autre c'est l'angoisse qui en est pour le sujet l'indice. Ce qui vous montre une chose très importante, c'est que l'angoisse ici n'est pas directement liée au désir, très important aussi pour la suite. Elle est à distinguer radicalement.
Et dernier point à distinguer pour cette troisième étape, c'est, dit Lacan, à ce moment-là qu'intervient l'expérience spéculaire et l'évocation qu'il fait ici de sa conception du stade du miroir c'est l'allusion à la forme complétée, spécialement dans le texte que vous avez dans les Écrits la remarque sur le rapport de Daniel Lagache de la conception, du fonctionnement, de la fonction de l'image spéculaire de l'identification qui en résulte et de ce complément qui est apporté dans ce texte à savoir dans ce réglage qui s'opère l'importance de l'intervention du symbolique, en l'occurrence de l'idéal du moi ce qui permet au sujet de parer à sa détresse. Alors j'insiste sur ce point car je dois dire qu'en ce qui me concerne je n'ai pas aperçu tout de suite, bien loin de là. Or cette intervention de cet étage qui concerne le moi, cet étage imaginaire inférieur elle est capitale dans absolument tout ce qui va suivre, n'est-ce pas, elle est également capitale, bien sûr, elle sera capitale dans l'explication que Lacan fournit d'Hamlet. C'est ce qui permet au sujet, dit Lacan, de parer à sa détresse. Autrement dit le sujet c'est avec son moi qu'il se défend contre le désir de l'autre. Voilà encore une formule frappante et c'est avec cette image de sa relation à l'autre qu'il va construire le fantasme d'où, alors c'est également un point capital, la propriété du désir humain ce qui le distingue radicalement de l'instinct, n'est-ce pas, où du désir animal vous pouvez l'appeler comme ça, à savoir que ce désir n'est pas coapté à un objet directement mais il est coapté à un fantasme c'est-à-dire à cet ensemble très particulier constitué par un certain rapport en tre S barré et a, je le dis simplement comme ça ici. Voilà. Je finis là avec la première leçon puisque les deux termes apportés à la fin de cette leçon , je les ai indiqués dès le début.
Et je passe à la deuxième qui est, ça aussi c'est un embarras, ce qui fait que j'ai longtemps hésité sur le mode de présentation que j'allais utiliser c'est-à-dire que pendant toutes ces premières leçons on ne cesse de reprendre les mêmes points. Mais alors on les reprend avec des commentaires amplifiés, avec des notations complémentaires ce qui fait qu'à la fois ça a un caractère répétitif mais que Lacan évite très savamment en s'arrangeant pour ne pas employé la plupart du temps les mêmes termes. Donc cette deuxième leçon en fait va essentiellement amplifier les termes de la première et la première remarque qu'il va faire et qui va toujours dans le même sens à savoir que ce n'est qu'arbitrairement que nous distinguons ces deux étages, c'est que tous les procès, c'est le terme qu'il emploie, qui sont en cause et qui ont été présentifiés dans la première leçon, sont rigoureusement simultanés. C'est-à-dire que ce qu'il a appelé l'intentionnalité du sujet, cette chose floue, indéterminée ce pourquoi elle est en pointillé est rigoureusement concomitant de la formulation de la demande...
B. Vandermersch - Claude, est-ce qu'on peut dire que c'est vraiment si indéterminé que cela cette intentionalité du sujet, est-ce qu'elle est si détachée de la question du besoin tout de même de la nécessité et... parce que si elle est en pointillé, Lacan dit que c'est pas parce qu'elle est indéterminée c'est parce que rejaillit sur elle la segmentation signifiante c'est-à-dire...
