Théorie psychanalytique

 
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Schéma optique

Auteur : Marc Darmon 29/07/1992

Bibliographies Notes

Modèle physique utilisé par Lacan pour présenter la structure du sujet et le processus de la cure psychanalytique.

Ce schéma optique, nous en trouvons une première représentation dans le Séminaire sur les Ecrits techniques de Freud (1953-54) (1). Il s'agit alors de montrer clairement la distinction du Moi-Idéal et de l'Idéal du Moi et d'expliquer également comment la psychanalyse, tout en n'agissant que par le langage, est capable de modifier le Moi dans un mouvement en spirale. Dans le commentaire au rapport de Daniel Lagache tel qu'il paraît dans les Ecrits 2 (1960), ce schéma optique bénéficie d'un commentaire enrichi des séminaires successifs, en particulier sur " La Chose ". Le schéma optique est longuement réutilisé plus tard au cours du Séminaire sur l'Angoisse (1962-63) où, grâce à l'apport antérieur sur l'Identification, il permet de traiter de l'objet a.

Le schéma optique renvoie à une expérience de physique amusante où certaines propriétés de l'optique sont utilisées. Il s'agit de voir apparaître, dans certaines conditions, un bouquet de fleurs dans un vase réel qui n'en contient pas en fait, comme on peut s'en rendre compte en sortant du champ où l'illusion se produit.

Ce dispositif (fig. 1) se réfère à l'optique géométrique où l'espace réel se double d'un espace imaginaire. Au voisinage du centre géométrique d'un miroir sphérique, les points réels ont des images réelles situées en des points diamétralement opposés.

Mais pour que l'image réelle soit visible, l'oeil doit se placer à l'intérieur d'un cône (b B' g) défini par une droite génératrice ayant pour point fixe cette image réelle et pour courbe directrice le bord circulaire du miroir.

Ainsi s'explique l'expérience du " bouquet inversé " que Lacan a cueillie chez Bouasse. L'image réelle B' des fleurs B placées à l'intérieur de la boîte S apparaît au-dessus du vase réel V pour un oeil placé dans le cône plus haut défini et qui accommode sur V.

Dans le dessein de s'en servir pour imager les relations intra-subjectives, Lacan place le vase réel, le corps, à l'envers dans la boîte, et les fleurs réelles, les objets, les désirs, les instincts, en haut. Dès ce stade, le dispositif est propre à métaphoriser ce Moi primitif constitué par le clivage, par distinction entre monde extérieur et intérieur, ce premier Moi présenté de façon mythique dans Die Verneinung. Nous nous trouvons ici au niveau des purs jugements d'existence : ou bien c'est, ou bien ce n'est pas. Imaginaire et Réel alternent et s'intriquent, présence sur fond d'absence et inversement absence par rapport à une présence possible.

Mais pour que l'illusion du vase inversé se produise, c'est-à-dire pour que le sujet ait cet accès à l'imaginaire, il faut que l'oeil qui le symbolise soit situé dans le cône et cela ne dépend que d'une chose, sa situation dans le monde symbolique qui est déjà là, en effet. Les relations de parenté, le nom, etc... définissent la place du sujet dans le monde de la parole, déterminent s'il est à l'intérieur du cône ou non. S'il est à l'extérieur, il a affaire au Réel nu, il est dans " l'ailleurs ".

Dans Le cas Dick de Mélanie Klein que Lacan commente dans son Séminaire sur les Ecrits techniques de Freud (p. 95-103), nous voyons un enfant de quatre ans qui tout en possédant certains éléments du monde symbolique, ne se situe pas au niveau de la parole, il est incapable de formuler un appel. Cet enfant, comme l'observation le montre, a affaire à un Réel nu. Il se situe en dehors du cône, et l'action de Mélanie Klein consiste à l'y faire rentrer par ses interprétations massives où elle lui injecte proprement un inconscient.

Suivons à présent le texte des Ecrits.

Le dispositif se complète d'un miroir plan A (fig. 2), ce qui introduit derrière le miroir un espace imaginaire, lieu des images virtuelles. Le sujet n'a accès à l'illusion i (a) qu'en passant par l'image virtuelle i' (a) Du miroir A, à condition d'accomoder sur a' image virtuelle, reflet de a l'objet réel. Mais il est nécessaire que corresponde derrière le miroir une image virtuelle S du sujet $ à l'intérieur du cône réel x'y' (remarquons que si la ligne orthogonale $S passe en dehors du bord du miroir plan, le sujet ne voit pas son image S).