C. D - Oh, ça dans un second temps...
B. V - Oui, c'est ça qu'il dit, c'est pourquoi...
C. D - Mais ça c'est dans un temps second, bien entendu ...
B. V - Est-ce qu'elle est...
CD - Bien entendu, il est bien obligé, vous avez tous remarqué que cette construction, car c'est une construction, bien entendu. Evidemment c'est une construction qui s'appuie sur toutes les élaborations de Freud qui étaient déjà très rigoureuses, sur les commentaire que Lacan a pu en faire antérieurement donc nous y accordons crédit, elle est démontrable de bien des façons mais elle est quand même une construction. Or il est bien obligé de supposer au départ, n'est-ce pas, cet être vivant, il est animé de quelque chose, ça s'appelle immanence vitale, élan vital, selon les séminaires, selon les moments, vous appelez comme vous voulez. Vous appelez ça x, moi je m'en fous, intentionalité, je vais vous dire pourquoi à mon avis il utilise le terme d'intentionalité, c'est parce qu'il est question de beaucoup de phénoménologie dans ce séminaire, or, la dimension de l'intentionalité, vous le savez comme moi, est capitale dans la phénoménologie de Usserl. Or comme toujours, comme l'avait fait Freud avant lui, Lacan ne rate jamais l'occasion d'utiliser les termes qui sont d'un usage habituel mais dans un sens qui va être différent, n'est-ce pas, c'est ce que fait Freud par exemple le terme emprunté à Beuler dans bivalence (?), n'est-ce pas, or là c'est une façon de solliciter l'attention et l'intérêt de son auditoire et en même temps de faire passer quelque chose qu'il n'arriverait pas à faire passer sans ça. S'il leur dit que c'est une donnée x qui est là, ils vont le regarder déjà qui trouve qu'il fait trop de mathématiques, n'est-ce pas, que c'est littéralement ahumain comme ça pu être dit, discours qu'il tient, vous voyez ce que cela donnerait
C. Lacôte - Sauf que l'intentionalité, ça met d'emblée l'idée sur la notion de construction.
C. Dorgeuille - En quel sens ?
C. Lacôte - Parce qu'elle est définie comme une construction successive. C'est-à-dire que...
C. Dorgeuille - Ah oui, oui, d'accord.
C. Lacôte - ...ça déblaie le terrain par rapport à l'instinct.
C. Dorgeuille - Oui, je n'avais pas compris tout de suite ce que vous vouliez dire. Bon, il répète des choses qu'il a déjà dite, je passe. Un petit point sur lequel il revient, n'est-ce pas, concerne effectivement la ligne, la chaîne signifiante concrète, celle qui va de M à C qui est continue jusqu'à C, discontinue après c'est-à-dire que ça veut dire de Lacan ça exprime la synchronie de l'organisation systématique de la langue. Bon, je pense qu'avec ce que j'ai dit avant cela ne devrait pas paraître trop obscur.
Quant au second étage c'est ce qu'il exprime là, c'est un commentaire en fait qui ne dit pas grand chose de plus que ce qu'il a déjà dit mais enfin la formule est intéressante, c'est le sujet qui assume l'acte de parler, c'est le sujet en tant que je, n'est-ce pas, c'est-à-dire qu'à partir du moment où il se trouve dépassé, ce qu'il a appelé au départ cette pure diachronie sans étoffe temporelle quelque chose d'autre s'introduit , n'est-ce pas, et qui est que... une forme, une certaine forme de sujet se trouve là mise en jeu, ce jeu est simplement défini, ça s'est important en fonction de l'acte du message, n'est-ce pas, et là Lacan prend bien soin de faire valoir ceci c'est pas le jeu de la grammaire, c'est pas le chifter, c'est autre chose, c'est en fait en fonction de l'acte du message et d'où effectivement cette remarque que c'est un sujet qui varie à chaque instant bien entendu avec chaque message et l'illustre de la façon suivante en faisant remarquer que le jeu de je vous aime et le jeu de je suis là, bien entendu, c'est pas du tout le même. On en parlera si vous voulez. Ce deuxième étage c'est la...
X - Je vais fermer la porte
C. Dorgeuille - c'est l'appel...ah ben, vous voulez que je recommence. Alors un point complémentaire qui est intéressant, qui est important pour nous, n'est-ce pas, ce deuxième étage qui est celui de l'appel de l'être, ce qui s'y manifeste, ce qui s'y exprime là c'est un certain rapport du sujet à sa demande en tant que le sujet reste marqué par les avatars de celle-ci. Alors c'est quoi les avatars de la demande ? Eh bien, c'est tout simplement ce que la doctrine exprimait, formulait sous la rubrique des étapes de la libido c'est-à-dire c'est cette prévalence successif, prévalence seulement ce n'est pas exclusivité, n'est-ce pas, de l'érogénéité orale, anale et puis tout ce que vous voudrez, n'est-ce pas, qui se manifeste justement dans des modalités particulières de la demande, des signifiants particuliers et qui permette effectivement et qui vont constituer d'ailleurs là quelque chose à quoi le sujet sera tributaire pour le restant de ses jours.
Dernier point, non pas tout à fait. Quant au message qui lui parvient, n'est-ce pas, parce que là encore si vous ne ... pas que ces deux lignes ne sont séparées qu'artificiellement, vous pouvez très bien concevoir qu'il n'y en ait qu'une, à ce moment-là cette une ligne elle va être double, ça revient au même, n'est-ce pas, elle aura deux sortes de signification et cet appel de l'être à quoi est renvoyé le fameux que veux-tu suppose effectivement qu'il vient une réponse, n'est-ce pas, c'est-à-dire que se constitue au deuxième étage un message comme au premier. Ce message, Lacan le formule sous une forme extrêmement rudimentaire à ce moment-là par S(A) qui n'est pas barré au départ c'est-à-dire que c'est un signifiant qui vient de l'Autre, y a rien d'autre et là il avance quelque chose qui ne se justifiera que par la suite. En réalité ce signifiant de l'autre ça ne peut être, dit-il, que le phallus. Il ne peut avoir cette réponse. Mais alors cette réponse en fait, il ne l'a pas, c'est très important , là il y a aussi un point capital dans la marche du séminaire et le développement, n'est-ce pas, de ces prémisses, c'est que, Lacan fait remarquer que cette réponse il ne peut pas l'avoir, il dit à son auditoire, vous, vous l'avez, nous, nous l'avons, nous savons que c'est ce signifiant là mais le sujet ne peut pas l'avoir dans toute la mesure où il articulerait cette réponse le sujet s'anéantirait et disparaîtrait. C'est évidemment là encore une fois une formule à laquelle, je dirais, une première formule là on ne comprend rien, pourquoi il disparaîtrait . Il disparaîtrait dans la mesure où en fin de compte ce qui s'anéantirait là, ça serait tout simplement la dimension désirante et que le sujet n'existerait plus en tant que tel, tout au moins dans le sens qu'il va prendre, radical et fondamental qu'il va prendre pour nous, n'est-ce pas. C'est pourquoi donc, il n'a pas cette réponse, tout au moins il l'ignore plus exactement. Il l'ignore mais il en subit les effets et ces effets, c'est sous la forme de la menace de castration, menace portée sur le phallus ou tout simplement la menace du manque de phallus qui revient au même que ça lui apparaît .
Et dernier point, c'est l'insistance mise à la fin de cette deuxième leçon sur l'homologie des deux axes imaginaires, n'est-ce pas, celui du bas qui est l'axe du moi et celui du haut qui est l'axe du fantasme. Bien.
C. Lacôte - On passe au troisième séminaire ou est-ce que tu veux...
B. Vandermersch - Non, on peut passer...
C. Dorgeuille - Eh ben, si vous voulez, jusqu'à la septième leçon, n'est-ce pas, les commentaires sont centrés essentiellement sur les éléments constitutifs du graphe. Alors, ça forme un tout quand même...
C. Lacôte - Bon, on va alors à la troisième mais...
C. Dorgeuille - Il faut que j'accélère, ça fait une heure. Bon.
Alors, cette troisième leçon, là, amorce un point qui est absolument essentiel dont j'ai dit un mot dans mes remarques générales et qui a déjà fait l'objet de contestations, à l'instant même, c'est l'opposition fondamentale absolument radical du désir et de la dimension de la demande, et là je vais droit au but en court-circuitant tous les parcours de Lacan, ce que vous avez en haut à droite qui va se transformer, qui passe de A c'est-à-dire cette dimension de la deuxième étape de l'autre comme désirant que le sujet appréhende en quelque sorte et dont il l'appréhende de façon confuse la dimension désirante va en somme se spécifier dans la troisième étape comme dimension de la demande c'est-à-dire ceci que au niveau de l'autre c'est là que en somme la demande va s'inscrire et comme telle avec cette particularité absolument essentielle, c'est qu'elle est articulée, c'est qu'elle sera mais la chose est évoquée d'une façon extrêmement discrète à plusieurs endroits du séminaire en réalité elle est équivalente à la pulsion, je dirais un mot ça viendra dans les leçons après, et elle est radicalement différente de ce que Lacan appelle le désir. Mais vous voyez comme c'est délicat parce que à aucun moment il le dit mais moi ça m'est venu à plusieurs reprises, bien sûr, cela. Mais alors le texte du rêve en fin de compte c'est une demande, le texte manifeste parfaitement articulé comme tel, le Wunsch articulé, le désir articulé, n'est-ce pas, je laisse ça en suspens, on verra après.