Ce modèle visualise ainsi la relation spéculaire et son nouage à la relation symbolique. Dans la boîte nous retrouvons la réalité du corps auquel le sujet n'a que peu accès et qu'il imagine, nous dit Lacan, comme un gant pouvant se retourner à travers les " anneaux orificiels ". Le miroir sphérique peut figurer le cortex, ses réflexions, " les voies d'autoconduction ". Evoquons ici le mannequin cortical dont parle Freud dans " le Moi et le Ça " à propos du Moi conçu comme " projection d'une surface " ; comme le remarque Freud, cette projection se fait à l'envers, la tête en bas.

Nous rapprochons cette image projetée du corps obtenue par l'inversion due aux voies nerveuses de l'image redressée du vase inversé, obtenue par réflexion dans le miroir sphérique.

A cette image réelle i(a), d'ailleurs absente sur la figure 2, le sujet ne peut accéder que par i'(a) son image spéculaire et donc par une aliénation fondamentale au petit autre ; c'est ici que se situe la capture narcissique du Moi-Idéal (Idéal-Ich). Mais cette relation spéculaire est sous la dépendance du grand Autre qui dirige le miroir plan3.

A l'espace imaginaire derrière le miroir se superpose le lieu symbolique de l'Autre, derrière le mur du langage, qui correspond dans le modèle à l'espace réel où nous retrouvons le cône x'y'.

Cet Autre dont nous voyons le rôle de témoin dans le stade du miroir, c'est primitivement cette " première puissance ", ce support de " la Chose " ; de ses " insignes ", marques ou traits signifiants, se constitue à l'intérieur du cône l'Idéal du Moi (Ich-Idéal) en I, sur lequel le sujet se repère pour obtenir " entre autre effet tel mirage du Moi-Idéal ". De le placer légèrement en dehors du champ imaginaire orthogonal au miroir plan, donne au I toute sa valeur symbolique, puisque c'est de se repérer sur ce point en fait invisible dans le miroir que le sujet peut obtenir l'effet de l'illusion.

La figure 3 nous donne une représentation (partielle) du travail analytique. Le sujet place l'analyste en A en en faisant " le lieu de sa parole ". L'effacement progressif de cet Autre comme miroir de 90° entraîne le sujet $1 en $2 dans l'espace de ses signifiants " derrière le miroir " jusqu'en I. Lacan souligne ainsi que la relation en miroir à l'autre et que la capture du Moi-Idéal servent de point d'appui dans ce passage au cours duquel l'illusion " doit défaillir avec la quête qu'elle guide ". En I le sujet $ perçoit directement a et l'illusion du vase inversé en même temps que son reflet i'(a) dans le miroir A horizontal. Mais Lacan nous indique que le modèle trouve sa limite dans l'impossibilité de nous éclairer sur la fonction symbolique de l'objet a.

Pourtant dans le Séminaire sur l'Angoisse (1962), c'est à propos de l'objet a que Lacan réutilise son modèle optique.

Cette nouvelle représentation du schéma optique porte les axes imaginaire et symbolique, ce qui lui donne un aspect comparable à l'un de ces premiers schémas que l'on trouve chez Freud (en particulier celui du manuscrit G). Mais l'espace euclidien que suggèrent cette abscisse et cette ordonnée est ici transformé par la présence des miroirs. (fig. 4)

Ce schéma exprime que " tout l'investissement libidinal ne passe pas par l'image spéculaire ", " il y a reste ", c'est ce reste que le phallus caractérise et ce phallus ne peut se repérer que sous la forme d'un manque (-φ)

C'est ce manque qui est cerné d'une coupure au niveau de l'image spéculaire précisément en regard de l'objet a. Le détour par le Séminaire sur l'Identification a été nécessaire pour concevoir la topologie d'un objet a non spéculaire, d'un objet qui ne peut pas se retrouver dans le miroir. C'est la topologie du plan projectif ou cross-cap. Ce cross-cap se découpe en effet en une part spéculaire, la bande de Moebius et une part non spéculaire, la rondelle caractéristique de l'objet a.

Notes

1. Lacan, J., le Séminaire sur Les Ecrits techniques de Freud, Paris, Le Seuil, 1975, Livre 1, p. 94.

Bibliographie