Alors un point important cette demande, c'est ce que je viens de dire, elle est pas seulement l'expression du rapport d'un sujet à un autre sujet, n'est-ce pas, en fait la dimension importante c'est qu'elle est faite de signifiants. Le désir, lui, est là, nous allons avoir quelques premières oppositions qui vont permettre de situer ces deux termes, le désir, lui, est au fondement du rêve et Lacan a une présentation qui fait choc, là, il rappelle d'abord que pour Freud le désir, c'est d'abord le désir de dormir c'est-à-dire que le désir a pour fonction de maintenir le sommeil, ça , ça ne fait pas trop choc mais qu'il est désir de mort. Le désir étant ce en quoi le sujet du Wunsch se satisfait . Bon et là il y a une petite remarque qui n'est pas à négliger que le sujet est ici à mettre entre parenthèses, Freud dit que ce n'est pas le sujet qui se satisfait mais le Wunsch, le rêve est réalisation de désir mais il ne dit pas que c'est le sujet qui satisfait. Alors il y a à ce moment-là de nombreux commentaires concernant Freud et spécialement les deux textes de 1915 sur l'inconscient et le refoulement qui feront l'objet de citations de la part de Lacan, je laisse passer beaucoup de choses, je ne relèverai qu'une seule chose, n'est-ce pas, c'est l'évocation de la formulation freudienne de Vorstellung Representanz Destriebrigung c'est-à-dire en fait, Vorstellung representanz il traduit par signifiant et striebrigung signifiant de la motion pulsionnelle dont il dit : c'est un fragment de réalité c'est-à-dire que la pulsion est à identifier à la demande. J'avais oublié, c'est dans cette leçon là. C'est à ce moment-là que se trouve introduit à titre de premier essai, à titre de première expérience, de première application la présentation du père mort , n'est-ce pas, pour, dit Lacan, éclairer ce qu'il faut entendre par interprétation du désir du rêve. Je ne rappelle pas le rêve, j'espère que tout le monde le connaît par coeur. Je vais simplement relever cinq points qui résultent de cette première présentation qui conclut la troisième leçon.
Lacan dit que ce que fait Freud revient à ceci : qu'un certain signifiant est désigné comme produit par son manque. Ce qui manque dans le texte du rêve c'est ce qu'ajoute Freud, c'est selon son voeu. Autrement dit ce signifiant est produit par son ... grand rêve.
Deuxièmement nous sommes ramenés par ce rêve à la signification infantile du voeu de mort et dit Lacan, nous avons là une illustration de ce que Freud dans la science des rêves appelle Übertragung, n'est-ce pas, transfert.
Troisièmement, selon son voeu ne restitue rien parce qu'en général on est émerveillé de la présentation que Freud fait dans l'article de 1911. C'est formidable d'ajouter cela, tout devient clair, c'est simple on a plus qu'à tirer le rideau. Lacan dit non. En effet selon ce voeu ne restitue rien puisqu'après tout justement le sujet savait que c'était son voeu. Il le savait puisque pendant la maladie de son père, il a souhaité qu'il meure tellement il était affecté de le voir souffrir comme il souffrait. Autrement dit cette interprétation apparente en est une et n'en est pas une. En réalité Lacan dit ce qui importe c'est le phénomène positif de la soustraction c'est-à-dire c'est l'élision.
Quatrième point, cette élision équivaut à une substitution au terme manquant d'un zéro et alors dit Lacan, nous avons affaire à un effet métaphorique, c'est comme ça que je l'entends. Ce qui permet de dire que le rêve est une métaphore.
Cinquièmement, la même élision du même voeu peut avoir des effets différents selon les structures dans lesquelles elle se produit. Bon, voilà pour la troisième leçon.
C. Lacôte - Peut-être que là il y aurait des choses pour...
C. Dorgeuille - Oui, si vous voulez donner un peu d'air
B. Vandermersch - D'ailleurs ce n'est peut-être pas facile de situer un mécontentement comme ça quoi et peut-être bien chacun puisse aussi intervenir éventuellement de la salle. Si il y a des remarques à formuler sur ce que vient de dire Claude...
Moi, y a un mécontentement... c'est l'idée pour ne pas être trop encombrer de ces formules, vous savez comme une petite phrase que vous avez dit, or en fait c'est vrai que c'est un problème, c'est vrai que certaines de ces formules sont encombrantes. Mais pourquoi nous sont-elles encombrantes alors qu'elles sont vraiment faites pour nous aider à y voir plus clair, quoi ? Et je me demandais si cela n'avait pas un rapport avec cette histoire que vous essayez de dire de la... du sujet qui ne pourrait pas articuler la réponse de l'autre, vous savez qui ... Je crois qu'il y a là un effet, le sujet ne peut pas être un signifiant. Ce qu'il cherche à être, après tout, à partir du moment ou il entre dans le langage, ce qu'il attend de l'autre c'est le signifiant qui le dirait lui son être ce qu'il est vraiment mais dès qu'on lui propose quoi que ce soit il dispara&icir
